Volcans..

Publié le par ottolilienthal

Éruption volcanique aux Canaries : ce volcan "ne dort que d'un œil" et la coulée de lave "devrait durer entre 1 et 3 mois", estime un volcanologue

Alors que le volcan espagnol Cumbre Vieja était endormi depuis une cinquantaine d'années, son éruption démarrée dimanche risque de durer plusieurs mois.

"Ce volcan est actif depuis des milliers d'années. Il ne dort que d'un œil", a expliqué lundi 20 septembre sur franceinfo Jacques-Marie Bardintzeff, volcanologue et professeur à l’université Paris-Saclay, après l'éruption du volcan Cumbre Vieja aux Canaries. "Les coulées avancent de 700 mètres, les gens peuvent se sauver heureusement, mais les laves détruisent tout sur leur passage, les cultures, les routes, les maisons et les forêts", a-t-il ajouté. "Il doit y avoir beaucoup de lave en réserve", et cette coulée de lave "devrait durer entre 1 et trois mois".

franceinfo : Pourquoi ce volcan est-il entré en éruption maintenant aux Canaries, alors que la dernière éruption avait eu lieu il y a 50 ans ?

Jacques-Marie Bardintzeff : Ce volcan est actif depuis des milliers d'années. Il ne dort que d'un œil. C'est vrai que 50 ans ça semble très long. Ce sont deux générations humaines. Mais pour le volcan, c’est une nuit de sommeil. Pendant ces 50 ans, le magma était en profondeur. Puis, il a commencé à bouger. Depuis 2017, il y a eu des séismes qui montraient que le magma bougeait en profondeur, à moins 30 km, puis à moins 20 km et depuis une semaine le magma était à moins 12 km de la surface. En moins d'une semaine, il est monté de 12 km pour percer à la surface.

Une fois que la lave arrive en surface, à quelle vitesse avance-t-elle et à quelle température ?

1 000 degrés, c’est la température moyenne. Mes collègues canariens ont mesuré 1 075 degrés. C'est assez chaud. Plus c'est chaud, plus c'est fluide. Les coulées avancent de 700 mètres, les gens peuvent se sauver heureusement, mais les laves détruisent tout sur leur passage, les cultures, les routes, les maisons et les forêts. Pour un volcan, c’est une petite éruption de niveau 2 sur une échelle de 8. Donc par rapport à des éruptions comme la Montagne pelée, le Krakatoa ou Pompéi, ça reste modeste.

Faudra-t-il surveiller ce volcan pendant encore longtemps ?

Mes collègues canariens sont sur le qui-vive depuis déjà plusieurs semaines. Les éruptions précédentes ont duré entre trois semaines et deux mois, on part sur ce modèle même si ça peut s'arrêter du jour au lendemain. Il doit y avoir beaucoup de lave en réserve, ça devrait durer entre un et trois mois. D'autres fractures vont s'ouvrir, la lave va atteindre la mer, les coulées vont s'épaissir, vont s'élargir et d'autres villages malheureusement seront exposées. Il y a déjà 5 000 évacués et au sens large 30 000 personnes seraient concernées. Il n'y a pas victimes humaines, mais de gros dégâts matériels.

Combien de volcans entrent en éruption comme ça chaque année dans le monde ?

Sur les continents, il y a 50 éruptions par an et c'est très stable. Ce qui veut dire que la terre est en bonne santé. Elle chauffe, elle bouge. C'est normal. Pour nous, c'est une catastrophe, mais pour la terre, c'est un battement de cœur.

Radio France
 
Publié

 

 

 

 

https://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/eruption-volcanique-aux-canaries-ce-volcan-ne-dort-que-d-un-oeil-et-la-coulee-de-lave-devrait-durer-entre-1-et-3-mois-estime-un-volcanologue_4778567.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20210921-[lestitres-coldroite/titre8]

Climat : 1816, l’année sans été

 

 

Alors que l'été météorologique 2016 vient de commencer, retour sur « l'année sans été » : c'était il y a 200 ans. L'année 1816 est en effet marquée par de très mauvaises conditions climatiques, avec de multiples conséquences en France et dans le monde. Dans l'Hexagone, le prix du blé explose pour atteindre 36,17 francs l'hectolitre en 18171 contre 19,53 en 1815. En Bourgogne, les vendanges démarrent le 26 octobre, la date la plus tardive constatée sur la période 1437-20032.
En cause, l'éruption, en avril 1815, d'un volcan indonésien, le Tambora. Explications.

 

 

Pluies et nuages sur l'Hexagone

Les tableaux météorologiques de l'Observatoire de Paris, publiés dans les Annales de chimie et de physique3 attestent de cet été particulièrement maussade :
- en juin : 25 jours de ciel couvert ou très nuageux et 5 jours de beau temps,
- en juillet : 10 jours de pluie, 18 jours de ciel couvert ou très nuageux et 3 jours de beau temps,
- en août : 6 jours de pluie, 20 jours ciel couvert ou très nuageux et 5 jours de beau temps.
Le mauvais temps ne sévit pas que dans la capitale, comme en témoignent d'autres données météorologiques issues des archives de Météo-France.
 

 

Un phénomène d'ampleur mondiale

La France métropolitaine4,5 n'est pas la seule concernée.
En Asie, la récolte de riz est quasi inexistante, ce qui entraînera la mort de milliers de personnes, notamment dans la province chinoise du Yunnan. En Amérique du Nord, les conséquences sur les récoltes sont désastreuses. Les prix du blé et du maïs sont presque multipliés par deux. On enregistre des chutes de neige à Boston en plein mois de juin6.
En Suisse, la météo est également mauvaise. Mary Shelley et Lord Byron, qui séjournent près de Genève, en feront d'ailleurs l'expérience. Reclus dans leur villa au bord du lac Léman, ils créeront deux chefs d'œuvre de la littérature : « Frankenstein » et le poème « Ténèbres ».

 

Le volcanisme en cause

À l'origine de cette météo dégradée, l'éruption du volcan Tambora, qui débute en Indonésie le 5 avril 1815, avec deux épisodes majeurs les 10 et 11. C'est une des plus violentes du millénaire, tant par l'altitude atteinte par les cendres que par l'onde de choc associée. Elle cause la mort de plus de 70 000 personnes dans les environs immédiats du volcan et provoque un tsunami sur les côtes de la mer de Java7. L'éruption est connue en Occident8. En Angleterre, Turner immortalisera d'ailleurs les ciels rouges de l'automne 1815, en lien avec la forte concentration en cendres volcaniques dans le ciel de Grande-Bretagne.


 

Dès 1817, le philosophe et orientaliste français Constantin-François Volney pose, dans un article du Mercure de France, la question d'un possible lien avec les mauvaises conditions climatiques observées en 1816 dans l'hémisphère Nord. Mais, il faudra attendre les travaux du météorologue américain William Jackson Humphreys (1862-1949) pour que cette hypothèse soit prise en considération. Ce dernier publie en 1913 un article9 faisant le lien entre cette éruption et certaines des catastrophes climatiques déclenchées dans les années 1815-1816.
Aujourd'hui encore, l'influence des éruptions volcaniques sur le climat fait l'objet de travaux de recherche, mais le mécanisme à l'œuvre est désormais connu.

 

Des sulfates qui bloquent les radiations solaires

Les volcans émettent notamment des cendres, du dioxyde de carbone (CO2) et du dioxyde de soufre (SO2) qui se transforme en fines particules de sulfates. Les chercheurs estiment que l'impact du CO2 émis par les volcans sur le climat a été négligeable depuis 1750, les volcans ayant injecté 100 fois moins de CO2 dans l'atmosphère que les activités humaines. En revanche, les particules de sulfate liées aux éruptions ont un effet significatif sur le climat. Certaines éruptions sont si puissantes qu'elles créent dans la basse stratosphère (25 km d'altitude environ) un véritable écran de sulfate, qui accroît l'opacité de la haute atmosphère au rayonnement solaire. Ce phénomène est susceptible de refroidir le climat d'une grande partie de la planète pendant 1 à 3 ans.
Depuis celle du Tambora, plusieurs éruptions majeures ont eu un impact important sur le climat, notamment celles du Krakatoa (Indonésie, 1883), du Santa María (Guatemala, 1902), de l'Agung (Indonésie, 1963), d'El Chichón (Mexique, 1982) et du Pinatubo (Philippines, 1991). On estime que ce dernier a injecté 20 millions de tonnes de SO2 dans la stratosphère10. Le volcan islandais Eyjafjallajökull en a quant à lui émis 400 fois moins11. Son explosion a provoqué de très importantes perturbations du trafic aérien européen en avril 2010. Mais l'écran de sulfates produit n'a cette fois pas atteint la stratosphère et n'a donc pas eu d'impact décelable sur le climat. Cantonnées dans les basses couches atmosphériques, les particules émises ont été lessivées en quelques jours par les nuages et les précipitations.

Sans représenter directement les éruptions volcaniques, les modèles climatiques, comme celui de Météo-France, prennent en compte les nuages de sulfates stratosphériques liés aux éruptions les plus fortes et parviennent à représenter le refroidissement global qui accompagne ces événements.

 

 

Notes :

1 Beliveau D., 1992. Les récoltes frumentaires en France dans la première moitié du XIXe. Thèse soutenue à l'EHESS sous la direction de Jacques Revel.
2 Le Roy Ladurie E., 2006. Histoire humaine et comparée du climat : tome II, Disettes et révolutions (1740-1860). Edition Fayard, 611 p., ISBN : 978-2213627380.
3 Gay-Lussac et Arago, 1816. Résumé des observations météorologiques de l'année 1816. Annales de chimie et de physique, année 1816, tome III, p. 438-444. (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65687125/f444.image.r)
4 Nous disposons de plusieurs témoignages écrits sur les conséquences de cette mauvaise année, comme le livre des comptes de la famille Verguet, dans le Jura et dont les éléments sont racontés par l'historien Michel Vauchez dans son livre 1816, l'année sans été, ISBN : 978-2-8231-1029-6.
5 Oppenheimer C., 2011. Eruptions that shook the world. Cambridge University Press, ISBN : 98780521641128.
6 Klingaman W. K. et Klingaman N. P., 2013. The year without summer : 1816 and the volcano that darkened the world and changed history. St. Martin's Press, 352 p., ISBN : 978-0-312-67645-2.
7 Sothers R. B., 1984. The great Tambora eruption in 1815 and its aftermath. Science, 224, 4654.
8 Gay-Lussac et Arago, 1816. Sur des éruptions volcaniques de l'île de Java et les îles voisines. Annales de chimie et de physique,année 1816, tome II, p. 389-393. (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6568584z/f395.image.r)
9 Humphreys W. J., 1913. Volcanic dust and other factors in the production of climatic changes and their possible relation to the ice gases. Journal of the Franklin Institut, août 1913.
10 Robock A., 2000. Volcanic eruptions and climate. Reviews of Geophysics, 38(2), 191-219.
11 GIEC, 2013: Climate Change 2013: The Physical Science Basis. Contribution of Working Group I to the Fifth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change [Stocker, T.F., D. Qin, G.-K. Plattner, M. Tignor, S.K. Allen, J. Boschung, A. Nauels, Y. Xia, V. Bex and P.M. Midgley (eds.)]. Cambridge University Press, Cambridge, United Kingdom and New York, NY, USA, 1535 p. doi:10.1017/CBO9781107415324.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article