Médicaments : les ruptures de stock se multiplient

Publié le par ottolilienthal

 

Des centaines de produits sont absents des pharmacies, notamment un traitement de la syphilis pour lequel il n'existe pas d'alternative fiable et simple.

 

 

 

Alors que l'Agence du médicament (ANSM) vient d'annoncer un quasi-retour à la normale concernant la distribution en pharmacie du Lévothyrox (traitement de l'hypothyroïdie), les dermatologues s'inquiètent des "difficultés croissantes d'approvisionnement" en Extencilline, indiqué dans le traitement de la syphilis. Globalement, l'Agence du médicament estime actuellement à 45 le nombre de spécialités concernées par les ruptures de stock, tandis que l'Ordre des pharmaciens donne des chiffres bien supérieurs. Grâce à son nouveau logiciel baptisé DP-rupture, il a annoncé au Figaro qu'il en avait comptabilisé 539 au cours du seul mois de septembre.

 

Malheureusement, la situation risque de perdurer, en France comme dans de très nombreux pays. Lors d'une séance consacrée à ce sujet à l'Académie de pharmacie, en mars dernier, les spécialistes ont notamment expliqué que les matières premières provenaient désormais en très grande majorité d'Inde et de Chine, ce qui augmente les risques de dépendance. Et que les entreprises pharmaceutiques ont tendance à "réduire le niveau de stock dans l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement des produits". La conséquence est simple : "Chaque jour, 5 % des médicaments commandés [aux grossistes répartiteurs] sont en rupture [dans les officines] et 50 % des ruptures dépassent les quatre jours", a regretté Philippe Liebermann, pharmacien d'officine à Strasbourg à cette occasion.

"Aucune autre alternative"

La situation est déjà déplaisante pour le patient qui ne peut pas obtenir son traitement habituel, elle devient bien plus problématique lorsqu'il n'existe pas de médicament équivalent, donc pas de substitution possible. Et c'est le cas avec l'Extencilline. D'où le message d'alerte lancé mercredi par la Société française de dermatologie à l'Agence de presse médicale (APM). À la mi-septembre, Sanofi avait prévenu les médecins d'un risque de rupture de stock en raison de "problèmes industriels". L'Agence a confirmé mercredi une "rupture effective" sur deux des trois dosages du produit.

 

Or, plusieurs professionnels de santé constatent déjà un défaut de stock sur les trois dosages. Par exemple, "au centre MST de l'hôpital Saint-Louis à Paris, les infirmiers chargés de gérer les stocks voient que leurs commandes ne sont pas entièrement honorées", a dit à l'APM le docteur Sébastien Fouéré, qui exerce dans ce service. À l'Hôtel-Dieu (AP-HP), il n'y a actuellement plus qu'un traitement en stock, a confirmé François Chast, chef du service de pharmacie clinique à l'hôpital Cochin-Hôtel Dieu-Broca.

 

En France, entre 500 et 600 cas de syphilis active et récente sont répertoriés par le Réseau de surveillance des infections sexuellement transmissibles RésIST. "Cela représente probablement 10 % du nombre de cas réel", estime le professeur Nicolas Dupin, du Centre national de référence de la syphilis à l'hôpital Cochin (AP-HP). Mais le drame est qu'"aucune autre alternative fiable et simple n'est disponible", précisent les dermatologues. En attendant que le problème soit réglé, les spécialistes réservent les traitements restants aux cas les plus graves. Combien de temps tiendront-ils ?

 

 

http://www.lepoint.fr/editos-du-point/anne-jeanblanc/medicaments-les-ruptures-de-stock-se-multiplient-14-11-2013-1756917_57.php

Commenter cet article