L'Europe plonge vers la déflation (et la France est aux avant-postes…)

Publié le par ottolilienthal

 

 

 

 

Selon Eurostat, le niveau de l’inflation a atteint 0,8 % seulement dans la zone euro en décembre dernier par rapport à décembre 2012. Du fait des politiques économiques très restrictives menées partout en même temps en Europe actuellement, et notamment des politiques de baisse des coûts salariaux dans les pays en crise, la zone euro est menacée de tomber dans une spirale déflationniste. Un risque qui concerne en particulier la France.

 

Cela peut sembler une bonne chose de n’avoir quasiment plus d'inflation voir que les prix baissent : cela préserve en effet le pouvoir d’achat de ceux dont les revenus sont bloqués du fait de l’austérité budgétaire ou des difficultés des entreprises. Le net ralentissement de la hausse des prix observé depuis 2012 a d’ailleurs joué un rôle significatif dans le regain d’activité enregistré au printemps 2013 dans la zone euro en redonnant un peu de pouvoir d’achat aux Européens.

 

 

 

Mais à la longue cette très faible inflation risque pourtant d’enfermer l'Europe dans un cercle vicieux dont le Japon a mis plus de vingt ans à sortir après sa crise du début des années 1990. En effet quand la hausse des prix est faible et encore plus quand les prix baissent, la valeur réelle (une fois l’effet de l’inflation déduit) du stock de dette accumulé antérieurement ne se réduit pas avec le temps contrairement à ce qui se passe quand il y a un peu d'inflation. Il devient du coup quasiment impossible pour les acteurs privés et publics de se désendetter, ce dont pourtant ils auraient le plus grand besoin en Europe.

 

De plus, si les taux d’intérêt ne baissent pas aussi vite que le niveau de l’inflation, les taux d’intérêts réels (une fois l’inflation déduite) augmentent même quand les taux nominaux eux ne bougent pas. Cela alourdit d’autant les charges d’intérêt pesant sur des acteurs économiques souvent déjà en difficulté et les dissuade davantage encore de s’endetter pour investir. C’est ce qu’on a commencé à observer ces derniers mois, aggravant ainsi le credit crunch qui plombe la zone euro. Enfin quand les prix des produits et des services baissent, les acteurs économiques ont tout intérêt à attendre le plus longtemps possible pour les acquérir : à quoi bon se presser puisque ce sera encore moins cher demain ? Ce qui contribue là aussi notablement à freiner l'activité économique.

 

Bref, pour toutes ces raisons les politiques économiques très restrictives (non seulement au niveau budgétaire mais aussi au niveau des coûts salariaux) prônées avec obstination depuis trois ans par le gouvernement d’Angela Merkel et la Commission européenne conduisent l'économie européenne dans le mur de la déflation. Du fait de la très forte austérité budgétaire mise en œuvre depuis 2012, la France est déjà à l'avant-garde de ce mouvement. Dans un tel contexte, il y a toutes les raisons de redouter que le "pacte de responsabilité" que François Hollande a lancé à l'occasion de ses vœux se révèle au final surtout un "pacte de déflation" qui accélère encore ce mouvement fatal…

 

Guillaume Duval

 

http://www.alternatives-economiques.fr/l-europe-plonge-vers-la-deflation--et-la-france-est-aux-avant-postes-_fr_art_633_66810.html

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article