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Distribution : la fin des supermarchés ?

Publié le par ottolilienthal

Les données des clients Auchan sont désormais revendues aux fournisseurs

En duo avec Contensquare, Auchan a lancé une offre appelée CS for Consumers Brands, qui permet de partager les données des consommateurs avec les "retailers".

Voilà peut-être une nouvelle qui pourrait avoir son importance. Le site spécialisé LSA rapporte qu'Auchan va mettre en œuvre une offre intitulée CS for Consumers Brands, avec la licorne Contensquare. L'objectif est de permettre aux fournisseurs de récupérer les données sur les sites de e-commerce où les produits sont vendus, et de les partager pour pouvoir bonifier différentes offres ou campagnes. Il est obligatoire que les consommateurs l'acceptent. "Les marques peuvent comprendre quelles sont leurs performances dans les différentes catégories de produits qu'elles commercialisent, disposer de données fines sur leur tunnel de conversion, grâce à une analyse du comportement des consommateurs en ligne", détaille Patricia Attia de Contentsquare.

Les données seront disponibles sur une plateforme digitale dédiée. LSA avance plusieurs options pour booster les performances avec cette formule, comme l'amélioration des fiches produits (simplifier ou détailler davantage des notices par exemple) ou encore l'affinage de la publicité (les mots-clés, l'emplacement et le ciblage sur les sites). Mais également observer la réaction chez les concurrents dans le cas d'une promotion ou d'éventuelles évolutions tarifaires.

Cette nouvelle offre fonctionne sur le principe d'un abonnement annuel pour Auchan auprès de Contentspace. L'entreprise de grande distribution traitera directement avec les marques et les industriels qui voudront utiliser ces données. Le montant évoluera selon divers critères. "L'expérience des clients de nos plateformes de vente en ligne s'améliore, car les industriels s'adaptent à leurs desiderata", précise Arnaud Bricmont, directeur des négociations internationales chez Auchan Retail. L'ambition affichée sera ensuite de s'étendre en Europe, puis à l'international. Pour l'heure, cinq grandes entreprises françaises ont conclu un accord avec Auchan, avec des vues pour en signer dix d'ici la fin de l'année.

 

https://www.capital.fr/entreprises-marches/les-donnees-des-clients-auchan-sont-desormais-revendues-aux-fournisseurs-1434378

Casino s'effondre en Bourse après des ventes en baisse et une nouvelle perte

Le distributeur français voit son action plonger ce vendredi, suite à des résultats décevants et une dette qui s'est creusée à 5,9 milliards d'euros en 2021.

Les investisseurs sanctionnent l'action Casino à la Bourse de Paris. À 10h15, vendredi 25 février, le titre plonge de plus de 13%. Le distributeur français a certes réduit sa perte nette en 2021, à 530 millions d'euros, mais il reste dans le rouge et ses ventes ont baissé de 4,3% sur un an, à 30,5 milliards d'euros contre 31,9 milliards en 2020, a-t-il annoncé ce vendredi. Le groupe explique ses pertes notamment par des dépréciations d'actifs en Amérique latine et des "charges exceptionnelles liées à la finalisation" de "plans de transformation" en France. L'année précédente, Casino avait connu une perte nette de 890 millions d'euros.

Quant au chiffre d'affaires, il baisse encore plus en France qu'à l'échelle mondiale, affichant un recul de 7,5% à 14 milliards d'euros (hors e-commerçant CDiscount). Au niveau monde, le groupe s'est donc encore éloigné de ses ventes d'avant-pandémie qui s'élevait, en 2019, à 34,6 milliards d'euros. En outre, Casino, qui faisait en 2020 de son désendettement une priorité, a annoncé vendredi avoir creusé sa dette nette à 5,9 milliards d'euros contre 4,6 milliards d'euros fin 2020 et 5,7 en 2019 (données communiquées hors IFRS5).

Sur le périmètre France Retail hors GreenYellow, celui qui est le plus attentivement suivi, l'endettement a également progressé en 2021, de 3,7 à 4,4 milliards d'euros. Le directeur financier du groupe David Lubek a expliqué, en conférence de presse téléphonique, que les "cessions réalisées dans l'année n'ont pas été prises en compte dans la dette de fin d'année", et a évoqué des "éléments transitoires liés à la transformation du groupe".

Casino a finalisé le 31 janvier la cession de FLOA (ex-banque Casino) à BNP Paribas. En outre, il a cédé le 6 décembre 3% de Mercialys pour 24 millions d'euros, puis 6,5% pour 59 millions d'euros le 21 février. "La participation du groupe dans Mercialys en terme de droits de vote passe ainsi à 10,3%", a précisé le distributeur dans un communiqué.

Report de l'échéance du plan de cession

Casino a en outre communiqué une nouvelle échéance pour son plan de cession de 4,5 milliards d'euros en France, lancé en juillet 2018 et qui devait initialement s'achever en mars 2021. Le groupe s'est fixé comme échéance "au plus tard fin 2023" pour se délester du 1,3 milliard d'euros d'actifs qui lui reste à céder.

Le groupe avait publié fin janvier un avertissement sur résultats, expliquant ne plus prévoir de progression de son excédent brut d'exploitation (Ebitda) en 2021 pour les enseignes de distribution en France. Il a tablé vendredi sur un Ebitda sur ce périmètre en retrait de 1,7%, à 1,2 milliard d'euros.

Après l'annonce de fin janvier, son action en Bourse avait dévissé de plus de 14%. Jeudi soir, elle s'établissait à 18,26 euros, un niveau bas sous lequel Casino n'avait pas évolué depuis plus de 20 ans. Vendredi matin, sa valeur est tombée sous les 16 euros.

 

 

 

https://www.capital.fr/entreprises-marches/casino-seffondre-en-bourse-apres-des-ventes-en-baisse-et-une-nouvelle-perte-1429419

Auchan change (encore) de patron, mais pour quoi faire ?

Après avoir tenté un rapprochement avec Carrefour, la famille Mulliez cherche la solution pour stopper le déclin de son enseigne phare. Pour ce faire, elle a une nouvelle fois changé d'équipe de direction. En espérant avoir cette fois-ci misé sur les bons chevaux.

On a bien cherché, cela faisait sept ans qu’il ne s’était pas exprimé dans la presse. En mars 2014, Yves Claude avait accordé un bref entretien à Nord éclair, alors qu’il s’apprêtait à céder la direction de Decathlon après quinze années de service. Et notre confrère de préciser à l’époque que cette brève sortie médiatique faisait suite à huit ans de silence… En août dernier, tout juste nommé à la présidence d’Auchan Retail (qui coiffe l’activité monde), il s’est quand même fait violence pour présenter les comptes semestriels du distributeur. Filant la métaphore, ce taiseux s’est présenté comme le Hugo Lloris d’Auchan, le capitaine chargé de galvaniser l’équipe. En l’occurrence, il ne devra pas se contenter d’arrêter les tirs adverses comme le célèbre gardien de foot. Il va devoir marquer des buts.

Car Auchan ne va pas fort. Certes, Renaissance, le plan de restructuration administré par son prédécesseur Edgard Bonte, avec la cession des activités en Italie, en Chine (où Auchan était allié à Alibaba) et au Vietnam, a permis de sortir le distributeur du rouge. Si bien que les 800 actionnaires de la famille Mulliez, après trois années de vaches maigres, vont à nouveau toucher des dividendes : 750 millions d’euros. Mais il ne s’agit pour l’heure que d’une convalescence. La France, qui pèse pour la moitié des 32 milliards d’euros de chiffre d’affaires d’Auchan Retail, n’arrive pas à stopper son déclin. Son activité s’érode depuis neuf ans d’affilée tout comme sa part de marché, passée, pour ses hypermarchés, de 8,4% en 2013 à 6,7% en août 2021. L’activité a encore baissé de 4% au premier semestre 2021, priorité étant donnée au résultat d’exploitation. "C’est quasiment la survie d’Auchan qui est en jeu, estime le spécialiste de la grande distribution Olivier Dauvers. La famille est sortie du déni. Ils ne peuvent pas continuer en l’état et c’est pour cela qu’ils ont étudié un rapprochement avec Carrefour."

Signe de l’urgence de la situation, Yves Claude cumulera la présidence d’Auchan monde et d’Auchan France. Il est assisté d’un nouveau DG, Philippe Brochard, ex-patron de la Russie, qui lui aussi porte cette double casquette. Changer de têtes, cela devient une triste habitude chez le distributeur nordiste : en cinq ans, la France a connu quatre dirigeants différents. La dernière équipe en date n’a tenu que six mois. Début 2021, la famille avait demandé à Francis Cordelette, en quasi-préretraite après un long bail à la tête de Boulanger, de reprendre du service. Le grognard devait chapeauter Alexandre Mulliez, placé à la direction générale. Mais ce petit-fils du fondateur Gérard Mulliez "n’a pas imprimé", comme on explique pudiquement dans la maison. Cette instabilité managériale se retrouve hélas à l’échelon supérieur d’Auchan Retail : là encore, les présidents n’ont cessé de valser depuis 2015, signe d’une grande fébrilité. "Il y a clairement un problème de gouvernance chez Auchan", commente un bon connaisseur de la maison.

Et surtout un problème de stratégie. Le diagnostic est fait depuis longtemps : l’hypermarché est le format malade de la grande distribution. Ce concept de hangar géant cerné de parkings où l’on trouve tout sous le même toit n’attire plus les consommateurs. Casino avec ses Géant en a fait le constat, privilégiant les enseignes de centre-ville à forte identité (Monoprix, Naturalia, etc.) Carrefour se démène pour réinventer ses paquebots de 15.000 mètres carrés. Chez Auchan, les grandes décisions tardent à venir. Or les hypermarchés y pèsent 78% de l’activité. "Les Mulliez n’ont pas voulu voir que ce format de magasins dégringolait, estime Olivier Dauvers. Ils se considéraient comme les meilleurs de la classe, pensaient que les concurrents s’y prenaient mal."

 

La famille de Roubaix semble même avoir sous-investi ces dernières années. Son parc d’hypers est vieillissant, même si les plus fatigués ont fait l’objet de rénovations, comme à Marseille, Strasbourg ou Englos, où se trouve le magasin test du Nord. Pionnier du drive, Auchan n’a pas non plus accéléré aussi vite que ses concurrents dans ce modèle de click & collect : Carrefour en compte plus de 1.000, contre 280 pour Auchan France. Signe du malaise, les salariés d’une trentaine de magasins se sont mis en grève en décembre 2021 avant qu’un accord salarial ne soit signé. "Ce mouvement est totalement inédit, commente Gilles Martin, délégué central CFDT. Au-delà de la question des salaires, il y a une perte de confiance." Faut-il céder certains hypers – une vingtaine sur 120 seraient déficitaires, sous l’effet certes de la pandémie comme à la Défense (92) ou à Marne-la-Vallée (77) –, en basculer en location-gérance comme Carrefour l’a fait pour certains des siens ? "L’hypermarché n’a peut-être pas dit son dernier mot, à condition qu’il redevienne un lieu d’expression des marques, de leur pleine exposition, nuance Véronique de Pompignan, spécialiste du commerce au cabinet de chasseur de têtes Boyden. Mais la grande distribution française doit se réveiller face à l’offensive réussie de Lidl et d’Aldi.

Pour sortir de l’impasse, la famille Mulliez avait un plan : bâtir un Walmart à la française en se rapprochant de Carrefour. Aux Etats-Unis, ce géant a réussi à contrer l’ascension d’Amazon en se digitalisant à tout-va. Sous le nom de code "Merlot", les pourparlers entre "Sauvignon" (Auchan) et "Pinot" (Carrefour) ont donc débuté au printemps dernier. Le P-DG de Carrefour Alexandre Bompard était tout ouïe, d’autant qu’il aurait piloté le nouvel ensemble deux ou trois ans : cela fait longtemps qu’il prône la consolidation du secteur en France, où huit gros acteurs se font la guerre des prix. Après avoir échoué à se rapprocher de Casino en 2018, reçu le veto du gouvernement pour une opération avec le canadien Couche-Tard début 2021, l’hypothèse Auchan restait la dernière option d’Alexandre Bompard. D’autant que la famille Moulin (par ailleurs propriétaire des Galeries Lafayette), premier actionnaire de Carrefour avec 12,6% du capital, cherche une solution pour sortir de cet investissement décevant. Le milliardaire Bernard Arnault n’a quant à lui pas attendu l’issue des discussions pour solder, fin août, sa participation de 5,7%

Sur le papier, ce mariage fait sens. Les deux distributeurs français se complètent plutôt bien à l’étranger : Carrefour est implanté au Brésil et en Argentine, où Auchan est absent, ce dernier a un fort ancrage en Europe de l’Est et en Russie. Les deux pourraient aussi consolider leurs poids en Espagne. En France, moyennant quelques cessions de magasins (à Bordeaux par exemple, chacun possède trois hypers), leur part de marché de 29% ne serait pas un obstacle rédhibitoire face à un Leclerc à 23%. Surtout, dans le plan industriel bâti par les Mulliez, le nouvel ensemble aurait les moyens d’engager un plan d’investissement massif pour vraiment basculer dans l’ère numérique.

Le plan Merlot ? Il était question que le petit rachète le gros ! Autrement dit, qu’Auchan lance une OPA sur Carrefour avec 70% de paiement en cash et 30% en nouvelles actions Auchan-Carrefour. L’Association familiale Mulliez (AFM), dont le conseil de gérance de dix membres est présidé par Barthélémy Guislain, était ainsi prête à sortir 12 milliards en cash, preuve que les Mulliez conservent une puissance financière considérable. Car la galaxie nordiste (Leroy Merlin, Decathlon, Boulanger, Norauto, Kiabi, etc.) a les poches pleines grâce au commerce mais pas seulement. Elle s’est notamment diversifiée dans les centres d’appels, les maisons de retraite, l’énergie renouvelable. Selon un récent décompte réalisé pour Capital par l’économiste Benoît Boussemart, plus de 6 milliards d’euros de trésorerie se logent dans les différentes sociétés contrôlées par l’AFM.

En octobre, Carrefour a pourtant décidé de mettre fin à la discussion après cinq mois d’échanges, sans raison clairement identifiée. Entre info et intox, plusieurs versions ont circulé. La valorisation d’Auchan (non coté) aurait été trop complexe à établir. Autre explication : la famille Moulin voulait un paiement 100% en cash. Mais en l’occurrence, des dispositifs avaient été prévus pour qu’il en soit ainsi. En revanche, selon une source proche des Moulin, ceux-ci souhaitent vendre leurs parts avant le déclenchement de l’OPA : pas question pour eux d’attendre de long mois avant que l’Autorité de la concurrence se prononce. C’est la raison pour laquelle Philippe Houzé (gendre Moulin) aurait voté pour l’arrêt du projet lors d’un comité stratégique de Carrefour où il siège avec l’autre actionnaire de référence, le Brésilien Abilio Diniz (7,5%). Explication additionnelle, en n’associant pas suffisamment ses actionnaires à la teneur des discussions, le P-DG Alexandre Bompard les aurait braqués. Enfin, il n’est pas certain que les fonds institutionnels, qui détiennent le gros du capital, aient chaudement recommandé l’opération.

Le projet est-il définitivement enterré ? C'est l'analyse dominante. La rumeur d’un rapprochement avait repris de plus belle début janvier, à la suite d’une dépêche de l’agence Bloomberg. Des fonds d’investissement seraient prêts à entrer dans la danse pour aider la famille Mulliez à financer l’opération à 100% en cash. On parle cette fois d’une OPA à 23,50 euros l’action Carrefour contre 21,50 initialement, ce qui représentait déjà une prime de 34% ! Et pour mémoire, Couche-Tard, neuf mois plus tôt, proposait 20 euros. Plusieurs fonds ont été évoqués, CVC, KKR ou encore CD&R. Sans déboucher pour l'instant.

Que des fonds soient prêts à mettre 6 milliards sur la table pour une opération aussi risquée laisse d'ailleurs songeur. Car les fusions de ce type sont rarement couronnées de succès. Les deux entreprises ont des cultures très éloignées ; la somme de sujets à régler, entrepôts, systèmes d’information, social… est considérable. Et surtout, les Mulliez semblent avoir refermé le dossier. L’équipe de négociation que pilotait Edgard Bonte a été dissoute. Et l’arrivée d’Yves Claude et de Philippe Brochard, deux dirigeants non familiaux, marque plutôt la volonté de rebâtir un Auchan plus dynamique tout seul. Officiellement, la nouvelle organisation adoptée début 2021 (et différée du fait du projet d’OPA) n’est pas remise en cause : elle vise à redonner de l’autonomie aux patrons des 13 pays où l’enseigne est implantée. Le but est "d’accélérer l’agilité et de prendre les décisions au plus proche du local", expliquait en août Yves Claude.

L’ancien patron de Decathlon va devoir mouiller le maillot, vu les chantiers qui l’attendent. La réduction des coûts étant déjà bien entamée, il s’agit désormais de repartir à l’offensive. En charge, outre la présidence, de la direction produits, Yves Claude entend ainsi redonner des couleurs à la marque Auchan, comme il l’a fait dans l’enseigne de sport. Il devra sans doute rechercher de nouvelles alliances (à défaut de fusion) dans les achats après avoir rompu en avril 2021 avec Casino, désormais allié à Intermarché. Yves Claude veut aussi faire de l’hyper Auchan une sorte de place locale de marché, ouverte à des producteurs locaux, à des enseignes partenaires (notamment cousines), et servant de plateforme pour livrer le bassin de vie, du supermarché au click & collect. Pour reconquérir les centres-villes, la stratégie consiste désormais à déployer des drives piétons avec l’objectif d’atteindre 300 unités dans les prochains mois.

Enfin, à plus long terme, les Mulliez aimeraient agréger les données de tous leurs clients, quelle que soit l’enseigne. Une maman achète des couches à Auchan : hop, Leroy Merlin peut lui suggérer des offres de décoration pour la chambre et Decathlon un siège bébé pour le vélo. Cette super application dénommée Valiuz est en cours de développement. "Tous les ménages français sont d’une manière ou d’une autre nos clients, explique un membre de la direction. On a potentiellement plus de data qu’Amazon Europe." Une "super app", c’est aussi l’idée d’Alexandre Bompard, qui veut désormais faire de Carrefour une "digitial retail company", orientée à fond vers l’e-commerce. A défaut de se marier, ces deux-là n’ont pas fini de se copier.

 

https://www.capital.fr/entreprises-marches/auchan-change-encore-de-patron-mais-pour-quoi-faire-1429361

Le projet de rachat de Carrefour par Auchan mis sur pause

Si les états-majors des deux enseignes annoncent que le projet de fusion est clos, les fonds, eux, s’y intéressent toujours.

C’est le dernier épisode en date d’un feuilleton qui dure depuis l’automne 2021. Le projet "Merlot" – qui désigne le possible rachat de Carrefour par Auchan et qui agite le secteur de la grande distribution depuis fin septembre 2021 – est mis sur pause. Selon Les Échos, la décision a été prise après des semaines de difficiles discussions où la famille Mulliez, qui contrôle Auchan, a travaillé à une copie améliorée de ce projet de rachat avec une série de fonds d’investissement.

Son but : proposer une seconde offre de rachat auprès des principaux actionnaires de Carrefour, dont la famille Moulin, propriétaire des Galeries Lafayette. Une opération à 12 milliards d’euros dans laquelle des fonds comme KKR, CVC ou CD&R étaient prêts à investir, tout comme Cinven, Advent ou Apollo, selon BFMTV. Des fonds qui ont été appelés à injecter entre deux et trois milliards d’euros contre une part au capital. Un projet qui est finalement reporté, la faute à l’élection présidentielle qui approche.

Des milliers de suppressions de postes

"La réflexion est en pause, mais pas fermée, affirme aux Échos un proche du groupe Auchan. Un certain nombre de fonds d’investissement ont exprimé un intérêt très fort. Une décision sera prise, mais plus tard". Il faut dire, détaille BFMTV, que les fonds d’investissement se heurtent aux lourdes difficultés du secteur de la grande distribution. "On nous propose d’être partenaire minoritaire dans un secteur sinistré entre deux groupes très exposés aux hypermarchés qui souffrent, et sans véritables droits de gouvernance", détaille à la chaîne d’information en continu le responsable d’un fonds approché.

Par ailleurs, le rapprochement, qui supposerait plus d’un milliard d’euros de synergies et la cession de près de 400 magasins, pourrait entraîner des milliers de suppressions d’emplois. Une opération qui pourrait faire tache en pleine élection présidentielle, où le pouvoir d’achat et l’économie sont au cœur des débats. D’où le report de ce projet, déjà difficile à mener à bien en raison des divergences importantes entre les deux groupes.

"Ne plus parler !"

Face à cette donne, et selon les informations de BFMTV, certains fonds d’investissement comme KKR, Cinven et Advent auraient d’ailleurs déjà jeté l’éponge. CVC serait toutefois toujours en train d’étudier le projet. Mais cette fusion ne pourra aboutir que si Auchan fait "des concessions surtout sur la gouvernance pour s’entendre avec un fonds", glisse un proche du dossier à BFMTV. Des efforts que le groupe ne serait pas prêt à faire, alors que, selon Les Échos, des dirigeants de l’Association familiale Mulliez (AFM) auraient demandé, il y a quinze jours, aux banques de ne plus agiter le dossier.

Une affaire où il est difficile de déterminer où se placent les différents acteurs, mais dont on ne devrait plus entendre parler jusqu’à la présidentielle d’avril, les différents acteurs ne souhaitant pas se trouver au cœur des débats dans un secteur déjà largement sujet aux polémiques et dont la politique salariale est scrutée de près par les syndicats. Un proche de Carrefour résume ainsi la situation à BFMTV : "On entre dans la campagne présidentielle, tout le monde a comme message de ne plus parler ! Il faut passer sous les radars et préparer un projet pour l’été".

 

 

https://www.capital.fr/conso/le-projet-de-rachat-de-carrefour-par-auchan-mis-sur-pause-1427294

Auchan-Carrefour : le projet de rachat relancé par la banque Lazard ?

Entre Auchan et Carrefour, il n’est question ni de vin ni d’espionnage et d’agents secrets. Pourtant, comme le révèle Le Figaro, lundi 24 janvier, le projet de rachat est toujours d’actualité. Nom de code : "Merlot". La banque d’affaires Lazard a pour mission de permettre le rachat de "Pinot", dit Carrefour, par "Sauvignon", à savoir Auchan. L’objectif est de convaincre des fonds d’investissement de financer cette OPA, afin de créer une superstructure internationale. Les deux enseignes sont présentes dans plusieurs pays : Espagne, Pologne, Roumanie, Taïwan, rappelle le quotidien.

"Merlot deviendrait le premier distributeur en France avec plus de 29% de parts de marché en France et une présence internationale unique dans 17 pays", expose le document envoyé par Lazard à des fonds d’investissement, et que Le Figaro a relayé. Le feuilleton dure depuis de longs mois désormais. Mais, en octobre dernier, Alexandre Bompard, le P-DG de Carrefour, avait mis fin aux négociations avant toute offre réelle. Celle-ci prévoyait, dans le détail, 21,5 euros par action et 70% payés en cash. Mais la famille Moulin, actionnaire numéro un de l’entreprise, voulait que l’intégralité soit payée ainsi, à 22 euros l’action.

Du côté d’Auchan, la famille Mulliez (AFM) détient 97% de l’entreprise et n’abandonne pas. Lazard a mis sur pied un document de 16 pages, comme le révèle Le Figaro. La volonté est de conclure l’opération d’ici la fin de l’année, mais l’échéance de l’élection présidentielle entre aussi en ligne de compte. Lazard estime que le chiffre d’affaires du groupe serait de 108 milliards en 2025, avec des marges en hausse et d’importantes synergies. Mais il faut aussi convaincre les autorités de régulation, avec, en ce sens, la possible cession de plusieurs centaines de magasins. Le Figaro évoque également l’attrait d’avoir un tel groupe constitué pour un investisseur unique. En attendant, les discussions se poursuivent entre toutes les parties.

 

 

https://www.capital.fr/entreprises-marches/auchan-carrefour-le-projet-de-rachat-relance-par-la-banque-lazard-1426290

Auchan-Carrefour: pourquoi les fonds lorgnent la grande distribution

Selon Bloomberg et Les Echos, la famille Mulliez aurait approché les gros fonds anglo-saxons KKR, CVC et CD&R pour les associer à une éventuelle nouvelle offre sur Carrefour. Trois mois après le rachat du distributeur anglais Morrisons par le fonds CD&R, justement, cela montre que les géants du private equity sont en train de changer leur regard sur la grande distribution.

C’est le dernier épisode du feuilleton Auchan-Carrefour: selon des informations de Bloomberg et des Echos le 5 janvier, la famille Mulliez discuterait avec des fonds d’investissement iconiques tels que KKR, CVC et CD&R pour les associer à une éventuelle nouvelle offre sur Carrefour. Les fonds s’intéresseraient-ils de nouveau à la grande distribution? Face à l’essor du e-commerce et au déclin des grands hypermarchés, sur fond de croissance démographique atone, ces dernières années, ils s’étaient détournés de ce secteur un peu poussiéreux, à l’exception de quelques LBO comme Maisons du Monde ou Action.

Le rachat de Morrisons, un tournant

"Depuis un an, ils sont redevenus extrêmement actifs, notamment au Royaume-Uni", pointe Nicolas Champ, analyste à Barclays. "Ce qui est plus étonnant, c’est qu’ils s’intéressent désormais au marché français, perçu comme plus compétitif et moins rationnel que beaucoup d’autres marchés en Europe." Selon lui, comme de nombreux observateurs, le rachat en octobre de l’enseigne de supermarchés britannique Morrisons par l'Américain CD&R, justement, après une bataille boursière qui a dopé sa valorisation, a créé un précédent. "Ce n’est donc pas surprenant que l’on retrouve plutôt des investisseurs anglo-saxons pour Auchan-Carrefour, inspirés par cette opération, au Royaume-Uni, et par la belle résilience de Walmart, aux Etats-Unis", décrypte Eric Bismuth, fondateur du fonds Montefiore. "Et si l’on compare à la moyenne du marché boursier, les valeurs de la distribution alimentaire sont à la traîne, donc se pose la question d’opérations de consolidation qui pourraient recréer de la valeur et attirer des investisseurs."

KKR, CVC et CD&R sont tous trois des mastodontes qui ont les moyens financiers d’un gros deal, et sont habitués à mener des restructurations, une étape malheureusement inéluctable si Auchan et Carrefour fusionnaient. Un point intrigue cependant Nicolas Champ: "selon le scénario de Bloomberg, les fonds apporteraient 6 ou 7 milliards pour se retrouver minoritaires. Or, habituellement, les fonds préfèrent être majoritaires." L’analyste se demande donc s’il n’y aurait pas derrière des cessions d’actifs qui permettraient de faire rapidement remonter du cash. En juin, Challenges avait justement révélé que Carrefour mettait Taïwan, le seul pays asiatique qui lui reste, et la Pologne en vente, et que le distributeur se posait aussi des questions sur sa filiale italienne, en difficultés. Dans la foulée, le groupe dirigé par Alexandre Bompard avait reconnu procéder à une revue d'actifs. En attendant d'y voir plus clair, l’action Carrefour, elle, a pris 10%.

Auchan, Couche-Tard, Casino... Quels sont les scénarios possibles pour Carrefour après ses deals avortés?

La grande distribution française est tellement concurrentielle qu'une consolidation semble s'imposer. Mais c'est loin d'être une mince affaire pour Carrefour. Alliance avec Couche-Tard, Auchan ou Casino, entrée au capital de Daniel Kretinsky, rachat par un fonds d'investissement... Challenges balaie tous les scénarios possibles pour Alexandre Bompard.

Imaginez la France de 2023. Quelque 300 hypermarchés "Carrechan", fusion de Carrefour et d’Auchan, quadrillent l’Hexagone. Sur leur fronton, un oiseau écarlate perché sur deux flèches, une rouge et une bleue. A Croix (Nord), le patron de ce nouveau leader du secteur, avec plus de 28% du marché, Alexandre Bompard, déballe le dernier carton déménagé de son ancien bureau de Massy, qui jouxte celui de son actionnaire principal, les Mulliez (Kiabi, Leroy Merlin ou Decathlon). Voilà le scénario futuriste que l’on aurait pu imaginer, il y a deux semaines, quand les Mulliez, propriétaires d’Auchan, discutaient encore d’un éventuel rachat de Carrefour avec son PDG, Alexandre Bompard. Mais le jeudi 7 octobre au soir, l’artisan du rapprochement entre Fnac et Darty a annoncé à son conseil renoncer à la création de cette nouvelle hydre à deux têtes. Pour l’énarque, après l’échec des discussions avec Jean-Charles Naouri, à l’automne 2018, et le veto mis par le gouvernement à une OPA amicale du canadien Couche-Tard sur son groupe, en janvier dernier, c’est le troisième projet de fiançailles qui capote.

Une consolidation nécessaire

Pourquoi tant de tentatives de mariages? S’il dit depuis son arrivée en 2017 à la tête de Carrefour que la grande distribution française, bien trop concurrentielle, doit se concentrer, Alexandre

 
Bompard assure depuis plusieurs mois que le groupe dont il a amorcé le redressement commercial et financier, peut très bien survivre seul. Officiellement, il étudie les opportunités quand elles se présentent, rien de plus. Mais un expert nuance: "Carrefour est pris en étau entre les discounters et la proximité. Alexandre Bompard essaie d’accélérer dans l’e-commerce mais n’a pas du tout les capacités d’investissement nécessaires pour opérer une révolution industrielle. Donc la seule course qui vaille, c’est la course à la taille, qui est dans son ADN, et celui de son directeur financier, Matthieu Malige." 
Au même moment, le patron connu pour avoir propulsé la valeur de l’action Fnac quand il dirigeait l’agitateur culturel, peine à faire bouger celle de Carrefour. De 22 euros avant son arrivée, elle plafonne désormais à 16 euros. "Carrefour avance, mais les marchés financiers ont du mal à croire à une amélioration durable des performances car la menace d’une réaction commerciale des indépendants Leclerc, Système U et Intermarché plane toujours, explique Nicolas Champ, analyste à Barclays. Et le débat sur l’avenir des hypermarchés en France perdure." Dans ce contexte, du côté d’Alexandre Bompard, la tentation d’une opération qui doperait le cours de Bourse, et permettrait à la famille Moulin-Houzé, premier actionnaire, de sortir, est grande. En face, la sous-valorisation du distributeur attire justement les prédateurs. En théorie, les planètes semblent donc alignées pour que Carrefour participe à la concentration de la grande distribution. En théorie.

Plusieurs obstacles

Car en pratique, la France est une terre dure, où les batailles semblent bien difficiles à mener. Premier obstacle: la diversité des armées en présence, qui vont des coopératives Leclerc, Système U et Intermarché, où chaque magasin a son propre propriétaire, à l’empire Casino, coté en Bourse mais appartenant à son PDG Jean-Charles Naouri, en passant par le nordiste Auchan dont l’avenir dépend de 800 actionnaires familiaux sans oublier les hard discounters allemands. Pire, dans le lot, "il n’y a pas beaucoup d’acteurs à acquérir, ajoute Clément Genelot, analyste à Bryan Garnier, Jean-Charles Naouri ne veut pas vendre." Et même si c’était le cas, le précédent Couche-Tard a révélé qu’aucun deal ne se ferait sans l’aval du gouvernement. "Ce sont des métiers d’hommes, qui impliquent des synergies liées à des réductions d’effectifs, et Carrefour est l’un des premiers employeurs privés du pays, pointe Nicolas Champ. Donc c’est sensible." 

Alors, fin des discussions? Non. "Elles vont continuer, rétorque l’analyste. Le secteur est bouillonnant." De l’avis de tous, il faudra juste attendre la fin de l'élection présidentielle. Soit tout juste six mois à patienter. Que se passera-t-il après? L’hypothèse la plus conservatrice serait celle d’alliances non capitalistiques. C’est le scénario défendu par le consultant Philippe Goetzmann, grand défenseur de la coopétition: "La grande distribution est à l’image du secteur de l’automobile: un métier de grande consommation, très difficile en termes de marges, où il est possible de rester concurrents tout en développant des plateformes communes." Laurent Thoumine, directeur retail Europe d’Accenture abonde, avec un avertissement: "Il faut des alliances plus fortes que de simples accords à l’achat. L’exemple intéressant, c’est Intermarché-Casino, un accord à l’achat complété d’une alliance technologique." 

Des scénarios plus ou moins sombres pour Carrefour

Deuxième scénario possible: des alliances capitalistiques, cette fois, entre distributeurs. Les discussions pourraient alors reprendre avec Couche-Tard, Auchan… voire Casino. Pour Jean-Charles Naouri, l’échéance de remboursement de sa dette, en 2023, approche, et il lui reste environ 1,7 milliard d’actifs à céder. Voilà qui nous mène à une dernière série de scénarios, plus sombre cette fois. En off, plusieurs observateurs imaginent une vente à la découpe de Casino, voire de Carrefour. "Je mise sur une vente à la découpe des groupes cotés, aux indépendants", estime ainsi un connaisseur sous couvert d’anonymat. "Quand Carrefour met ses magasins en location-gérance, il n’en est plus très loin. La somme de la valeur de chacun des magasins est peut-être supérieure à la valeur de l’entreprise." Le groupe vient d’ailleurs d’annoncer la cession en location-gérance de 16 nouveaux grands formats d’hypermarchés, dont des unités historiques parmi les plus grandes surfaces. 

Cette même source évoque aussi la possibilité que le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, déjà au capital de Casino et Metro, veuille aller plus loin dans la consolidation du secteur en Europe. "Il y a une hypothèse taboue, celle de faillites en masse de magasins, à l’image de ce qui s’est passé en Amérique du Nord", ajoute de son côté Laurent Thoumine. "On peut aussi imaginer que les fonds rachètent des distributeurs en se disant: quand des grands acteurs chinois entreront sur le marché, j’aurai un ensemble paneuropéen à leur vendre." L’exemple britannique (voir encadré ci-dessous) prouve qu’il ne s’agit pas de pure fiction. Gageons qu’Alexandre Bompard fera tout pour trouver d’autres options.

 

 

Les fonds remodèlent la distribution anglaise

Au terme d’une procédure d’enchères, la chaîne de supermarchés Morrisons a été rachetée 8,2 milliards d’euros, le 2 octobre, par le fonds d’investissement américain Clayton, Dubilier & Rice (CD&R). Avec ses 500 magasins, le quatrième distributeur anglais pèse 10% du commerce alimentaire au Royaume-Uni. Un an plus tôt, c’est l’enseigne Asda, numéro trois du marché, qui passait sous le contrôle de deux milliardaires, Zuber et Mohsin Issa, à parité avec le fonds TDR Capital. "En Grande-Bretagne, le régulateur impose aux distributeurs d’avoir les mêmes prix partout sur le territoire", indique Nicolas Champ, analyste chez Barclays. "Or, les fonds ont besoin de visibilité sur la marge, le cash-flow." Et même si les discounters allemands Aldi et Lidl sont très actifs outre-Manche, Morrisons est en forte croissance grâce à la qualité de ses produits frais et à son approvisionnement local. Son nouvel actionnaire pourrait d’ailleurs ne pas en rester là, selon Laurent Thoumine, directeur Europe Retail d’Accenture.

Par Kira Mitrofanoff

Pour Rallye, c'est "probablement le début de la fin" selon Muddy Waters
 
Muddy Waters refuse de se réjouir de la mise sous sauvegarde de Rallye

(BFM Bourse) - L'entrée en procédure de sauvegarde des holdings de la galaxie Naouri, en difficultés financières, "marque probablement le début de la fin de cette structure de financement parasite de Casino", estime Muddy Waters, qui avait tiré la sonnette d'alarme dès 2015. Le fonds américain se refuse pour autant à se réjouir de ces derniers développements, et regrette les tentatives pour faire taire ses critiques.

En décembre 2015, Muddy Waters Capital avait mis en garde le marché contre Casino, Rallye et leur management, en particulier Jean-Charles Naouri.

Nous avions déclaré, a rappelé Muddy Waters dans une déclaration rédigée directement en français, "que Casino était en train d’être vidé de sa substance afin de supporter le fardeau de dette insoutenable des holdings situées au-dessus de lui. Nous avons également précisé que Casino était en train d’induire les investisseurs en erreur sur ses finances afin de perpétuer cette structure qui sert essentiellement les intérêts d’un seul individu: M. Naouri".

L’annonce de l’entrée en procédure de sauvegarde de Rallye, Finatis, Euris et Foncière Euris, à cause de difficultés financières, "marque probablement le début de la fin de cette structure de financement parasite de Casino depuis des années", estime le fonds dirigé par le financier américain Carson Block. "C’est aussi une justification retentissante des avertissements que nous avons lancés en 2015. Cependant, nous ne nous réjouissons pas", insiste Muddy Waters.

En effet, faute d'avoir pris plus tôt des mesures, Casino est aujourd'hui en moins bonne position. "Depuis environ trois ans et demi que nous avons soulevé ces questions, M. Naouri a été autorisé à poursuivre le siphonage de Casino, de ses actifs et de ses liquidités. Si ce déshabillage avait été arrêté à un moment donné, Casino serait une entreprise plus forte qu’aujourd’hui. Cependant, au lieu de prêter attention au message, certaines personnes ont plutôt passé leur temps à se concentrer sur le messager. En raison de la poursuite du siphonage, Casino est plus vulnérable à la concurrence étrangère et sa capacité à assurer l’emploi de plus de 220 000 travailleurs est moins certaine". Le fonds cite également les banques françaises et les investisseurs qui ont perdu de l'argent dans Rallye et les autres sociétés holding du groupe.

"Indépendamment de la tentative de ces entreprises d'imputer leurs échecs à des "attaques spéculatives", ces procédures judiciaires sont la conséquence directe de la mauvaise gestion et de l'égoïsme de M. Naouri. C'est lui qui a ordonné à ces sociétés de se transformer de facto en folle structure de type hedge-fund. Les marchés financiers, dont il s'était autrefois fait le champion, n'ont fait que s'en rendre compte - malgré l’obscure comptabilité que ces sociétés employaient", affirme Muddy Waters.

Plus grave encore selon le fonds, à la fin de l'année 2016 "il nous a été clairement indiqué que M. Naouri avait obtenu le soutien de certaines personnes influentes", ce qui l'a amené à clôturer ses positions de vente à découvert et à annuler la publication d’un nouveau rapport sur Rallye et Casino. "Une enquête de l’AMF (Autorité de Marchés Financiers) nous concernant est en cours. S'il est trop tôt pour savoir quel sera son résultat, il est clair que, jusqu'à aujourd'hui, la France est un lieu peu accueillant pour les investisseurs qui sont aussi des lanceurs d’alerte", déplore le fonds.

"Nous sommes sceptiques et notre scepticisme a malheureusement été étouffé. Le résultat est que les investisseurs, les prêteurs et les employés de Casino sont moins bien lotis parce que nous avons été bâillonnés, tandis que la prédation de M. Naouri a été autorisée à se poursuivre".

Pour autant, Muddy Waters espère "que les procédures de sauvegarde qui en résultent renforceront Casino, préserveront, voire créeront des emplois". De plus, "nous encourageons l'AMF à diriger davantage son focus sur les avertissements des sceptiques que sur les sceptiques eux-mêmes"...

Guillaume Bayre - ©2019 BFM Bourse

 

https://www.tradingsat.com/rallye-FR0000060618/actualites/rallye-pour-rallye-c-est-probablement-le-debut-de-la-fin-selon-muddy-waters-863757.html

Les coulisses de la bataille entre Carrefour et Casino
 
 
 

Les communiqués de presse des deux groupes publiés ce matin cachent en réalité une tension forte depuis le début de l’année. Les deux géants de la distribution ont bien envisagé de s’allier. Mais les discussions ont tourné court. Récit.

L'actionnaire caché de Carrefour

 

Il convient de féliciter les radios et les télés qui, ce week-end, ont consacré de nombreux reportages aux mouvements de grève chez Carrefour sans même citer l'identité de son actionnaire clé, le richissime propriétaire de LVMH, Bernard Arnault. Un exploit d'autant plus remarquable que la situation actuelle du distributeur doit beaucoup à la gestion dudit Arnault.

En 2007, en compagnie du fonds d'investissement Colony, le milliardaire du luxe lance un raid sur Carrefour et paie l'action 53 euros. Mais, peu à peu, la valeur du titre commence à baisser. En 2011, pour tenter de retrouver sa mise, Bernard Arnault exige la vente des 800 magasins sous l'enseigne Dia que possède Carrefour, et qui assurent 12 % de son chiffre d'affaires.

Trois ans plus tard, Carrefour rachète pour 650 millions d'euros ces mêmes magasins Dia. Avec, à la clé, grâce à une opération complexe d'échanges d'actions, une superbe plus-value pour Colony et Arnault. Parallèlement, des ventes de biens immobiliers sont décidées par le conseil d'administration, qui permettent d'améliorer encore le résultat net par action.

Selon les calculs du "Monde" (11/2), chaque année, la moitié des bénéfices de Carrefour partait sous forme de dividendes dans les caisses des deux principaux associés. Il ne restait évidemment plus beaucoup d'argent pour les investissements du géant français de la distribution. Pendant ce temps-là, ses concurrents, les centres Leclerc en tête, lui piquaient des parts de marché. Sans parler d'Amazon ou de Cdiscount, filiale du groupe Casino, qui en ont  profité pour prendre de l'avance dans le commerce électronique.

Depuis, Colony a laissé la place à la famille Moulin, propriétaire des Galeries Lafayette. L'action Carrefour, qui, il y a onze ans, valait 53 euros, atteint à peine les 16,80 euros aujourd'hui. Le nouveau pédégé, Alexandre Bompard, qui vient d'être nommé, a prévu des cessions de magasins à des franchisés et a annoncé le départ de 2400 salariés.

Mais pas question pour les médias d'insister sur la responsabilité de Bernard Arnault dans cette déconfiture : Carrefour et LVMH figurent parmi les plus importants annonceurs publicitaires de l'Hexagone.

Voilà qui justifie quelques trous de mémoire...

 

Le Canard enchaîné, 4/04/2018

 

Le poids encore prédominant des hypermarchés, supermarchés et discounters dans les ventes de détail cache une autre réalité : ce commerce ne cesse en fait de reculer.

 

 

 

Serions-nous en train de vivre les derniers jours du caddie ? C'est quasiment ce que sous-entend une étude Xerfi publiée mardi 18 février. On y lit que le modèle traditionnel de la distribution alimentaire en France, centré autour de l'hypermarché, est à l'heure d'internet et du développement des réseaux de proximité, de "moins en moins adapté aux attentes des consommateurs" et doit se réinventer pour survivre.

 

 

La France compte aujourd'hui près de 2.000 hypermarchés et quelque 10.500 supermarchés et discounters qui génèrent un chiffre d'affaires global de 118 milliards d'euros.

 

Malgré un poids encore prédominant - 64% des ventes de détail - ce "grand commerce alimentaire", ne cesse en fait de reculer et son équilibre n'a jamais été aussi fragile, estime Xerfi.

 

"Les modèles trop peu différenciés et le gigantisme des magasins sont en effet de moins en moins adaptés aux attentes des consommateurs", note le cabinet.

 

Par ailleurs, la consommation alimentaire, qui n'a progressé que de 7% depuis 2005, "restera modeste, coincée sous la barre des 1% en volume jusqu'en 2015", d'après les calculs des experts de Xerfi-Precepta, ne laissant que peu d'espoir d'une reprise "mécanique" de la progression des volumes.

 

Dans ce contexte, le commerce alimentaire "doit se réinventer (...), d'autant que la 'crise de l'hypermarché' n'a pas profité aux autres catégories de distributeurs" que sont les commerces alimentaires spécialisés ou les petits commerces généralistes, lesquels continuent eux aussi à perdre des parts de marché.

 

Pour Xerfi, les enseignes doivent notamment "se rapprocher du consommateur", non plus seulement géographiquement, mais en proposant une "offre différenciante (produits régionaux et du terroir, traçabilité, segmentation ethnique de l'offre)" et en impliquant directement les clients via des "test-produits, sourcing d'idées ou encore de conception-création de nouveaux produits".

 

La complémentarité des réseaux physique et internet est par ailleurs la "condition sine qua non" de la survie des groupes de grande distribution alimentaire, jugent les auteurs de l'étude.

 

Cela passera par les drives (points de retrait en voiture de courses commandées sur internet), mais également par le développement de sites internet "de plus en plus interactifs", une présence accrue sur les réseaux sociaux et une refonte "de toute urgence" des magasins pour enrayer la fuite de la clientèle vers la concurrence, physique (circuits courts, sites de producteurs...) ou virtuelle (sites d'épicerie fine).

 

La distribution alimentaire devra enfin se saisir des "opportunités liées aux objets connectés et au big data" (données), qui peuvent "être monétisées auprès des fournisseurs et des clients finaux (...), faciliter la gestion des stocks" ou encore "fluidifier le parcours des clients".

(Avec AFP)

 

 

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