Il est urgent de recapitaliser le Crédit Agricole.

Publié le par ottolilienthal

Un rapport de l’OCDE vient de faire état d’un manque de fonds propres des banques européennes de 84 milliards d’euros. Sur ce montant le Crédit Agricole représente un montant de 31,5 milliards, soit un peu moins de 40% de toute l’Europe. Cette situation fragilise à la fois le système bancaire français et l’union bancaire européenne. La nouvelle a fait le tour  du monde de l'Arabie Saoudite à la Chine.

 

Elle ne menace cependant pas les dépôts de la banque. 

 

L’État devra-t-il user une fois de plus de l'argent des contribuables et emprunter pour ce faire? Pour certaines classes d'actifs, les modèles de certaines banques françaises sont relativement agressifs : pour un niveau d'exposition donné, ils associent un niveau de capital règlementaire légèrement plus faible que la moyenne européenne, signale Thierry Grunspan, directeur du département des services financiers a Standard & Poors'.

 

Il est troublant de lire dans Le Monde "lundi (28 janvier) , après le buzz médiatique suscité par l'étude mise en ligne sur son site, l'OCDE a pris ses distances. « Les auteurs de l'étude sont responsables de leur méthodologie et de leurs opinions, qui ne reflètent pas la position de l'OCDE ni celle des pays membres », souligne l'organisation.

 

L'OCDE n'a pas communiqué. L’étude est assortie de la mention habituelle des institutions multinationales qui les dégage de la responsabilité éventuelle de leurs publications. Elle émané du département économique de l'OCDE. Tenter de discréditer cette étude n'est pas de nature à crédibiliser la banque.

 

Où est le Crédit Agricole ?

 

Lors d’un post précèdent, je m’étais ému de constater que le Credit Agricole était la banque européenne dont le coefficient de fonds propres insuffisant (2,2%) était bien en deçà de l’obligation de 3% au 31 décembre 2013 imposée par Bâle III.

 

La Federal Deposit Insurance Commission qui supervise les banques aux États-Unis a épinglé récemment le Crédit Agricole.

 

A aucun moment la banque des agriculteurs n’a communiqué sur ce sujet, moins encore annoncé un plan de recapitalisation. Au moins, la Deutsche Bank dont le manque est de 19 milliards selon le rapport de l’OCDE, a-t-elle annoncé depuis plusieurs mois la cession de 500 milliards d’euros, soit 20% de son bilan et une augmentation de capital de 8 milliards d’euros.Les ventes de ses actifs internationaux se poursuivent, mais la vente des actifs grecs a généré une perte de 3,2 milliards d'euros, selon La Tribune.

 

Tout se passe comme si le conseil d’Administration et la direction du Crédit Agricole pratiquaient la politique de l’autruche et un déni qui fait insulte aux obligations de transparence imposées aux banques. Qui plus est, la banque publie un ratio de fonds propre de 11% au 30 septembre 2013.

 

Elle vient d'emettre des obligations subordonnées pour renforcer ses fonds propres, avec une notation de BB+ et un taux de 7,875%. Elle est de surcroit en infraction aux obligations d'information des sociétés cotées en Bourse. Il suffit de se renseigner pour connaitre le retentissement de l'information concernée.  Elle vient d’émettre avec succès des obligations subordonnées a un taux de 7.875% avec une notation de BB+, en-dessous du niveau conidere comme "investment grade".

 

Où est la Banque de France ?

 

La première question qui vient à l’esprit est de savoir quelle attitude la Banque de France.Son attitude en matière bancaire soulève des questions de fonds.

 

Elle vient de critiquer le fait que la Commission Européenne, in casu Michel Barnier, a envoyé au Parlement une proposition de directive visant a restreindre le négoce sur fonds propres (proprietary trading) par les principales banques européennes.

 

Le gouverneur de la Banque de France considère le projet comme irresponsable et annonce -ce qui est contraire aux projets européens qu'il n'ira pas plus loin que la loi française. Quant à Pierre Moscovici, il accuse la Commission de favoriser Londres contre Paris et Francfort,  ce qui est rigoureusement inexact: la City n'aime pas la Volcker Rule.

 

Alors que les États Unis viennent de publier l’accord entre les sept agences gouvernementales concernées sur la règle de restriction de ce négoce connu sous le terme de Volcker Rule, l’Europe fait un pas timide pour limiter ce qui a été a l’origine de l’affaire Kerviel ou de la « baleine de Londres » chez JP Morgan.

 

Le projet de la Commission européenne, présenté mercredi, prévoit une interdiction du trading pour compte propre par les banques et une séparation entre les métiers traditionnels liés à la collecte de dépôts et les autres activités de trading, qui devront être logées dans des filiales dédiées » précise le Nouvel Observateur.

 

"Ce que nous faisons précisément c'est de donner aux superviseurs le pouvoir d'imposer la filialisation de banques trop grosses pour faire faillite, trop complexes pour être résolues sans crise systémique et trop chères à sauver avec des fonds publics, lorsque ces banques prennent des risques excessifs" a rétorqué Michel Barnier.

 

Sur le Crédit Agricole, pas un mot n’est venue de la banque centrale ni de la Commission Bancaire. Or, jusqu'à ce que la Banque Centrale Européenne dispose effectivement des moyens d’intervention prévus par la directive sur la résolution des crises bancaires, c’est la Banque de France qui est en charge du contrôle prudentiel des banques en France.  

 

Où sera la Banque Centrale Européenne ?

 

L’audit effectué  en ce moment par la BCE risque d'épingler le Crédit Agricole comme le mauvais élève des 124 banques de l’Eurozone. Cet audit est une condition de l’acceptation par la BCE de jouer un rôle d’autorité suprême de contrôle. Il est essentiel que la situation soit rétablie avant que cet audit soit publie en septembre 2014.

 

L'OCDE estime que la BCE qui utilise une méthode différente de calcul des déficits, arrivera aux mêmes conclusions à l'issue de son audit et de ses tests de résistance des banques européennes. Selon Reuters, l'OCDE et le Crédit agricole n'étaient pas immédiatement disponibles pour commenter cette information

 

Où est Bercy?

 

La Banque de France n’est pas la seule à être complaisante, voire négligente. Bercy continue a nous arroser de communiques lénifiants auxquels la Fédération Bancaire Française  se joint en défendant la sante du système. Le risque d'une crise majeure du Crédit Agricole pèsera cependant sur le Trésor français que, fort heureusement, Ramon Fernandez continue de diriger. Dans la situation d'endettement de la France une intervention massive (il s'agirait de plusieurs centaines de milliards d'euros) déstabiliserait le crédit de la France et pourrait entrainer le pays et l’Europe dans une crise systémique.

 

Les caisses régionales agricoles devront intervenir.

 

La France a comme principe, tous partis réunis, que l’agriculture est la mamelle de la France. S'attaquer au lobby de la FNSEA équivaut à un suicide politique.

 

Le problème est que les conséquences  constituent un risque systémique. Ces caisses ne peuvent pas a elles seules renflouer le Crédit Agricole.

 

Qui plus est elles ne manqueront pas d’attribuer la faiblesse de la banque aux diverses spéculations dont elles considèrent que Calyon, maintenant Crédit Agricole CIB, s’est rendue coupable.

 

L’État devra participer au renflouement du navire.

 

Une opération de restructuration du Crédit Agricole s'impose si nous voulons éviter que ce soit cette banque qui provoque la crise bancaire de 2014.

 

 

 

 

 

 

 

 

Georges Ugeux

 

 

 

Georges Ugeux, PDG de Galileo Global Advisors, une banque d'affaires internationale a New York. De 1996 a 2003, il a été Executive Vice President International du New York Stock Exchange. Il donne un séminaire à la Columbia Law School sur les systèmes bancaires et financiers européens. Il est également l'auteur de La trahison de la finance, chez Odile Jacob.

 

http://finance.blog.lemonde.fr/

 

Le Crédit Agricole aurait-il un problème avec les lanceurs d'alerte ?

Une analyste financière a été licenciée après avoir alerté la direction sur les manquements à la déontologie de son supérieur hiérarchique, dangereux pour la banque, selon elle.

http://www.challenges.fr/finance-et-marche/20141003.CHA8544/le-credit-agricole-aurait-il-un-probleme-avec-les-lanceurs-d-alerte.html

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Commenter cet article

trafic organique 10/10/2014 10:14

Cette situation fragilise à la fois le système bancaire français et l’union bancaire européenne.

surendettement 09/04/2014 12:12

Que faire dans le cas de surendettement agricole ?

rachat credit 03/04/2014 16:37

la crise bancaire de 2014 est un mensonge