Pagaille gauloise et jardins à la française

Publié le par ottolilienthal

 

 

La France se traîne. Fin 2013, sa production était à peine revenue à son niveau d'avant-crise. Sa population continuant de progresser, le revenu par tête est aujourd'hui inférieur de 3 % au niveau constaté début 2008 - un niveau qu'il ne retrouvera pas avant plusieurs années. Un examen attentif des chiffres publiés vendredi par l'Insee ne laisse guère d'espoir. La consommation résiste à grand-peine. Les dépenses publiques, qui ont encore soutenu l'activité l'an dernier, vont fléchir. Le commerce extérieur a de nouveau pesé sur la croissance l'an dernier. Les pays avancés qui sont repartis de l'avant accroissent peu leurs importations, et les pays émergents en déficit courant (plus du quart de la population mondiale) les compriment. Les entreprises ont accru leurs investissements à la fin de l'an dernier, mais surtout pour acheter des camions avant un durcissement du bonus-malus écologique.

 

Dans cette morosité ambiante, la question de l'attractivité de la France devient cruciale. Car une entreprise étrangère qui vient s'implanter en France apporte ses capitaux (capitaux qui manquent cruellement au tissu d'entreprises nationales) pour investir et exporter. Dans l'industrie par exemple, les étrangers implantés en France emploient le quart des salariés et font le tiers des exportations. Or les états-majors des grandes entreprises mondiales hésitent de plus en plus à venir en France. Les dirigeants de leurs filiales françaises l'ont dit solennellement dans « Les Echos » fin décembre. Des grands patrons vont l'expliquer aujourd'hui à l'Elysée, lors du Conseil stratégique de l'attractivité. Ramené en langage de la vie quotidienne, leur message aux Français est simple : rangez votre chambre ! Vu à travers la porte du monde, le pays est une immense pagaille. Son armoire à impôts, sa commode à cotisations sociales et son coffre à réglementations sont parmi les plus imposants au monde.

 

Mais le pire est ailleurs : toutes les portes et les tiroirs sont ouverts, et le pouvoir passe son temps à toucher à tout. Le président avait évoqué une baisse de l'impôt sur les sociétés qui s'est transformé en hausse. Les charges sociales ne doivent plus augmenter mais on relève la cotisation retraite. Les députés ont voté l'an dernier un assouplissement bienvenu du contrat de travail dans les entreprises en difficulté, tout en créant parallèlement de nouvelles contraintes qui touchent toutes les grandes firmes. Chaque année, des dizaines d'impôts changent d'assiette, de taux, de mode de calcul. Les Français sont censés se repérer dans ce fouillis en mouvement perpétuel. Mais les étrangers déroutés préfèrent investir ailleurs.

 

Il est temps, il est urgent de retrouver des architectes qui savent dessiner des jardins… à la française.

 

 

 

 

 

Écrit par Jean-Marc VITTORI
Editorialiste
jmvittori@lesechos.fr

 

http://www.lesechos.fr/opinions/edito/0203320005188-pagaille-gauloise-et-jardins-a-la-francaise-650884.php

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