Le communiqué nord-coréen de l'Élysée

Publié le par ottolilienthal

 

Croissance zéro, emploi en baisse : la présidence et le gouvernement se félicitent !

 

 

Le compte rendu du conseil des ministres de ce mercredi 21 mai comporte un long communiqué sur "la situation de l'économie". Il émane de deux membres du gouvernement : "le ministre des Finances et des Comptes publics et le ministre de l'Économie, du Redressement productif et du Numérique". Devant ces titres à rallonge, on hésite entre la Corée du Nord et le Père Ubu.

 

Mais, bon, ce texte semble annoncer de bonnes nouvelles : "Le dynamisme de l'activité en zone euro au premier trimestre confirme que la reprise est à l'oeuvre." Le problème, c'est qu'on ne semble pas bien s'en rendre compte en France. Une croissance zéro au premier trimestre vient d'être annoncée. Mais Michel Sapin (le ministre des Finances et des Comptes publics) a fait cette déclaration pleine d'entrain : "Ce n'est pas grave, cela conforte toute la politique que nous menons aujourd'hui." Quelques jours auparavant, il avait déclaré, dans une interview au Monde, qu'"il faut faire des additions dynamiques". Zéro + zéro = ?

 

L'avalanche de bonnes nouvelles dans ce communiqué ne s'arrête pas là. L'Insee a annoncé cinq jours auparavant une "légère baisse de l'emploi au premier trimestre 2014" ? Ce n'est pas une raison pour se laisser abattre. Cette destruction nette de 23 600 emplois en trois mois n'est que "la conséquence mécanique de l'essoufflement passager". Chaque mot compte !

 

La vérité... avec trois mois de retard

 

D'autant plus, ajoutent les deux ministres, que "cette baisse est intégralement imputable au secteur de l'intérim". Tiens, tiens... Il y a trois mois, le 26 février exactement, le ministère du Travail, alors sous la responsabilité du même Michel Sapin, annonçait une hausse de 0,3 % du chômage en janvier. Mais, déjà, ce n'était pas grave : la "bonne tenue de l'intérim" - c'était écrit en ces termes dans le communiqué - annonçait des jours meilleurs. En réalité, les chiffres de l'intérim étaient déjà déprimants, avec une activité en baisse durant vingt-cinq mois consécutifs. Mais il n'était pas question d'en faire état : un miracle pouvait toujours se produire. Comme tel n'a pas été le cas, le travail temporaire, hier porteur d'un message d'espoir comme indicateur avancé de la conjoncture, est aujourd'hui considéré comme une activité marginale qu'il ne faut plus vraiment prendre en compte.

 

Pour garder cette bonne humeur officielle, il va falloir continuer à ignorer l'activité de l'intérim : celle-ci continue à baisser dans la première quinzaine de mai.

 

Mais le réalisme n'est pas de mise dans le communiqué élyséen sur l'avenir radieux de l'économie française : "Pour le deuxième trimestre, les effets de contrecoup observés en début d'année devraient se dissiper, permettant de redynamiser l'activité." Et donc, "ce contexte légitime la stratégie du gouvernement qui vise l'accélération de la croissance et de l'emploi".

 

À ce stade de déni, quelle mauvaise nouvelle pourrait cesser de "conforter" et de "légitimer" des ministres autosatisfaits ?

 

Sophie Coignard

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article