Rendement énergétique : nous sommes dans le déni !,

Publié le par ottolilienthal

 

 

Je relisais les commentaires au billet de Timiota et je me disais qu’on est toujours dans une forme de déni : on fait confiance à notre ingéniosité, on a tendance à penser qu’il suffirait de s’y atteler pour remettre notre monde sur des rails.

 

Effectivement, si on examine un problème en particulier, si grave soit-il, on arrive toujours à imaginer une solution, même bancale, même temporaire, mais une solution !

 

Et on oublie de prendre en compte – au moins – deux paramètres cruciaux pour le fonctionnement de nos sociétés telles que nous les avons organisées:

 

- la source originelle d’énergie, sans quoi rien n’est possible : le pétrole. Sa pensée est tellement imprégnée dans tous les aspects de nos vies que nous le considérons comme acquis, inconsciemment. Combien de litres de pétrole ont dû être utilisés pour chaque éolienne raccordée ? (ne serait-ce que pour extraire et transformer les tonnes de néodyme [terre rare] indispensables à son fonctionnement). Même les énergies dites renouvelables ne sont qu’une extension de notre pétro-système. Le nucléaire aussi, dans une large mesure.

 

Notons aussi que l’électricité n’est pas une énergie primaire ; sa production nécessite des convertisseurs, pour reprendre le terme de Yves Cochet.

 

C’est comme si on planifiait de longs voyages en voiture sans penser une seconde au ravitaillement en carburant ; le réservoir doit se remplir tout seul, « je sais pas, j’ai jamais regardé… »

 

- la nécessité de maintenir la cohérence de l’ensemble de notre supply-chain globale, maintenir les flux matériels et financiers, sous peine d’effondrement. Pour reprendre l’exemple de l’éolienne, il faut considérer que le caractère intermittent de sa fourniture d’électricité doit être compensé par des batteries ou autre système onéreux, que le réseau électrique lui-même doit s’y adapter (à grands frais ; les Allemands ont de gros problèmes avec leurs 13% de « renouvelables »), que le retour sur investissement est bien plus long que dans d’autres secteurs (d’où les nécessaires subventions) et que l’État doit adapter sa fiscalité pour ne pas perdre de recettes. J’ai dû en oublier, mais même avec ça, je doute sérieusement de la viabilité du système ; on a dû tabler sur les améliorations technologiques et les économies d’échelle ; ça me paraît bien maigre.

 

Pendant qu’on discute, la consommation d’énergie fossile continue d’augmenter.

 

Comme le pétrole est à la peine, c’est le charbon qui s’y colle (noter sa nette accélération en 2001, date d’entrée de la Chine dans l’OMC ; pas très clair sur le graphique, mais vérifié).

 

Et comme on arrive au bout des réserves d’anthracite, on tape de plus en plus dans les réserves de lignite, beaucoup plus polluant et moins énergétique…

 

Et après ?

 

On installe 5000 centrales nucléaires d’un claquement de doigts, ou bien on mise tout sur notre pipi ? Encore faudrait-il qu’il nous reste un peu d’eau potable !

 

En parallèle les banques centrales s’installent pour de bon à la table du grand casino et entérinent la « death-cross » illustrant le billet ; celle qui confirme, s’il en était encore besoin, que la finance spéculative est totalement déconnectée de la réalité.

 

Merveille de la pensée magique, nous imaginons pouvoir nous soustraire aux lois de la physique ; telle est notre arrogance suprême.

 

Stéphane Feunteun

 

 

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