"Fait maison" : la farce d’une loi pro-ragougnasse

Publié le par ottolilienthal

 

Avec le "fait maison", le pouvoir socialiste prouve une nouvelle fois son talent à transformer en réglementation foireuse une idée tout à fait respectable. C’est la notion de "restaurant" elle-même qui devrait être réglementée. Comme pour les boulangeries. Les moins scrupuleux auraient droit à l’enseigne de "mangerie" ou de "comptoir alimentaire".

 

 

Au terme d’une litanie arlésienne ayant eu besoin de six tentatives pour voir le jour, le gouvernement a fait adopter par le Parlement une loi sur le « fait maison » qui est entré en vigueur hier dans des conditions annonçant la foire d’empoigne. Admirons le talent récurrent du pouvoir socialiste à transformer en réglementation foireuse une idée tout à fait respectable. De quoi s’agit-il ? De signaler par un label distinctif , dans le magma des différentes formes de restauration, les plats préparés sur place par un artisan cuisinier afin de pas les confondre avec des mixtures industrielles réchauffées puis assemblées à la commande. Et les médias de vanter l’aspect révolutionnaire de cette mesure, comme si l’on allait enfin pouvoir bien manger en France.

Première entorse à l’esprit initial de la démarche, inspirée par des professionnels las de se trouver dans le même torchon que les revendeurs de malbouffe, le « fait maison » n’est donc pas le « frais maison ». Un plat préparé en totalité avec des produits surgelés, même si ceux-là proviennent d’un abattoir roumain, peut donc bénéficier de l’heureuse distinction pourvu qu’il ait été cuisiné sur place. Il fallait bien satisfaire l’exigence de certains syndicats de l’hôtellerie dont un grand nombre d’adhérents, suréquipés en congélateurs, n’auraient pu prétendre au fameux label si la condition du frais avait été obligatoire. Aucune objection à ce que l’on utilise des légumes et des poissons passés par le froid dans la mesure où cette technologie présente aujourd’hui un niveau de qualité exemplaire. Sauf quand ce n’est pas le cas… Et là, les margoulins seront logés à la même enseigne que les honnêtes gens, à l’insu total de la clientèle, puisque non mentionné.

Deuxième transgression au projet fondateur, la seule exigence d’une transformation « sur place » ne constitue en rien une garantie professionnelle. Même travaillée sur place, la merde reste de la merde. Nous préfèrerons toujours un hachis parmentier fabriqué en usine dans les règles de l’art, et gustativement bon, car il en existe de plus en plus, à une purée douteuse garnie de viande improbable par un commis incertain dans un pseudo bistro où le « plat du jour » est inscrit sur une ardoise. Avec le « fait maison », les soi-disant repaires du terroir agencés « à l’authentique » vont évidemment tirer leurs marrons du feu. Et le client néophyte de tomber dans le panneau. Certes, les abus du camp d’en face, où l’on se contente de chauffer au micro-ondes le contenu d’un sachet en plastique découpé aux ciseaux, sur lequel on pose un brin de ciboulette au moment de le servir, sont tout aussi condamnables. Et comme un grand nombre de restos joue sur les deux tableaux, pas facile d’isoler le bon grain...

 

 

Qui choisira la blanquette des usines Tartemole à Tréfouilly-les-Gargotes ?

Les vrais cuisiniers s’activant dans un vrai restaurant n’ont pas besoin de signaler par un logo la vertu de leurs préparations car c’est toute leur prestation qui est faite maison. D’autant que leur clientèle n’a pas non plus besoin de ce genre de garantie pour savoir où bien se restaurer. Le logo « ici on respecte le client » a toujours un arrière goût de mauvaise conscience. Impliquant le fait d’admettre qu’il y a deux poids et deux mesures dans leur cuisine, on imagine la gène, pour ne pas dire la honte, des cuisiniers professionnels contraints désormais d’avouer publiquement que, sur les vingt plats de leur carte (disons cinq entrées, cinq poissons, cinq viandes et cinq desserts), seulement huit ou douze sont réalisés sur place de leurs mains. Gageons que fort peu seront ceux qui s’y risqueront et que le fait maison restera parfois aux oubliettes. Quelle image pour une profession bardée de toques et d’étoiles…

Et quid des plats non distingués par un « fait maison », dont la solitude accablante les condamnera au rejet immédiat du client ? Qui, s’asseyant à table et consultant le menu, dira : « Moi je ne veux pas de ce navarin d’agneau préparé par le chef avec des légumes de saison, je préfère cette blanquette en barquette fabriquée par les usines Tartemole à Tréfouilly-les-Gargotes » ? Mais de qui se moque-t-on ? Le ministre qui a fait passer cette loi prendrait-il le consommateur pour un enfant du bon dieu ? Espère-t-il ainsi obliger les assembleurs à se convertir au fait maison ? On rêve.

 

 

La « répression des fraudes », a perdu plus de 600 agents en cinq ans !

Hypocrisie supplémentaire de cette loi, la carence flagrante de moyens dont disposent les pouvoirs publics pour la faire appliquer. Démantelée par le gouvernement Fillon sous la pression d’un Medef lassé par le zèle tatillon de certains fonctionnaires exigeants, la DGCCRF, notre célèbre « répression des fraudes », a perdu plus de 600 agents en cinq ans avant de passer de l’autorité centrale du ministère à celle directe des préfets, sous le titre charmant de Direction départementale de la protection des populations. Autant dire que les affaires interrompues, enterrées ou classées sans suite, sont désormais légion, le patronat local ayant une certain don pour le chantage à l’emploi chaque fois que l’Etat menace de mettre son nez là où il ne faut pas ou de sanctionner une infraction. Et comme la finance a désormais tous les droits à l’Elysée… Autant réduire davantage la vitesse sur les routes tout en supprimant un quart des radars. Résultats garantis, on appuie sur le champignon. Le nerf de la guerre est là : combien sont les inspecteurs disponibles qui iront contrôler la véracité du « fait maison » dans la restauration ? On rigole en douce dans les arrière-cuisines.

La vraie bonne mesure, mais trop courageuse, eut été d’appliquer la jurisprudence Raffarin sur la boulangerie, qui est l’endroit où le boulanger pétri et cuit son pain. C’est la notion de « restaurant » elle-même qui devrait être réglementée, en n’accordant ce statut qu’aux établissements dont le cuisinier n’utilise strictement que des produits frais (ou de bonne surgélation, mais en l’indiquant) transformés sur place. Les autres auraient droit à l’enseigne de « mangerie » ou de « comptoir alimentaire ». Se contenter de signaler sur la carte les plats ayant droit à une petite casserole et un toit ouvre la porte à toutes les dérives et confusions possibles. Le vrai problème est que tout le monde touche un peu à tout. Qui délimitera le seuil en de ça duquel un plat n'est pas fait maison et celui où il peut commencer à y prétendre ? La belle affaire.

Cette mesure est la dernière farce hollandienne du moment, donner au citoyen la sensation que le gouvernement se soucie de son bien-être et de ses intérêts en pondant des lois à la con dont on sait pertinemment, pour les avoir rendues ineptes, qu’elles sont inapplicables. La ragougnasse a de beaux jours devant elle.

 

Perico Legasse

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