Monaco, ombres et lumières

Publié le par ottolilienthal

La justice monégasque sur le gril

Mélange des genres, opacité, petites affaires entre amis... La justice de Monaco n'est pas exempte de tout reproche. Le Conseil de l'Europe s'en émeut.

 

 

Plongée dans les coulisses de la Banque Pasche, ancienne filiale du Crédit mutuel visée par une enquête pour blanchiment. Un parcours très liquide.

 

Petit bout de Crédit Mutuel sur le rocher monégasque jusqu'en novembre 2013, la banque Pasche Monaco, filiale de l'établissement français, a fait honneur à la réputation de la maison mère. Comme elle, le comptoir a su parler à ses clients, et les écouter d'une oreille si attentive que Pasche a hérité d'un petit surnom en principauté. La banque cash. Plus qu'une réputation dans l'Etat-confetti, des lettres de noblesse bancaire. Que les documents parcourus par Bakchich ne désavouent pas. Ils valent largement attestations….

 

Et il ne s'agit pas seulement des facilités accordés à cette éminence du football brésilien. Toutes les banques monégasques ont refusé d'accueillir son petit pécule de 30 millions d'euros, sauf la banque Pasche, quand bien même ses dirigeants sont conscient que l'épais bas de laine a été accordé en échange de faveurs. Dévoilé par Médiapart, l'identité du client a peu étonné dans le milieu du ballon rond: Ricardo Teixeira, ex président de la fédération brésilienne de football, grand ordonnateur de la Coupe du Monde 2014 et...poussé à la démission pour des soupçons de corruption. Pas suffisant pour empêcher Pasche Monaco de dérouler le tapis rouge à «Tricky Ricky».

Aux petits soins pour les grands de ce monde, Pasche ne fait pas preuve de snobisme. Elle sait également recevoir les petites gens et leurs gros pécules, voire couvrir leurs traces.

La blanchisserie qui aime la Chine

Ainsi d'une société panaméenne de blanchisserie qui peut déposer 500 000 euros en cash sur son compte tout juste ouvert en septembre 2010, avant de les transférer sur des comptes bancaires domiciliés dans des établissement chinois, que les banquiers baptisent pudiquement de pays «à risque». Tant pis si le compte ne fonctionne qu'une semaine et dort depuis dans le système informatique de la banque… Le fermer entraine bien trop de paperasses, notamment auprès du Siccfin (service interne et de contrôle sur les circuits financiers).

Du cash garanti sans trace

Autre facilité accordée à ses clients, la banque Pasche a pu conserver leur pécule sur ses propres comptes internes quelques jours ou semaines. Le temps sans doute d'ouvrir les comptes particuliers tout en mettant à l'abri le grisbi. Et la durée n'est pas si importante après tout.

 

En septembre 2012, par exemple, un charmant client italien, gérant de société immobilière dépose 490 000 euros en espèces sur le compte interne de la banque. En 980 billets de 500 euros selon le reçu aperçu par Bakchich. 2 jours plus tard, la somme lui est bien évidemment créditée sur son compte personnel. Mais sans plus aucune mention d'un quelconque dépôt d'espèces. Seul un virement apparaît. Une simple omission? « Ou alors cela permet d'effacer la provenance de l'argent, sourit un banquier monégasque très au fait des méthodes alors en cours à Pasche Monaco. Ainsi il est beaucoup plus difficile de tracer l'origine des fonds.» 490 000 euros en espèces cela éveille le soupçon,quand un virement d'une banque est si respectable et a assurément fait l'objet de vérifications.

Les douillets comptes internes

Bonne fille, la banque Pasche assure les mêmes services pour un modeste chirurgien dentiste italien, profession où le liquide circule énormément. Le 29 octobre 2012 puis le 2 novembre, le dentiste passe à la caisse, laissant près de 250 000 euros en espèces. A-t-il eu le temps de remplir les déclarations d'ouvertures de compte. Sans doute pas...Ce n'est que le 29 novembre 2012 que son compte apparaît dans le système informatique. Deux virements l'abondent, du montant précis de ses dépôts cash...émanant encore du compte interne de la banque. Une pratique un rien baroque, même pour un ancien banquier suisse consulté par Bakchich.

Le vendeur ambulant prodigue

Mais pour ses clients, Pasche sait se montrer compréhensive. Comme l'a déjà narré Bakchich, peu de questions seront posés à cet étonnant vendeur ambulant italien, capable de réaliser sur les marchés 3,3 fois le chiffre d'affaires d'un magasin Zara. Le brave commerçant peut certains mois déposer près de 80 000 euros en liquide. A l'occasion de ses vacances, la banque lui facilite la mise à disposition de 73 000 dollars dans sa filiale de Nassau aux Bahamas. De belles vacances après tant de labeur. Même son petit vice ne chagrine pas outre mesure l'établissement. Elle ne cille pas au moment de procéder, pour son client, à un virement de 45 000 dollars et des poussières à une société de jeux possédant aux Bahamas l'un des plus prestigieux casinos des Caraïbes. Lieu de détente et d'amusement, les casinos peuvent à l'occasion de transformer en grossiste du blanchiment selon un schéma fort bien expliqué par Médiapart. «La société de jeux permet en effet à un client de déposer ou de transférer une certaine somme d’argent sur les comptes du casino pour y jouer, décrivent nos confrères qui se sont également plongé dans les coulisses de la banque Pasche. Le « joueur » n’a plus qu’à se rendre aux Bahamas, ou à envoyer un intermédiaire pour retirer la somme sous forme de jetons de casino. Quelques heures plus tard, le client se représente aux caisses avec ses jetons, pour les échanger contre un chèque de banque. L’argent liquide se transforme ainsi en versement du casino, tout à fait propre.»

Lanceur d'alerte et trouble fête

Autant de belles et bonnes opérations que la banque Pasche a mené fièrement sous la houlette de son président d'alors Christophe Mazurier et surtout du numéro 2 de la banque à Monaco, Olivier Giaume. Ancien chef de l'audit interne en Suisse, ce dernier n'était pas des plus regardant sur le passé de ses apporteurs d'affaires. L'un d'eux, malgré une condamnation dans une carambouille bancaire au Luxembourg.

 

Las, des troubles fêtes se sont inquiétés de la légalité de ce petit système en mars 2013. Et averti la haute hiérarchie - le président du Crédit Mutuel Michel Lucas- de leurs craintes de voir un scandale de blanchiment et de fraude fiscale frapper Pasche Monaco.

 

Le 17 mai 2013, Christophe Mazurier soi même, le donateur du Premier cercle de l'UMP, est descendu de Suisse pour vérifier les comptes douteux. Et promis aux trois inquiets leur fermetures...Las un seul, selon les informations de Bakchich a été fermé. Celui du vendeur ambulant, qui s'est vu rendre en liquide les quelques dizaines de milliers d'euros crédités sur son compte. Quant aux autres?

 

Les lanceurs d'alerte ont été licenciés en juin 2013.Un mois plus tard, le procureur Dreno a ouvert une enquête préliminaire pour des soupçons de blanchiment avant de confier au juge monégasque Pierre Kuentz une information judiciaire agrémentée en 2014 d'un supplétif pour «omission de déclarations de soupçons. La banque Pasche Monaco a elle été vendu à Havilland. Et Olivier Giaume, gérant des principaux comptes au fonctionnement atypique, promu au poste de directeur et toujours. Un banquier à qui parler. Assurément.

 

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