Déshonneur syndical sur toute la ligne

Publié le par ottolilienthal

On croit rêver. La CGT, Sud-Rail et l’UNSA ont lancé une grève entraînant, ce mercredi, des perturbations sur le réseau de trains de la banlieue parisienne pour soutenir deux de leurs collègues passant en conseil de discipline pour avoir bu de l’alcool dans un poste d’aiguillage, manquant de peu un accident. Voilà une curieuse conception du service public. Mais au moins ces syndicats partagent-ils avec la direction SNCF la même désinvolture pour cette clientèle de banlieue captive...

La grève d’Air France fait les grands titres de tous les médias audiovisuels depuis une dizaine de jours, mais d’autres grèves ont moins d’échos. Ses victimes ont le tort de ne pas être des cadres en voyage d’affaires ou des bobos en partance vers l’été indien, mais des banlieusards faisant une ou deux heures de voyages quotidiens pour aller au boulot.

Hier, ceux empruntant les lignes arrivant Gare du Nord ont connu une journée de galère, piétinant sur les quais, piétinant debout dans les rames en service bondées, pour rater en fin de journée correspondances de bus, horaires d’école, de crèche et de garderie. Aujourd’hui c’est le tour des usagers de la Gare Saint-Lazare. Il est vrai que ces galères, assez régulières même en l’absence de grève, du fait du délabrement du réseau francilien, relèvent de la routine et n’émeuvent plus beaucoup. A tel point que les motifs de ces désagréments infligés à des dizaines de milliers d’usagers ne scandalisent plus.

Gare du Nord, les grévistes voulaient protester contre les sanctions infligées à certains d’entre eux pour avoir malmené des conducteurs non grévistes lors des semaines de grèves de juin dernier. L’appel à la grève d’aujourd’hui, lancé par la CGT, Sud-Rail et l’UNSA franchit les bornes de l’indignité : ces syndicats du service public entendent soutenir deux de leurs collègues passant en conseil de discipline pour avoir bu de l’alcool dans un poste d’aiguillage, manquant de peu un accident par manque de vigilance durant ce pot festif

Sur ce réseau Saint-Lazare, les postes d’aiguillage, datant des années 30 ou de l’après guerre, ne sont pas automatisés et fonctionnent encore au contrôle humain. Effrayé par la régularité et le danger présentés par les agapes qui s’y déroulent, un agent plus pénétré des exigences du service public que ses collègues décidait de jouer les lanceurs d’alerte et de prévenir sa hiérarchie. Celle-ci faisant la sourde oreille, il a filmé ces réjouissances, adressant à sa hiérarchie l’enregistrement de l’une d’elle ayant provoqué un manque de vigilance et de signalisation de l’arrivée d’un train à quai. Face à cet enregistrement inquiétant, la direction ne pouvait que prendre des sanctions, d’où la suite (illogique) : conseil de discipline, grève et panade silencieuse pénalisant les usagers. Lesquels sont doublement victimes, des risques que leur font courir des agents inconscients et des grèves de syndicats sans honneur qui soutiennent ces comportements indéfendables au lieu de les morigéner, protestant contre « la répression patronale » et « la posture dogmatique de la direction dictée par Pepy » !

La CGT larmoie même, invoquant « un sentiment d'injustice et d'irrationalité ». Que les usagers soient plus légitimes à éprouver de tels sentiments n’effleure pas le syndicat, qui semble partager avec sa direction une même désinvolture pour cette clientèle de banlieue captive, contrainte d’acheter à l’avance son abonnement mensuel et à laquelle on peut faire tout subir.

Et les usagers sont bien servis des deux côtés. Guillaume Pépy, patron de la SNCF, avait annoncé, suite aux longs désagréments subis par les usagers du Transilien pendant la longue grève de juin dernier, qu'une baisse significative serait accordée sur le tarif de l'abonnement Navigo suivant. Or nombre d'abonnés banlieusards ayant pris leurs vacances en juillet ont eu la surprise de se voir dire par les employés de la SNCF que la réduction de 30 % n'était valable que pour l'abonnement de juillet, mais pas celui d’août ! Il fallait bien choisir ses vacances, en fonction des grèves ! Compatissants, certains employés des guichets avouaient qu'ils ne trouvaient pas cela normal et expliquaient que cela permettait au STIF et à la SNCF « de faire des économies ». Ils encourageaient même les usagers en colère à « faire une réclamation ». Ceux qui l'ont fait n'ont même pas eu de réponse...

Eric Conan

Commenter cet article