Giscard : notre pays risque de se retrouver dans la situation qu'a connue la Grèce

Publié le par ottolilienthal

L'ancien Président de la république porte un regard inquiet sur la situation de la France et de l'Europe. Il considère que la construction européenne s'est dévoyée, et propose des solutions chocs dans son nouveau livre, Europa.

 

LE FIGARO. - Comment expliquez-vous le pessimisme des Français aujourd'hui?

Valéry GISCARD D'ESTAING. - L'autorité politique est affaiblie. Les dirigeants français ne s'occupent pas vraiment de l'avenir et ne s'intéressent plus au passé. Par exemple, existe-t-il une proposition de la France en faveur d'une organisation fédérative de l'Europe? Et pourquoi avoir oublié de commémorer en 2014 les neuf cents ans de la bataille fondatrice de la France à Bouvines, dont la date était connue jusqu'à une période récente par tous les écoliers et tous les enseignants de France?

L'avenir économique de notre pays paraît bouché. L'outil institutionnel européen n'est guère performant. Pendant ce temps, la Chine et, dans une moindre mesure, l'Inde poursuivent leur rattrapage. Ces deux nations s'affirment comme des concurrents économiques redoutables. Pour autant, je suis convaincu que le déclin de la France n'est en rien irréversible.

La dette publique dépasse désormais 2 000 milliards d'euros…

Nos engagements européens ne sont pas responsables de l'atonie de la croissance. Cette situation nous incombe entièrement, alors que nous en faisons grief aux autres.

Depuis dix ans, la France, comme tous les pays de l'Europe latine, s'est laissée aller au dévergondage budgétaire, c'est-à-dire à l'abandon de toute discipline en matière de comptes publics. Autrefois, les États étaient tenus par la peur de la dévaluation, qui était impopulaire. Depuis la création de l'euro, beaucoup considèrent qu'ils peuvent accumuler les déficits sans en supporter les conséquences! Les déficits, en effet, n'ont plus de conséquences immédiates sur la monnaie, mais des conséquences invisibles et à moyen terme sur la dette. L'opinion ne les mesure pas. Elle croit qu'il existe un Trésor caché qui payera la dette! Pourtant, en France, les intérêts de la dette coûtent chaque année 48 milliards aux contribuables. C'est une lourde menace pour l'avenir. Aujourd'hui, nous sommes protégés par des taux d'intérêt très bas, mais c'est provisoire. La Fed a annoncé son intention de relever ses taux d'intérêt dès que la conjoncture le permettra, probablement dans les dix-huit mois à venir. Le changement de la politique monétaire américaine aura des conséquences sur les taux d'intérêt exigés par les créanciers de l'État français. Ce jour-là, notre pays risque de se retrouver dans la situation qu'a connue la Grèce. Les pouvoirs publics seront conduits à demander l'aide du FMI.

Le pacte de stabilité concourt-il à la très faible croissance de la France?

Nos engagements européens ne sont pas responsables de l'atonie de la croissance. Cette situation nous incombe entièrement, alors que nous en faisons grief aux autres. En 2012, la France a confirmé solennellement son engagement de respecter les 3 % de déficits publics. Le Parlement a autorisé la ratification de cet accord. Bien sûr, nous pouvons, une fois encore, demander à Bruxelles un délai. Mais ce choix de facilité revient à réclamer le droit de continuer à se surendetter.

 

 

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