Ces aliments qui vont disparaître avec le changement climatique

Publié le par ottolilienthal

« Désormais, aucun endroit ni aucun d’entre nous n’est à l’abri du changement climatique »

Selon le climatologue américain Michael E. Mann, les événements climatiques extrêmes se produisent plus tôt et avec une plus grande ampleur que ce que les modèles avaient prévu.

Propos recueillis par Audrey Garric pour Le Monde le 22/09/20

Incendies en Californie ou en Amazonie, multiplication des ouragans, chaleurs extrêmes, fonte de la banquise spectaculaire, débâcle des calottes glaciaires : les catastrophes climatiques se succèdent sans relâche. Le climatologue américain Michael E. Mann, directeur du Earth System Science Center de l’université de Pennsylvanie, décrypte cette « nouvelle normalité ».

Le dérèglement climatique est-il responsable de toutes les catastrophes qui se multiplient cette année, ou bien d’autres phénomènes jouent-ils également un rôle ?

Un phénomène connu appelé La Niña est en cours, et ces températures de surface anormalement fraîches dans le Pacifique équatorial est facilitent la formation d’ouragans et de tempêtes dans l’Atlantique. Mais la variabilité naturelle du climat ne peut expliquer les extrêmes météorologiques et climatiques sans précédent auxquels nous assistons actuellement. Nous sommes témoins des effets du dérèglement climatique d’origine humaine, et ce n’est pas sorcier à comprendre : davantage d’humidité s’évapore dans l’atmosphère, d’une part en raison d’un océan plus chaud, ce qui aggrave les inondations dues aux tempêtes côtières, et d’autre part en raison de sols plus chauds, ce qui aggrave les sécheresses. Le réchauffement climatique entraîne des vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses. Or, si la chaleur et la sécheresse se combinent, les incendies de forêt s’intensifient.

Ainsi, la canicule qu’a connue le nord de l’Europe en 2018 a été rendue deux fois plus probable par le changement climatique. La probabilité qu’un ouragan comme Florence (catégorie 4) touche les Etats-Unis, toujours en 2018, a été multipliée par 50 en raison du réchauffement des océans. En 2019, Dorian, avec des vents qui ont frôlé 300 km/h, s’est avéré le cyclone le plus puissant de l’Atlantique à avoir touché terre (à égalité avec une autre tempête). Et fin août, Laura est devenue l’ouragan qui s’est intensifié le plus rapidement dans l’histoire avant de frapper la côte du golfe du Mexique. Nous faisons désormais face à un dérèglement climatique dangereux et il faut savoir jusqu’à quel point nous sommes prêts à le laisser s’aggraver.

Cette année enregistre-t-elle davantage d’événements climatiques intenses ?

Je dirais qu’elle est similaire à ce que nous avons vu à l’été 2018, avec des extrêmes météorologiques sans précédent dans l’hémisphère Nord. Il s’agit d’une nouvelle normalité. Désormais, aucun endroit ni aucun d’entre nous n’est à l’abri du changement climatique. Mais la situation va encore empirer si nous n’agissons pas. De grandes parties des tropiques et des régions subtropicales deviendront inhabitables d’ici à la fin du siècle si nous ne réduisons pas considérablement les émissions dans les décennies à venir.

Le climat se dérègle-t-il plus rapidement que ce que les derniers modèles scientifiques prévoient ?

Certains changements, comme le réchauffement de la planète (+ 1,1 °C par rapport à l’ère préindustrielle), sont tout à fait conformes aux prévisions des modèles. Mais d’autres impacts, comme la fonte des calottes glaciaires et l’élévation du niveau de la mer, ainsi que l’augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes (les feux de forêt, les super-tempêtes, les inondations, etc.), se produisent plus tôt et avec une plus grande ampleur que ce que les modèles avaient prévu. Les incendies de forêt en Californie et en Australie cette année ont par exemple été sans précédent en termes d’intensité et de dommages. Nous savons aussi que les projections futures pour ce type d’événements sont sous-estimées.

Les climatosceptiques aiment invoquer l’imperfection des modèles pour justifier l’inaction en matière de climat. Mais c’est tout le contraire : le climat réel est probablement plus dynamique que ce que nos modèles climatiques simplifiés peuvent rendre compte, ce qui signifie que les impacts du réchauffement sont davantage susceptibles d’être plus importants que ce que les modèles ont prévu. Cela nous rappelle que l’incertitude n’est pas de notre côté et que le coût de l’inaction est bien plus élevé que le coût de l’action.

De nombreux scientifiques jugent désormais que la trajectoire actuelle des émissions est moins dramatique que celle du scénario le plus pessimiste du GIEC (le RCP 8.5). Qu’en pensez-vous ?

D’autres travaux, que je trouve convaincants, montrent qu’en fait, nous sommes très proches de ce scénario pessimiste. Les critiques de ce scénario affirment que les émissions de CO2 provenant des combustibles fossiles sont actuellement inférieures à celles supposées dans le RCP 8.5. Mais ils négligent le fait que l’amplification des « boucles de rétroaction » compense largement cette situation, comme par exemple les rejets massifs de CO2 libéré dans l’atmosphère lors des mégafeux causés en Australie et dans l’ouest des Etats-Unis, qui aggravent le dérèglement climatique. Il est, à mon sens, tout à fait raisonnable de retenir la trajectoire du RCP 8.5 comme scénario catastrophe potentiel : les concentrations de CO2 pourraient augmenter encore plus rapidement, étant donné les incertitudes quant à la réaction du cycle du carbone mondial au réchauffement en cours.

Jugez-vous que la Terre a atteint un point de non-retour ?

Il n’y a pas de « point de basculement » ou de « point de non-retour » unique. Plus nous brûlons de combustibles fossiles, plus nous réchauffons la planète et plus les impacts sont importants. Si nous arrêtons de brûler des combustibles fossiles maintenant, la température de la Terre se stabilisera d’ici quelques années. Certains dégâts sont déjà irrémédiables et nous devons déjà nous adapter aux risques élevés provoqués par le réchauffement qui a eu lieu. Mais nous pouvons prévenir les pires impacts si nous agissons maintenant.

Croyez-vous qu’il soit encore possible de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C ?

Il n’est absolument pas trop tard pour limiter le réchauffement à 1,5 °C. Nos travaux montrent que c’est encore possible, à condition de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 7,5 % par an au cours de la prochaine décennie. Rien, dans la physique de la Terre, ne nous empêche d’y parvenir. Les seules véritables limites à l’heure actuelle sont la volonté politique. Si nous n’agissons pas dans les prochaines années, la possibilité de limiter le réchauffement à 1,5 °C pourrait bien disparaître. Mais même si c’était le cas, cela ne signifie pas que nous devons baisser les bras. Limiter le réchauffement à 2 °C permettra d’éviter des dommages bien plus importants que de laisser le réchauffement dépasser 2,5 °C. Et ainsi de suite pour 3 °C.

Que répondez-vous à Donald Trump qui estime que le climat va se refroidir et que les scientifiques ne peuvent pas prévoir le climat à venir ?

Donald Trump est un maelström d’ignorance, d’avidité et d’égoïsme. Plus largement, les principaux obstacles à la lutte contre le changement climatique aux Etats-Unis sont les efforts de certains « inactivistes » pour minimiser la menace, pour détourner l’attention des vraies solutions (arrêter de brûler des combustibles fossiles, changer de modèle agricole, etc.), pour rejeter la faute sur les individus plutôt que sur les pollueurs, pour diviser la communauté des militants pour le climat et même pour promouvoir la fatalité et le désespoir, ce qui peut être aussi handicapant que la négation pure et simple.

Malgré les efforts déployés par ces forces de l’inaction, je continue de conserver un optimisme prudent. Il y a plusieurs raisons à cela : le fait que les émissions mondiales de CO2 se sont stabilisées en 2019, en grande partie en raison de la transition des combustibles fossiles vers les énergies renouvelables à l’échelle mondiale ; le mouvement des jeunes pour le climat et le regain d’activisme en faveur du climat aux Etats-Unis et à l’étranger ; la résurgence d’une politique progressiste aux Etats-Unis ; et la prise de conscience, partout dans le monde, de la réalité de la crise climatique. Pour toutes ces raisons, je pense que nous relèverons collectivement le défi avant qu’il ne soit trop tard.

Michael E Mann est l'auteur de l'article sur la cross de hockey des températures : https://www.facebook.com/notes/jean-marc-jancovici/le-jour-de-la-terre-et-la-crosse-de-hockey-un-message-singulier/10156550059618191

(publié par J-Pierre Dieterlen)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10159685003992281

Denver, Etats-Unis : de 35°C lundi... à 15 cm de neige mardi !

L’ouest des Etats-Unis connait actuellement une chaleur record, et notamment la région de Los Angeles (la température a encore atteint 46°C à Burbank ce dimanche). Et pourtant, entre lundi et mercredi, un changement spectaculaire de temps va se produire, affectant principalement les Montagnes Rocheuses où un blizzard succédera à la vague de chaleur actuelle : la région de Denver dans le Colorado sera la plus impactée par cette météo extrême !

Grégory Derville : «S'il y en a encore qui ne comprennent pas pourquoi on ne doit pas seulement parler de "réchauffement" mais surtout de "dérèglement" climatique, la météo à Denver ces derniers jours fournit une illustration spectaculaire: on y a connu la canicule et le blizzard dans les mêmes 24 heures!


- Lundi 7 septembre, il y faisait 34 degrés, soit 9 degrés au DESSUS des normales de saison.


- Mardi 8, il y faisait 3 degrés, soit 22 degrés en DESSOUS des normales de saison.


Une chute 31 degrés en seulement 24 heures! De la canicule à la tempête de neige (15 centimètres prévus).


- Dans la nuit de mercredi on annonçait -5 à -7 degrés, soit un record pour septembre.


- Et les prévisions annoncent un rebond vers les 30 degrés seulement 2 jours plus tard!


Avec de telles conditions, tout être vivant est soumis à un stress extrême. Quelle plante, quel animal est capable d'encaisser sans broncher de tels chocs en si peu de temps?


Et cela vaut autant pour la faune et la flore sauvages que pour les cultures et les animaux d'élevage vivant à l'extérieur...


Décidément, il faut vraiment être inconscient pour ne pas se faire du souci sur la sécurité alimentaire dans les temps qui viennent...»


https://actualite.lachainemeteo.com/…/denver-etats-unis-de-…

Page FB de Grégory Derville : https://www.facebook.com/gregory.derville.1

(publié par J-Pierre Dieterl

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10159653699832281

Le coronavirus pourrait être une partie de plaisir à côté des maladies futures

Le nouveau coronavirus laisse planer la menace d’une pandémie. Si les populations sont terrorisées, elles pourraient trembler plus fort dans le futur.

Dans un monde qui se réchauffe, le visage des épidémies de demain pourrait être beaucoup plus terrifiant que celui du coronavirus. « Avec le réchauffement climatique, on observe un déplacement de certaines maladies qui vivaient au sud vers le nord, note Jean-Michel Claverie, chercheur au laboratoire Information génomique et structurale (CNRS/Aix-Marseille Université). On le voit avec la fièvre de la dengue et du chikungunya, qui sont dues au fait que des insectes des régions tropicales ou chaudes font une marche vers le nord ». Ces animaux amènent avec eux les maladies dont ils sont vecteur. Le paludisme qui est au départ purement africain pourrait revenir en France métropolitaine.

Des virus disparus mais toujours en vie

Plus inédit encore : la progression du nord vers le sud, en raison du dérèglement climatique des zones antarctiques et, surtout arctiques, qui se réchauffent deux fois plus vite que le reste de la planète. Le permafrost (pergélisol, en français), une couche géologique gelée en permanence, composée de glace et de matières organiques, représente près du quart des terres de l’hémisphère nord. Le réchauffement du permafrost pourrait faire réapparaître des virus ou des bactéries dangereux pour l’homme comme on l’a vu en 2016, en Sibérie.  Un garçon de 12 ans a été tué par l’anthrax et une vingtaine de personnes ont été contaminées, à la suite du dégel d’un cadavre de renne contaminé il y a 70 ans.

« Plus le permafrost se réchauffe sur une distance importante et plus il ramène à la surface des choses qui ont existé et qui étaient infectieuses il y a très longtemps, souligne Jean-Michel Claverie qui a découvert en 2014 avec son équipe deux nouveaux virus, des virus géants, datés de 30.000 ans, dans le pergélisol sibérien. Avec nos travaux, on a été les premiers à montrer que cette capacité de stase [lenteur ou arrêt d’une matière organique] se prolonge beaucoup plus loin. On est allé jusqu’à 30 mètres de profondeur, qui correspond à l’âge de Néandertal. Il y a des virus qui sont encore parfaitement vivants, qu’on peut réactiver après 40.000 ans de congélation dans le permafrost ».

Le risque des maladies de l’époque de l’homme Néandertal

« Les virus du permafrost, vont-ils être capables de percer le système de défense immunitaire des hommes, s’interroge François Renaud, chercheur du CNRS, spécialiste des maladies infectieuses et vecteurs. Pour caricaturer, un virus a une clé et les cellules qu’il va infecter, une serrure. Il faut que la clé corresponde à la serrure. Si elle ne correspond pas, le virus ne passera jamais ». C’est bien ce qu’il s’est passé avec le coronavirus qui vient d’un l’animal, probablement le pangolin. Il y a eu un transfert sur l’homme et la contagion d’homme à homme s’est produite. « Ce qu’on craint, c’est que la clé devienne de plus en plus perfectionnée pour rentrer dans les cellules, c’est l’adaptation », reprend François Renaud. Plus la clé est perfectionnée, plus le virus se transmet.

Pas de (trop grosse) panique, donc. Tous les virus congelés dans la couche gelée du pergélisol ne sont pas dangereux pour l’homme. Nombre d’entre eux n’ont pas la bonne clé. Et, en réalité, on a assez peu de chances de rencontrer des virus à ARN, comme le coronavirus, qui sont plus petits et plus fragiles. Ils ne résistent pas longtemps, même dans des conditions atmosphériques normales alors que les virus à ADN, comme la variole, dont la boîte qui entoure l’ADN est plus solide, peuvent être conservés au réfrigérateur à 4°C. Ils peuvent survivre sans problème dans le permafrost.

La variole (seule maladie officiellement éradiquée dans le monde) pourrait donc être de retour, tout comme des maladies de l’époque de l’homme Néandertal ou des mammouths. « On a pu découvrir que les gens qui étaient enterrés là étaient morts de la variole, note Jean-Michel Claverie. On est capable de détecter par des méthodes de médecine légale la présence d’ADN du virus ».

Le retour de la variole

Avec la folie du développement industriel de l’Arctique et la centrale nucléaire flottante construite par la Russie, censée couvrir la consommation électrique de 100.000 personnes, le développement de colonies sur les côtes des mers polaires est de plus en plus probable. « On va se mettre à creuser pour atteindre la couche minérale puisque le permafrost, c’est de l’humus », précise Jean-Michel Claverie. Dans l’humus, il n’y a pas de pétrole, d’or ou de terres rares qui servent aux nouvelles technologies. « On va retirer l’équivalent d’un million d’années d’accumulation d’humus avec les microbes correspondant pour accéder à ces zones où il y a de l’argent à faire », envisage-t-il.

On imagine aisément comment la variole pourrait renaître de ses cendres dans ce scénario : un individu d’une colonie de la côte arctique est infecté par le virus de la variole réactivé et, si le symptôme n’est pas rapidement repéré, le transmet à d’autres, qui le transmettent à leur tour. Et ainsi de suite. « Quand je vois ce qui se passe avec l’épidémie du coronavirus qui est bénin par rapport à ce qu’on a pu voir dans le passé, observe Jean-Michel Claverie. Le SRAS tuait environ 9% des gens touchés, la variole et la peste 30 %… On a connu des épidémies dans l’histoire humaine qui ont tué la moitié de l’humanité. On est arrivé dans un tel état de mondialisation et de connexion les uns avec les autres, que toute anicroche comme le coronavirus suffit pour désorganiser l’économie ».

Sans même songer à un scénario où une maladie disparue dont on ne connaîtrait pas la virulence frapperait l’humanité, imaginez une seconde un futur où la variole serait de retour. Un cauchemar.

Laure Beaudonnet

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Les raisons de la diminution surprise de la taille des sardines

 

 En Méditerranée notamment, les sardines et les anchois sont plus petits : ils ont perdu trois centimètres et sont bien plus maigres, selon une étude de l'Ifremer.

 

Le phénomène n'est pas nouveau, mais il inquiète de plus en plus les chercheurs. En dix ans, la taille des sardines et des anchois des golfes du Lion et de Gascogne a diminué et leur masse aussi. Ce sont les constats de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer), dont les chercheurs tentent de comprendre et d'enrayer cette évolution préoccupante. « L'alerte a été donnée dès 2007 par des pêcheurs méditerranéens qui n'arrivaient plus à commercialiser leurs sardines, trop petites pour la conserverie », explique un chercheur, cité par Le Figaro.

Les sardines comme les anchois font partie de la famille des poissons pélagiques et se déplacent en larges bancs. Les premiers ont perdu environ trois centimètres de taille en Méditerranée, et sont ainsi passés de 13 à 10 centimètres, à l'âge d'un an. Ils pèsent 10 grammes, soit trois fois moins que par le passé, estiment les chercheurs. Un amaigrissement et un rapetissement intervenus en à peine un an, et qui semblent irréversibles. Ce phénomène n'est pas sans conséquence sur les activités de pêche : si le nombre de sardines est resté stable, du fait de cette masse divisée par trois, on ne pêche plus que 2 000 tonnes de sardines dans le golfe du Lion alors qu'on en pêchait 20 000 tonnes en 2008, note le quotidien.

La faute au réchauffement climatique ?

Même chose du côté de l'Atlantique, même si l'on remarque que le phénomène a été plus lent. La situation est également moins problématique pour les pêcheurs puisque les sardines y sont à la base plus grandes et plus grosses qu'en Méditerranée. De 18 centimètres et 40 grammes, elles sont passées à 14 centimètres et 20 grammes. Ces évolutions ont un impact sur l'espérance de vie de ces poissons pélagiques, estime l'Ifremer : dans le golfe de Gascogne, celle-ci atteint cinq ans aujourd'hui, contre huit ans auparavant. Dans le golfe du Lion, aucune sardine ne dépasse l'âge de deux ans. « De toute évidence, les deux phénomènes sont liés. Moins grasses, plus fragiles, les sardines meurent prématurément », évoque l'institut auprès du Figaro.

Une évolution de morphologie qui intéresse bon nombre de scientifiques depuis plusieurs années. Ceux-ci pencheraient davantage pour la piste du réchauffement climatique, qui a un impact sur la température de l'eau dans laquelle vivent les poissons, mais aussi de leur nourriture. « Il semble maintenant très probable que le rétrécissement des sardines soit lié à une diminution du plancton dont se nourrissent les poissons, mais aussi peut-être à une détérioration de sa qualité », indique au Figaro un chercheur en écologie des petits poissons pélagiques à l'Ifremer. Dans le détail, alors que l'eau en surface se réchauffe plutôt rapidement, l'eau profonde des mers et des océans se réchauffe à un rythme plus lent, ce qui crée une sorte de barrage empêchant les nutriments dont se nourrit le plancton de remonter. Un phénomène qui risque de bouleverser la chaîne alimentaire marine dans sa totalité.

 

Modifié le - Publié le | Le Point.fr

Réchauffement climatique : le vin sera la prochaine victime, alertent des scientifiques

 

 

La production mondiale de vin sera durement touchée par l'augmentation des températures : plus de la moitié des régions viticoles pourraient être perdues.

Les scientifiques le répètent depuis des années : l'impact du réchauffement climatique sur la planète et les hommes sera massif. Des territoires deviendront inhabitables, d'autres ne seront plus cultivables, l'eau se raréfiera, etc. Comble du malheur, la production viticole mondiale sera l'une des premières à souffrir de ce phénomène. Avec un réchauffement de +2°C, 51 à 56% des régions viticoles pourraient être anéanties. À +4°C, 77 à 85% de ces terres ne pourraient plus produire de vins, ou du moins plus de vins de bonne qualité.  

C'est ce qu'indique une étude menée par une équipe internationale de chercheurs, dont des scientifiques français de Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement, publiée ce lundi 27 dans Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas). "Les vignobles seront les premières victimes du réchauffement climatique et de ses conséquences, parce que les raisins sont extrêmement sensibles au changement de température", explique dans un communiqué Benjamin Cook, co-auteur de l'étude et chercheur à l'Université de Columbia (États-Unis) et à l'Institut Goddard de la Nasa. 

Une solution : remplacer les cépages

Heureusement, les scientifiques ne sont pas arrêtés à ce constat, ils ont également cherché des solutions pour tenter de contrer le désastre à venir. Selon eux, il serait possible de remplacer certains cépages par d'autres plus tolérants aux fortes températures ou aux sécheresses. Les résultats de leurs travaux indiquent que ce stratagème devrait permettre de réduire de moitié les pertes potentielles en cas de réchauffement égal à +2°C et d'un tiers si le réchauffement atteint +4°C. 

Pour réaliser leurs travaux, les chercheurs ont d'abord passé en revue les quelque 1100 variétés de raisin de cuve qui poussent sous des climats très variés. Ils ont pour cela bénéficié d'excellentes données concernant les récoltes de vin, la plupart remontant à plusieurs siècles. Cette combinaison leur a permis d'effectuer des recherches extrêmement précises sur l'adaptabilité de chacune et de déterminer celles qui seront les plus à même de résister aux changements climatiques. 

Ce premier travail leur a permis de sélectionner 11 variétés de raisin de cuve les plus populaires : le cabernet sauvignon, le chasselas, le chardonnay, le grenache, le merlot, le mourvèdre, le pinot noir, le riesling, le sauvignon blanc, la syrah et l'ugni blanc. L'équipe a ensuite utilisé les archives des viticulteurs et des chercheurs concernant ces cépages afin de créer un modèle mathématique permettant de déterminer la période à laquelle ces variétés bourgeonnent, fleurissent et mûrissent dans chaque région viticole du monde. Puis ils ont utilisé leur modèle pour prédire les évolutions des cépages en fonction de trois scénarios de réchauffement climatique : +0, +2 et +4°C et ont pu déterminer dans quelle région chacun de ces cépages serait le plus viable. 

Du mourvèdre et grenache à la place du pinot noir et du merlot

 

Une première certitude a émergé : les pertes seront inévitables dans les deux scénarios "réchauffement", parce que l'évolution des températures perturbera quoi qu'il arrive les processus de maturation des variétés. Pire encore, ces facteurs affecteront aussi la qualité des vins. Mais l'équipe a découvert qu'il était "possible de changer certaines variétés pour réduire significativement les pertes", indique Benjamin Cook

Avec +2°C, 51% des régions viticoles du monde deviendraient impropres à la culture du vin. Mais si les viticulteurs remplacent leurs cépages par des variétés mieux adaptées au changement climatique, seulement 24% d'entre elles seront perdues, indique l'étude. En France, qui produit 17% du vin mondial, les variétés de pinot noir en Bourgogne pourraient par exemple être remplacées par des cépages de mourvèdre et de grenache, qui supportent mieux la chaleur. Le cabernet sauvignon et le merlot des vignobles de Bordeaux pourraient eux aussi céder leur place au mourvèdre.

"Remplacer le pinot noir par du grenache ou du cabernet sauvignon, planter du trebbiano là où l'on cultive le riesling : ces changements ne s'effectueront pas sans douleur, mais ils peuvent faciliter la transition des viticulteurs vers un monde nouveau et plus chaud", explique l'auteur principal de l'étude, Elizabeth Wolkovich, professeure à l'Université de Colombie-Britannique, dans un autre communiqué. 

 

Le même scénario épargnerait globalement les régions viticoles "plus froides", comme l'Allemagne, la Nouvelle-Zélande et le nord-ouest des États-Unis. Ces régions pourraient notamment accueillir des cépages de merlot et de grenache, tandis que les variétés qui préfèrent des températures plus fraîches, comme le pinot noir, pourraient trouver un nouveau refuge dans des régions qui ne sont aujourd'hui pas propices à la culture du vin. En revanche, les régions viticoles "chaudes" d'Italie, d'Espagne ou d'Australie subiraient des pertes importantes quoi qu'il arrive, puisqu'elles sont déjà limitées aujourd'hui aux variétés qui supportent le mieux les fortes températures. 

 

+4°C, un défi important, mais pas insurmontable

L'échange de cépages se montre logiquement moins efficace dans un scénario à +4°C. Mais cette stratégie permettrait tout de même de faire tomber les pertes de 85 à 58%. Selon les auteurs de l'étude, ces changements de cépages s'accompagneront de défis importants sur les plans juridique, culturel et financier, mais pas forcément insurmontable. 

"Des discussions ont déjà commencé en Europe au sujet d'une nouvelle législation qui permettrait aux grandes régions viticoles de changer plus facilement les variétés qu'elles cultivent", souligne ainsi Elizabeth Wolkovich. Mais les producteurs devront apprendre à cultiver ces nouvelles variétés, ce qui constituera un obstacle majeur dans certaines régions spécialisées depuis des centaines d'années. Et ils devront aussi trouver des consommateurs prêts à accepter que leur vin préféré change de goût". 

Elizabeth Wolkovitch et son équipe notent également l'amélioration des techniques d'irrigation ainsi que l'utilisation de voiles d'ombrage pourrait contribuer à protéger les vignes, mais seulement si les températures augmentent peu. "Il existe encore des possibilités d'adapter la viticulture à un monde plus chaud, souligne Benjamin Cook. Pour les mettre en oeuvre, il faut simplement prendre au sérieux le problème du changement climatique". En définitive, la meilleure stratégie pour sauver un maximum de vignes consiste bien sûr à réduire les émissions de gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement climatique, rappellent les auteurs. 

Par Victor Garcia,

La santé des futures générations risque d’être affectée par le changement climatique

Asthme et risques cardiaques à cause de l’air pollué, infections et malnutrition dues au réchauffement… Un rapport de spécialistes de la médecine alerte sur les risques sanitaires liés au changement climatique, pour les enfants nés aujourd’hui.

 

 

 

 

 
 
 

Si rien n’est fait contre le changement climatique, la santé des enfants qui naissent aujourd’hui sera de plus en plus menacée au long de leur vie, s’alarment des experts dans un rapport publié jeudi 14 novembre.

« Les changements climatiques définiront la santé de toute une génération », assure le docteur Nick Watts, responsable de ce rapport. Publié dans la revue médicale The Lancet quelques semaines avant la conférence internationale sur le climat (COP25), il résonne comme un écho aux craintes dont la Suédoise Greta Thunberg est devenue l’emblème dans le monde.

« Si les choses restent en l’état, avec des émissions de carbone élevées et le changement climatique qui se poursuit au même rythme, un enfant né aujourd’hui vivra dans un monde plus chaud de 4 degrés en moyenne d’ici à ses 71 ans, ce qui menacera sa santé à toutes les étapes de sa vie », écrivent les auteurs.

 

Action immédiate contre les émissions de gaz a effet de serre

« Les enfants sont particulièrement vulnérables aux risques sanitaires liés aux changements climatiques. Leur corps et leur système immunitaire sont encore en train de se développer, ce qui les rend plus vulnérables aux maladies et aux polluants », fait valoir le docteur Watts, de l’Institut pour la santé mondiale de l’université de Londres. Or, les conséquences sur la santé « persistent à l’âge adulte » et « durent toute la vie », souligne-t-il, en demandant une « action immédiate de tous les pays pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ».

Ce rapport est l’édition 2019 d’un document publié tous les ans par The Lancet. Intitulé « Compte à rebours sur la santé et le changement climatique », il mesure 41 indicateurs-clés sur ces deux sujets et est réalisé en collaboration par 35 institutions, dont l’OMS (Organisation mondiale de la santé), la Banque mondiale et des universités.

Cette année, les chercheurs se focalisent sur la santé des plus jeunes. Parmi leurs sujets de préoccupation, la pollution de l’air. « Tout au long de l’adolescence et jusqu’à l’âge adulte, un enfant né aujourd’hui respirera un air plus toxique, causé par les combustibles fossiles et aggravé par la hausse des températures », prévoit le rapport.

« C’est particulièrement préjudiciable pour les jeunes, car leurs poumons se développent encore », ajoute-t-il, en dressant la liste des conséquences potentielles : « Diminution de la fonction pulmonaire, aggravation de l’asthme et risque accru de crise cardiaque et d’accident vasculaire cérébral ».

Selon le rapport, « les émissions mondiales de CO2 provenant des combustibles fossiles continuent d’augmenter (hausse de 2,6 % entre 2016-2018) » et « les décès prématurés liés aux (particules fines) PM 2,5 stagnent à 2,9 millions dans le monde ».

 

Développement des bactéries et propagation des moustiques

Autre effet redouté du changement climatique : l’augmentation des épidémies de maladies infectieuses, auxquelles les enfants sont particulièrement sensibles. En cause, le passage à un climat plus chaud et avec davantage de pluies. Cela favoriserait le développement des bactéries responsables des maladies diarrhéiques ou du choléra, ainsi que la propagation des moustiques vecteurs d’infections.

« Sous l’impulsion des changements climatiques, la dengue est la maladie virale transmise par les moustiques qui se propage le plus rapidement au monde », prévient le rapport. « Neuf des dix années les plus propices en matière de transmission de la dengue ont eu lieu depuis l’an 2000, permettant aux moustiques d’envahir de nouveaux territoires en Europe », selon les chercheurs.

Ils s’inquiètent aussi des phénomènes de malnutrition que pourrait provoquer la hausse des températures, en entraînant une diminution des récoltes et donc une hausse des prix des denrées alimentaires.

Enfin, plus globalement, les auteurs du rapport soulignent qu’un enfant qui naît aujourd’hui sera de plus en plus exposé aux phénomènes météorologiques extrêmes : canicules, sécheresses, inondations ou feux de forêt. Ces chercheurs jugent crucial de « limiter le réchauffement à moins de 2 °C » comme le prévoit l’Accord de Paris. Et réclament que « les impacts des changements climatiques sur la santé soient au premier plan de l’agenda de la COP25 », début décembre à Madrid.

 

Le Monde avec AFP

 

Inondations dans le Midwest, guerre commerciale et pandémie de grippe porcine: la grande tempête agricole et alimentaire est arrivée!

 

 
 

En mai 2019, pour la deuxième fois en trois mois, le centre des États-Unis est frappé par des inondations record. Ces inondations ont des répercussions sur l’Oklahoma, l’Arkansas, le Missouri, l’Illinois, le Nebraska et l’Iowa (Susannah Cullinane, Hollie Silvermane, Sheena Jones, «Une semaine mortelle au centre des États-Unis", CNN26 mai 2019). À Van Buren, en Arkansas, le niveau de la rivière Arkansas a atteint 38,3 pieds, battant le record de 1945 à 38,1. Ces inondations suivent les historiques de mars 2019 (Jean-Michel Valantin, «Cyclone bombe sur le Midwest: Inondations, guerre commerciale et super tempête agricole à venir", The Red (Team) Analyse15 avril 2019).

 

 
 

Entre les deux, la saison a été exceptionnellement humide. En conséquence, les agriculteurs déjà battus rencontrent des problèmes gigantesques pour semer les cultures de maïs et de soja de 2019. Au milieu de ces conditions extrêmes, le Texas, le Tennessee, l'Arkansas, la Louisiane et l'Oklahoma traversent une saison de tornade exceptionnellement violente. Par exemple, le 24 mai 2019, Jefferson City, la capitale de l'État du Missouri, a été dévastée par une tornade de monstres de presque un kilomètre, avec des vents maximaux atteignant les 160 milles à l'heure. Le matin, la ville était en ruine (“Tornade qui a déchiré Jefferson City, Missouri, classé EF3; Près de 2 douzaines de blessés » Weather.com, 23 mai 2019).


 

Ces événements se produisent après les dégâts profonds et durables causés par les inondations catastrophiques de mars 2019. Cependant, ces destructions très impressionnantes ne sont que la dimension visible de la «longue catastrophe» qui se déroule dans leur sillage. Cette catastrophe longue et complexe résulte de la combinaison du ralentissement de l’agriculture provoqué par la série historique de phénomènes météorologiques extrêmes sur la ceinture agricole et de la guerre commerciale américano-chinoise (Valantin, ibid).

Celles-ci se combinent en outre avec la pandémie de peste porcine africaine, qui se répand rapidement. La pandémie a tué 200 millions de porcs en Chine et se développe en Asie. Parmi la cascade de conséquences agricoles et alimentaires, la diminution du nombre de porcs entraîne une diminution de la demande de soja, car les produits à base de soja font partie du régime alimentaire des porcs (From Bloomberg, «Comment l'épidémie de peste porcine en Chine bouleverse les marchés du soja", Le matin de la Chine du Sud15 avril 2019).

 

Cette combinaison extrêmement violente de facteurs climatiques, internationaux et sanitaires crée-t-elle un type de pression très particulier sur le Midwest? En conséquence, le statut du Midwest dans une économie mondialisée est-il remis en question?

Afin de répondre à ces questions connexes, il est primordial de comprendre que ces événements indiquent également que nous entrons dans une ère de changement permanent, nécessitant une adaptation constante au changement climatique et à l'ère de «longue urgence» qui en découle (James Howard Kunstler , La longue urgence, survivant aux catastrophes convergentes du XXIe siècle, 2005).

Le Midwest comme frontière catastrophique

Inondations et tornades: catastrophe durable

Depuis mars 2019, le Midwest traverse une situation que nous qualifions ici de «catastrophe longue». Tout a commencé quand, entre le 14 et le 20 mars 2019, un «cyclone à la bombe» historiquement puissant, associé à la fonte des neiges a dévasté le Colorado et le centre des États-Unis, en particulier le «farmbelt» du Midwest de l'Iowa et du Nebraska, du Dakota du Sud et du Kansas (Phil McCausland, « Les inondations du Midwest inondent les fermes et les villes rurales pour menacer les moyens de subsistance et l'avenir“, NBC News22 mars 2019).

Par conséquent, ces phénomènes météorologiques ont provoqué d’immenses inondations, qui ont détruit plus d’un million d’acres (405 000 hectares). Ces inondations ont des conséquences directes et immédiates, car elles noyent des terres arables, détruisent les stocks de cultures, les routes, les maisons, les autoroutes, les voies ferrées, les ponts, les granges, les voitures, les camions, etc. (Humeyra Pamuk, PJ Huffstutter, Tom Polansek, «Les agriculteurs américains sont dévastés par les inondations dans le Midwest", Reuters20 mars 2019).


 

Tout au long des mois d'avril et de mai, la situation s'est aggravée. En effet, d'avril 2018 à avril 2019, la région a également connu les 12 mois consécutifs les plus humides depuis 1895. Les sols détrempés ne peuvent plus absorber l'eau, qui coule dans les rivières inondées, telles que les rivières Arkansas, Mississippi et Missouri. Le 21 mai, après 136 jours, les inondations du Mississippi ont battu le record des inondations de 1927 (Steve Hardy, «Le fleuve Mississippi bat un record d’étape d’inondation vieux de 92 ans; voici quand l'eau pourrait descendre » L'avocat21 mai 2019.


 

Vers un isolement climatique dans le Midwest?

De plus, cela signifie que la combinaison des pertes agricoles, commerciales et financières aggrave la situation des infrastructures de transport du Midwest. En effet, le transport en vrac fluvial, ferroviaire et routier est en très mauvais état, du fait de 30 années de gestion et d’investissements insuffisants. Les inondations aggravent l'état des infrastructures vitales, qui connectent les agriculteurs du Midwest aux marchés mondiaux (David Hoppelman, ibid). Cette situation est aggravée par une série de tornades historiques qui ont dévasté le Midwest, 13 jours consécutifs (Amanda Schmidt, «Mai 2019 pourrait être un mois historique pour les tornades après une série de tornades sans précédent qui se termine enfin à 13 jours“,

Le Midwest pris entre les inondations et la pandémie asiatique

Cultures retardées

Cette longue catastrophe est dévastatrice pour l’agriculture du Midwest. Seulement 49% de la superficie en maïs est plantée, ce qui contraste vivement avec 78% en 2018 à la même période de l'année. On peut dire la même chose du soja: 19% de la superficie cultivée est plantée, contre 53% en 2018. Pire, 5% seulement de la récolte de soja poussent à partir de la terre, contre 24% en 2018 («Progrès des cultures", USDA20 mai 2019).

 

En l'occurrence, cela fait suite aux dégâts causés par la série de tempêtes de mars et leurs impacts sont si importants en raison de la perte de stocks. Celles-ci sont accumulées depuis 2018, lorsque les effets de la guerre commerciale déclenchée contre la Chine ont amené Pékin à renforcer ses propres barrières tarifaires contre le soja américain, tout en les réduisant au profit de la production brésilienne (Jean-Michel Valantin, «L'économie américaine, entre le marteau du climat et la guerre commerciale Anvil - L'affaire de la culture du soja aux États-Unis", La société d'analyse (d'équipe) rouge8 octobre 2018).

Cultures détruites

En d'autres termes, les inondations ont détruit la partie non vendue des récoltes de 2018, tout en mettant en danger les récoltes de 2019. Ils ont également détruit le capital financier potentiel que les stocks auraient pu représenter pour les agriculteurs. De plus, les inondations ont neutralisé le potentiel fiscal que la vente des actions de 2018 aurait représenté pour le secteur public et donc pour la maintenance des infrastructures (Irwin Redlener, «Le coût mortel d'une infrastructure défaillante lors d'inondations historiques dans le Midwest", La colline5 avril 2019).

Entrez pandémie

En fait, un nouveau facteur bouleverse encore davantage le statut des producteurs de soja du Midwest. Depuis le début de 2019, une pandémie de grippe porcine africaine décime l'industrie du porc en Chine. La Chine pourrait perdre jusqu'à un tiers de son parc de 200 millions de porcs. Cela représente plus de cochons que l'ensemble du parc européen et américain. Et la maladie s’étend au Vietnam, au Cambodge, au Myanmar et à la Russie (Dennis Normile, «La peste porcine africaine continue de se propager en Asie, menaçant la sécurité alimentaire", Science19 mai 2019).


 

L'importance du porc dans le régime alimentaire chinois est primordiale, car il s'agit de l'aliment de base préféré des 1,4 milliards de personnes que compte le pays. Sachant que les agriculteurs nourrissent les porcs avec des produits à base de soja, la Chine devient ainsi le principal importateur de soja. Le taux de mortalité du cheptel porcin chinois est tel qu'il implique une destruction de 30% de la demande chinoise de soja en 2019, sachant que l'épidémie chinoise et la pandémie asiatique dureront plusieurs années (Orange Wang, Chad Bray, «L'épidémie de peste porcine africaine en Chine et la guerre commerciale américaine se combinent pour créer une tempête parfaite pour l'économie chinoise", Le matin de la Chine du Sud, 3 mai 2019).

Riders on the Storm

En d'autres termes, la production de soja du Midwest 2019, déjà maigre, risque d'être affectée par la baisse des prix due à la mort massive de porcs asiatiques. Ce risque est induit par la mortalité constante des porcs chinois et asiatiques, tandis que la récolte de soja américaine atteindra une quantité finale.

Si les prix du soja et du maïs devaient augmenter en 2019, en raison des cultures retardées, il faut se demander si cette hausse compensera effectivement la baisse de la demande due à la forte mortalité des porcs en Chine, ainsi qu'au Vietnam, au Myanmar, au Laos et en Russie. . En fait, les cultures et les exportations de soja brésiliennes atteignent des niveaux record en raison de la faiblesse de la devise brésilienne. (Roberto Samora, “Les récoltes brésiliennes montent en flèche alors que la devise est faible“, Agriculture réussie, 30/05/2019). Il faut également ajouter que la Chine impose des droits de douane favorables sur les importations de soja non américaines, en réaction aux droits élevés qu'elle impose aux importations de soja américaines, dans le contexte de la guerre commerciale américano-chinoise (Jean-Michel Valantin, «L'économie américaine, entre le marteau du climat et la guerre commerciale Anvil - L'affaire de la culture du soja aux États-Unis", The Red (Team) Analysis Society8 octobre 2018). Ainsi, il pourrait y avoir une abondance de soja sur le marché international, tandis que la demande asiatique continuerait à diminuer. Cette pression potentielle sur les prix aurait alors lieu au moment de la succession d'événements météorologiques extrêmes en 2019 et de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. Il faut ajouter que les dommages causés aux infrastructures par la destruction de granges, de silos, de routes, d’autoroutes, de voies fluviales, isolent le Midwest des marchés mondiaux.

Pendant ce temps, cela se produit à un moment où les impacts météorologiques sont généralisés sur toute la planète, provoqués par les inondations, le froid et la chaleur. Par exemple, l’Australie, l’un des producteurs mondiaux de blé, est en train d’importer, en raison d’une récolte extrêmement médiocre qui fait suite à de violents épisodes de sécheresse et d’inondations (Colin Packham, «L'Australie va importer du blé pour la première fois en 12 ans, alors que la sécheresse fait mouche", Reuters15 mai 2019). 


 

Vers une crise mondiale des prix des denrées alimentaires?

Autrement dit, la situation économique du second semestre de 2019 risque d’être exacerbée par des tensions accrues sur les marchés des produits de base et des produits alimentaires. Parallèlement, les sociétés d’assurance et de réassurance devront faire face aux coûts de la catastrophe. des infrastructures et de la destruction agricole dans le Midwest.

 

 

A propos de l'auteur: Dr Jean-Michel Valantin (PhD Paris)

Dr Jean-Michel Valantin (PhD Paris) dirige le département Environnement et Sécurité de The Red (Team) Analysis Society. Il est spécialisé en études stratégiques et en sociologie de la défense, notamment en géostratégie de l'environnement. Il est l'auteur de "Menace climatique sur l'ordre mondial", "Ecologie et gouvernance mondiale", "Guerre et Nature, Amérique prépare la guerre du climat". "(Guerre et nature: l’Amérique se prépare à la guerre climatique) et de" Hollywood, le Pentagone et Washington

 

https://www.redanalysis.org/fr/2019/06/03/inondations-midwest-guerre-commerciale-pandemie-grippe-porcine-grande-tempete-agricole-alimentaire/?fbclid=IwAR0CII8J8IvmOvAD89evF4BrYun5p_m45q0rJgkVohnk1y-G1MLiEyB1sbE

Climat : la Banque asiatique de développement lance un cri d’alarme

Typhons, inondations : l’élévation des températures annonce des « effets désastreux » en Asie, notamment pour la sécurité alimentaire.

 

Le changement climatique aura des « effets désastreux » et « sans précédent » dans la région Asie-Pacifique si rien n’est fait pour enrayer le phénomène. Dans une étude effectuée en coopération avec l’Institut de recherches de Potsdam sur l’impact du climat, publiée vendredi 14 juillet, la Banque asiatique de développement (BAD) met en garde contre le risque d’un désastre annoncé et appelle à une mise en application au plus tôt des dispositions de l’accord de Paris. Le Japon et les Etats-Unis sont les premiers actionnaires de la BAD, dont le siège est à Manille, aux Philippines.

Dans la zone Asie-Pacifique – qui rassemble les deux tiers de la population mondiale –, le réchauffement entraînera des typhons plus violents, des précipitations plus fréquentes et plus abondantes, ainsi qu’une élévation du niveau de la mer. Autant de facteurs qui auront des effets négatifs sur la croissance, la sécurité alimentaire et la biodiversité de cette partie du monde, s’inquiète les auteurs de l’étude.

Les évolutions du climat affectent les écosystèmes et pourraient se traduire, entre autres, par une diminution de 10 % de la production céréalière. L’augmentation des précipitations aggrave les inondations. Elles ont doublé en Asie du Sud au cours des trois dernières décennies. Si elles continuent à augmenter, près des deux tiers du territoire du Bangladesh pourraient être inondés à la fin du siècle (contre un quart actuellement).

Un drame humanitaire

« Les pays de la région risquent de sombrer dans une plus profonde pauvreté si des mesures ne sont pas mises en œuvre rapidement », fait valoir Bambang Susantono, vice-président de la BAD. L’accord de Paris, entré en vigueur en novembre 2016, a pour objectif de contenir l’augmentation de la température en dessous de deux degrés par rapport aux niveaux préindustriels, mais si le rythme actuel se poursuit, le thermomètre pourrait grimper de 4 °C à la fin du siècle en Asie-Pacifique, voire de 6 °C dans certaines régions. « Un tel réchauffement pourrait conduite à un drame humanitaire dans plusieurs pays », estime la BAD.

Le Tadjikistan, l’Afghanistan, le Pakistan et le nord-ouest de la Chine pourraient connaître des augmentations de température allant jusqu’à 8 °C, poursuivent les auteurs du rapport, entraînant des migrations de ces régions vers d’autres moins affectées. « Un scénario qui compromet tout espoir de développement durable dans une région où 9 des 15 pays qui en font partie figurent parmi les plus vulnérables aux désastres naturels », comme en a témoigné le supercyclone tropical Haiyan en novembre 2013 aux Philippines.

La BAD a annoncé un financement de 4 milliards de dollars (3,5 milliards d’euros) d’ici 2020 destinés à la promotion des énergies renouvelable dans la région.

 

LE MONDE | | Par
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Cinq vrais défis pour l’agriculture française

Au moment où le Salon de l’Agriculture va s’ouvrir, et donner lieu au défilé habituel de candidats à la Présidentielle, on peut s’interroger sur cinq vrais défis auxquels doivent faire face les agriculteurs français, et européens.

Apprendre à vivre avec le réchauffement climatique.

Nous avons eu un printemps exceptionnellement pluvieux… (mais il faut s’interroger sur l’emploi si facile du terme exceptionnel car il s’agit peut-être d’un printemps désormais « normal »). Les blés qui n’ont pas été pourris par les inondations ont souffert de manque de rayonnement solaire, et au total la récolte a baissé d’un tiers, la pire depuis 30 ans.

Plus d’un agriculteur s’est interrogé sur ses choix : à quoi bon se payer des semences, des engrais et des pesticides très onéreux si au final on n’est pas capable de supporter un printemps pluvieux ? Les producteurs de fruits et légumes ont aussi largement souffert du même phénomène. Tout laisse à penser que le climat va continuer à se détériorer rapidement. Bien entendu ce sont les agriculteurs des pays tropicaux qui souffriront le plus, mais ici aussi il va falloir s’adapter. Que faisons-nous pour avoir une agriculture plus résiliente, capable de s’adapter à ces nouvelles données ? Il convient de revoir des choix génétiques et de méthodes culturales qui ont été faits exclusivement pour rechercher une productivité maximum dans les anciennes conditions « habituelles ».

S’adapter aux changements rapides de consommation alimentaire.

L’agriculture bio progresse actuellement à raison de 20 % par an en surface et 15 % en chiffre d’affaires, quel autre secteur de l’économie française peut s’enorgueillir de tels taux ? Ne faut-il pas en tirer quelques leçons ? L’essor du « sans » (sans gluten, lactose ou viande, sans soja, œufs, caféine, crustacés, cacahuètes, noix, sésame, tournesol, moutarde ou pavot, mais aussi, sans OGM, pesticides, sulfites, additifs ou matières grasses, etc.) est également le signe d’une volonté des français de se réapproprier une certaine maîtrise de leur alimentation, et par extension de leur vie ; comment les agriculteurs peuvent-ils accompagner ce mouvement de fond ?

(voir également sur ce même blog mon article du 26 décembre : Quelle alimentation, quelle agriculture en 2017 ?)

La consommation de viande et de produits laitiers, qui n’avait cessé d’augmenter tout au long du XXe siècle (on était passé de 20 kilos par personne et par an dans les années 1920 à 50 dans les années 1950, 80 dans les années 1980, et 100 au tournant du siècle) a amorcé sa décrue, puisqu’on ne consomme plus aujourd’hui que 85 kilos de viande et 90 kilos de lait (sous forme de laitages).

Tout laisse à penser que ce mouvement va se poursuivre : ces produits ne sont plus autant « à la mode » que pendant les 30 glorieuses, et les critiques multiples dont ils font l’objet (santé, intolérances, risques sanitaires, bien-être animal, scandales, peurs et méfiances diverses) risquent de s’accentuer. Un signe récent de ces évolutions sociétales, les nouveaux « repères de consommation alimentaires » de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES), qui seront reprises dans le prochain Programme national nutrition-santé (PNNS) : en matière de viande, œufs et poisson, on recommandait jusqu’à présent d’en manger « une ou deux fois par jour » ; maintenant « pas plus de 25 grammes de charcuterie et de 70 grammes de viande par jour, et du poisson une ou deux fois par semaine ». En ce qui concerne le lait, l’évolution est encore plus spectaculaire : c’était « 3 produits laitiers par jour », et désormais… silence, ils ne savent plus quoi conseiller !

Ce secteur économique, qui a été très majoritairement tourné vers la recherche d’une production de masse à faibles coûts, est contraint de privilégier dorénavant la qualité, et la recherche d’arguments pour que le consommateur accepte un prix plus important. Il doit faire la même mutation que le secteur du vin, qui a dû faire face à une baisse drastique de la consommation de 140 litres à 40 litres en 50 ans : actuellement on ne produit plus de « piquette », on ne vend plus le vin en « litrons », et les consommateurs ont accepté de payer beaucoup plus cher leurs bouteilles. Cette profonde mutation sera fort douloureuse et nécessite d’être accompagnée de façon très volontariste, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui….

Inventer une agriculture écologiquement intensive.

L’agriculture « tout chimie, tout tracteur, tout pétrole » est à bout de souffle ; elle repose sur une exploitation intensive de ressources non renouvelables, provoque des dégâts environnementaux et de santé de plus en plus préoccupants, et génère des rétroactions négatives considérables (résistances aux herbicides et insecticides, baisse de la biodiversité et de la fertilité des sols, etc.). Les agriculteurs ont réussi à gagner du temps depuis la promesse faite lors du Grenelle de l’environnement de baisser de 50 % en 10 ans l’utilisation des pesticides, et ils ont même carrément provoqué la société en augmentant leur consommation de ces produits. Mais le retour de bâton arrive : il est maintenant fort possible que l’herbicide le plus utilisé au monde, le glyphosate (Roundup) soit purement et simplement interdit en Europe, ainsi que les insecticides néonicotinoïdes… Il va donc falloir prendre des mesures aussi importantes que le quasi abandon du labour, la couverture permanente des sols (en laissant les résidus en surface ou mettant des plantes de couverture pendant l’hiver), les mélanges de plantes qui s’aident à pousser, l’agroforesterie et l’utilisation intensive d’animaux auxiliaires de culture. Ceci nécessitera dans bien des cas une refonte complète des systèmes de production, pour arriver à produire autant -sinon plus-, et mieux, mais avec moins. Une « agriculture écologiquement intensive », basée sur l’intensification des systèmes écologiques plutôt que sur leur négation.

Maîtriser le monde du big data agricole.

Sous un M2 de sol on peut compter 260 millions d’êtres vivants, pour la plupart totalement inconnus. On peut ainsi mesurer l’ampleur de notre ignorance et comprendre ces scientifiques qui estiment qu’on ne connaît que 10 % des êtres vivants. Depuis un demi siècle, dans le doute on détruisait ! De la même manière on traitait les champs comme un tout en épandant partout les mêmes quantités de produits chimiques sans connaître les besoins réels M2 par M2, voire plante par plante. Ca y est, nous quittons enfin ce monde moyenâgeux de l’ignorance et des approximations pour celui de la connaissance fine. Nos champs et nos animaux seront dorénavant bourrés de capteurs qui nous transmettront en permanence de grandes quantités de données exploitables, et de robots qui feront des interventions super ciblées. La nouvelle chimie s’efforcera de stimuler finement ces fonctionnalités naturelles au lieu de les détruire. Nous arrivons en quelque sorte à l’an 1 de la « nouvelle » agriculture, une véritable révolution technique probablement plus importante que l’arrivée du tracteur après guerre ! Va-t-on perdre cette nouvelle guerre, et faudra-t-il que dans 20 ans les agriculteurs français achètent à prix d’or les données informatiques concernant leurs propres champs à des multinationales d’origine américaine ?

Intéresser vraiment la société aux défis de l’agriculture.

On va voir un défilé de politiciens se faire photographier au Salon de l’agriculture, année électorale oblige. Mais où est la réflexion politique sur les vrais enjeux de cette activité majeure pour l’avenir du pays ? Veut-on vraiment sauver de la faillite et du désespoir les milliers d’éleveurs qui devraient fermer en 2017, et les aider à se transformer radicalement ? Mettre en place une fiscalité pluriannuelle qui permette aux agriculteurs de lisser leurs revenus ? Revenir à des systèmes de « filets de protection » efficaces pour les aider à passer les crises sanitaires, météorologiques ou d’effondrement des cours mondiaux ? Relancer l’Europe agricole, face aux menaces croissantes d’un monde perçu comme de moins en moins sûr ?

Le traité transatlantique ne verra jamais le jour, mais quelle autre politique d’échanges internationaux peut-on mettre en place pour cette activité économique fortement exportatrice ? Veut-on installer une vraie politique systématique d’achats de produits locaux et de saison dans toutes les cantines de France, et un choix quotidien entre un repas carné et un repas végétarien (qui au passage abolirait les guerres de religion, fort mal venues à l’école) ?

Et veut-on promouvoir l’idée que, dorénavant, bien manger en France, c’est y dédier un peu plus d’argent et un peu plus de temps ? En 1960, les français consacraient en moyenne 38 % de leurs revenus à leur nourriture à domicile, aujourd’hui 14 %. Allons-nous continuer dans cette voie et arriver aux 9 % des anglais ou aux 7 % des américains, deux peuples dont nous n’envions ni la gastronomie, ni la santé, ou bien tenter de reconquérir la maitrîse de notre santé, de notre culture, de notre convivialité, et d’établir de nouvelles relations entre la ville et la campagne ?

L’agriculture devrait quand même donner lieu à un vrai débat lors de cette campagne présidentielle…

 

Alsace: jusqu'à 30% de pertes prévues pour la récolte de choux à choucroute à cause de la météo

 

 

Les producteurs de choux à choucroute prévoient une récolte en recul de 15 à 30%, à cause des pluies et inondations en juillet qui ont partiellement détruit les parcelles, a-t-on appris vendredi auprès de l'Association pour la valorisation de la choucroute d'Alsace (Avca).

"Sur les terrains inondés, le manque est de l'ordre de 15%, mais cela peut aller jusqu'à 30% de pertes", a indiqué Sébastien Muller, président de l'Avca.

"Il y a des parcelles qui sont très belles, d'autres sont complètement détruites. L'eau y a stagné plusieurs jours et au bout de 2 à 3 jours les plants sont morts", a expliqué M. Muller, confirmant des informations du site du journal 20 minutes.

Le président de l'Avca souhaite cependant rester prudent avant de se prononcer sur les volumes définitifs, préférant attendre l'évolution des choux sur les variétés tardives.

"On est incertain sur les variétés tardives. Il faut attendre la fin novembre, quand la récolte sera épuisée", a précisé M. Muller.

"La choucroute est un produit qui parle à tout le monde, mais il ne faut pas oublier que le chou subit aussi les aléas de la météo", a-t-il commenté.

Sans préjuger d'une augmentation du prix de la tonne de choux à choucroute, le président de l'Avca estime souhaitable qu'il y ait "un effet" sur les prix.

Il faudrait "aider les producteurs, si tant est qu'on puisse le faire, et que la clientèle des choucrouteries le permette. Il faut une logique dans toute la chaîne jusqu'au client final", suggère M. Muller.

En 2015, les producteurs de choux à choucroute avaient déjà connu "une année catastrophique" à cause de la sécheresse, à rappelé l'Avca. (1)

L'Alsace est la première région française productrice de choux à choucroute, avec entre 25.000 et 27.000 tonnes par an, soit 70 à 80% des volumes nationaux.

Producteurs et choucroutiers alsaciens espèrent obtenir prochainement la validation européenne de l'indication géographique protégée (IGP) "choucroute d'Alsace" qui pourrait intervenir d'ici à la saison prochaine, selon l'Avca.

 

AFP, publié le vendredi 09 septembre 2016

 

http://finance.orange.fr/actualite-eco/article/alsace-jusqu-a-30-de-pertes-prevues-pour-la-recolte-de-choux-a-choucroute-a-cause-de-la-meteo-CNT000000txIvb.html

 

(1) rappel 2015 :

Alsace: la canicule fait peur aux producteurs de choux à choucroute

Geispolsheim (France) (AFP) - "On attend en vain la pluie mais on n'y croit plus trop", soupire Laurent Heitz, producteur de choux à choucroute à Geispolsheim (Bas-Rhin). Avec la canicule, la récolte de ce légume alsacien emblématique s'annonce très maigre, faisant même craindre pour l'avenir de la filière.

Sur une de ses parcelles, écrasée de soleil, l'agriculteur, également président du syndicat des producteurs de choux à choucroute, contemple des choux dont la tête vert pâle, noyée autour de grandes feuilles vert foncé, paraît minuscule. Certains choux n'ont même pas de tête.

"Les têtes des choux pèsent au maximum 2 kg alors qu'elles devraient en faire six ou sept", constate Laurent Heitz. L'exploitant aurait dû commencer à récolter début août la variété précoce des choux à choucroute mais préfère attendre encore quelques jours, espérant voir ses légumes faméliques grossir un peu.

L'Alsace, qui produit 70% de la choucroute consommée en France, compte une soixantaine de producteurs de choux à choucroute, exploitant environ 700 hectares.

La récolte des différentes variétés se déroule d'août à décembre. Cette année, en fonction des précipitations qui tomberont en septembre, elle devrait être inférieure de 25 à 50% à la normale.

 

- Chaleur nocturne -

 

Si les choux ont souffert cette année du manque de précipitations, ils ont plus encore pâti des très fortes chaleurs, avec des températures restant élevées la nuit, qui ont bloqué leur croissance.

"Vingt-huit degrés, pour le chou, c'est bien. A partir de 32-35 degrés, la plante ferme les pores par lesquels elle transpire, les feuilles se recroquevillent", explique Jean Klieber, conseiller référent pour le chou à la chambre d'agriculture d'Alsace.

"Le climat change vraiment : cela ne serait jamais venu à l'esprit aux anciens d'irriguer les choux!", s'exclame-t-il

Certains agriculteurs alsaciens, notamment ceux qui produisent à la fois des choux à choucroute et du maïs, ont en effet utilisé cet été leur système d'arrosage pour leurs choux. Sans pour autant parvenir à des rendements vraiment satisfaisants.

"Le risque, c'est qu'on n'arrive pas à livrer en choucroute tous les clients cette année, et pourtant, nous avons eu les moyens d'irriguer, contrairement à d'autres producteurs", note Florent Ades, producteur de choux à Krautergersheim, un village qui revendique le titre de "capitale de la choucroute".

Avec un prix payé aux exploitants de 69 euros la tonne, il faut produire 80 tonnes de choux à choucroute par hectare pour être rentable. Plus du double des quantités attendues cette année pour les variétés précoces non-irriguées.

"Le jour où je serai obligé d'investir dans l'irrigation, si on ne touche pas 80 euros la tonne, j'arrêterai le chou, je ferai du maïs", tranche Laurent Heitz, ajoutant que "cela coûte 600 euros par hectare d'irriguer les choux"

Ce coût viendrait s'ajouter à la longue liste des contraintes liées à la culture du chou, qui exige une main-d’œuvre nombreuse pour la plantation et la récolte.

L'inquiétude des acteurs de la filière s'étend donc bien au-delà des grosses chaleurs de cet été, qui font craindre une "année blanche".

D'année en année, ils constatent une détérioration des conditions climatiques, qui les obligera tôt au tard à adapter leurs méthodes de production.

Les choucroutiers d'Alsace seront-ils un jour obligés d'acheter leurs choux aux Pays-Bas ou en Pologne? Sébastien Muller, président de l'Association pour la valorisation de la choucroute d'Alsace (Avca), ne veut pas envisager cette hypothèse.

"Il faudra changer les habitudes, peut-être mieux valoriser le produit, mais on n'abandonnera pas l'Alsace, on veut défendre notre label de qualité", insiste-t-il.

En France, la choucroute d'Alsace est protégée depuis octobre 2012 des imitations par une Indication géographique protégée (IGP), que les producteurs espèrent voir bientôt reconnue à l'échelle européenne.

 

 

 

Bonduelle va pâtir des mauvaises récoltes de cet été

 

 

Le fabricant de conserves a stabilisé son chiffre d'affaires sur l'exercice 2015-2016, malgré la crise économique au Brésil et en Russie. Mais plusieurs incidents climatiques vont peser sur sa production dans les prochains mois.

Bonduelle a réussi à stabiliser son chiffre d'affaires sur l'année 2015-2016. Il affiche un repli de 0,7% à près de 2 milliards d'euros. Hors effet de change, Bonduelle a même réussi à faire progresser ses revenus de 2,4%.

Pourtant l'année a été chaotique pour le groupe. Crise économique en Russie et au Brésil, forte fluctuation des devises et une absence de reprise marquée de la consommation en Europe sont autant d'éléments qui ont joué en sa défaveur. Et tout cela dans un contexte de guerre des prix.

De mauvaises récoltes

Le groupe français a néanmoins réussi à stabiliser ses ventes et confirme ses objectifs financiers. Mais il reste inquiet pour la suite. En cause: la météo. Ce sont les récoltes de cet été qui vont couvrir la production de l'année à venir. Des récoltes qui ne sont pas bonnes.

En Picardie et en Russie, il y a eu des épisodes de fortes pluies, qui ont noyé les champs de pois notamment. En Amérique du Nord, où Bonduelle est bien implanté avec une douzaine de sites, c'est la sécheresse qui aura un impact négatif. Bonduelle prévient que ces incidents climatiques pèseront sur les volumes et les coûts de production à venir.

Par Hélène Cornet, édité par J.M.

 

04/08/2016

Atlantico : Le débat autour du dérèglement climatique évoque bien souvent les émissions de gaz à effet de serre émanant des moyens de transport, ou encore de l’industrie lourde. Dans quelle mesure l’agriculture ou encore l’élevage participent-ils également à l’émission globale de ces gaz ?

Bruno Parmentier : L’agriculture mondiale est responsable à elle seul du quart des gaz à effet de serre émis par l’homme sur la planète ; un peu moins en France (mais quand même environ 20 %, comme on peut le voir sur ce récent rapport officiel). C’est effectivement un point qui est peu mentionné dans la presse, en particulier parce qu’on se focalise souvent sur le seul gaz carbonique CO2, lequel ne représente que 10 % des gaz à effet de serre émis par ce secteur (les émissions proviennent pour l’essentiel des pots d’échappement des tracteurs et autres camions utilisés). La moitié des dégâts provient du protoxyde d’azote (N20) issu des déjections animales et de la fertilisation azotée. En poids brut, nous parlons là d’émissions beaucoup plus modestes, mais comme ce gaz est 298 fois plus réchauffant que le gaz carbonique, ses effets sont considérables. Les 40 % restants sont émis sous forme de méthane (CH4) provenant de la fermentation des végétaux (soit chez les ruminants, en particulier les « pets et les rots » des vaches, soit dans le sol, ou en milieu humide comme par exemple les rizières) ; là aussi les quantités sont moindres, mais leur pouvoir réchauffant est 25 fois plus important…

On voit que l’élevage est fortement concerné ; en fait il l’est triplement : par les émissions directes issues de la digestion ou des déjections, mais aussi indirectement parce que près de la moitié des céréales produites dans le monde et les trois quarts des protéines végétales (soja, colza, etc.) sont destinés aux animaux, et enfin par le transport de ces énormes tonnages de nourriture vers les étables, porcherie et poulaillers ; des experts ont ainsi estimé que le seul transport de la nourriture pour les animaux élevés en Grande-Bretagne entraînait la consommation de 1,6 milliards de litres d’essence. Au total l’essentiel des émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture provient en fait du seul élevage, soit environ 14 % du total émis en France.

Une vache laitière en élevage intensif produit 90 kilogrammes par an de méthane issu sa digestion, contre quelque 35 kg pour un bovin de pays en voie de développement. Au total, 74 millions de tonnes de méthane sont « éructées » chaque année dans l’atmosphère par les animaux d’élevage. Par comparaison, l’industrie n’en dégage « que » 65 millions de tonnes

Atlantico : Selon un rapport publié début décembre aux Etats-Unis (voir ici), le public serait sous-informé sur l’impact climatique d’un régime alimentaire comprenant des produits issus d’animaux. Que peut-on dire sur l’évolution de la consommation de ces derniers produits depuis une cinquantaine d’années au niveau mondial ? Celle-ci concorde-t-elle avec l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre ?

Bruno Parmentier : Lorsque le professeur Mark Post, l’inventeur du hamburger entièrement synthétique rappelle qu’un « carnivore qui se promène à vélo est beaucoup moins écologiste qu’un végétarien qui roule en 4/4 », il a parfaitement raison !

Or la consommation mondiale de viande a littéralement explosé depuis 50 ans ; en effet, dans toutes les cultures, dès qu’on sort de la pauvreté le premier réflexe est de manger et de donner à manger à ses enfants ce que ses grands-parents ne pouvaient pas se payer, à commencer par les produits animaux : viande, œuf et lait, la combinaison pouvant différer d’un pays à l’autre (par exemple les musulmans ne mangent pas de porc, et les Chinois boivent peu de lait), mais le mouvement est absolument général. La Chine de Mao, avec ses 700 millions de chinois, ne pouvait offrir que 14 kilos de viande par personne et par an. Aujourd’hui les 1,3 milliards de celle Xi Jinping en consomment plus de 60 kg. La Chine a donc multiplié par huit sa consommation de viande en quelques dizaines d’années, et est devenu, de très loin, le pays le plus consommateur. Et également le plus gros producteur ; la moitié du milliard de porcs de la planète sont chinois, ainsi que 4,4 milliards de poulets (contre « seulement » 200 millions en France).

Ce phénomène est mondial ; en 1950, on a produit 44 milliards de tonnes de viande, aujourd’hui on en produit 280 milliards. Il faut imaginer qu’on abat plus de 1 000 animaux chaque seconde sur terre…

Cette augmentation gigantesque de la production animale dans le monde n’est évidemment pas sans rapport avec l’augmentation concomitante des émissions de gaz à effet de serre…

Atlantico : En quoi la spécificité des régimes français actuellement participent-ils à ces émissions de gaz à effet de serre ? Où nous positionnons-nous sur ce point par rapport aux autres pays ?

Bruno Parmentier : En moyenne, un Français consomme actuellement 85 kg de viande de 90 de lait par an. C’est environ deux fois plus que son grand-père (on consommait de l’ordre de 45 kg de chacun de ces produits dans les années 50), et trois fois plus que son arrière-grand-père (de l’ordre de 25 kg dans les années 30). Pour rendre ces chiffres plus concrets, songeons qu’en une vie, nous consommons chacun environ 7 bœufs, 33 cochons, 9 chèvres et moutons, 1 300 volailles, 60 lapins, 20 000 œufs et 32 000 litres de lait. Vue comme ça, il est légitime de se demander si la gastronomie française est bien raisonnable ! Elle ne l’est ni pour notre santé (cet excès de produits animaux est probablement une des causes de l’augmentation de la fréquence des maladies du type cancer, artériosclérose, diabètes, obésité, etc.), ni pour celle de la planète. Ce n’est pas parce que les Américains en consomment beaucoup plus, de l’ordre de 125 kg par an et par personne, que nous pouvons éviter de réfléchir à cette question.

Il importe donc de baisser fortement notre consommation de produits animaux. De la même manière que nous avons fortement baissé notre consommation de vin (dans les années 50, nos grands-parents éclusaient 140 litres de vin par an et par personne, contre seulement une quarantaine aujourd’hui). Mais nous pouvons observer qu’il y a encore des viticulteurs : après les manifestations violentes des années 50 ou 60 à Carcassonne et Narbonne, ils ont fini par s’adapter en nous expliquant : « vous voulez en boire moins, ce sera que du bon, que du cher »… Et il n’y a plus de « piquette » dans ce pays ! De la même manière, il serait souhaitable que, dans 20 ou 30 ans, nous mangions beaucoup moins de viande et beaucoup moins de lait, mais « que du bon que du cher », ce qui permettrait aux éleveurs non seulement de survivre, mais également de vivre mieux. Et à la planète également !

Atlantico : A quoi ressemblerait alors un régime équitable, responsable du point de vue de son impact climatique, sans pour autant faire une croix sur les aliments issus d’animaux ?

Bruno Parmentier : La vérité est rarement dans le tout ou rien ; en l’occurrence, il ne s’agit pas de passer, sauf choix personnel motivé par des considérations éthiques, d’un régime excessivement carné un régime carrément végétarien. Il s’agit de manger mieux. Chacun le sait, même s’il n’en tire pas toujours les conséquences, manger mieux c’est d’abord moins : moins de viande, de lait, de sel, de sucre, de matières grasses ! Et plus de céréales, de légumineuses (les plantes qui contiennent beaucoup de protéines végétales comme les haricots, lentilles, pois chiche, soja, etc.), de fruits et de légumes (de saison), et de diversité. Finalement ce n’est pas si difficile, et c’est essentiellement l’imagination qui nous manque et la volonté d’inventer des chemins nouveaux en apprenant de nouvelles recettes. Les prêtres catholiques nous avaient bien convaincu qu’il ne fallait pas manger de viande le vendredi, pendant le carême et l’avent etc., et il ne s’agit que de revenir à ces préceptes sages, mais cette fois-ci pour des motifs sanitaires et écologiques !

On peut déjà commencer par réaliser qu’il est inutile d’offrir un plat de viande à des amis que l’on reçoit chez soi le soir, puisqu’ils en ont déjà mangé au déjeuner ; ce qui manque actuellement, c’est le savoir-faire pour réaliser un bon plat de résistance sans viande. Et puis, même à midi il n’est pas indispensable de manger chaque jour de la viande, et en quantité excessive. 100 g de viande quatre fois par semaine, (mais de la bonne, de la chère !), plus une fois du poisson et deux fois des protéines végétales, ça n’est aucunement un programme triste, insipide et rabat-joie ! Et si nous pouvons manger en plus pour l’essentiel des produits de saison qui ont été cultivés à moins de 100 km de chez nous, ainsi que des animaux intégralement nourris avec des végétaux européens, ça diminuera d’autant les transports (une étude a montré qu’en moyenne aux États-Unis des aliments parcourent 2 400 km avant d’arriver dans l’assiette du consommateur). Et enfin, cerise sur le gâteau, pourquoi ne pas augmenter la proportion de bio dans notre assiette, ça diminuera notre consommation indirecte d’engrais et de pesticides très énergitivores, et donc producteurs de gaz à effet de serre. Des conseils à méditer au moment où nous allons prendre de bonnes résolutions pour l’année prochaine !

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