méthane gazette

Publié le par ottolilienthal

Le méthane des lacs, la bombe climatique que nous avions totalement sous-estimé

Ils sont en fait très nombreux à la surface du globe et ont un taux d'émission de méthane beaucoup plus important que les océans. Il est urgent de surveiller les lacs ...

Les lacs jouent un rôle important mais souvent occulté dans les émissions naturelles de méthane. Pour comparaison, ils représentent 16% des émissions naturelles de CH4 tandis que les océans ne représentent qu'1% de ces émissions. Comment expliquer ce phénomène et le peu d'intérêt qui lui est consacré alors que ce gaz piège 28 fois mieux les rayons du soleil que le dioxyde de carbone ?

Oui, c’est vrai ! Les lacs ont été longtemps ignorés dans les budgets globaux du méthane, en partie à cause de l'idée que les lacs sont petits alors que l'océan est grand, donc plus d'attention devrait être accordée à l'océan. Mais deux découvertes récentes ont commencé à bouleverser complètement ce point de vue. Le premier est issu de la télédétection par satellite à haute résolution, montrant qu'il existe un nombre immense de petits lacs à travers le monde, et bien que chacun soit de taille modeste, leur superficie collective est énorme.

 

 

 

Deuxièmement, on a constaté que les petits lacs ont les taux d'émission de méthane les plus élevés parce qu'ils ont tendance à être peu profonds et hautement productifs. Dans certaines régions où nous travaillons dans le Nord canadien, par exemple, le paysage est rempli de petits lacs et d'étangs qui déversent de grandes quantités de méthane dans l'atmosphère. Nous avons seulement commencé à réaliser l'importance globale des lacs dans ces émissions.

La communauté scientifique (et notamment le GIEC en 2013) alerte depuis plusieurs années l'augmentation à un rythme soutenu  des émissions de méthane dans l'atmosphère. Dans le cas des lacs, est-ce que le réchauffement climatique lui-même contribuerait à l'augmentation de la production de ce gaz ?

Le réchauffement planétaire accélèrera l'émission de méthane des lacs dans l'atmosphère et ce, par divers mécanismes. La nouvelle suggestion décrite dans cet article par Emilson et collaborateurs est que plus de plantes aquatiques envahiront les lacs du nord dans un climat plus chaud, ce qui produira plus de biomasse pour une éventuelle conversion en méthane. Mais cette nouvelle découverte doit être ajoutée à une longue liste d'autres impacts bien connus. Par exemple, les microbes produisant du méthane adorent la chaleur, et les températures plus chaudes signifient plus de production de gaz. Les lacs plus chauds sont plus productifs, produisant plus de biomasse de plancton pour soutenir les microbes produisant du méthane. Finalement, l'un des plus grands effets est le réchauffement et le dégel des paysages de pergélisol (gelés en permanence) du Grand Nord. Il en résulte des lacs et des étangs de fonte dans lesquels les microbes peuvent décomposer le carbone du sol précédemment gelé. Cela est particulièrement inquiétant car il mobilise du carbone ancien stocké dans le sol gelé, au méthane, ce gaz à effet de serre puissant.

Quelles solutions sont aujourd'hui à l'étude pour contrer ce phénomène dans les lacs ?  Même si 40% des émissions de méthane sont liées aux phénomènes naturels, l'explication à l'augmentation de ces dites émissions dans l'atmosphère ne serait-elle pas plus à chercher du côté des activités humaines ?
 
A l'échelle locale, une attention particulière doit être accordée à la lutte contre l'eutrophisation, le surenrichissement des lacs causé par les activités urbaines et agricoles. Plus le lac sera enrichi, plus le méthane sera produit. Les municipalités devront travailler plus fort que jamais pour identifier et réduire les sources de pollution par les nutriments dans les lacs. À l'échelle planétaire, ces résultats actuels soulignent le besoin vital de réduire la production anthropogénique de gaz à effet de serre. La recherche sur les lacs montre comment la libération de dioxyde de carbone par les activités humaines stimule la production et la libération du puissant méthane, causant ainsi plus de réchauffement et encore plus de production de méthane. C'est un cercle vicieux qu'il nous faut d'urgence maîtriser en réduisant notre consommation de combustibles fossiles.
 
 
13/05/2018

Etats-Unis: les puits de pétrole abandonnés rejettent beaucoup de méthane

 

Les puits de pétrole et de gaz naturel abandonnés pourraient représenter une partie importante des émissions non prises en compte de méthane dans l'atmosphère aux Etats-Unis, un puissant gaz à effet de serre, selon une recherche effectuée en Pennsylvanie publiée lundi.

 

Des études précédentes ont estimé à environ trois millions le nombre de ces puits qui ne sont plus exploités sur l'ensemble du territoire américain. Ceux-ci pourraient représenter la deuxième plus importante source d'émissions de méthane du pays, des émissions jusqu'ici non comptabilisées par l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA).

Pour cette dernière recherche, les scientifiques dont Mary Kang, de l'Université de Princeton (New Jersey, est), ont effectué plusieurs dizaines de mesures directes des flux de méthane de 19 puits de pétrole et de gaz abandonnés en Pennsylvanie situés dans différents environnements (forestiers, marécageux, prairies et près de rivières) en juillet, août et octobre 2013 et en janvier 2014.

Les chercheurs ont constaté que tous ces puits émettaient du méthane, dont trois à des taux «très élevés», trois fois plus importants que la moyenne de la totalité des puits où les émissions ont été mesurées.

En partant de l'hypothèse que les résultats de cette étude sont représentatifs de la situation de l'Etat, ces chercheurs estiment que les puits de brut et de gaz abandonnés pourraient compter pour 4 à 7% de toutes les sources de méthane résultant des activités humaines en Pennsylvanie (est).

Ces résultats suggèrent que l'on devrait sérieusement envisager de «quantifier» le méthane s'échappant des puits abandonnés sur l'ensemble des Etats-Unis car ce phénomène est peu connu, préconisent les auteurs dont les travaux paraissent dans les Comptes-rendus de l'académie des sciences (PNAS).

De plus, ces scientifiques relèvent que les puits examinés en Pennsylvanie datent au moins de 50 ans, ce qui laisse penser que ces émissions de méthane se produisent depuis de nombreuses décennies, peut-être même plus d'un siècle.

Ainsi, les flux cumulés de méthane provenant de ces vieux puits pourraient être beaucoup plus importants que les émissions liées aux fuites qui se produisent dans la production de pétrole et de gaz.

Avec la poursuite à un rythme élevé de l'accroissement de l'exploitation pétrolière et gazière aux Etats-Unis et dans le reste du monde, le nombre de puits abandonnés va continuer à augmenter, notent ces scientifiques.

Un meilleur recensement des émissions de méthane provenant des puits abandonnés permettra une meilleure compréhension de leur impact sur l'environnement ainsi que l'élaboration et la mise en oeuvre de stratégies et de politiques efficaces pour le minimiser.

 

(AFP)

 

 

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