Climat : chaud devant

Publié le par ottolilienthal

Mourir de chaud, un risque pour 30 % de la population mondiale

Sans une réduction drastique des gaz à effet de serre, les trois quarts des habitants de la planète seraient exposés à des vagues de chaleur potentiellement mortelles à la fin du siècle.

Alors qu’une partie de la France est placée en vigilance orange pour la canicule, une étude se penche sur le risque de « mourir de chaud », au sens propre. Publiée en ligne lundi 19 juin dans la revue Nature Climate Change, elle conclut que ce danger guette aujourd’hui près d’un individu sur trois dans le monde. Une proportion qui pourrait grimper à trois sur quatre à la fin du siècle, si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent à leur rythme actuel.

Pour poser ce diagnostic, une équipe américano-britannique de dix-huit chercheurs, dont la plupart travaillent à l’université de Hawaï, a compilé la littérature scientifique documentant les cas de mortalité supplémentaire associée à des vagues de chaleur, entre 1980 et 2014. Elle en a identifié 783, observés dans 164 villes de 36 pays. Parmi eux figurent la canicule de l’été 2003, à l’origine de 70 000 morts excédentaires en Europe, dont environ 20 000 en France, et près de 5 000 à Paris, celle de 2010, à laquelle sont imputés 55 000 décès supplémentaires en Russie, dont près de 11 000 à Moscou, ou celle qui avait frappé Chicago en juillet 1995, responsable de plus de 700 morts.

Les auteurs ont ensuite croisé ces données avec les paramètres climatiques enregistrés lors de ces épisodes : température de l’air, taux d’humidité relative, ensoleillement, vitesse du vent… Ils en ont déduit que le facteur déterminant, pouvant altérer la capacité de thermorégulation de l’organisme humain et provoquer un état d’hyperthermie, était le couple température-humidité, cette dernière renforçant la chaleur ressentie. Ils ont alors calculé un seuil à partir duquel l’association de ces conditions ambiantes peut devenir fatale.

Les chercheurs n’affirment évidemment pas que le dépassement de ce seuil conduit à un trépas inéluctable, mais simplement qu’il expose à un « coup de chaud » potentiellement mortel. Différentes parades peuvent en effet être mises en œuvre pour éviter une telle extrémité, allant de l’équipement individuel en système de climatisation jusqu’à la politique publique de prévention.

Les tropiques en surchauffe

A l’aune de ce critère, l’équipe a établi qu’en 2000, le seuil fatidique de température et d’humidité a été franchi, pendant au moins vingt jours, sur environ 13 % de la surface continentale de la planète, abritant 30 % de la population mondiale.

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Qu’en sera-t-il demain ? La menace ne va faire que s’amplifier, répondent les auteurs. Son niveau dépendra toutefois de celui des émissions futures de gaz à effet de serre. Dans le scénario le plus optimiste du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui suppose une réduction rapide et drastique de ces émissions et limite ainsi à 1 °C le réchauffement en 2100, la zone de danger concernerait 27 % de la surface du globe et 48 % de la population à la fin de ce siècle. Dans le scénario le plus pessimiste, avec lequel les rejets carbonés conservent une courbe ascendante entraînant un réchauffement moyen de 3,7 °C en 2100, ce sont 47 % du territoire et 74 % des individus qui seraient mis en péril.

Face au risque de surchauffe, tous ne sont cependant pas égaux. Bien que les modèles des climatologues prévoient des hausses de température plus marquées aux latitudes élevées, les régions tropicales seront « exposées de façon disproportionnée à davantage de jours avec des conditions climatiques potentiellement mortelles », prédisent les chercheurs.

La raison en est l’humidité importante qui y prévaut toute l’année, ce qui fera dépasser la cote d’alerte même avec une moindre montée du thermomètre. Partout, en revanche, la menace sera aggravée par le vieillissement de la population et sa concentration croissante dans les zones urbaines, sujettes au phénomène des îlots de chaleur.

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« Prix ultime »

« Le grand intérêt de cette publication est sa dimension globale, estime Robert Vautard, directeur de recherche au CNRS (Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, Institut Pierre-Simon-Laplace), qui n’a pas participé à ce travail. On sait que les vagues de chaleur tuent, mais c’est la première fois qu’une étude dépasse les analyses locales, en s’appuyant sur une bibliographie très large et une méthode statistique à la fois précise et innovante. »

Sans doute ces résultats reposent-ils sur des modélisations. Les auteurs en pointent eux-mêmes certaines limites : les données ont été collectées sur une période relativement courte (trois décennies) et ne sont peut-être pas exhaustives, les incertitudes sont plus grandes pour les hautes latitudes et, surtout, de multiples facteurs (démographique, socioéconomique, urbanistique…) peuvent influencer la vulnérabilité future des populations.

C’est précisément sur l’importance des politiques d’atténuation du changement climatique et d’adaptation à ses conséquences que les chercheurs mettent l’accent. « Concernant les vagues de chaleur, nos options sont maintenant le mauvais ou le terrible, commente Camilo Mora, professeur associé au département de géographie de l’université de Hawaï et premier signataire de l’étude. Beaucoup de personnes dans le monde paient déjà le prix ultime des canicules et cela pourrait être bien pire si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas considérablement réduites. »

 

Coup de chaud sur l’Arctique mais froid record en Sibérie ou en Amérique du Nord : des scientifiques pensent avoir détecté un nouveau schéma climatique là pour durer

Le pôle nord connaît un réchauffement particulièrement important, en ces périodes de fêtes, pour la deuxième année consécutive. Une situation inquiétante tant elle est révélatrice de la dérégulation climatique mondiale.

Atlantico : Plusieurs chercheurs mettent en garde contre la hausse des températures dans l'Arctique, certains modèles de projection prévoyant une hausse des températures pour cette période des fêtes de 20 à 30 degrés par rapport aux normales de saison. Qu'est-ce qui explique ce phénomène ?

Myriam Maestroni : On assiste clairement à un réchauffement climatique généralisé. L'année la plus chaude sur Terre était 2014, avant d'être battue par 2015. Et pourtant, les prévisions laissent à penser que 2016 va exploser tous les records en matière de température. Mois après mois, les niveaux de température sont systématiquement dépassés. Actuellement, et par comparaison avec l'ère préindustrielle, nous avons gagné 1.2 degrés environ. Bien évidemment, 2016 aura été impactée par le phénomène El Niño, lequel renforce indéniablement la tendance, mais celle-ci s'observe au-delà de ce seul élément.

Et elle s'observe dans le temps, durablement.

Cet été, par exemple, la concentration annuelle moyenne de CO2 mesurée à Mauna Loa (Hawaï) a franchi le cap pourtant très symbolique des 400 ppm (parties pour million, unité de mesure du taux de CO2 dans l'atmosphère). C'est, rappelons-le, le principal gaz à effet de serre. Lesquels sont en partie non négligeable responsables du réchauffement climatique.

Le réchauffement climatique est un phénomène universel qui touche évidemment l'Arctique. Malheureusement, le phénomène de réchauffement y est encore plus spectaculaire qu'ailleurs. C'est dû à la fonte des glaces qui, en plus d'augmenter le niveau des eaux, contribue aussi à les réchauffer. Cette problématique a été abordée pendant la Cop 21. Le 5ème rapport du GIEC, rendu en 2014 établissait le caractère indéniable du changement climatique. Il établissait également le fait que le changement climatique relevait à 95% de l'activité humaine. C'est la principale cause de la concentration des gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Ce rapport notait déjà les écarts de température et permet de mesurer l'accélération du réchauffement. En 2014, nous étions à +0.85 °. Nous sommes désormais à + 1.2 °. C'est énorme. La conférence de Paris, rappelons-le, a pour objectif de limiter cette montée d'abord à +2 ° puis à +1.5 °. Nous sommes d'ores et déjà à +1.2 °.

Les réserves de glace dans l'Arctique diminuent. Ce phénomène accélère le réchauffement ainsi que la montée des eaux (+ 19 centimètres entre 1901 et 2010, en moyenne). 

Cette hausse des températures dans l'Arctique a déjà été observée l'année dernière. Assisterions-nous là une tendance durable ? Quelles pourraient être les conséquences de ce réchauffement pérenne de l'Arctique ? 

Comme nous l'expliquions plus tôt, on assiste malheureusement à un consensus sur le réchauffement climatique aujourd'hui. Dans l'Arctique tout spécialement, on constate la fonte du permafrost, le recul des glaciers et la disparition de la banquise. Ce phénomène est, hélas, durable. Il a des conséquences directes sur le niveau des eaux. Dans moins de 100 ans, National Geographic estime que cela engendrera une reconfiguration totale de l'intégralité de nos côtes. Certaines sont évidemment menacés.

Il y a également, évidemment, un impact sur les populations et les écosystèmes locaux. Cependant, au final, ce qui inquiète le plus c'est le rôle de l'Arctique dans le climat mondial. Le Pôle Nord joue un rôle très spécifique dans le climat mondial, que le réchauffement est en train de déréguler complètement. Concrètement, les changements y sont plus intenses qu'ailleurs : les températures ont augmenté presque deux fois plus rapidement dans l'Arctique que dans le reste du monde. Cela se répercute durement sur l'ensemble de la planète, dans la mesure où cela aggrave les effets déjà nocifs du réchauffement climatique global. 

Selon toutes les prévisions, la banquise devrait continuer à disparaître de façon drastique.

L'ensemble de la zone Arctique se contracte. Les effets sur la planète sont multiples. On trouve davantage d'eau douce dans les océans, ce qui entraîne une perturbation des courants marins et donc l'Atlantique… Des impacts sur la biodiversité, mais aussi sur les zones boisées, l'aquaculture, etc. Enfin, cela joue aussi sur les évènements climatiques extrêmes, très nombreux dans l'année 2016 (incendies, inondations, tempêtes, etc).

De quels moyens disposons-nous pour lutter contre cette situation ? Dans quelle mesure les décisions prises lors de la Cop 21, par exemple, permettraient-elles d'y remédier ?

Le lien entre le réchauffement climatique et les gaz à effet de serre est désormais clairement établi. La solution passe donc nécessairement par une réduction nécessaire de l'émission de ces gaz. Concrètement, il s'agit de réduire en priorité l'utilisation de combustibles fossiles (responsables en grande partie de l'émission de CO2). C'est l'un des objectifs assumés de la transition énergétique, qui vise à passer des énergies fossiles à l'utilisation de sources d'énergie renouvelable. C'est la première mesure à prendre, qui a été largement débattue à la Cop 21. Des objectifs ont d'ailleurs été donnés à chaque pays, afin qu'ils réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre.

Au sein des pays occidentaux, il m'apparaît important de réfléchir à l'efficacité énergétique et à la réduction de notre consommation énergétique. En France et plus généralement en Europe, un logement sur deux est dans une situation de surconsommation énergétique. La consommation énergétique des logements les plus anciens est 6 à 9 fois supérieure à ce qu'elle devrait être. Il y a d'énormes progrès à faire et l'intégralité d'entre nous est concernée. C'est à la fois une problématique liée aux comportements et à d'importants travaux de rénovation énergétique.

Il faudra aussi accompagner les pays les moins avancées énergétiquement parlant qui cherchent à s'équiper. Plus d'un milliard de personnes n'ont pas accès à l'énergie. Il convient d'en optimiser l'accès à l'avenir. Enfin, il faut prévoir des mesures d'interdiction : 85% des ressources fossiles doivent rester dans le sol. Nous n'avons jamais eu autant de signes d'un dérèglement climatique qu'aujourd'hui et pourtant on assiste à une résurgence inquiétante du climatoscepticisme.

 

Myriam Maestroni

 

Myriam Maestroni est présidente d'Economie d'Energie, et a remporté le Women's Award de La Tribune dans la catégorie "Green Business". Elle a accompli toute sa carrière dans le secteur de l'énergie. Après huit années à la tête de Primagaz France, elle a crée Ede, la société Economie d'énergie. 

Elle est l'auteure de plusieurs ouvrages majeurs: Intelligence émotionnelle (2008, Maxima), Mutations énergétiques (Gallimard, 2008) ou Comprendre le nouveau monde de l'énergie (Maxima, 2013).


 

Avec le réchauffement climatique, seulement une poignée de ville seront capables d’accueillir les JO en 2085

 

Selon une étude, en tenant compte de la progression du réchauffement de la planète, les Jeux Olympiques ne pourraient plus avoir lieu en Amérique latine d’ici 70 ans. Très peu de villes seraient capables d’offrir des conditions climatiques viables pour la tenue d’épreuves sportives.

 

 

Les Jeux Olympiques de Rio seront-ils les derniers à se dérouler en Amérique latine ? C’est du moins ce que laisse présager une étude publié dans la revue médicale The Lancet. Menées par Kirk Smith de l’Université de Californie, les recherches démontrent que si l’émission élevées de gaz à effet de serre continue, les risques seraient trop élevées pour la quasi-totalité des villes d’organiser les Jeux Olympiques d’été.

Seulement 8 villes éligibles

L’étude se base sur le concept de température au thermomètre-globe mouillé (WBGT), utilisé pour estimer les effets combinés de la température, l’humidité et le rayonnement solaire sur l’homme. Cette température peut différer de la température ordinaire. D’après les estimations les plus pessimistes, les conditions ne seraient pas supportables pour qu’un humain reste à l’extérieur.

Lors d’efforts physique, la température WBGT devient dangereuse lorsqu’elle se situe aux alentours de 25 degrés Celsius. Pourtant, parmi les 543 villes pouvant accueillir les JO d’été en dehors de l’Europe de l’Ouest (moins touchée par le réchauffement climatique), seulement huit descendraient sous les 26 degrés WBGT. En augmentant les risques à 28 degrés WBGT, il n’y aurait qu’une petite quarantaine de villes viables.

Les recherches ont même montré qu’au 22ème siècle, les seules villes offrant un risque limité pour la tenue des JO d’été seraient Belfast, Dublin, Edimbourg et Glasgow. Encore une fois, cette étude s’appuie sur des données hautes d’émissions de gaz à effet de serre, elle n’en reste pas moins inquiétante.

Pierre Monnier

 

Conséquence du phénomène El Niño, l'Afrique du Sud fait face à sa pire sécheresse depuis 30 ans. Une catastrophe économique et sociale.

 

Derrière son épaisse barbe rousse, Pierre Van Eeden affiche un rictus amer. Une ombre inquiète assombrit en permanence les yeux bleus du jeune agriculteur, qui tire nerveusement sur sa cigarette. Cela fait quatre générations que sa famille cultive la terre, tout près de la ville de Kroonstad. La bourgade est située à quelque 200 kilomètres au sud de Johannesburg, dans la région du Free State, l'une des cinq provinces classées zone de catastrophe naturelle ces dernières semaines, à cause de la sécheresse.

 

De mémoire familiale, jamais la pluie n'a tant tardé à arriver. « Nous savions depuis le mois de janvier que nous aurions une saison sèche. Mais nous ne nous attendions pas à ne pas avoir de pluie du tout », soupire Pierre Van Eeden. Autour de sa ferme, les signes de la sécheresse sont visibles dans les moindres plis du paysage jaune et sec. Habituellement, la pluie commence à tomber abondamment dès le mois de septembre, mais cette année, le mois de novembre n'a bénéficié que de faibles précipitations. Trop faibles, selon les spécialistes, qui estiment qu'il faudrait plus de dix jours de pluie pour atténuer un peu les effets de la sécheresse qui touche tout le pays.

« Nous ne pouvons rien faire, sauf attendre la pluie »

Le climat est généralement sec en Afrique du Sud, et les fermiers sont habitués à traverser des périodes arides. Mais pour la première fois en près de 30 ans, c'est le pays tout entier qui est touché par la sécheresse, due en grande partie au phénomène climatique El Niño, particulièrement puissant cette année. Autour de la ferme de Pierre Van Eeden, les étangs sont asséchés. « L'eau de surface a complètement disparu, et l'eau souterraine commence aussi à baisser dangereusement », assure l'agriculteur. Les cultures ont pris énormément de retard à cause du manque de pluie. Certains champs n'ont même pas pu être labourés. « C'est un travail saisonnier, et la pluie est notre ligne de vie. Les gens sont frustrés, nous ne pouvons rien faire de plus, juste attendre la pluie », lâche Pierre Van Eeden.

Le jeune agriculteur dit pouvoir survivre à une mauvaise saison. Pas à deux. « Cela coûte très cher de planter du maïs. Nous demandons des crédits aux banques, qui nous forcent à prendre des assurances. Celles-ci nous obligent à planter avant le 15 décembre, sinon le risque est trop élevé. » Sa femme Sara explique doucement avoir vu partir chaque année des fermiers trop endettés, des voisins, des connaissances, des amis en faillite. « Notre métier revient à creuser des trous dans la terre, dans lesquels nous mettons tout notre capital, et d'attendre de voir ce qu'il en ressort. C'est pour cela que la météo joue un si grand rôle. Aucun business n'est aussi risqué que l'agriculture. »

« Une bombe à retardement »

La culture du maïs – qui occupe 600 hectares sur les 800 que compte la ferme de Pierre Van Eeden – a déjà pris beaucoup de retard. Pour la saison 2014-2015, la production de maïs en Afrique du Sud a déjà chuté de 14,2 millions de tonnes à moins de 10 millions de tonnes. Selon l'organisation agricole Grain SA, le pays va devoir importer cette année jusqu'à 770 000 tonnes de maïs, pour 2,2 milliards de rands (145 millions d'euros). Des importations d'autant plus coûteuses que le rand – la monnaie nationale – a plongé face au dollar, pour atteindre l'un de ses taux les plus bas jamais enregistrés (14,44 rands = 1 dollar à la mi-novembre). « Le coût des importations va se répercuter sur la nourriture, et ce seront les plus pauvres qui vont subir cette augmentation de plein fouet », affirme Johan Willemse. Le maïs blanc, qui constitue un aliment de base pour une grande partie de la population en Afrique du Sud, risque de se faire particulièrement rare. D'ailleurs, les prix du maïs ont déjà bondi de plus de 50 % cette année en raison de la sécheresse, alors même que l'alimentation représente plus d'un tiers du budget des foyers les plus pauvres en Afrique du Sud.

« L'Afrique du Sud a longtemps été autosuffisante. Ce n'est plus le cas aujourd'hui », rappelle Ruth Hall, chercheur au sein de l'Institut d'études foncières et agraires Plaas de l'Université du Cap-Occidental. « Il y a une nouvelle dynamique intéressante, car nous pouvons maintenant importer un peu depuis les pays voisins – notamment la Zambie. Mais même en période d'abondance, plus de la moitié de la population sud-africaine souffre d'insécurité alimentaire, de manière chronique ou ponctuelle », affirme la chercheuse. « Nous sommes assis sur une bombe à retardement », s'inquiète de son côté Sara Van Eeden. « Les plus pauvres dépendent de nos cultures. Partout dans le pays, les gens sont en colère, ce sera pire s'ils ont faim. » La hausse des prix de la nourriture risque effectivement d'accentuer les tensions sociales, dans un pays où le chômage touche un habitant sur quatre. Les manifestations contre la mauvaise qualité des services publics, déjà fréquentes dans les quartiers les plus pauvres, risquent bien de se multiplier à l'approche des élections locales de 2016.

Les petits fermiers, premières victimes

Les petits fermiers émergents sont eux aussi en première ligne face à la sécheresse. Sur les terrains communaux alloués par l'État sud-africain dans le cadre de sa réforme agraire, les pâturages se font rares. À quelques kilomètres de la ferme de Pierre Van Eeden, on aperçoit depuis la route le cadavre d'une vache desséché par le soleil. « Les petits fermiers n'ont plus assez de fourrage pour leurs animaux », soupire Nakana Masoka, responsable de l'Afasa – l'association des fermiers africains – dans la province du Free State. Selon l'association des producteurs de viande rouge, plus de 40 000 têtes de bétail sont mortes depuis le début de la sécheresse, particulièrement dans la région côtière du Kwazulu-Natal. Un drame pour les plus pauvres, dont le bétail constitue l'unique richesse, et qui peinent déjà à vendre leurs animaux affaiblis, alors que de nombreux éleveurs tentent de réduire leurs troupeaux pour faire face à la sécheresse. Mais dans les mois qui viennent, la viande risque de devenir rare et chère en Afrique du Sud.

Le gouvernement sud-africain a débloqué près de 30 millions d'euros pour tenter d'atténuer les effets de la sécheresse. Des camions-citernes vont notamment être acheminés vers les zones les plus sinistrées, et des efforts vont être faits pour la réhabilitation en urgence des puits et des canalisations. Le plan prévoit également de déplacer certains troupeaux vers des pâturages plus verdoyants. Mais ces efforts semblent encore insuffisants pour atténuer l'impact de la sécheresse sur une économie déjà en berne.

 

Vietnam : le grenier à riz bientôt englouti ?

Vietnamnet – Pas moins de 80 % de Ca Mau pourrait souffrir de la montée des eaux. Cette province, considérée comme le grenier à riz du Vietnam, pourrait bien voir ses 10 000 hectares de terres arables détruites par la salinité. De même, Kien Giang, autre province proche, pourrait être immergée si le niveau de la mer montait de 85 à 105 m. Les scientifiques ont sonné l’alerte, annonçant que l’ensemble des terres du delta du Mékong pourrait bientôt disparaître sous l’eau avec le réchauffement climatique. Selon un rapport du PNUD (Programme de Développement des Nations Unies), la montée des eaux au Vietnam fera 22 millions de réfugiés climatiques et une perte de 10 % du PIB

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