Ce Gallet poliment blanchi par l'Inspection

Publié le par ottolilienthal

En période de disette budgétaire, voilà un bel encouragement à tous les patrons d'entreprise publique qui voudraient retaper luxueusement leurs bureaux et s'offrir des cabinets de conseil aux frais du contribuable. L'Inspection générale des finances (IGF) de Bercy vient de rendre son rapport, très attendu, sur les frasques de Mathieu Gallet à Radio France. Et çà valait la peine d'attendre.

"Aucune des dépenses examinées ne présente de caractère anormal ou disproportionné par leur nature ou leur montant", conclut l'IGF. Gallet doit se dire qu'il aurait pu dépenser plus !

Les trois inspecteurs ont été "sur place", pendant "huit jours", pour "obtenir un degré de certitude raisonnable". Ils ont surtout forcé leur talent pour blanchir notre nouvel agneau pascal. Le bureau et les boiseries en palissandre de Rio à 105 000 euros ? Du déjà-lu : "la décision de lancer la rénovation des boiseries" a été prise avant Gallet, "pour un montant de 34 500 euros HT". Sous son règne, des problèmes de montage et de démontage ont "porté le coût de l'opération à 68 244 euros". L'IGF, qui n'a interrogé que Radio France, oublie un peu vite les honoraires de l'architecte, le marché signé avec l'ébéniste après l'arrivée de Gallet, etc..Mais au diable les détails ! "Dans ce dossier, le président aurait pu s'opposer aux choix antérieurs de ses équipes", concède-t-elle.

Contorsions sémantiques

Les 32 013 euros restant ? Surprise : "En dépit de ses efforts, la mission n'a pas retrouvé d'écrits permettant de déterminer si la décision a pour origine la présidence ou la direction de la réhabilitation". Les limiers ont enquêté partout mais n'ont pas lu les écrits du "Monde". Le 23 mars, Gallet y expliquait lui-même : "Ma seule intervention a consisté à changer la moquette, à refaire la peinture,à remplacer les stores et à installer une table de réunion et des chaises pour que ce bureau devienne aussi une salle de réunion". Et de battre sa coulpe sur les boiseries : "C'était une erreur (...), c'est ma responsabilité, et je veux présenter mes excuses.." Gallet sort donc lavé par l'IGF de soupçons qu'il a lui-même confirmés - quel talent !

Intérieur bois

C'est encore mieux avec le contrat du consultant extérieur ami Denis Pingaud, payé 96 000 euros (8 000 euros par mois) pour faire la com' du pédégé. Le marché d'un an renouvelable n'a fait l'objet d'"aucune mise en concurrence", comme l'avait révélé "Le Canard'. Mais l'IGF le trouve très bien. La "commission interne des marchés" de Radio France n'intervient qu'à partir de 100 000 euros (çà tombe bien). Au-dessus, il faut "la consultation de trois fournisseurs, ce qui n'a pas été le cas", reconnait-elle. Pas grave. Pour Pingaud, il y avait une promesse de mise en concurrence au bout d'un an et "deux spécificités" : une "dimension intuitu personae" de la prestation et une "nécessité particulière", liée à la "prise de fonctions d'un président". Conclusion splendide : "la procédure retenue semble se placer aux limites des règles internes de l'entreprise." Et les limites sont limites..

Sans parler du simple respect de la loi, à propos duquel l'IGF continue son numéro de brasse coulée : "le cadre légal ne s'oppose pas, à priori, au compromis retenu par l'entreprise, en raison de son caractère circonscrit dans le temps et de l'engagement de mise en concurrence ultérieure." Tout est dans le "à priori" et la "mise en concurrence ultérieure".

Quelques petits plaisirs, au passage. L'économe Gallet s'est offert une Peugeot 508 "Pack bois", qui est arrivée sans le tableau de bord en bois. Il y tenait, mais la présidence a fini par renoncer, par courriel, le 18 mars, jour de la parution du papier du "Canard", consacré à la belle facture de son bureau. L'IGF relève aussi deux étranges voyages du jeune ambitieux aux frais de sa radio : à Shangaï, pour suivre le programme "Young Leaders" ; au Brésil, pour "rencontrer les équipes de Radio France et assister à un match". Et tout savoir sur le palissandre de Rio ?

Dans une lettre du 27 mars, l'IGF avait demandé au contrôleur d'Etat de l'INA, l'ex-maison de Gallet, une note détaillée sur ses précédentes dépenses de bureaux (125 000 euros) et de contrats de conseil (1,2 million). Bizarrement, cette note salée et tout le volet INA ont été laissés de côté par l'IGF. Seule la Cour des comptes, qui boucle un contrôle sur l'Institut, est en train de l'exploiter. Un ponte de la culture livre au "Canard" cette explication : "la grève à Radio France se terminait, Gallet est déjà sous tutelle, il ne fallait pas remettre de l'huile sur le feu".

Vendredi 17, en petit-déjeunant avec des journalistes, Fleur Pellerin n'a pas dit le contraire : "C'est une erreur de casting. Mais il ne peut être débranché que par une seule personne : le président du CSA". Et le gouvernement ne pouvait pas déstabiliser Olivier Schrameck avant la désignation du nouveau président de France Télévisions.

A quoi çà tient, la "certitude raisonnable" de l'IGF...

C. N.

Le Canard Enchaîné, 22/04/2015

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