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nuages en mer de Chine

Publié le par ottolilienthal

 

Un voisin menaçant pour la Chine

 

Comment serrer le cou d’un voisin embarrassant sans risquer de l’étrangler et vous attirer davantage d’ennuis ? C’est le dilemme de la Chine face à la Corée du Nord dont elle est le principal soutien diplomatique et le fournisseur essentiel. Ce dilemme pourrait aller croissant si les estimations faites par l’agence de renseignement militaire américaine (DIA) et révélées le 8 août dernier par le Washington Post, se confirmaient. Selon ces estimations, Pyongyang est désormais capable de miniaturiser un de ses engins atomiques pour le placer sur un missile. La miniaturisation était jusqu’ici l’un des principaux obstacles à ce que le régime de Kim Jong Un dispose d’une bombe pleinement fonctionnelle. Et comme le pays a récemment multiplié des tirs de missiles balistique intercontinentaux montrant qu’il pourrait, à plus ou moins brève échéance, être à même de frapper le territoire des Etats-Unis, le danger désormais ne concerne plus ses seuls voisins (Corée du Sud, Japon) mais la première puissance mondiale, elle-même détentrice d’un arsenal de plusieurs milliers de têtes nucléaires.

«Le feu et la colère»

Fidèle à sa méthode tonitruante, Donald Trump n’a pas hésité le 8 août dernier à menacer Pyonygang « du feu et de la colère » des Etats-Unis « comme le monde n’en a jamais vu ». Un ton qui consterné une partie de son propre entourage diplomatique et militaire. Et qui a poussé Kim Jong Un à répliquer qu’en guise d’avertissement, son pays serait bientôt prêt à tirer des missiles de portée intermédiaire à proximité de la base américaine de Guam, une île du Pacifique. Dans ce climat de rhétorique guerrière, la Chine a fait savoir le 10 août, par l’intermédiaire du Global Times, un média considéré comme la voix officielle du régime, qu’elle s’interposerait dans le cas où les Etats-Unis frapperaient la Corée du Nord et tenteraient de modifier la situation politique dans la péninsule coréenne. Mais qu’elle resterait neutre si c’était Pyongyang qui prenait l’initiative des hostilités en lançant des missiles contre le territoire américain. Une position qui illustre l’embarras des autorités chinoises, partisanes affirmées de la voie de la négociation dans le dossier nord-coréen et du statu quo dans la péninsule, tant les autres options risqueraient de mettre en péril ses propres intérêts

La position officielle de Pékin est constante. Elle-même autorisée à détenir l’arme nucléaire comme quatre autres puissances (Etats-Unis, France, Grande Bretagne, Russie) en vertu du TNP (Traité de non-prolifération nucléaire), la Chine est hostile à ce que Pyongyang se dote de la bombe. Il est vrai qu’en devenant partie au TNP en 1985, la Corée du Nord s’est engagée à ne pas acquérir la bombe, mais Pyongyang s’est retiré du traité en 2003 et poursuit depuis lors la mise au point d’un arsenal nucléaire. Un arsenal que le régime nord-coréen perfectionne de manière autonome et qu’il considère comme une assurance vie pour lui éviter de subir le sort de Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi, lesquels, selon lui, n’auraient pu être renversés si leurs pays respectifs avaient été dotés de la bombe.

Prolifération dans toute l’Asie du Nord ?

La Chine estime que la prolifération nucléaire est un danger, en Asie du Nord où elle entend conserver l’avantage stratégique que lui procure la bombe, et où deux pays potentiellement menacés par Pyongyang (la Corée du Sud et le Japon) pourraient un de ces jours ne plus faire confiance aux Etats-Unis pour les protéger et acquérir la même arme. Les capacités technologiques de Tokyo et de Séoul leur permettraient sans doute de le faire, même si les tensions avec Washington qu’un tel choix provoquerait rendent aujourd’hui ce scénario peu probable.

Ce qui n’est pas une hypothèse aussi improbable aux yeux de la Chine et l’inquiète donc davantage, c’est un effondrement du régime de Pyongyang. Certes, des experts chinois estiment que ce régime est plus stable depuis l’arrivée au pouvoir de son actuel leader, Kim Jong Un, petit-fils fondateur du régime, Kim Il Sung. Une stabilité due notamment à une libéralisation économique très encadrée, mais qui a permis à une partie au moins de la population de vivre aujourd’hui moins mal, alors que dans les années 90 la famine avait tué entre 600 000 et un million de personnes.

Le régime pourrait en revanche s’effondrer si un le pays entrait en conflit armé avec les Etats-Unis ou si des sanctions trop sévères finissaient par l’étouffer et provoquer trop de tensions internes. Pékin voit deux périls majeurs pour elle dans un tel scénario. Le premier est démographique et économique : la chute du régime, le chaos et la guerre civile que cela pourrait provoquer risqueraient de pousser des millions de réfugiés nord-coréens vers la Chine du nord voisine. Le second est stratégique : outre qu’il risquerait de rendre l’arsenal du pays incontrôlable, l’effondrement de l’Etat nord-coréen ouvrirait, plus ou moins rapidement la voie à une réunification des deux Corées sous l’égide du régime sud-coréen. Et donc à la consolidation aux frontières directes de la Chine d’un nouveau pays allié des Etats-Unis, alors que jusqu’ici la Corée du Nord a servi de tampon entre la Chine et la Corée du Sud. Une Corée du Sud sur le sol de laquelle Washington a officiellement entreposé des armes nucléaires jusqu’en 1991. Et où il prévoit aujourd’hui de déployer un bouclier antimissiles, le THAAD, à la grande fureur de Pékin qui voit dans ces installations, non pas seulement une arme défensive contre la Corée du Nord comme l’affirment les Etats-Unis, mais une menace contre ses propres capacités militaires.

A des fins de subsistance

La double crainte, démographique et stratégique, de la Chine face à un effondrement de la Corée du Nord explique qu’en dépit de son hostilité régulièrement réaffirmée à la bombe nord-coréenne et des pressions des Etats-Unis pour qu’elle fasse use de son influence présumée sur Pyongyang, Pékin manie les menaces et les gestes de rétorsion avec des pincettes face à ce qu’elle considère comme un Etat potentiellement failli à sa porte. D’où son insistance à prôner la voie des négociations internationales sur le sujet qui sont à l’arrêt depuis 2009 et surtout à doser les sanctions votées par le Conseil de Sécurité des Nations Unies afin de ne pas provoquer un effondrement du pays. Pékin a ainsi régulièrement insisté pour que ces mesures punitives excluent les activités économiques « normales » et toutes celles qui ne sont menées à « des fins strictement humanitaires ou de subsistance ». De telles activités cependant n’ont pas de définition  jurdique précise, ce qui a donné à la Chine, avec qui la Corée du Nord réalise 90% de ses échanges économiques, une grande marge d’interprétation.

 

Certes, devant l’accélération du programme nucléaire et balistique nord-coréen et singulièrement depuis le troisième essai en février 2013, soit au moment de l’arrivée de l’actuel président chinois, Xi Jinping, à la tête de son pays, Pékin a progressivement donné de la voix et du geste face à son voisin. Le ton entre les deux pays est devenu progressivement plus froid. Témoin, la décision annoncée en février dernier par Pékin, en vertu des quotas instaurés par la résolution 2321 (30 novembre 2016) du Conseil de Sécurité, de ne plus importer de charbon nord-coréen pour le restant de l’année 2017. De même, Pékin a permis l’adoption le 5 août dernier à la suite des tirs de missile balistiques nord-coréens, d’une nouvelle résolution (2371) qui interdit totalement l’achat à la Corée du Nord de minerais (charbon, fer, plomb) et de produits de la mer, mais aussi le recrutement à l’étranger de nouveaux travailleurs nord-coréens, l’une des ressources majeures du pays, et la conclusion de nouvelles joint-ventures avec des firmes locales.

Reste à voir comment cette nouvelle résolution sera mise en œuvre. Les régions du nord-est de la Chine, notamment, ont un intérêt très direct à ce que les échanges avec la Corée du Nord, en produits comme en travailleurs, se poursuivent. Et les entreprises chinoises, impliquées dans les échanges avec la Corée du Nord, ont appris à contourner les interdits instaurés par les résolutions successives. Par ailleurs, Pyongyang reste autorisé à acheter du pétrole à l’étranger, c’est-à-dire auprès de Pékin pour l’essentiel bien que les chiffres ne soient pas publics. Des experts chinois, interrogés par le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute), estiment que l’interruption des livraisons d’or noir seraient nécessaires pour forcer Pyongyang à revenir à la table des négociations. Au risque d’un étranglement économique du pays ? Une arme à double tranchant pour Pékin qui craint toujours la déstabilisation de son voisin.

Ironie et invective

Le régime de Kim Jong Un est bien conscient des craintes chinoises si la Corée du Nord venait à se décomposer. Et en nationaliste soucieux de faire étalage de ses atouts et de son indépendance, il en joue face son grand voisin. En avril dernier, Pyongyang a publiquement rappelé à la Chine que la Corée du Nord jouait le rôle de tampon contre l’influence des Etats-Unis en Asie. Et quand en février Pékin avait suspendu ces importations de charbon, le régimes nord-coréen n’avait pas hésité à manier l’ironie et l’invective, estimant que la Chine qui se présente comme une grande puissance, danse en réalité au diapason des Etats-Unis… Ces dernières années, Kim Jong Un a en outre fait exécuter des dirigeants nord-coréens, comme son oncle Jang Song-thaek qui avait, semble-t-il, la faveur de Pékin. De même, il a ordonné plus récemment l’assassinat en Malaisie de son propre demi-frère, Kim Jong Nam, pourtant longtemps placé sous la protection de la Chine.

Malgré les espoirs de Donald Trump et ses requêtes répétées à Xi Jinping, la petite Corée du Nord n’est pas aujourd’hui aux ordres de la puissante Chine. Et sauf à ce que Pyongyang commette une erreur suicidaire, ce dont le régime de Kim Jong Un s’est jusqu’ici toujours gardé en dépit de ses outrances, Pékin préférera vraisemblablement garder son voisin encombrant, en lui serrant régulièrement le cou. Mais sans l’étrangler.

 

Yann Mens

Face à Pyongyang, l’Asie sur le pied de guerre nucléaire

Dans la région ultramilitarisée abritant quatre des neuf puissances atomiques, la menace nord-coréenne pousse ses voisins à revoir à la hausse leur budget militaire et ravive le débat sur la dissuasion.

Le poker nucléaire dans la péninsule coréenne va-t-il accélérer la course aux armements en Asie ? La région est déjà la plus militarisée et la plus nucléarisée au monde avec quatre des neuf puissances atomiques. Toutes sont lancées dans des programmes de modernisation qualitative ou quantitative de leurs arsenaux, rappelait en juillet le Sipri, institut de recherche basé en Suède qui fait autorité en matière d’armement et de prolifération.

Sur les 14 935 têtes nucléaires déployées sur la planète, au moins 400 sont aux mains de la Chine, du Pakistan, de l’Inde et de la Corée du Nord. La dynastie des Kim est le dernier Etat en date à avoir rejoint en 2006 le club très fermé de ceux dotés de la bombe. Depuis, elle a procédé à plusieurs dizaines de tirs de missiles et à cinq essais nucléaires, dont trois exécutés sous la férule de Kim Jong-un. Dans cette région sous tension, le Japon et la Corée du Sud sont les seules grandes puissances économiques à ne pas être dotées de la bombe atomique. Elles doivent s’en remettre à l’allié américain qui leur offre son parapluie nucléaire. Depuis 1951 (pour le Japon) et 1953 (pour la Corée du Sud), Tokyo et Séoul sont protégés par la dissuasion américaine qui reste donc plus que jamais d’actualité.

Mais avec le feu d’artifice à répétition de la Corée du Nord et la probabilité d’un désengagement de l’armée américaine en Asie évoquée par Donald Trump pendant la présidentielle, les Japonais et les Sud-Coréens redoutent de se retrouver privés de bouclier. Ces dernières années, ils ont investi dans la modernisation de leurs armées. Si l’effort déployé n’est plus comparable à celui des années 90, le budget sud-coréen augmentera tout de même de 4 % cette année par rapport à celui de 2016. Il sera consacré en partie au perfectionnement des systèmes de missiles pour tenter de faire face à la menace du Nord.

Un danger «majeur et imminent»

De son côté, le Japon multiplie également les dépenses, en hausse pour la cinquième année consécutive en 2017. S’il déplore un «nouveau degré de menace» causé par le programme balistique nord-coréen, Tokyo s’alarme aussi des ambitions militaires de Pékin en mer de Chine méridionale et près de l’archipel des Senkaku. Dans un livre blanc publié mardi, le nouveau ministre de la Défense japonais, Itsunori Onodera, qualifie la Corée du Nord de danger «majeur et imminent». «Il est probable qu’au fil du temps augmente le risque du déploiement de missiles balistiques dotés d’ogives nucléaires capables d’atteindre notre pays», insiste le document.

Publié tous les ans par le ministère japonais de la Défense, ce texte s’alarme pour la première fois de l’amélioration et de la précision des capacités opérationnelles de la Corée du Nord. Il évoque le scénario d’«attaque de saturation», au cours de laquelle un grand nombre de missiles seraient lancés simultanément pour traverser un bouclier de défense d’un pays ou d’une zone ciblée. Ces derniers mois, les autorités japonaises ont entrepris des exercices de simulation pour évacuer les populations et envisagent de construire des abris antinucléaires.

Ce livre blanc est dans la droite lignée d’un rapport d’experts et de parlementaires japonais, qui amorçait un tournant dans la politique sécuritaire de l’archipel. En mars, un groupe d’anciens ministres et d’élus du puissant Parti libéral-démocrate (PLD) avait remis au Premier ministre, Shinzo Abe, une série de «propositions urgentes» visant à renforcer la défense antimissile du pays et à muscler sa politique sécuritaire en passant clairement à l’offensive. Ils recommandaient au gouvernement de se procurer des missiles de croisière à longue portée, capables de frapper les engins et les sites nord-coréens. «La première attaque [de l’ennemi] peut être contrée avec notre défense antimissile [actuelle]. Pour ce qui est des frappes répétitives, il est important de mettre hors d’état de nuire les sites de lancement de l’adversaire et d’éviter d’autres tirs», expliquait en début d’année Itsunori Onodera.

Si cette recommandation ne fait pas franchement débat, il en va autrement de la question de l’arme nucléaire qui relève quasiment du tabou. A Séoul, et dans une moindre mesure à Tokyo, l’idée a refait surface ces derniers mois. Elle n’a jamais été absente des débats politiques. Les conservateurs sud-coréens, comme l’ancien candidat à la présidentielle Chung Mong-joon ou l’ex-leader du parti Saenuri Won Yoo-chul, martèlent depuis plusieurs années cette possibilité pour contrer la menace nord-coréenne. A en croire le Miami Herald, plusieurs dizaines d’élus du Liberty Korea Party soutiendraient le projet d’une Corée du Sud dotée de l’arme nucléaire. En septembre 2016, après le cinquième essai de Pyongyang, un sondage indiquait que le scénario du réarmement nucléaire était soutenu par 58 % des Sud-Coréens. Mais en 1975, sous pression américaine, Séoul a signé le Traité de non-prolifération (TNP). La ratification n’a pas empêché le dictateur Park Chung-hee de poursuivre un programme clandestin jusqu’à son assassinat, en 1979. Depuis, le président élu en mai, Moon Jae-in, s’est positionné sans ambiguïté comme un antinucléaire civil et militaire. Mais avec ses 25 réacteurs nucléaires, la Corée du Sud peut assez facilement s’engager dans un programme militaire.

Ballon d’essai ou maladresse ?

C’est du reste l’argument que les Etats-Unis avaient avancé l’année dernière au sujet de leur allié japonais, qui a pourtant subi leur feu nucléaire à deux reprises en août 1945. «Que se passerait-il si le Japon devenait une puissance nucléaire demain ? Ils ont la capacité de le faire pratiquement du jour au lendemain», avait dit l’ex-vice-président Joe Biden, lors d’une rencontre avec le président chinois, Xi Jinping, en juin 2016. Tokyo, qui n’a jamais ratifié le Traité de non-prolifération, avait répondu que «le Japon ne pourra jamais détenir des armes nucléaires».

Mais les Américains n’ont cessé d’alimenter ce débat tabou. Durant sa campagne, Trump avait soupesé l’idée que le Japon et la Corée du Sud se dotent de l’arme atomique. Surtout si les 80 000 GI présents dans la péninsule coréenne et l’archipel nippon devaient plier bagage. En mars, lors d’une de ses visites en Asie, c’est le secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, qui est revenu à la charge (ballon d’essai ou maladresse ?) pour évoquer la possibilité d’un Japon armé de l’atome. «Nous disons que toutes les options sont sur la table, expliquait-il alors que la crise avec Pyongyang s’envenimait, mais nous ne pouvons pas prédire l’avenir. Nous pensons donc qu’il est important que chacun dans la région comprenne bien que les circonstances pourraient évoluer jusqu’au point où, pour des raisons de dissuasion mutuelle, nous pourrions envisager cela.» «Cela» ne serait certainement pas en phase avec la très pacifiste Constitution japonaise.

Trump fait dans la surenchère

Alors que les appels au calme se multiplient à travers le monde, Donald Trump a de nouveau menacé vendredi d’intervenir contre la Corée du Nord. «Les solutions militaires sont maintenant complètement en place, et prêtes à l’emploi, si la Corée du Nord se comporte imprudemment», a tweeté le président américain. Un peu plus tôt, la Chine avait enjoint Washington et Pyongyang à «faire preuve de prudence dans leurs mots et leurs actions, et à agir davantage pour apaiser les tensions». La Russie s’est dite, elle, «très inquiète». «Les risques sont très élevés, surtout en prenant en compte la rhétorique employée», a déclaré le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov.

Arnaud Vaulerin

Tokyo joue sur le péril nord-coréen pour réformer sa Constitution pacifiste

Pour la première fois, le destroyer nippon « Izumo » a escorté un bâtiment américain.

 

C’est dans une atmosphère de fortes tensions régionales et d’incertitudes sur la politique étrangère américaine que le Japon a célébré, mercredi 3 mai, le 70e anniversaire de sa Constitution, et plus spécifiquement, de l’article 9 proclamant son renoncement à la guerre.

D’après un sondage de l’agence de presse Kyodo publié le même jour, 49 % des Japonais estiment que cet article doit être revu, contre 47 % qui s’y opposent. Pour la première fois, les partisans d’une modification dépassent les opposants. Ce changement découle de la situation en Asie de l’Est. En mars, trois missiles nord-coréens s’étaient abîmés dans la zone économique exclusive du Japon, entre 300 km et 350 km de l’île principale d’Honshu.

L’inquiétude est exacerbée par une couverture intense des questions nord-coréennes par les médias nippons et des décisions anxiogènes du gouvernement. Le 29 avril, peu de temps après l’annonce du dernier tir de missile nord-coréen, la circulation des métros a été interrompue à Tokyo sur ordre, semble-t-il, de la ministre de la défense. Le gouvernement a par ailleurs largement diffusé des informations sur l’attitude à adopter en cas d’attaque de missile et établi un plan d’évacuation des 60 000 ressortissants japonais de Corée du Sud.

Inconstance américaine

Ces mesures coïncident avec l’annonce, lundi, par le premier ministre, Shinzo Abe, connu pour ses positions nationalistes et son rejet du pacifisme de l’après-guerre, de sa volonté de profiter de l’anniversaire de la Constitution pour lancer sa réforme. « Le temps est venu », a déclaré le chef de gouvernement. « J’ai l’impression que Shinzo Abe joue de la crise actuelle », analyse Tetsuo Maeda, un spécialiste des questions de défense proche de l’opposition japonaise.

Lundi, le porte-hélicoptères Izumo, fleuron des forces maritimes d’autodéfense, a escorté un bâtiment de ravitaillement américain au large de la côte Pacifique de l’Archipel, une opération présentée par Tokyo comme une preuve de la solidité de l’alliance militaire nippo-américaine. Il s’agissait d’une première pour les forces nippones depuis l’entrée en vigueur en mars 2016 d’une législation sécuritaire les autorisant à intervenir pour aider un allié agressé. « Le Japon pourrait multiplier ces missions de protection des navires américains en profitant des tensions autour de la Corée du Nord », analyse le quotidien de centre gauche Mainichi.

L’inconstance de l’allié américain lui facilite la tâche, renforçant l’idée que le Japon doit développer sa propre défense. Après avoir brandi la menace de frappes préventives contre Pyongyang, envoyé ce qu’il a appelé une « armada » au large de la péninsule coréenne et accéléré le déploiement en Corée du Sud du système antimissile Thaad, le président américain, Donald Trump, s’est dit prêt, lundi, à discuter avec le dirigeant Kim Jong-un, « si c’est approprié de le voir ».

« Clairement, les conditions ne le permettent pas aujourd’hui », a dû tempérer le porte-parole de la Maison Blanche, Sean Spicer. Quatre jours plus tôt, M. Trump s’inquiétait du risque d’un « conflit majeur » avec la Corée du Nord, tandis que s’achevaient les importantes manœuvres conjointes américano-sud-coréennes organisées chaque année pendant deux mois et considérées comme un acte d’agression par la Corée du Nord. Pyongyang les exploite pour justifier ses tirs de missile et ses essais nucléaires.

Fermeté

Lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU consacrée à la Corée du Nord le 28 avril, la Chine et la Russie ont de nouveau proposé que Pyongyang cesse ses tirs de missiles et essais nucléaires en échange de la suspension de ces exercices militaires, ce qui pourrait être le point de départ de négociations. Le secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, a préféré appeler à l’application stricte des sanctions onusiennes, voire à leur renforcement. Il a reçu l’appui notamment de la Corée du Sud et du Japon, lequel semble donc camper sur une position de fermeté.

Au terme d’un entretien le 27 avril à Moscou avec le président russe Vladimir Poutine, M. Abe avait exclu une reprise des pourparlers à six (Etats-Unis, Corées, Chine, Japon, Russie) sur le programme nucléaire de la République populaire et démocratique de Corée, arguant que « le dialogue pour le dialogue ne sert à rien ».

 
 
Philippe Mesmer (Tokyo, correspondance)

Philippines : Rodrigo Duterte ou le coup d'éclat permanent

Après les insultes, les actes : le président philippin tourne le dos aux États-Unis et se jette dans les bras de la Chine. Décryptage.

Japon : une ultranationaliste à la Défense

Ne vous fiez pas à son sourire. Tomomi Inada, qui flirte avec l'amnésie révisionniste, veut réarmer le Japon et en faire "un grand pays de la morale".

 

 

 

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe a remanié mercredi de façon assez cosmétique son gouvernement, à une exception près, la nomination au poste-clé de la Défense de Tomomi Inada. Cette avocate, diplômée de la prestigieuse université de Waseda, est en effet une figure de la droite nationaliste. Celle qui rêve de faire du Japon « un grand pays de la morale » n'est pas une nouvelle venue. Élue députée en 2005, elle a déjà occupé plusieurs postes dans deux cabinets successifs du Premier ministre conservateur, mais c'est la première fois qu'elle accède à de si hautes fonctions. Avant elle, le portefeuille de la Défense n'avait été confié qu'une fois à une femme, Yuriko Koike (aujourd'hui gouverneur de Tokyo), et pour quelques semaines seulement.

Mme Inada se vante d'admirer le samurai Takamori Saigo, chef de la garde impériale créée après la restauration de l'empereur Meiji (1868). Sa nomination arrive à un moment crucial. M. Abe, qui, lors de son premier mandat en 2006-2007, avait transformé l'Agence de défense en ministère de plein droit, a réussi l'an passé à faire voter des lois qui élargissent notablement les prérogatives de l'armée nippone.

LIRE aussi Le Japon lance une nouvelle stratégie militaire

, les textes en question peuvent désormais trouver une application concrète, et Mme Inada, qui partage les idées de M. Abe sur la nécessité pour le Japon de prendre en main sa sécurité et d'épauler ses alliés (États-Unis en tête) à l'extérieur, aura certainement à coeur de travailler en ce sens. « Chaque Japonais doit vouloir protéger par lui-même son pays et, pour cela, chacun doit être prêt à verser son sang. Sans cela, un pays ne peut pas être défendu », clame-t-elle lors d'un discours filmé datant de quelques années, après avoir avoué son « émotion en regardant le magnifique drapeau japonais ».

L'actualité lui donne des arguments, qu'il s'agisse des tirs de missiles récurrents de la Corée du Nord (un exemplaire s'est abîmé mercredi à quelques centaines de kilomètres des côtes de l'archipel) ou des menaces verbales et mouvements des bateaux ou avions chinois autour d'îlots (Senkaku) dont la souveraineté nippone est contestée par Pékin.

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Bien que souvent souriante et s'exprimant d'une voix douce, Tomomi Inada, 57 ans, n'est assurément pas la ministre dont rêvaient les voisins chinois et sud-coréens. Et pour cause, c'est une habituée des allées du sanctuaire Yasukuni de Tokyo, lieu de culte shintoïste honni par Pékin et Séoul car perçu comme le symbole de l'expansionnisme nippon d'avant-guerre en raison de l'inscription sur ses registres-hommages des noms de 14 criminels de guerre condamnés par les alliés après le second conflit mondial.

Révisionnisme

La nouvelle ministre, mariée à un avocat et mère de deux enfants, a une devise : « défendre les traditions et la créativité japonaise » qui ont, selon elle, maintes fois sauvé le pays, et « faire du Japon un grand pays de la morale, le seul à avoir cette ambition », dixit un texte publié sur son site internet. Elle préside d'ailleurs depuis dix ans une commission dédiée à cet objectif au sein du parti de M. Abe. Elle est, en outre, membre de l'organisation nationaliste Nippon Kaigi dont l'un des principaux buts est d'en finir avec la Constitution pacifiste du Japon. « Nous devons sortir du régime d'après-guerre qui a rabaissé le rang du Japon en faisant que ce pays soit respecté dans le monde pour son sens unique de la morale », se plaît-elle à répéter.

Les titres de ses ouvrages parlent aussi pour elle : Je veux protéger le Japon, Face à ceux qui veulent détruire le Japon ; de même qu'un essai qui revient sur la suite d'événements ayant abouti au massacre de Nankin par l'armée japonaise en 1937. Dans la même veine, que d'aucuns qualifieraient de révisionniste, elle n'a de cesse de dénoncer les propos jugés « propagandistes » de la Corée du Sud sur le cas de femmes de réconfort (Asiatiques enrôlées dans les bordels de l'armée nippone pendant la guerre du Pacifique) et d'autres faits historiques que récuse en partie la droite dure japonaise. « Il ne s'agit pas de dire que le Japon a fait des choses merveilleuses, mais de contester fortement les assertions inexactes qui le salissent », justifiait-elle lors d'une intervention au Parlement en 2014, des propos alors approuvés par M. Abe.

 

Publié le | Le Point.fr

Chine / Russie : futurs exercices militaires conjoints en mer de Chine

Wall Street Journal – C’est aussi en mer de Chine que se joue le rapprochement entre Pékin et Moscou. Lors d’une conférence de presse tenue ce vendredi 29 juillet, le porte-parole du ministère chinois de la Défense, le colonel Yang Yujun, a annoncé que la Chine et la Russie organiseraient des exercices militaires conjoints dans la zone au mois de septembre. Des exercices qui relèvent de la « routine » et qui ne « visent aucun Etat tiers », a-t-il expliqué sans livrer plus d’informations. Difficile pourtant de ne pas y voir une réponse au verdict de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye. Le 12 juillet dernier, l’instance juridique avait tranché en défaveur de la Chine dans les conflits de souveraineté qui l’opposent aux Philippines en mer de Chine du Sud. C’est la première fois que des exercices militaires se dérouleront dans la région à la suite du verdict de la Cour – et la première fois que Russie et Chine opèreront des manoeuvres conjointes en mer de Chine, note le Wall Street Journal. Cela fait plusieurs années que Moscou et Pékin développent leurs relations en matière de défense, partageant « le même objectif de réduire la pression des Etats-Unis et de leurs alliés sur leurs activités militaires », commente le quotidien américain. Pourtant, la Russie entretient des « relations étroites » en matière de défense avec le Vietnam, l’un des principaux adversaires de la Chine – avec les Philippines – en mer de Chine du Sud.

« La nouvelle manifestation d’impuissance de l’UE dans la crise chinoise doit inciter les États membres à prendre le relais »

 

 

Bien sûr, l’Europe est confrontée à ses propres crises. Sans même parler du brexit, le terrorisme en France, le coup d’Etat en Turquie, qui ont fait plus de 250 victimes en quelques jours, viennent de nous le rappeler dramatiquement. Mais le communiqué publié à l’issue du sommet de l’ASEM (Dialogue Asie Europe) qui s’est achevé le 16 juillet à Oulan-Bator sans mentionner le jugement du tribunal d’arbitrage de la Haye sur la mer de Chine du Sud rendu le 12 juillet, et la déclaration très modérée de l’Union européenne sur le même sujet, qui se refuse à rappeler le caractère contraignant du jugement, sont pathétiques et démontrent les limites de la recherche du consensus à tout prix, à 28 pour l’Union européenne et à 53 pour l’ASEM. Pourtant, si l’Europe a une chose à partager, ce sont les leçons de sa tragique expérience historique, et le danger mortel que représente, pour les démocraties et la paix, l’esprit de Munich.

 

 

 

La République populaire de Chine a pris l’habitude d’imposer ses positions par la force et l’intimidation, tirant partie de son image de superpuissance économique, mais aussi de la passivité et de la trop grande prudence de ses partenaires. En agissant ainsi, l’Union européenne qui refuse de « faire de la géopolitique » ne voit pas que, en plus de se discréditer un peu plus auprès des États asiatiques les plus responsables et les plus touchés par la stratégie d’affirmation de la puissance chinoise, elle ouvre la voie à des crises plus graves dont elle ne pourra que subir les conséquences. Pékin rejette en bloc le jugement du tribunal de la Haye fondé sur la convention des nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS) que la Chine a pourtant ratifiée. Les termes de ce rejet, à l’égard des Philippines et du tribunal d’arbitrage lui-même, sont particulièrement agressifs. C’est la preuve éclatante que, pour un régime chinois de plus en plus refermé sur lui-même, et uniquement focalisé sur ses intérêts les plus étroits, l’engagement dans le système international ne se mesure qu’à l’aune des rapports de force que la Chine pourra imposer.

Discours lénifiants

Alors que l’Union européenne, et la communauté internationale dans son ensemble, n’ont pas compris que, face à une Chine dont l’économie dépend totalement de l’ouverture au monde, l’unité fait la force, la République populaire sait jouer des divisions. Ainsi, en utilisant le nouveau mythe de la route de la soie et du « One Belt One Road » (une ceinture, une route), sa traduction moderne, comme miroir aux alouettes, la Chine a obtenu que certains pays de l’Union européenne s’opposent à une résolution commune jugée trop sévère pour la Chine. En 2015, au sommet de Suzhou, les dirigeants chinois invitaient les PECO (pays d’Europe centrale et orientale), dont la majorité est pourtant membre de l’Union européenne, à monter, au propre comme au figuré, « dans le train à grande vitesse construit par la Chine ». Derrière les discours lénifiants sur la multipolarité et la démocratisation du système international, la Chine en réalité fait peu de cas de ses partenaires, particulièrement de ceux qui, comme l’Union européenne, se fondent sur les valeurs du soft power et la recherche de l’apaisement.

L’Europe, ne l’a pas compris, et fait une fois de plus la preuve de ses limites, qui ne sont pas uniquement dues à ses faiblesses institutionnelles. L’Union européenne a les moyens, si elle le souhaite, de se prononcer avec clarté sur des enjeux d’importance majeure sur la scène internationale. Elle en a la responsabilité en tant que pourvoyeur de normes universelles. Mais, devant cette nouvelle manifestation d’impuissance, c’est aux États membres de prendre le relais et de se prononcer avec fermeté sur un sujet en apparence lointain, mais vital pour notre avenir commun.

 

Valérie Niquet (responsable du pôle Asie de la fondation pour la recherche stratégique)

Le ton monte entre Pékin et Manille après le jugement sur la mer de Chine méridionale

 

Après la sentence de la Cour permanente d’arbitrage (CPA) de la Haye, qui, saisie il y a un peu plus de trois ans par les Philippines, a invalidé les prétentions chinoises en mer de Chine méridionale, les autorités de Pékin avaient fait savoir, mardi 12 juillet qu’elles ne respecteraient pas la décision d’une instance qu’elles considèrent illégitime. Jeudi 14 juillet, elles ont élevé un peu plus le ton, promettant une « réponse déterminée » en cas de « provocation ». Un peu plus tôt, Manille, qui s’était, dans un premier temps abstenue de demander à son voisin de respecter la sentence arbitrale, avait indiqué qu’elle mettrait ce sujet sur la table lors du sommet Europe-Asie (Asem), prévu vendredi et samedi en Mongolie, et auquel participera le premier ministre chinois Li Keqiang.

 

« Si quelqu’un souhaite mener un acte de provocation contre les intérêts de sécurité chinois sur la base de cette sentence, la Chine répondra de façon déterminée », a déclaré Lu Kang, porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères. Le ministre des affaires étrangères de Manille, Perfecto Yasay avait indiqué, auparavant, qu’il comptait « discuter dans le cadre de l’ordre du jour de l’Asem de l’approche pacifique, fondée sur le droit, des Philippines de la question de la mer de Chine méridionale et de la nécessité pour les parties de respecter la récente décision du tribunal arbitral ».

Désaveu cinglant

Pour Pékin, le jugement de la CPA consitue un désaveu attendu, mais particulièrement cinglant. Les cinq juges portent un sévère coup à la légitimité des prétentions de la Chine en concluant notamment que la ligne à neuf traits, un tracé démarquant la revendication par la République populaire de l’essentiel de cette zone maritime, n’a « aucun fondement juridique ». Ils constatent que si navigateurs et pêcheurs chinois, mais aussi étrangers, ont pu faire usage des îlots de la région, rien ne prouve que Pékin ait exercé un contrôle exclusif tant sur les eaux que sur les ressources de la région.

 

Lire aussi le brief : Pékin vs Manille, duel larvé en mer de Chine méridionale

La Chine avait prévenu qu’elle ignorerait la procédure et son verdict. Elle l’avait fait dès que les Philippines s’en étaient remises à l’organe d’arbitrage de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, en janvier 2013, quelques mois après que les gardes-côtes chinois eurent expulsé les pêcheurs philippins de l’atoll de Scarborough, à 470 milles nautiques de l’île chinoise de Hainan et seulement 130 milles de Luçon, île la plus peuplée de l’archipel philippin.

Lire aussi la tribune : « La Chine conteste d’ores et déjà la validité » de la décision de la Cour internationale

Une semaine avant la sentence, un ancien haut diplomate et conseiller d’Etat chinois, Dai Bingguo, précisait qu’aux yeux de Pékin elle ne représenterait « pas plus qu’une feuille de papier gâchée ». La colère chinoise s’est fait entendre, mardi, sitôt la décision de la Cour d’arbitrage de La Haye rendue publique. Le président Xi Jinping a déclaré que la décision n’affecterait en aucun cas la souveraineté territoriale et les intérêts maritimes de son pays, et a réitéré l’argument principal qui venait d’être invalidé par la justice selon lequel « les îles de la mer de Chine méridionale sont des territoires chinois depuis des temps anciens ». Le ministre des affaires étrangères, Wang Yi, a de son côté lancé : « Maintenant que cette farce est terminée, il est temps de revenir sur la bonne voie », tandis que son ministère jugeait la décision « nulle et non avenue ».

Lire aussi : Les Américains défient Pékin en mer de Chine

Victoire modeste de Manille

Sentant probablement qu’il était préférable d’avancer tant que régnait le flou juridique plutôt qu’après que le tribunal arbitral a tranché, la Chine a poldérisé en un temps record des bancs de sable, dont trois sont dotés désormais de pistes d’atterrissage. La juridiction n’était pas appelée à déterminer quel îlot appartient à quel pays. Elle devait établir à quelle périphérie de souveraineté ils donnaient droit. Elle note que plusieurs des éléments contrôlés par la Chine, dont les récifs de Subi et Mischief, n’étaient avant modification que des récifs ne dépassant de l’eau qu’à marée basse et n’ouvrent à ce titre pas même droit à douze milles d’eaux territoriales. Les cinq juges s’en prennent également aux conséquences écologiques de ces opérations massives de dragage.

Lire aussi le compte-rendu : En mer de Chine, Pékin emménage au large

Plus surprenant, la Cour estime qu’aucun des éléments de l’archipel contesté des Spratleys ne répond à la définition d’une île, capable notamment grâce à l’eau potable d’accueillir une vie humaine autonome. Une île à proprement parler, au regard de la convention de Montego Bay de 1982, ouvre droit à une zone économique exclusive (ZEE) de 200 milles nautiques. Puisqu’il n’y a aucune île dans la région aux yeux des arbitres, les ZEE respectives n’ont plus qu’à être déterminées à partir des seules côtes des Etats bordant la mer de Chine méridionale.

 

Cette solution simple fait enrager les Taïwanais : Taiping, plus grande structure naturelle des Spratleys, ne serait qu’un « rocher » selon la sentence alors que, large de 1,4 km et longue de 400 m, elle dispose de quatre puits qui permettent de faire vivre une centaine d’habitants. Ils se jugent frappés par ricochet, alors qu’ils ne pensent nullement entraver la liberté de navigation dans la région.

Représailles probables

Les observateurs chinois estiment qu’après un tel revers, des représailles de Pékin sont probables. « La Chine se préparait à ce que la décision lui soit plutôt défavorable mais le ton est bien pire que ce qui était anticipé. Ce jugement sera utilisé par les puissances étrangères pour s’opposer à la Chine qui, en retour, renforcera ses capacités de défense », affirme Shi Yinhong, professeur de relations internationales à l’Université du peuple, à Pékin. L’hypothèse la plus souvent envisagée est l’annonce d’une zone d’identification de défense aérienne en mer de Chine méridionale autour de ses îles artificielles, l’Armée populaire de libération ayant désormais la capacité, grâce à ses nouvelles pistes, de faire sortir des chasseurs sans délai.

Du point de vue philippin, cet arbitrage est un franc succès. « C’est une réussite sur quasiment tous les points soumis à la Cour, elle va redéfinir le discours sur le différend en mer de Chine méridionale », espère Jay Batongbacal, directeur de l’institut de droit maritime de l’université des Philippines.

Manille a pourtant eu la victoire modeste. Le secrétaire aux affaires étrangères, Perfecto Yasay, a salué la décision, mais précisé que ses experts allaient l’étudier en détail et a appelé aussitôt les parties concernées à « faire preuve de retenue et de sobriété ». Cette modération rappelle une réalité dont les Philippins ont bien conscience : les îlots artificiels chinois ne vont pas disparaître du seul fait du droit international, l’imposante flotte de navires des gardes-côtes chinois non plus, même s’il est probable que le jugement incitera les armées occidentales à naviguer plus régulièrement dans la région.

L’archipel s’interroge sur la posture à adopter. La procédure avait été engagée par le président Benigno Aquino, qui a œuvré au rapprochement avec les Etats-Unis face à la Chine. Son successeur, Rodrigo Duterte, est plus pragmatique avec la puissance économique voisine et a reçu l’ambassadeur de Chine rapidement après son entrée en fonction, le 30 juin. Le 5 juillet, à une semaine du verdict, M. Duterte lançait : « Si ça nous est favorable, parlons ! »

 

Par
 

 

Mer de Chine : Pékin en colère évoque «le berceau de la guerre»

 

 

Les autorités chinoises fustigent la décision de la Cour permanente d'arbitrage de La Haye, tandis que Taiwan et l'Indonésie renforcent leur dispositif de défense dans leurs eaux.

 

A défaut de surenchère militaire, la Chine s’est livrée mercredi à une attaque verbale nourrie contre la décision de la Cour permanente d'arbitrage (CPA) de La Haye. Au lendemain du jugement de la CPA qui a statué que Pékin avait «violé les droits souverains des Philippines», le régime chinois a fait savoir que la sentence n’était que du «papier bon à jeter», selon Liu Zhenmin, le vice-ministre des Affaires étrangères.

A lire aussi: Chine méridionnale : bras de fer pour un bras de mer

«Ne faites pas de la mer de Chine méridionale le berceau de la guerre», a dit ce responsable chinois, fustigeant le fait que les juges chargés de l’affaire à la CPA n’étaient pas asiatiques et ne pouvaient donc pas comprendre le dossier. Mercredi, pour mieux marteler la souveraineté chinoise sur les territoires contestés, la chaîne d'Etat CCTV a diffusé des images de deux avions de ligne (Southern airlines et Hainan airlines) se posant sur le récif Mischief des Spratleys.

Le diplomate Liu Zhenmin a également défendu l’idée que son pays avait le «droit» d’instaurer une Zone d’identification de la défense aérienne (Adiz) dans la région autour des archipels Spratleys et Paracels. «La nécessité éventuelle d’en établir une en mer de Chine méridionale dépend du niveau de menace que nous subissons.»

Climat sécuritaire

En novembre 2013, déjà, la Chine avait proclamé une Adiz en mer de Chine orientale, dans une zone allant du sud du Japon à Taiwan. Mais dans les faits, les compagnies aériennes et les armées de l’air de la région n’ont jamais tenu compte des obligations formulées par les autorités chinoises de se déclarer et de demander l’autorisation de passage. Il n’en demeure pas moins que si une nouvelle Adiz était mise en place, cela constituerait une dégradation inquiétante du climat sécuritaire.

A Washington, l’ambassadeur chinois Ciu Tiankai s’est fait très pessimiste sur les conséquences du jugement. «Cela va certainement intensifier les conflits et même la confrontation», a-t-il dit. Signe d’une tension perceptible, la nouvelle administration philippine, dirigée par le président Rodrigo Duterte, n’a salué que du bout des lèvres une décision de justice qui prend la défense de sa souveraineté.

Taiwan critique du jugement

A Taiwan, l’annonce du jugement a été mal accueillie et a provoqué l’envoi d’un bâtiment de guerre en direction de Taiping dans les Spratleys. Car dans sa décision de justice, la CPA a jugé que Taiping n’était qu’un rocher et, qu’à ce titre, ne pouvait pas générer une zone économique exclusive (ZES). Lors d’un discours aux soldats taïwanais retransmis à la télévision, la nouvelle présidente Tsai Ing-wen a critiqué le jugement, «en particulier la qualification de l’île de Taiping, [qui] porte gravement atteinte aux droits de notre pays sur les îles de la mer de Chine méridionale et leurs eaux territoriales».

Et la décision de la CPA a également mobilisé l’Indonésie qui n’a pourtant aucune dispute territoriale avec Pékin. Jakarta a annoncé qu’il allait renforcer son dispositif sécuritaire. Des bateaux de guerre, un chasseur F-16, des missiles sol-air, un radar et des drones vont être déployés autour des îles Natuna, un archipel situé entre la péninsule de Malaisie et l’île de Bornéo. Dans cette région poissonneuse, l’Indonésie lutte contre la pêche illégale, allant jusqu’à tirer sur des braconniers et couler des bateaux de pêches étrangers qui opèrent dans ses eaux.

La mer de Chine méridionale est entrée en ébullition.

 

Mer de Chine : Pékin rappelé à l'ordre par La Haye

 

Il s'agit du tout premier arbitrage international sur la question. Les juges de la Cour permanente d'arbitrage (CPA), qui siègent à La Haye, ont rejeté mardi les revendications de Pékin sur la mer de Chine méridionale, accordant une victoire aux Philippines mais provoquant une réaction virulente de Pékin.

"La Chine n'a pas de base légale pour revendiquer des droits historiques sur les zones de la mer comprises à l'intérieur des 'neuf traits'", a dit la CPA, en faisant allusion à une carte de 1947 de la mer de Chine méridionale, riche en ressources énergétiques, minérales et halieutiques.

La zone concernée par l'arbitrage couvre 3,5 millions de km² de mer où la Chine développe depuis quelques années sa présence en poldérisant des récifs et en construisant dessus des installations navales et aériennes, mais aussi en déployant alentour des patrouilleurs qui refoulent les bateaux de pêche philippins. La contestation devant la CPA, initiée par Manille en 2013, a porté sur le statut des récifs, des rochers et îlots artificiels des îles Spratleys ainsi que, plus au nord, sur le récif de Scarborough.

| Lire Mais pourquoi la Chine construit-elle des îles en pleine mer ?

Aucun droit à une zone économique spéciale

Dans son jugement qui comporte pas moins de 497 pages, la CPA estime que les patrouilles navales chinoises menacent les bateaux de pêche philippins de collision et que la Chine, en construisant ports et aéroports, a occasionné des dégâts irréparables aux récifs coralliens.

En outre, a statué la CPA, aucune des îles de l'archipel des Spratleys ne peut conférer à la Chine une zone économique spéciale (ZEE). La CPA juge que la Chine a interféré avec les droits de pêche des Philippins dans les parages du récif de Scarborough, et violé les droits souverains des Philippines en prospectant dans les parages du récif de Reed.

"Cet arbitrage est un coup juridique dévastateur pour les revendications chinoises en mer de Chine méridionale", a dit à Reuters Ian Storey, de l'institut singapourien ISEAS Yusof Ishak.

"La Chine va réagir avec colère, verbalement c'est certain, et peut-être aussi par des opérations maritimes plus affirmées".

Un jugement "nul et non avenu"

De fait, Pékin, qui avait boycotté les audiences à la CPA sur l'affaire, n'a pas attendu pour réagir avec véhémence, rejetant catégoriquement un jugement "nul et non avenu" qui, selon son ministère des Affaires étrangères, viole le droit international.

Le ministère des Affaires étrangères a rappelé que les Chinois étaient actifs depuis plus de 2.000 ans en mer de Chine méridionale et a réaffirmé que Pékin avait des droits historiques sur la zone, notamment sur les îles Paracels et Spratleys.

Le Conseil européen appelle à protéger "l'ordre international fondé sur le droit"

Du côté des Philippines, le chef de la diplomatie, Perfecto Yasay, s'est montré bien plus réservé, se bornant à appeler à la "retenue":

"Nos experts étudient l'arbitrage avec le soin et l'attention que ce dossier mérite", a-t-il dit lors d'une conférence de presse à Manille.

Quant à lui, le président du Conseil européen Donald Tusk a appelé la deuxième économie mondiale à protéger "l'ordre international basé sur le droit", avertissant :

"Si on commence à croire que la mondialisation et le commerce international peuvent se passer de règles communes ou aller à l'encontre de celles-ci, alors les économies européenne et chinoise seront les premières victimes, sans parler des populations."

Washington n'a pour le moment pas réagi à l'arbitrage de la CPA. Selon des responsables diplomatiques et militaires américains, l'attitude de la Chine après ce jugement déterminera en grande partie la façon dont répliqueront les pays du Sud-Est asiatique, ainsi que les Etats-Unis.

>> Aller plus loin Et si les tensions en mer de Chine dégénéraient en un conflit armé majeur ?

(avec Reuters et AFP)

La Chine accuse le Japon de menacer la paix dans le Pacifique

Suite à la Seconde Guerre mondiale, le Japon avait dû renoncer au militarisme via sa constitution. Désormais, le Japon a décidé de tirer un trait sur ces décennies de pacifisme en autorisant l’envoi de troupes en territoire étranger. Article du Guardian, publié le 29 mars 2016 :

« La Chine accuse le « chef de guerre » Shinzo Abe, premier ministre du Japon, de menacer la paix dans la région suite à la ratification mardi d’une loi controversée permettant l’envoi de troupes japonaises sur des théâtres d’opérations à l’étranger pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les lois de sécurité, qui furent votées en septembre dernier après des scènes chaotiques au Parlement, réinterprètent la constitution pacifiste du pays afin de permettre au Japon d’exercer un droit collectif d’autodéfense à l’étranger, ou de venir en aide aux États-Unis ou à un autre de ses alliés.

Dans un commentaire publié en ligne, l’agence de presse d’État chinoise Xinhua a accusé Abe d’abandonner la constitution d’après-guerre du Japon, qui limite son armée à un rôle purement défensif, en ajoutant que cette décision ne pourra que « mettre en danger le droit de la population japonaise de vivre en paix. »

Cette législation, le plus grand changement de posture du Japon depuis sa défaite en août 45, pourrait également « représenter un véritable défi pour la paix dans la région Asie-Pacifique, une zone déjà vulnérable, » d’après le commentaire.

Le parti libéral-démocrate d’Abe et ses partenaires de coalition ont soutenu les lois au parlement, malgré de grandes manifestations et les avertissements affirmant que les troupes japonaises pourraient se retrouver entraînées dans des guerres à l’étranger.

Abe insiste sur le fait que ces interdictions ont limité les capacités du Japon à répondre à de nouvelles menaces contre la sécurité dans la région, notamment le programme d’armes nucléaires de la Corée du Nord et l’activité plus affirmée de la marine chinoise.

Le Japon et la Chine ont une querelle de longue date portant sur les îles Senkaku, dans la Mer de Chine Orientale. Tokyo s’est rangé du côté des Philippines et d’autres pays qui se sont opposés à la construction de base chinoise dans des zones contestées en Mer de Chine du Sud.

Les tensions entre Pékin et Tokyo ont à nouveau monté d’un cran cette semaine après que le Japon ait enclenché une station radar en Mer de Chine Orientale. Cette station lui permet de récolter en permanence des renseignements à proximité de Taiwan et des Senkaku, îles connues sous le nom de Diaoyu en Chine. (…)

La montée de la méfiance du Japon envers la Chine se reflète dans son changement de stratégie. Tokyo se détourne de sa frontière maritime nord avec la Russie malgré les plans de Moscou de construire une base navale sur les îles Kuril, elles aussi contestées. Les forces soviétiques avaient pris possession des îles vers la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le refus de la Russie de les rétrocéder a empêché les 2 pays de conclure un traité de paix permanent.

D’après Xinhua, le Japon, pion des États-Unis, devrait permettre à l’oncle Sam de se mêler de nombreuses affaires régionales suite à son pivot vers l’Asie. (…) L’administration Obama a quant à elle salué la nouvelle. (…)

Les Japonais sont divisés sur la question : 47 % de la population n’approuve pas les nouvelles lois tandis que 38 % est pour. Les rangs des opposants sont néanmoins en baisse : en septembre, ils étaient 58 % à se prononcer contre ces lois. »

Pékin prêt à faire la guerre en mer

Un livre blanc publié par Pékin stipule que désormais, priorité va être donnée au développement de la marine. Alors que la Chine construit des îles artificielles, les Etats-Unis haussent le ton devant la « grande muraille de sable ».

Fini, la défense des zones côtières, la marine chinoise va désormais viser la « protection en haute mer ». Le ministère chinois de la Défense a publié, mardi, un livre blanc dans lequel il détaille la vision de sa mission. Une publication qui coïncide très exactement avec la montée des tensions vis-à-vis des Etats-Unis : alors que Pékin construit actuellement des îles artificielles dans la zone des Spratleys que se disputent six pays, les Etats-Unis haussent le ton devant ce qui a été qualifié de « grande muraille de sable ». Les Etats-Unis sont ciblés par le Libre blanc : « certains pays s’affairent à interférer dans les affaires de la mer de Chine méridionale; une poignée se livrent à une surveillance constante aérienne et maritime contre la Chine ». Pour le porte-parole du ministère de la Défense, les choses sont très simples : les activités de construction dans les Spratleys sont strictement comparables aux innombrables bâtiments construits, chaque jour, un peu partout sur le territoire chinois, puisqu’il n’existe pas le moindre doute quant à la souveraineté chinoise sur la zone…

Le texte publié par Pékin confirme en outre que désormais, la priorité va être donnée au développement de la marine, dans un pays qui jusqu’à présent privilégiait plutôt les forces armées terrestres et aériennes. Quant à l’armée de l’air, elle va devoir passer d’une mission strictement défensive à des capacités « défensives et offensives ». L’armée de terre, elle, devra développer une capacité à se déployer sur des théâtres d’opérations variés. Tout est fait, donc, pour positionner la Chine en tant que puissance militaire capable de défendre ses intérêts au large. « Nous n’attaquerons pas à moins d’être attaqués, mais nous contre-attaquerons sûrement en cas d’attaque », explique le texte. Pékin assure enfin qu’il va mettre l’accent sur le développement de ses capacités cybernétiques afin de faire face aux « graves menaces de sécurité » visant ses infrastructures.

YANN ROUSSEAU GABRIEL GRESILLON

« On peut parler d’une montée du militarisme en Chine »

 

Alors que la Chine communiste a célébré jeudi 3 septembre pour la première fois les 70 ans de la résistance du peuple chinois contre l’agression japonaise, Jean-Pierre Cabestan, directeur du département de science politique de l’Université baptiste de Hongkong et auteur de Le Système politique chinois. Un nouvel équilibre autoritaire (Presses de Sciences Po, 2014), décrypte les tenants et les aboutissants du grand défilé militaire organisé par le pouvoir chinois à Pékin.

 

Lire aussi : La Chine s’offre une parade à grand spectacle comme démonstration de force

Qu’a révélé pour vous le défilé militaire ?

Il y a plusieurs messages combinés ; pour les armes, on a aperçu beaucoup de missiles et d’avions, mettant en lumière une capacité de projection croissante des forces au-delà des côtes chinoises, un aspect suivi de près à Taïwan et dans l’ensemble de la région. Il y a aussi un côté très soviétique : on note le contraste entre un discours qui promeut la paix, avec un lâcher de colombes et de ballons, et cette démonstration de force impressionnante. La réduction des troupes de 300 000 hommes est un dégraissage qui vise à renforcer l’outil militaire et accélérer sa modernisation. Ce n’est pas surprenant en soi, la volonté de moderniser et transformer l’armée a été maintes fois annoncée. Le modèle, c’est l’Amérique. En outre, avec la hausse des soldes, il est plus efficace d’investir dans les matériels.

 

Que dit cette démonstration de force des intentions de la Chine ?

Les Chinois veulent montrer qu’ils sont une puissance militaire majeure, il y a chez eux la volonté de s’affirmer comme première puissance asiatique. On constate chez beaucoup d’entre eux une espèce de fascination pour les armes, les militaires, les uniformes et tout ce qui a trait à la guerre, ce qui est préoccupant. Il y a profusion de programmes télévisés sur tout cela. On peut parler d’une montée du militarisme en Chine – les Chinois critiquent les Japonais sur ce point, mais le militarisme chinois est plus inquiétant, car présent et non passé. C’est un pays qui apparaît comme cherchant la bagarre et voulant utiliser ses nouveaux armements.

Comment doit-on décrypter la liste des participants et des absents au grand défilé militaire chinois du 3 septembre ?

Il y a une hiérarchie intéressante, d’abord Poutine, puis les voisins de la Chine. Le cas assez inattendu, c’est celui de Park Geun-hye, la présidente sud-coréenne – sa présence rappelle la position traditionnelle du pays tributaire et respectueux de la Chine qu’a longtemps été la Corée, à la différence du Japon, sans pousser trop loin l’argument culturaliste. En Asie, des pays comme le Laos et le Cambodge sont naturellement présents, ils sont sous dépendance étroite. Le Vietnam et Birmanie sont des pays qui évoluent dans leur relation avec la Chine, mais ils ne peuvent pas se passer d’une coopération étroite avec leur grand voisin. Il y a aussi un certain nombre de pays autoritaires. En Europe, la France et l’Italie envoient leurs ministres des affaires étrangères, ce sont de fait les pays les plus conciliants, qui ont peut-être le moins de recul par rapport à cette démonstration de force chinoise.

Les défilés militaires ont lieu en Chine tous les dix ans en principe. Celui-ci fait exception à la règle, le dernier avait eu lieu en 2009. Comment l’expliquer ?

La paix avec le Japon a été signée le 2 septembre sur le Missouri et le lendemain, le gouvernement nationaliste de Nankin avait décrété trois jours fériés. Le général Hsu Yung-chang représentait la République de Chine sur le Missouri, au côté de représentants d’autres pays. En tout cas, le Parti communiste chinois (PCC) n’y était pas représenté. Le 3 septembre était le début de la paix pour la Chine, donc un jour de réjouissances. Faire un défilé militaire ce jour-là est assez malsain, c’est profiter d’une occasion pour montrer qu’on est puissant.

Quand on regarde les défilés passés, il fait penser à celui de 1984, où Deng Xiaoping avait passé les troupes en revue. Ce défilé annonçait au monde entier que Deng était le patron suprême de la Chine. Xi Jinping veut rappeler que c’est lui le patron, qu’il est fermement au pouvoir à un moment où il a mené la lutte anticorruption jusqu’au cœur de l’armée, en faisant arrêter ses deux anciens plus hauts gradés.

Cela pose des questions sur l’efficacité réelle de l’armée chinoise qui est apparue comme une institution où, là aussi, tout le monde cherche à s’enrichir. M. Xi a besoin de montrer qu’il commande. Des réformes sont en cours, sur le nombre de régions militaires qui doivent fusionner, et l’intégration des grands commandements, mais sa réussite dépend de l’armée. Le défilé a été décidé avant les problèmes récents, la chute de la Bourse et l’explosion de Tianjin, mais c’est une diversion qui vient bien à propos !

 

 

 

 

 

Pacifique : comment la Chine nargue les Américains

 

En mer de Chine du Sud, Pékin construit sa "grande muraille de sable" au mépris de ses voisins. Les Américains font les gros yeux. En vain.

 

De notre correspondant en Asie, Sébastien Falletti

 

En Chine, plus qu'ailleurs, la diplomatie est un art de la sémantique. Xi Jinping l'a encore démontré en recevant tout sourire le secrétaire d'État américain John Kerry, dimanche. "Le vaste océan Pacifique est assez grand pour embrasser à la fois la Chine et les États-Unis", a déclaré Xi au chef de la diplomatie américaine, arrivé à Pékin très remonté à la suite des dernières affirmations du géant asiatique en mer de Chine du Sud. Une formule au ton apaisant, qui illustre en réalité la nouvelle détermination du pouvoir chinois à contester l'Amérique en mer. "Traduction : vous restez de votre côté, et nous resterons du nôtre", décrypte le sinologue américain Patrick Chovanec sur Twitter. En clair, l'US Navy n'a rien à faire en mer de Chine du Sud, réclamée à 90 % par Pékin, au mépris du Vietnam, des Philippines ou de la Malaisie. Une zone stratégique riche en hydrocarbures, où transite près de moitié du commerce maritime mondial.

LIRE aussi notre article "Le Japon et son allié américain s'inquiètent des poussées chinoises en mer de Chine"

Depuis quelques mois, la tension monte sur les archipels des Spratleys et Paracels, où la Chine affirme désormais sa souveraineté en construisant "une grande muraille de sable". À coups de dragage et de remblais, Pékin transforme des récifs en îles artificielles, où elle bâtit de nouvelles bases avancées à la disposition de l'Armée populaire de libération. Comme à Fiery Cross Reef, devenu en quelques mois une île de plus de trois kilomètres de long où une piste d'atterrissage est en construction, comme le révèlent les analyses d'IHS Jane's Defence Weekly à partir d'images satellites d'Airbus. Pékin suit les traces des Philippines qui ont également construit des points d'appui dans ces eaux poissonneuses. Mais l'ampleur des efforts chinois est sans proportion avec ceux de ses rivaux. Pékin a quadruplé ses possessions depuis l'an dernier pour gagner plus de 600 hectares sur les eaux, selon le Pentagone, contre 8,4 ha pour ses voisins.

Fin de non-recevoir

Cette politique du fait accompli déclenche l'alarme jusqu'au président Barack Obama qui a accusé Pékin d'"intimider" ses voisins de l'Asean. Mais la diplomatie chinoise affirme être dans son plein droit et souligne que ses futures bases ont des fonctions "civiles". Elle refuse de négocier un code de conduite suggéré par les membres de l'Asean, impuissants face au géant et qui se tournent vers Washington en quête de soutiens politiques et militaires. "Même les Singapouriens deviennent très anxieux face aux pratiques chinoises", analyse un diplomate occidental dans la région.

Mais John Kerry a essuyé une fin de non-recevoir dans la capitale chinoise ce week-end. Son homologue, Wang Yi, a réaffirmé sa détermination "inébranlable" à défendre sa souveraineté et son intégrité territoriale "qui sont aussi solides qu'un roc".

Dilemme

Déjà, les stratèges américains travaillent à des "actions" dans la zone pour réaffirmer le principe de la liberté des mers, menacé selon eux. Ils craignent en particulier que Pékin ne crée une zone aérienne de défense, comme ils l'ont déjà fait en mer de Chine de l'Est. Un pas supplémentaire vers le contrôle de la mer de Chine méridionale, aussi vaste que la Méditerranée. Mais le Pentagone fait face à un dilemme périlleux : une opération de l'US Navy pourrait déclencher en retour une excuse en or à la Chine pour renforcer la présence de sa jeune marine en plein développement. Pour autant, la stratégie de la retenue risque de passer pour de la faiblesse aux yeux de ses alliés de la région, anxieux devant la montée en puissance militaire du mastodonte chinois.

Dans ce contexte, le risque d'escalade entre les deux premières puissances mondiales risque de s'accroître encore dans les prochains mois. Avec à la clé de possibles dérapages en haute mer. Un danger pris au sérieux par le président Xi Jinping, qui ne veut pas d'un conflit dévastateur. Rivé sur le long terme, le numéro un chinois a joué la carte de l'apaisement, affirmant que les relations avec Washington restaient "stables". Les îles du Pacifique risquent de devenir le point chaud de sa visite à Washington, en septembre.

Nouvelles tensions en perspective autour de l’archipel des Spratleys

Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 13.05.2015 à 12h11

 

Le Pentagone envisage l’envoi de navires et d’avions pour « assurer la liberté de navigation » autour d’îlots actuellement construits par la Chine dans l’archipel des Spratleys, en mer de Chine du Sud, a déclaré mardi un responsable américain. L’archipel de mer de Chine méridionale est revendiqué par six pays : le sultanat de Brunei, la Chine, la Malaisie, les Philippines, Taïwan et le Vietnam. Pékin fonde sa revendication sur des cartes remontant aux années 1940.

Le secrétaire à la défense américain, Ashton Carter, a demandé à son ministère de travailler sur plusieurs options, dont celle d’envoyer des navires et des chasseurs à moins de 12 milles nautiques (22 km), la limite des eaux territoriales, définie par les Nations unies, de ces récifs artificiels, a-t-il dit. Une telle initiative viendrait directement défier Pékin dans sa volonté d’étendre son influence dans cette région disputée.

Au nom de la liberté de navigation

« Nous étudions la manière d’assurer la liberté de navigation dans cette région cruciale pour le commerce mondial », a confié le responsable américain, s’exprimant sous le sceau de l’anonymat et confirmant une information du Wall Street Journal. Cette décision devra être validée par la Maison Blanche. La Chine est « vivement préoccupée » par le projet américain, a réagi une porte-parole du ministère des affaires étrangères chinois.

Ce déploiement militaire entrerait dans le cadre des opérations menées régulièrement par l’armée américaine au nom de la liberté de navigation. Ces opérations ont concerné l’an dernier 19 pays, dont la Chine, mais pas les îlots artificiels des Spratleys.

 

Des images satellites montrent que, depuis mars 2014, la Chine a effectué des travaux de réhabilitation sur sept sites des Spratleys où elle construit notamment une piste d’aérodrome. Dans un rapport récent sur la puissance militaire chinoise, le ministère américain de la défense a accusé la Chine d’augmenter massivement sa présence dans ces îles en construisant des îlots artificiels à un rythme sans précédent.

Le Pentagone estime que ces travaux ont permis à la Chine de multiplier les surfaces qu’elle occupe par 400, les trois quarts des 800 hectares ainsi gagnés par Pékin l’ayant été depuis janvier 2015. Le ministère chinois de la défense a répliqué en accusant Washington de « déformer les faits ».

En 2013, les Etats-Unis et le Japon avaient protesté contre la mise en place par Pékin d’une zone aérienne d’identification (ZAI) en mer de Chine orientale comprenant notamment un archipel revendiqué par Tokyo. Les Etats-Unis avaient répondu en envoyant des bombardiers B-52 survoler la zone.

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