Pourquoi votons-nous pour des idiots ?

Publié le par ottolilienthal

 

Plus un candidat à une élection est bête ou feint de l'être, plus il a de chances d'être élu. Le "Guardian" a listé les astuces pour réussir en politique.

 

 

 

Nous sommes sans doute très nombreux à nous être posé la question au lendemain des dernières échéances électorales : pourquoi continuer à voter pour des idiots, des candidats sans idées, qui roulent pour eux, ne pensent qu'à être réélus et aux divers avantages associés à leurs mandats, dont ils ne sauraient se passer ? Dit plus simplement : pourquoi encore se fatiguer à voter ? Rappeler que, dans de nombreux pays à travers le monde, le droit de vote n'est pas un droit mais un espoir, n'empêche pas de se dire que, oui, décidément, nous votons pour des idiots, qui plus est pas toujours utiles. Mais posez-vous la question franchement : seriez-vous vraiment prêts à voter pour des candidats intelligents ? Ou encore : ceux qui ne vous semblent pas très futés ne feraient-ils pas semblant d'avoir l'air idiot pour créer un certain sentiment d'empathie envers le "bas peuple" ?

 

Outre-Manche, alors que la campagne pour les législatives bat son plein et que la Grande-Bretagne découvre le multipartisme, les commentateurs se posent ces mêmes questions, affligés. Dans les colonnes du Guardian, Dean Burnett approfondit justement les ressorts psychologiques du "vote idiot". Comment des gens en apparence idiots arrivent-ils au sommet de l'État, que ce soit en Grande-Bretagne, aux USA, ou... en France ? Voici les cinq secrets des idiots qui gagnent...

 

 

1 - La bêtise donne confiance...

Et la confiance est convaincante ! Selon l'effet Dunning-Kruger, démontré en 1999, les moins compétents dans un domaine surestiment leurs compétences alors que les plus compétents ont tendance à les sous-estimer. Résultats : être intelligent peut donner l'impression d'hésiter, ce qui risque de ne pas de convaincre les électeurs. À l'inverse, l'être moins rend plus confiant, et donc plus convaincant.

2 - Simplifier les choses compliquées

Soyons sincère : écouter jusqu'au bout une démonstration de François Bayrou ou, en son temps, d'un Michel Rocard tient de la persévérance la plus extrême. Les électeurs préfèrent ceux qui semblent à même de leur expliquer simplement des problèmes compliqués... même s'ils n'ont pas de solution. De plus, comme Cyril Parkinson l'a prouvé en 1957 avec sa loi de la futilité, toute organisation a tendance à donner une importance disproportionnée à des questions insignifiantes. Du coup, les éléments les plus basiques et inutiles d'un projet sont discutés longuement, car compris par tous, au détriment des éléments plus importants et complexes. Rien de plus convaincant, donc, que de proposer aux électeurs des solutions simples à des problèmes compliqués, qu'il s'agisse du chômage ou du déficit de la Sécu, en s'attaquant aux apparences plutôt qu'au fond du problème.

3 - Voter pour moi, c'est voter pour vous

Qu'il s'agisse de Jacques Chirac ou de George W. Bush jadis, comme aujourd'hui de Boris Johnson à Londres et Ted Cruz aux USA, se faire passer pour un homme du peuple est un exercice délicat, quand on est amateur d'art oriental, que l'on a grandi à Neuilly ou que l'on est fils de président et milliardaire. Or "faire peuple", telle est l'illusion que le candidat doit parvenir à créer pour susciter l'empathie. Bush Jr expliquait qu'il fallait que l'électeur ait l'impression de pouvoir aller boire une bière avec lui. Aujourd'hui, on parlerait d'être "normal" ou d'aller faire un tour en scooter... L'élitisme en politique est mal vu, mal perçu, et nuit à l'élection, même si l'on est "le meilleur d'entre nous". Moralité : en politique, quand on est intelligent, cultivé et issu d'un milieu aisé, mieux vaut feindre de ne pas l'être pour réussir. Ou bien ne pas l'être, mais c'est plus rare !

4 - Cultiver l'instinct de supériorité

C'est une question de fierté personnelle, mais elle a son importance quand il s'agit de glisser son bulletin dans l'urne : la majorité des gens, et donc des électeurs, sont sensibles à des process subconscients, des stéréotypes. Ils préféreront instinctivement se rallier à un groupe auquel ils ont le sentiment d'appartenir. Pour parvenir à maintenir sa fierté personnelle, son statut social, l'être humain a en effet besoin de se sentir supérieur à quelqu'un, le camp d'en face, une personne en difficulté ou d'origine étrangère... "Je" n'est pas "les autres". C'est humain, et un candidat peut aussi jouer sur cela pour vous faire voter en sa faveur.

5 - Halte aux vérités qui dérangent

Rien de plus fatigant et désagréable que de se voir rappeler, à longueur d'élection, des choses déplaisantes que l'on n'a pas envie d'entendre, quand on a déjà ses propres problèmes à régler : pour un Churchill annonçant sans ambages "du sang, de la sueur et des larmes", combien de candidats vous promettent que "le changement, c'est maintenant" ou de "changer la vie" ? Le vrai problème n'est pas qu'ils le promettent, c'est de les croire, ou de les avoir crus.

Voici pourquoi il y a tant d'incompétents au pouvoir

 

La Harvard Business Review a mené une étude sur la forte présence d'hommes incompétents parmi les instances de direction. Lorsqu'il s'agit de choisir un leader, nous aurions tendance à confondre compétence réelle et confiance en soi.

 

"La principale raison du déséquilibre du ratio homme/femmes dans le management est notre incapacité à distinguer la confiance (en soi) de la compétence", explique Tomas Chamorro-Premuzic, professeur de psychologie des affaires au University College London. La réalité est plus complexe que le fameux plafond de verre, selon la Harvard Business Review.

Confiance en soi ou compétence ?

 

C'est cette difficulté à distinguer les signes de compétence et les signes de confiance en soi qui nous ferait croire que les hommes sont de meilleurs meneurs, rapporte le Madame Figaro. "Quand on parle leadership, l'unique avantage des hommes sur les femmes, c'est le fait que les manifestations d'arrogance - sous couvert de charisme ou de charme - sont souvent interprétées comme un potentiel de leadership. Or ces attributs sont plus fréquents chez les hommes que chez les femmes.", poursuit Tomas Chamorro-Premuzic.

Une étude de l'Université de l'Ohio confirme qu'un groupe de personnes aura tendance à désigner comme dirigeant quelqu'un de narcissique, d'égocentrique et avec une confiance en lui à toute épreuve. En guise d'explication, la Harvard Business Review fait référence à Sigmund Freud, qui a notamment analysé la manière dont nous donnons le pouvoir à des gens que l'on admire. Dans ces situations, "un groupe de personnes, les suiveurs, ont remplacé leur propre tendance narcissique par celle du leader. Leur amour pour lui est une forme déguisée d'auto-amour ou un substitut à leur incapacité de s'aimer eux-mêmes" écrivait Freud.

C'est la raison pour laquelle beaucoup de "chefs de guerre" accèdent à des postes importants, et finissent par montrer des signes d'incompétence. Pourtant, l'arrogance et l'excès de confiance, indispensables pour être perçus comme bon leader, seraient inversement proportionnels au talent et à la compétence d'un chef, postule la Harvard Business Review. "La plupart des leaders de ce type échouent donc à moyen terme", selon Tomas Chamorro-Premuzic.

Fédérer une équipe autour d'un projet commun

Un bon dirigeant doit se montrer capable de construire et de fédérer une équipe autour d'un projet commun. Et selon une étude publiée par l'American Psychological Association, les femmes, qui ont plus d'intelligence émotionnelle et de considération pour les autres, seraient plus enclines à mettre en oeuvre une bonne dynamique collective. Les femmes adopteraient naturellement des stratégies de management plus efficaces, notamment en s'attachant sur la progression des compétences de l'équipe dans son ensemble.

"En l'absence de véritable méthode pour évaluer les qualités d'un leader et ses réalisations, nous nous laissons aveugler par les parades des vantards", regrette Tomas Chamorro-Premuzic. Les récompenses de management vont, elles aussi, plus souvent à ceux qui savent se vendre, plutôt qu'à ceux qui s'impliquent réellement pour faire avancer leur équipe.

 

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