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Sécheresse...

Publié le par ottolilienthal


Le Rio Grande n'est pas seulement une frontière, c'est un fleuve en crise

 

Le Rio Grande est l'un des plus longs fleuves d'Amérique du Nord, s'étendant sur quelque 3 060 kilomètres depuis les Rocheuses du Colorado jusqu'au golfe du Mexique. Il alimente en eau douce sept États américains et mexicains et constitue la frontière entre le Texas et le Mexique, où il est connu sous le nom de Río Bravo del Norte.

Les noms anglais et espagnol du fleuve signifient respectivement "grand" et "rugueux". Mais vu du pont international de Zaragoza, qui relie les villes d'El Paso, au Texas, et de Ciudad Juárez, au Mexique, ce qui était autrefois puissant n'est plus qu'un lit de rivière asséché, bordé de façon inquiétante de fils barbelés.

Le Rio Grande est l'un des plus grands fleuves du sud-ouest des États-Unis et du nord du Mexique. En raison de la sécheresse et de la surexploitation, certains tronçons du fleuve sont fréquemment à sec. Kmusser/Wikipedia, CC BY-SA

Aux États-Unis, le Rio Grande est souvent perçu comme une frontière politique qui fait l'objet de négociations sur l'immigration, la contrebande de stupéfiants et le commerce. Mais il existe une autre crise sur le fleuve, à laquelle on accorde beaucoup moins d'attention. Le fleuve est en déclin, victime d'une surexploitation, de la sécheresse et de négociations litigieuses sur les droits d'utilisation de l'eau.

Les communautés frontalières urbaines et rurales dotées d'infrastructures insuffisantes, connues en espagnol sous le nom de colonias, sont particulièrement vulnérables à la crise de l'eau. Les agriculteurs et les villes du sud du Texas et du nord du Mexique sont également touchés. En tant que chercheurs qui étudient l'hydrologie et la gestion transfrontalière de l'eau, nous pensons que la gestion de cette ressource importante nécessite une coopération plus étroite entre les États-Unis et le Mexique.


Une crise de l'eau cachée


Depuis près de 80 ans, les États-Unis et le Mexique gèrent et distribuent l'eau du fleuve Colorado et du Rio Grande inférieur - de Fort Quitman, au Texas, au golfe du Mexique - en vertu du traité sur l'eau de 1944, signé par les présidents Franklin D. Roosevelt et Manuel Avila Camacho. Le fleuve Colorado était au centre des négociations du traité, car les responsables pensaient que le bassin du Colorado connaîtrait une plus grande activité économique et une plus forte croissance démographique, et qu'il aurait donc besoin de plus d'eau. En réalité, le bassin du Rio Grande a également connu une croissance importante.


En ce qui concerne le Rio Grande, le traité attribue aux États-Unis et au Mexique des parts spécifiques d'eau provenant du cours principal du fleuve et de ses affluents au Texas et au Mexique. La distribution de l'eau provenant de six affluents mexicains est devenue une source de conflit. Un tiers de ce débit est alloué aux États-Unis et doit s'élever à environ 76 millions de pieds cubes (2,2 millions de mètres cubes) par période de cinq ans.

 

Le traité autorise le Mexique à reporter tout déficit accumulé à la fin d'un cycle de cinq ans sur le cycle suivant. Les déficits ne peuvent être reportés qu'une seule fois et doivent être comblés en même temps que les livraisons requises pour la période quinquennale suivante.

Les agriculteurs, jusqu'au Colorado, dépendent de l'eau du Rio Grande pour l'irrigation.

Ces périodes de cinq ans, appelées cycles, sont numérotées. C'est au cours des cycles 25 (1992-1997) et 26 (1997-2002) que, pour la première fois, deux cycles consécutifs se sont terminés par un déficit. Tout comme le fleuve Colorado, le Rio Grande est devenu sur-attribué : Le traité de 1944 promet aux utilisateurs plus d'eau qu'il n'y en a dans le fleuve. Les principales causes sont la sécheresse persistante et l'augmentation de la demande en eau des deux côtés de la frontière.

Une grande partie de cette demande a été générée par l'accord de libre-échange nord-américain de 1992, qui a éliminé la plupart des droits de douane entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. Entre 1993 et 2007, les importations et exportations agricoles entre les États-Unis et le Mexique ont quadruplé, et les maquiladoras - usines d'assemblage - se sont multipliées le long de la frontière. Cette croissance a accru la demande en eau.

En fin de compte, le Mexique a fourni plus que la quantité requise pour le cycle 27 (2002-2007), plus le déficit encouru pour les cycles 25 et 26, en transférant de l'eau de ses réservoirs. Ce résultat a apaisé les utilisateurs du Texas, mais a rendu le Mexique vulnérable. Depuis lors, le Mexique a continué à lutter pour s'acquitter des responsabilités qui lui incombent en vertu du traité et a connu des pénuries d'eau chroniques.

En 2020, une confrontation éclate dans l'État de Chihuahua entre la Garde nationale mexicaine et des agriculteurs qui estiment que la livraison au Texas de l'eau du Rio Conchos - l'un des six affluents réglementés par le traité de 1944 - menace leur survie. En 2022, les gens font la queue devant les sites de distribution d'eau de la ville mexicaine de Monterrey, où la population a doublé depuis 1990. En 2023, à mi-parcours du cycle 36, le Mexique n'a livré qu'environ 25 % de la quantité prévue.


Les politiques frontalières éclipsent les pénuries d'eau

Alors que le changement climatique rend le Sud-Ouest plus chaud et plus sec, les scientifiques prévoient que les pénuries d'eau sur le Rio Grande s'intensifieront. Dans ce contexte, le traité de 1944 oppose les besoins humanitaires en eau des États-Unis à ceux du Mexique.


Il oppose également les besoins de différents secteurs. L'agriculture est le principal consommateur d'eau dans la région, suivie par l'utilisation résidentielle. Toutefois, en cas de sécheresse, le traité donne la priorité à l'utilisation résidentielle de l'eau par rapport à l'agriculture.

Le Rio Grande est affecté par presque les mêmes conditions hydroclimatiques que le fleuve Colorado, qui coule principalement dans le sud-ouest des États-Unis et se termine au Mexique. Cependant, la sécheresse et les pénuries d'eau dans le bassin du Colorado retiennent beaucoup plus l'attention du public que les mêmes problèmes sur le Rio Grande. Les médias américains couvrent le Rio Grande presque exclusivement lorsqu'il est question d'immigration et de traversées du fleuve, comme la décision du gouverneur du Texas, Greg Abbott, d'installer en 2023 des barrières flottantes sur le fleuve à des points de passage très fréquentés.

L'accord qui régit l'utilisation de l'eau du fleuve Colorado présente des lacunes largement reconnues : L'accord a 100 ans, attribue plus de droits à l'eau que le fleuve n'en contient et exclut complètement les tribus amérindiennes. Toutefois, les négociations sur le Colorado entre les États signataires du pacte, les États-Unis et le Mexique sont beaucoup plus ciblées que la prise de décision sur l'eau du Rio Grande, qui doit rivaliser avec de nombreuses autres questions bilatérales.


S'adapter à l'avenir

À notre avis, le traité de 1944 sur l'eau n'est pas adapté à la résolution des problèmes sociaux, économiques, hydrologiques et politiques complexes qui se posent aujourd'hui dans le bassin du Rio Grande. Nous pensons qu'il doit être révisé pour refléter les conditions modernes.

Le Mexique et les États-Unis peuvent ainsi adopter des amendements juridiquement contraignants sans avoir à renégocier l'ensemble de l'accord. Les deux pays ont déjà eu recours à ce processus pour mettre à jour le traité en ce qui concerne le fleuve Colorado en 2012, puis en 2017.

Ces mesures ont permis aux États-Unis d'ajuster leurs livraisons d'eau du fleuve Colorado au Mexique en fonction des niveaux d'eau du lac Mead, le plus grand réservoir du Colorado, de manière à répartir proportionnellement les effets de la sécheresse entre les deux pays. Dans le bassin du Rio Grande, le Mexique ne dispose pas d'une telle marge de manœuvre.

Les États-Unis ont également la possibilité de réduire proportionnellement les livraisons en vertu d'un accord distinct de 1906 qui définit les livraisons d'eau d'El Paso à Ciudad Juarez. En 2013, par exemple, le Mexique n'a reçu que 6 % de l'eau qui lui était due en vertu de la convention de 1906.

En permettant au Mexique de réduire proportionnellement les livraisons d'eau du Rio Grande en fonction des conditions de sécheresse, on répartirait plus équitablement les effets de la sécheresse et du changement climatique entre les deux pays. À notre avis, ce type de coopération apporterait des avantages humains, écologiques et politiques dans une région complexe et controversée.

 

Par Vianey Rueda, Drew Gronewold, initialement publié par The Conversation

31 octobre 2023

aux États-Unis, les conséquences désastreuses de l'assèchement du lac Mead

Aux États-Unis, après vingt années successives de sécheresse, le barrage Hoover, situé près de Las Vegas, ne va bientôt plus pouvoir fournir d’électricité à des centaines de milliers de foyers, car le niveau du lac Mead, qui l’alimente, est au plus bas et qu’il n’y a plus assez de pression pour faire tourner les turbines.

Le lac Mead est l’un des joyaux du Grand ouest américain. C’est le plus gros réservoir d’eau d’Amérique du Nord créé par l’Homme. Mais depuis plusieurs années, c’est aussi le symbole d’un Monde qui se dérègle. Le lac vient d’atteindre son plus bas niveau depuis les années 1930. Avec le réchauffement climatique, les montagnes du Colorado reçoivent de moins en moins de neige l’hiver et au printemps le fleuve Colorado achemine de moins en moins d’eau vers le lac Mead qui alimente près de 40 millions d’Américains ainsi que l’agriculture et les industries de plusieurs États.

Un lac rempli à seulement 30 %

Pour certains habitants, la croissance de Las Vegas contribue à cette déchéance. Et comme l’eau baisse, l’énergie tirée du barrage du lac Mead risque de s’éteindre. "Il n’y a plus assez de pression de l’eau pour la pousser dans les turbines, qui sont de moins en moins efficaces. Si on atteint un niveau de l’eau à 289 m au-dessus de la mer, le barrage ne pourra plus produire d’électricité et aujourd’hui on est plus qu’à 317 m seulement", explique Patti Aaron, du Bureau of Reclamation, l’agence de l’eau américaine. Le lac Mead n’est rempli qu’à 30 % de sa capacité aujourd’hui.

 

https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/environnement-aux-etats-unis-les-consequences-desastreuses-de-l-assechement-du-lac-mead_5239858.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20220707-[lesimages/image3]

 

 

 

Famine à Madagascar : l'argile blanche pour remplir le ventre

Les habitants craignent la réédition de la terrible sécheresse qui avait fait des centaines de morts dans les années 1990

Dans le sud de Madagascar, ravagé cette année par la sécheresse, l'argile blanche aide depuis des mois à affronter la famine. "On l'appelle la terre de survie, car elle permet de faire passer dans la bouche le goût acide du tamarin qui nous sert à tromper la faim", explique à l'AFP l'agriculteur Doday Fandilava Noelisona, 35 ans, père de six enfants, dans le village de Fenoaivo. Il n'y a pas plu depuis plus d'un an. 

"L'heure n'est plus à la recherche de nourriture qui fait vivre, mais aux moyens de remplir le ventre vide pour survivre"

Doday Fandilava Noelisona, agriculteur

L'aliment principal dans la région aride est le fruit de cactus. Les villages sont entourés d'alignements qui servent à la fois de clôture et de garde-manger, en cas de nécessité. Mais même le cactus souffre maintenant du manque d'eau et ne donne plus de fruit. Sa peau flétrie, fait rarissime, témoigne de la difficulté extrême. Dans ce village, la plus grande crainte est la réédition de la terrible sécheresse qui avait fait des centaines de morts dans les années 1990.

"On appelle cette époque l'ère des squelettes éparpillés, car on en voyait partout, sur les routes. Les gens n'avaient plus la force d'enterrer les dépouilles de leurs frères et sœurs"

Avianay Idamy, 42 ans, père de neuf enfants

Ventres gonflés

"Pour que ce malheur ne s'abatte pas sur moi et ma famille, je fais du charbon et je coupe du bois, je le vends pour acheter à manger", explique Avianay Idamy. "Mon choix n'est pas le plus judicieux" pour l'environnement, "mais cela me permet de vivre. Normalement je cultive les terrains alluviaux sur les berges des fleuves, mais il n'y a pas de pluie et rien ne pousse", se justifie-t-il.

"J'ai aussi investi mes économies dans l'élevage (...) mais les bandits nous ont tout pris aussi cette année, même nos ustensiles de cuisine"

Avianay Idamy, 42 ans, père de neuf enfants

Il vend ses charbons 30 centimes le sac, ce qui permet à sa famille de manger du manioc une fois par jour. Alors, comme ses voisins, ils mangent argile et tamarin. Et pour trouver la force de travailler, il se concocte une infusion énergisante d'écorce d'arbre.

Enfants, premières victimes

En septembre, neuf personnes ont été déclarées mortes de la famine, à Ankilomarovahetsy, à une dizaine de kilomètres. "Huit enfants et une mère", précise Rafanampy, sans nom de famille, à 65 ans le doyen de ce hameau. Samba Vaha, 26 ans, a perdu son garçon d'un an, Manovondahy. "Mon fils est mort après deux jours de maladie, je n'ai pas pu l'emmener voir un médecin".

Les enfants sont les premières victimes, supportant mal l'argile mélangée au tamarin, "qui cause des gonflements de ventre", explique Théodore Mbainaissem, chef local du Programme alimentaire mondial (PAM). La moitié de la population du sud du pays, soit 1,5 million de personnes, a actuellement besoin d'une aide alimentaire d'urgence, selon le PAM. Ce qui nécessiterait 31 millions d'euros à débloquer d'urgence.

Changement climatique

A quelques kilomètres, à Beraketa, l'ONG Action contre la faim (ACF) s'est installée, en coordination avec le PAM. "Ici la malnutrition infantile est cyclique. Cette année la soudure a commencé plus tôt", dès octobre au lieu de janvier, note Annick Rakotoanosy, responsable nutrition d'ACF, en référence à la période entre la fin des réserves de la récolte précédente et les nouvelles récoltes.

Une cinquantaine d'enfants sévèrement malnutris, ventres gonflés et jambes maigres, et une centaine d'autres malades y sont pris en charge une fois par semaine. Ils risquent la mort, "surtout si la malnutrition est accompagnée de complications, diarrhées, infections respiratoires ou paludisme".

Insécurité

La sècheresse est aggravée par le changement climatique. "Trois ans dans certaines localités, deux dans d'autres, qu'il n'y a pas de pluie", souligne le responsable du PAM. L'insécurité, les vols de bétail aggravent la misère et compliquent les interventions humanitaires. Le gouvernement a déjà déployé l'armée pour distribuer vivres et premiers soins. Sans assistance alimentaire d'urgence, "on frôle la catastrophe, car maintenant, même les tamarins commencent à se raréfier", avertit Théodore Mbainaissem. 

 

https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/societe-africaine/famine-a-madagascar-l-argile-blanche-pour-remplir-le-ventre_4212867.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20201212-[lespluspartages/titre3]

A Madagascar, Pierrot ira voter le ventre vide

 Près de 1,2 million de personnes sont victimes de la sécheresse dans le sud de l’île et une partie souffre de malnutrition aiguë.

 

Pierrot Rajaonarivelo est prêt. Mercredi 7 novembre, il ira voter pour Andry Rajoelina dont il arbore le tee-shirt orange frappé d’une photo. Pourquoi lui et pas un autre parmi les trente-cinq candidats qui se présentent pour succéder à Hery Rajaonarimampianina ? Le chef de Lagniry, un village perdu au milieu des terres arides de la région d’Atsimo-Andrefana, dans le sud de Madagascar, a un argument imparable : « Quand il était président [2009-2013], il pleuvait tout le temps. » Et d’ajouter : « Lui n’est pas un vieux politicien ». Façon de dire que de ceux-là, il n’y a rien à attendre. Son village n’a jamais rien reçu. Sauf une fois, « une distribution de cartables et de stylos ». « C’était en 1999 », précise-t-il sans hésiter. L’événement est resté gravé à tout jamais dans sa mémoire.

 

De la pluie ? Rien ne serait plus précieux. Depuis la sécheresse déclenchée par El Niño en septembre 2015, il n’est quasiment rien tombé dans cette région enclavée, loin de l’attention de la capitale. Deux récoltes déjà ont été perdues et, à regarder le ciel bleu azur à peine traversé de légers nuages, on se met à redouter le pire. « S’il ne pleut pas, nous allons mourir », glisse comme une évidence le notable aux traits creusés sans se déparer de son sourire. Les réserves de semence de maïs et de lentilles sont presque vides et, dans les champs, les tiges de manioc se sont asséchées. Le bétail a été vendu ou volé par les Dahalo, ces bandits de grands chemins qui sillonnent le sud de l’île.

Se nourrir de tubercules sauvages

Depuis deux ans, les 1 600 habitants de Lagniry se nourrissent de tubercules sauvages. Un aliment « amer et sans goût, juste bon pour les cochons », décrit une femme en se moquant dignement de son sort. Chaque jour, les mères munies de leur bêche et d’un panier s’éloignent du village pour creuser le sol durci à la recherche de ces racines brunes pas plus grosses qu’un gland dont dépend leur survie. Puis elles les pilent dans leur mortier en bois et les font bouillir pour les servir le midi et le soir à leur famille. Le matin, on ne mange pas.

Le jardin potager s’est endormi et seuls quelques plans de carottes, de choux et de brèdes tentent de sortir de terre avec l’eau puisée dans la rivière qui, elle aussi, ne ressemble plus qu’à une grande étendue désolée encaissée entre deux rives témoins de leur malheur. Pour avoir de l’eau, il a fallu creuser au milieu du lit de larges trous dans lesquelles les femmes descendent à la rencontre d’une petite flaque qu’elle puise à l’écuelle pour remplir leur seau. Quand il est vide, le puits de fortune est déplacé en amont de la rivière.

Lire aussi :   « Le candidat qui a le plus d’argent peut s’offrir une visibilité » dans les médias malgaches

En octobre, la période de soudure a officiellement commencé dans l’attente de précipitations pour assurer une récolte de manioc qui ne donnera qu’au mois de mars. Avec elle ont repris les distributions de vivres du Programme alimentaire mondial (PAM) : 30 kg de riz ou de maïs, 4,5 kg de légumineuses et 2,6 litres d’huile pour une famille de cinq personnes.

Mais, alors que la situation alimentaire se dégrade, l’organisation est elle-même confrontée à un manque de financement des pays donateurs chargés d’assurer son budget. En l’espace de quelques mois, la proportion de la population souffrant de malnutrition aiguë est passée de 50 % à 65 % dans le district de Betioky auquel est rattaché le village, selon les résultats préliminaires de la dernière enquête pilotée par le gouvernement.

« Des enfants dénutris et affaiblis »

Au total, près de 1,2 million de personnes sont victimes de la sécheresse dans le sud de Madagascar. « La situation est déjà terrible. Nous voyons les populations souffrir et nous sommes contraints de tailler dans nos interventions », se plaint, sans cacher sa colère, Etienne Tchecounnou, le responsable de l’antenne de Tuléar qui gère les missions dans la zone. « Nous devons réduire les cantines scolaires de moitié alors qu’elles apportent aux enfants le seul repas équilibré de la journée. » Autre dilemme : faut-il secourir les 227 villages qui ont besoin d’assistance au risque de devoir tous les abandonner d’ici deux mois ou dès maintenant en sélectionner un nombre restreint ? En l’état de ses ressources, le PAM, qui reste le principal acteur des actions d’urgence contre la faim, ne dispose que 30 % du budget nécessaire jusqu’en mars.

Lire aussi :   Hery Rajaonarimampianina : à Madagascar, « on ne peut pas corriger autant de pauvreté en cinq ans »

Dans la petite case de terre rouge transformée en relais santé, Lala a encore de quoi distribuer des rations de Plumpy’Sup, un complément nutritionnel donné aux enfants pour compenser les carences de leur alimentation et limiter les séquelles sur leur développement. Deux fois par mois, l’agent de santé communautaire pèse, mesure le périmètre brachial des bambins avant de délivrer son ordonnance à raison d’une ration par jour. « Les enfants ne sont pas spécialement malades, mais ils sont dénutris et affaiblis. J’envoie les cas les plus graves au centre de santé de base qui se trouve à 18 km », explique-t-elle tout en tançant avec autorité une mère dont l’enfant a maigri.

A l’ombre du grand tamarinier, chacun attend son tour. Pierrot fait le pitre pour amuser les enfants et les somme de bien apprendre à l’école pour ne pas être comme lui, un analphabète qui ne peut même pas parler en français à un étranger. L’école, ou plutôt ce qui en fait office, servira de bureau de vote mercredi. « La Banque africaine de développement avait dit qu’elle nous construirait un bâtiment. Les ouvriers ont travaillé pendant trois mois. Puis ils ne sont jamais revenus et l’école n’a jamais été terminée. » A Lagniry, l’avenir de 380 enfants et de leur unique institutrice se joue à ciel ouvert dans une grande carcasse de parpaings gris.

 

L'Afghanistan frappé par la pire sécheresse depuis des décennies
7 villes presque à sec
La Norvégienne Maja Lunde a publié l'an dernier un roman dystopique, « Blue », dans lequel l'Europe est ravagée par la sécheresse. De fait, l'eau de bonne qualité devient une ressource rare. Alors que l'ONG Down to Earth a répertorié en début d'année plus de 200 métropoles dans le monde où l'approvisionnement pourrait devenir critique, en voici sept particulièrement exposées.
 
01 - São Paulo : victime de la déforestation
    • Population : 21 millions
      • Précipitations annuelles : 1 450 mm

        Les réservoirs de la capitale économique du Brésil étaient tombés en 2015 à un niveau si bas que les tuyaux charriaient de la boue. Les restaurants servaient leurs clients dans des assiettes en carton parce qu'ils ne pouvaient plus faire la vaisselle. Les scènes de pillage de camions citernes s'étaient multipliées et les autorités avaient limité la distribution d'eau à quelques heures par semaine. Sans des pluies inespérées, la ville aurait été totalement à sec. Les experts sont certains que la déforestation massive en Amazonie perturbe le cycle de l'eau dans le sud-est du pays. Depuis cette crise, São Paulo a mis en place des incitations financières pour pousser les ménages à moins consommer. De nouvelles pompes et canalisations relieront la ville à des réservoirs importants. Malheureusement, les édiles n'ont pas le pouvoir de décréter la reforestation de l'Amazonie.

         
        02 - Le Cap : à deux doigts de la coupure d'eau
          • Population : 3,8 millions
            • Précipitations annuelles : 788 mm

              Finalement, les habitants de la deuxième agglomération d'Afrique du Sud devraient éviter d'être à sec dès le mois de mai, hypothèse sérieusement envisagée cet hiver, compte tenu de la gravité de la sécheresse. « Si nous maintenons la consommation au niveau actuel et recevons une quantité décente de précipitations, le 'Jour zéro' [comme on avait appelé le jour de la coupure, NDLR] ne se produira pas cette année », a affirmé Mmusi Maimane, patron du parti de l'Alliance démocratique administrant la région. La consommation quotidienne des habitants a baissé de moitié depuis 2015, à la suite des très fortes incitations de la ville. Mais le responsable a appelé à maintenir les efforts de sobriété, faute de quoi le problème pourrait se reposer de manière aussi aiguë l'an prochain.

               
              03 - Miami : le poison de l'eau salée
                • Population : 5,5 millions
                  • Précipitations annuelles : 1 570 mm

                    Quand on pense aux villes américaines sous stress hydrique, c'est surtout Los Angeles qui vient à l'esprit, puisque la Californie a connu une sécheresse gravissime de 2012 à 2016, et de nouveau cet hiver, très pauvre en neige dans les montagnes - les autorités envisagent de nouvelles mesures de restriction. On pense moins à Miami, ville où il pleut beaucoup. Pourtant, son approvisionnement est sérieusement menacé par l'élévation rapide du niveau de l'océan : l'eau salée envahit l'aquifère local. Lequel avait déjà été sérieusement contaminé au début du xxe siècle, lors de travaux d'assèchement des marais environnants. Les systèmes installés ensuite pour éviter les infiltrations salines sont désormais insuffisants.

                     
                    04 - Pékin : sous perfusion du sud de la Chine
                      • Population : 21,7 millions
                        • Précipitations annuelles : 580 mm

                          De Pékin on sait qu'elle souffre d'une très sévère pollution de l'air, on sait moins qu'elle a un immense problème d'approvisionnement en eau, dont le prix a longtemps été maintenu à un niveau artificiellement très bas par les autorités. Plus de 40% des eaux de surface sont si polluées qu'elles ne sont pas utilisables. En fait, 70% de l'eau de la ville vient actuellement du sud du pays, acheminée par des aqueducs géants dont Mao eut l'intuition dès les années 50 et qui ont coûté 60 milliards de dollars. L'infrastructure devrait encore augmenter ses capacités d'ici 2019, mais le pays ne fera pas l'économie d'un changement de paradigme car 80% des ressources se trouvent au sud et il faudra relocaliser une partie de l'agriculture et des industries les plus gourmandes.

                           
                          05 - Le Caire : menacée par un barrage éthiopien
                            • Population : 19,5 millions
                              • Précipitations annuelles : 20 mm

                                Il a donné naissance à l'une des plus grandes civilisations du monde mais le Nil pourrait ne bientôt plus couvrir les besoins de la capitale égyptienne. En cause : le prochain achèvement du « grand barrage de la Renaissance » en Ethopie, sur le Nil bleu, qui sera le plus grand ouvrage hydroélectrique d'Afrique. Le Caire pourrait y perdre un quart de son approvisionnement. Le sujet est devenu un litige majeur entre Le Caire et Addis-Abeba. Les Egyptiens, qui ont proposé la Banque Mondiale comme arbitre aux Ethiopiens, en vain, cherchent à présent à négocier la vitesse de remplissage du réservoir et son mode de fonctionnement. Le temps de mettre en place des alternatives, comme des installations de traitement des eaux usées, des mégastations de dessalement et mener une campagne de sensibilisation au gaspillage.

                                 
                                06 - Londres : trop dépendante de la Tamise
                                  • Population : 12 millions
                                    • Précipitations annuelles : 560 mm

                                      L'apparition de la capitale britannique dans cette liste pourrait passer pour une plaisanterie. Ce n'en est pas une. Commençons par établir qu'il pleut finalement modérément à Londres, moins qu'à Paris par exemple. Ajoutons à cela que la ville tire environ 80% de son approvisionnement en eau des rivières et surtout de la Tamise. Rappelons que la croissance démographique du Greater London ne faiblit pas et que les Londoniens n'ont pas l'habitude de modérer leur consommation. Au printemps 2012, après deux hivers secs, la situation était devenue préoccupante. Parmi les solutions envisagées par les autorités pour l'avenir : construire un réservoir géant dans l'Oxfordshire, pomper dans l'estuaire de la Severn, améliorer l'efficacité du réseau et... recycler l'eau des égouts.

                                       
                                      07 - Bangalore : l'assoiffée à la Cour suprême
                                        • Population : 12 millions
                                          • Précipitations annuelles : 980 mm

                                            Avec le doublement de sa population en vingt ans, la Silicon Valley indienne ne parvient plus à répondre à la demande en eau. Elle est pourtant bien arrosée et disposait au xxe siècle d'un grand réseau de lacs et de réservoirs. Ces étendues d'eau ont disparu ou sont désormais polluées. Le lac Bellandur, rempli de produits chimiques et de débris de toutes natures, a... pris feu en janvier dernier, ce qui n'est pas bon signe. À la suite de forages excessifs, la nappe phréatique n'a cessé de baisser. Il a donc fallu augmenter toujours plus les pompages dans la rivière Kaveri, ce qui a provoqué un litige avec une région voisine, remonté à la Cour suprême qui a tranché en faveur de Bangalore en février. Mais cela ne suffira pas : il faudra augmenter la collecte des eaux de pluie et le retraitement des eaux usées. On estime que 65 millions d'Indiens n'ont pas d'accès sûr à l'eau potable.

                                             

                                            Florence Bauchard / Chef de rubrique Les Echos Week-End

                                            Le Portugal, “un pays à sec”

                                            “Un pays à sec”, titre ce lundi 26 février le quotidien Público, qui consacre sept pages à la sécheresse qui touche actuellement le Portugal. “De Trás-os-Montes à l’Algarve, le scénario est le même : ‘On se croirait en juillet’”, peut-on lire en légende de la photo publiée en une, celle d’un paysage aride. Et pour cause : 9 % du territoire est en situation de sécheresse extrême et 77 % en sécheresse sévère, selon l’Institut portugais de la mer et de l’atmosphère, qui prévoit déjà un été infernal.

                                            Les agriculteurs réclament un plan national d’urgence et l’aide de l’Union européenne afin d’affronter “une menace gravissime”. “Le silence résigné du gouvernement face à ce qui est en train de se passer n’est pas seulement un facteur de préoccupation : c’est aussi un indice d’irresponsabilité”, tranche Público dans son éditorial.

                                            Au Kenya, la guerre de l’eau enflamme la vallée du Rift

                                            Bétail mourant, population menacée de famine, heurts entre tribus… Le nord du pays subit de plein fouet les effets de la sécheresse.

                                             

                                            Une flaque. C’est tout ce qu’il reste du lac artificiel de Chesirimion, au nord du comté kényan de Baringo. D’une quinzaine de mètres de profondeur, l’édifice, construit il y a seulement cinq ans, devait offrir à boire à 2 300 personnes et 107 000 têtes de bétail pour les trente années à venir. Sous les coups de la sécheresse, il s’est tari en quelques semaines. Ici, à plus 300 kilomètres au nord de Nairobi, au cœur de la vallée du Rift, dans ce nord kényan aride et rocailleux, il n’a presque pas plu depuis un an et la quasi-totalité des réserves sont à sec. Les autres ne sont remplies qu’au dixième de leur capacité.

                                            Autour de la flaque de Chesirimion s’agglutinent quelques dizaines de chèvres affamées et des dromadaires à la bosse rabougrie. L’œil vide, agenouillée dans la boue, une vache squelettique attend la fin, au milieu de carcasses de ses congénères déjà mortes. Du sang coagulé se mêle à l’eau trouble. Mais cela ne dissuade pas les familles de la région d’y remplir leur jerrican. « Il n’y a pas le choix. C’est ça ou rien », soupire Jackson, un berger qui a déjà perdu un tiers de son troupeau.

                                            « Si ça continue, on va mourir »

                                            Un peu plus loin, un groupe de femmes fait bouillir des fruits sauvages dans cette même eau putride. Cheparsip, une soixantenaire au visage émacié, assise à l’ombre, se charge d’écosser les fruits. « Ils sont toxiques et amers. Mais ça remplit l’estomac », explique-t-elle. Encore une fois, « c’est ça ou rien ». Depuis des semaines, comme ses huit enfants, Cheparsip n’a mangé que cela, plus peut-être quelques bouts d’écorce, des chèvres malades et mourantes et des lapins sauvages chassés à l’arc. « On dort sans manger, on passe la journée sans manger, souffle-t-elle, épuisée. Si ça continue, on va mourir avec nos animaux. »

                                            Au Kenya, la sécheresse a ramené plusieurs dizaines d’années en arrière une région entière. Comme 3 millions de Kényans, les 700 000 habitants de Baringo subissent de plein fouet les conséquences du réchauffement climatique et du phénomène météorologique La Niña. Comme la moitié du pays, le comté a été placé en état de « désastre national » par le gouvernement.

                                            A quelques kilomètres du lac, la route asphaltée court jusqu’à Chemolingot, petit village sans âme et sans ombre, qui sert de capitale à Tiaty, région du nord de Baringo et partie du comté la plus affectée par la hausse des températures. Celle-ci s’installe à 40 degrés dès 10 heures du matin. Tout est silence. Au loin, les volcans du Rift sont muets, écrasés par la chaleur, traversés par des petites tornades de sable brûlant. Sous un arbre, des bergers en guenilles et sans troupeau attendent la fin de journée. Passe un groupe d’enfants, le ventre vide, sans un mot, un chiot assoiffé dans les bras.

                                            La plupart des boutiques ont fermé leurs portes faute de denrées, tout comme la majorité des écoles. « Les enfants ne viennent plus en classe car les écoles n’ont plus de nourriture ni d’eau pour le repas de midi, regrette Edison Munono, professeur dans l’un des établissements encore ouvert du village. Seuls 80 élèves sur 270 sont présents. Et ils sont épuisés, ils arrivent sans avoir ni dîné ni petit-déjeuné. On est obligé de les renvoyer chez eux. »

                                            Le prix du maïs a déjà augmenté de plus de 30 % : à 5 euros le kilo, le coût est trop élevé pour bien des familles. « La plupart ne font qu’un repas par jour et doivent marcher 10 à 20 kilomètres pour trouver de l’eau. Parfois davantage », s’inquiète Susan Kipturu, maire de Chemolingot. Chacun craint un retour de la typhoïde, voire du choléra.

                                            A Tiaty, 5 000 vaches et chèvres seraient mortes rien que la semaine dernière sans que quiconque n’aperçoive le début d’une aide humanitaire. Le gouvernement a promis de racheter 100 000 têtes de bétail à Baringo : une goutte d’eau dans un comté où en paissent plus de 2 millions. « Une réponse bien trop tardive », juge Venant Ndighila, directeur des opérations de la Croix-Rouge kényane à Baringo, dont les programmes d’assistance ne touchent eux-mêmes que 23 000 personnes. « On essaie de combler le vide », s’excuse presque la Croix-Rouge.

                                             

                                            L’urgence est criante. Et pourtant, Baringo n’est situé qu’aux contreforts de la sécheresse qui frappe l’Afrique de l’Est et où 20 millions de personnes sont aujourd’hui menacées de famine. S’exprimant devant le Conseil de sécurité des Nations unies vendredi 10 mars, le coordonnateur des secours d’urgence de l’ONU, Stephen O’Brien, de retour d’une visite au Yémen, au Soudan du Sud et en Somalie, n’a pas hésité à parler de la « pire crise humanitaire depuis la fin de la seconde guerre mondiale ».

                                            Heurts sanglants

                                            A Baringo, à la détresse s’ajoute un conflit tribal d’une grande violence opposant les deux principaux groupes ethniques du comté. D’un côté les Tugen, majoritaires, en grande partie cultivateurs dans le centre et le sud du comté. De l’autre, les Pokot, presque tous pastoralistes et minoritaires sauf au nord, à Tiaty.

                                            Depuis des siècles, les deux tribus cohabitent et s’affrontent. Mais cette année, les heurts ont pris un tour sanglant. « Poussés par la sécheresse, des éleveurs pokot armés font descendre leurs dizaines de milliers de vaches vers les points d’eau et les pâturages encore préservés des Tugen au sud, envahissant leurs fermes, détruisant les terres, volant le bétail et tirant sur les populations. Dix mille Tugen ont déjà dû fuir », explique Bethuel Wafula, coordinateur de l’Autorité nationale pour la gestion de la sécheresse (NDMA) à Baringo.

                                            Les affrontements ont déjà fait une trentaine de morts dans le comté. « Mais les Pokot envahissent d’autres régions », rappelle M. Wafula. Le 5 mars, un Britannique, propriétaire d’un ranch dans le comté voisin de Laikipia, a été assassiné par des éleveurs lourdement armés.

                                            Certains déplacés trouvent refuge à l’hôpital de Marigat, ville à majorité tugen située au centre du comté. Mais ce petit dispensaire est loin de pouvoir faire face. « On est débordés. On n’a qu’un seul docteur et trente lits mais deux fois plus de patients que l’an dernier. Des familles entières partagent le même matelas ! », s’alarme Chirchir Lagat, directeur des lieux. Une pièce accueille les mal nourris : des bébés d’un an pesant à peine 4 kilos, le ventre gonflé par la malnutrition. « Dès qu’un enfant se sent un peu mieux, on le renvoie chez lui sans attendre la fin du traitement », admet M. Lagat.

                                            « Enormes difficultés d’accès » pour les humanitaires

                                            Entre Tugen et Pokot, la haine est à fleur de peau. « Plus aucune paix n’est possible avec eux, on ne vivra plus jamais ensemble ! », enrage William Kiserit. Cet enseignant tugen, d’apparence calme et mesuré, ne se remet pas du vol de ses treize vaches. Il prévoit d’acheter un fusil. « Une guerre se prépare, prédit-il. Tout le monde est en train de s’armer. On va faire en sorte qu’aucun Pokot ne puisse plus poser le pied sur notre territoire. »

                                            Des menaces déjà mises à exécution. Le 24 février, un convoi humanitaire de la Croix-Rouge, suspecté d’être à destination des Pokot, a été bloqué par un groupe de Tugen, entraînant l’interruption des activités de l’organisation pendant trois jours. « Pour les humanitaires, l’insécurité provoque d’énormes difficultés d’accès », reconnaît M. Wafula.

                                            Pour ramener le calme, des centaines de policiers ont été déployés. Mais l’ordre belliqueux donné par le vice-président, William Ruto, de « tirer pour tuer », vise en priorité les « bandits pokot » et menace de transformer le comté en zone de guerre. Le 6 mars, un village pokot a été incendié et pillé par les forces de sécurité. « Même le gouvernement nous voit comme des criminels, mais la majorité des Pokot vivent dans la misère. Tout cela risque de faire des victimes innocentes », craint Moses Akeno, administrateur de la région de Tiaty.

                                            A Chemolingot, à défaut de gouvernement, on s’en remet au ciel et à la pluie. Mais pour combien de temps ? Dans le nord de Baringo, la population a pratiquement doublé en dix ans alors même que les points d’eau s’asséchaient à vue d’œil. « Nous ne pouvons tout simplement plus vivre ici, philosophe le professeur Edison Munono. A un moment ou un autre, nous n’aurons pas le choix, il faudra partir»

                                             
                                             
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