Autoroutes niouzes

Publié le par ottolilienthal

Péages en hausse : un accord secret entre Etat et sociétés d'autoroute ?

Un arrangement entre l'Etat et les sociétés gestionnaires prévoirait une hausse de prix des péages jusqu'en 2023, selon France 2.

500 millions de surcoût ?

C'est ce document, dont la publication est suspendue à une procédure devant le Conseil d'Etat, que la chaîne du service public s'est procuré. On y apprend que les sociétés d'autoroutes s'engagent à financer 3,2 milliards de travaux sur dix ans et obtiennent en retour la stabilité fiscale et une clause pour allonger la durée des concessions.

Mais, surtout, pour compenser le gel des tarifs de 2015, les entreprises privées obtiennent "des hausses de tarifs additionnelles chaque année de 2019 à 2023". Selon l'Arafer, autorité indépendante de contrôle, il ne s'agirait pas juste d'un "rattrapage" mais d'un surcoût de 500 millions d'euros pour les automobilistes. Un chiffre que les compagnies réfutent.

Des cachotteries, l'Etat lui-même en fait beaucoup en matière de tarifs, surtout en période de campagne électorale. Ainsi, selon "le Parisien" (11/3), "l'accord entre l'Etat et les autoroutes (est) toujours secret". Dans un rapport publié la semaine dernière, la commission de l'Aménagement du territoire du Sénat explique que le gouvernement refuse de publier toutes les clauses de l'accord signé en 2015 avec les sociétés concessionnaires. Le président de la commission sénatoriale explique que "le gouvernement avance le secret des affaires (pour justifier cette discrétion), mais ce n'est pas très convaincant".

L'essentiel n'est-il pas que les automobilistes passent gentiment aux péages, sans rouspéter ?

 

"Le Canard enchaîné", 15/03/2017

 

Tout roule, sur les autoroutes

 

Quand le bâtiment va, tout va. Et, quand il ne va pas, il vaut mieux avoir acheté à prix d'ami des concessions d'autoroutes. Après Vinci, il y a deux semaines, Eiffage, numéro 3 du BTP français, vient ainsi de publier ses comptes pour  2016. Son chiffre d'affaires dans la construction proprement dite a reculé de 1,2 % et lui a procuré seulement 378 millions d'euros de bénef ("Les Echos", 23/2). En revanche, les réseaux d'autoroutes que gère le groupe (APRR et Area) ont enregistré un résultat opérationnel -1,2 milliard- plus de trois fois supérieur à celui de la construction.

Même satisfaction du côté du groupe espagnol Abertis, qui vient de racheter à la Caisse des dépôts le bout de réseau d'autoutes Sanef qui lui manquait. Pour son patron, Francisco Reynès, qui présente ses comptes ce mercredi ("Le Figaro", 28/2), oublié le conflit de l'hiver 2014-2015, avec les moulinets de Ségolène Royal et ses menaces d'autoroutes gratuites le dimanche, voire de nationalisation. Aujourd'hui, Abertis a obtenu de l'Etat -de même que ses confrères- à la fois une prolongation de sa concession et des centaines de millions de travaux d'amélioration des réseaux pour sa maison mère. "Nous avons su trouver un accord gagnant-gagnant", résume Francisco Reynès.

Et le "gagnant-gagnant" pour les automobilistes, il est pour quand ?

"Le Canard enchaîné", 1/03/2017

 

Après un combat homérique mené au sabre en plastique et suivi d’une retraite en rase campagne, le premier ministre français Manuel Valls s’est félicité de l’accord trouvé avec les sociétés concessionnaires d’autoroutes (SCA), le 9 avril dernier. Une décision « gagnante-gagnante », selon le ministre de l’économie Emmanuel Macron.

Gagnants, les usagers et l’Etat le seraient en apparence. Les tarifs n’augmenteront pas en 2015. Les SCA verseront 500 millions d’euros pour améliorer les infrastructures dans les trois prochaines années et investiront 3,2 milliards d’euros dans le cadre d’un « plan de relance autoroutier », probablement urgent à la veille du sommet mondial de Paris sur le climat...

Gagnantes, les sept principales sociétés d’autoroutes le seront assurément. On ne touche pas à l’« équilibre » des contrats. En compensation de leur obole, elles voient leurs concessions prolongées d’au minimum deux ans, reçoivent en cadeau plusieurs tronçons et pourront intégralement répercuter l’augmentation suspendue des tarifs après 2016.

Deux chiffres permettent de comprendre ce que les SCA risquaient de perdre. Lorsque, en 2006, M. Dominique de Villepin décida d’achever la privatisation entamée par M. Laurent Fabius en 2002 (1), les grandes entreprises de travaux publics achetèrent les concessions au prix total de 14,8 milliards d’euros (2). Alors que les concessions doivent durer entre vingt-trois et vingt-sept ans, les dividendes versés par les SCA à leurs actionnaires privés en seulement sept ans (2007-2013) ont représenté 14,9 milliards d’euros (3).

Mais l’emploi, la dette, l’investissement ? Avec l’accélération de l’automatisation des péages, l’effectif total de l’ensemble des sociétés concessionnaires est passé de 16 709 personnes en 2006 à 13 933 en 2013. Dans le même temps, leur chiffre d’affaires progressait de 26 %, en grande partie grâce à l’augmentation des péages, bien supérieure à l’inflation. Alors que les marges nettes des groupes Vinci et Eiffage végétaient entre 2 et 5 % en 2013, les marges nettes de leurs branches autoroutes étaient comprises entre 20 et 24 %. Contrairement aux engagements pris, l’endettement des sociétés continue à grimper, ce qui s’explique par le versement de dividendes exceptionnels... et la déductibilité fiscale de leurs charges financières. En outre, tout investissement supplémentaire demandé par l’Etat dans le cadre des contrats de plan ouvre droit à des compensations tarifaires. Et l’administration sait ne pas se montrer trop tatillonne : un seul agent — à temps partiel — suit l’ensemble des autoroutes à la direction de la concurrence et de la répression des fraudes (4).

Bref, tous les éléments semblaient réunis pour que le gouvernement conteste sérieusement une rente indécente en ces temps de disette budgétaire. Cent cinquante-deux parlementaires réclamaient une résiliation, que l’article 38 des contrats rendait juridiquement possible. Ils ne sont pas les seuls à avoir... perdu.

Philippe Descamps

(1) Lire « De l’autoroute publique aux péages privés », Le Monde diplomatique, juillet 2012.

(2) Cour des comptes, rapport public annuel 2007.

(3) Autorité de la concurrence, avis n° 14-A-13 du 17 septembre 2014.

(4) Cour des comptes, « Les relations entre l’Etat et les sociétés concessionnaires d’autoroutes », juillet 2013.

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