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Front National chronique

Publié le par ottolilienthal

Opposition Le Pen-Philippot: «Depuis 2011, un détournement du FN historique par Philippot»

INTERVIEW Le politologue Thomas Guénolé revient sur la rupture entre Marion Maréchal-Le Pen et Florian Philippot…

 

La rupture est consommée. La députée frontiste Marion Maréchal-Le Pens’en prend ce dimanche à Florian Philippot, vice-président du parti. Dans une interview au JDD, ce dernier est accusé de vouloir « définir la ligne » du FN « seul sur BFM TV ». Florian Philippot avait affirmé mardi que Marion Maréchal-Le Pen était « seule » et « isolée » au FN dans son vœu de revenir sur le remboursement intégral et illimité de l’avortement. Retour sur cette division publique avec le politologue Thomas Guénolé, enseignant à Sciences-Po Paris…

Comment interpréter les déclarations virulentes que s’échangent Marion Maréchal-Le Pen et Florian Philippot ?

Ces déclarations vont crescendo, alors qu’elles n’étaient auparavant pas publiques. Ce qu’elles révèlent, ce sont deux lignes politiques distinctes. Florian Philippot promeut une ligne souverainiste-ouvriériste, quand Marion Maréchal-Le Pen s’inscrit dans la ligne de son grand-père Jean-Marie Le Pen. Le lepéniste, au discours identitariste, est fort dans le sud-est de la France, quand la ligne de Florian Philippot imprègne le nord-est du pays qui votait communiste.

Ces responsables s’opposent sur le fait d’être « majoritaire » au sein du FN. Qui l’est ?

Depuis 2011, Florian Philippot détourne le parti FN « historique » : c’est-à-dire qu’il a imposé en partie son programme souverainiste-ouvriériste au sein du parti, et à sa dirigeante Marine Le Pen. Le dernier exemple frappant est la critique du programme libéral de François Fillon, alors qu’historiquement le FN a été libéral. Par ailleurs, le vice-président du parti a placé ses soutiens parmi les nouvelles générations de frontistes qui ont aujourd’hui 20-25 ans. Ces derniers vont progressivement prendre le pouvoir s’ils n’en sont pas empêchés avant. Les cadres du parti, entrés au FN sous l’ère de Jean-Marie Le Pen, se sont pour la plupart convertis à la ligne Philippot sous peine de marginalisation. Cependant, le FN du sud reste un parti dans le parti, et pèse lourd. Même les soutiens de Marion Maréchal-Le Pen savent qu’aujourd’hui, la ligne de Florian Philippot est une réussite électorale. C’est pourquoi ils n’oseront pas aller contre cette ligne qui est actuellement gagnante.

Et Marine Le Pen dans cette division ?

Marine Le Pen est une opportuniste politique, c’est-à-dire qu’elle varie son discours politique si elle y trouve un intérêt électoral. Alors que Marion Maréchal-Le Pen que Florian Philippot sont des idéologues. Marine Le Pen adopte un discours « néo-lepéniste » car elle fait une synthèse permanente entre les lignes de Marion Maréchal-Le Pen et de Florian Philippot. Elle valorise le discours de sa nièce quand elle s’érige contre la viande hallal par exemple. Mais elle s’oppose à Marion Maréchal-Le Pen sur l’IVG, car elle sait que cela lui nuit dans son électorat.

Si la crise perdure, Marion Maréchal-Le Pen pourrait-elle faire une scission, comme Bruno Mégret au FN en 1998 ?

La jurisprudence Mégret montre à Marion Maréchal-Le Pen qu’elle pourrait s’écrouler très vite en faisant sécession.

Pourquoi cette opposition s’officialise aujourd’hui, alors que les lignes Philippot/Maréchal-Le Pen divergent depuis des années ?

A mon avis, ces tentatives d’affaiblissement mutuel apparaissent aujourd’hui, car Florian Philippot souhaite faire le ménage avant que les choses sérieuses de la campagne présidentielle de Marine Le Pen démarrent, en février. Et s’il obtient la marginalisation de Marion Maréchal-Le Pen, ce sera un triomphe de sa stratégie générale au sein du FN et un affermissement de sa ligne programmatique. Soit un détournement du FN historique.

 

 

La suspension de Jean-Marie Le Pen au FN n'est pas la victoire de Marine Le Pen sur son père. Le grand triomphateur de l'opération, c'est Florian Philippot, qui a pris le vrai pouvoir au sein du FN. Explications.

 

 

Jean-Marie Le Pen détrôné, Marine Le Pen n’en devient pas reine pour autant. Jour après jour, la vérité des luttes internes au sein du FN finit par émerger. Nous n’assistons par au vrai sacre de Marine, longtemps reporté pour cause d’omniprésence paternelle, mais à la prise du pouvoir par Florian Philippot.

Le Canard Enchaîné de cette semaine révèle que le vice-président du FN a fait déposer, auprès de l’INPI, ce qui pourrait être le prochain nom du Front national. Le parti de Jean-Marie Le Pen s’appellera-t-il bientôt "Les Patriotes"? En tout cas, c’est la marque que l’un des membres de la camarilla Philippot au siège du parti lepéniste, Joffrey Bollée, a fait inscrire dans le marbre de la protection juridique, au début du mois d’avril dernier.

Ce dernier épisode montre que la liquidation politique de l’héritage de Jean-Marie Le Pen par Florian Philippot a été conçue de longue date. Si l’on en croit encore le Canard, Jean-Marie Le Pen finira par être exclu du parti qu’il a fondé en 1972, au terme d’une procédure pour le moins étonnante : le Congrès nécessaire à la destitution du titre de "président d’honneur" accordé à Jean-Marie Le Pen n’aura jamais lieu.

C’est par vote internet ou par courrier que les militants seront appelés à se prononcer sur le sort du "Menhir". La méthode douce, en douce. Pas de réunion publique. Pas de salle surchauffée. Pas de débats passionnés. Pas de procès médiatisé. Pas de caméras indiscrètes. Pas de Petit journal persifleur. Pas de direct continu sur BFMTV. Pas de remous médiatique. Pas de bruit. Qui se souciera du destin de Jean-Marie Le Pen à la fin du mois de juillet ou au début du mois d’aout? Pas grand monde en vérité. D’ici là, l’opinion, et surtout les militants du FN auront acté que le règne de Jean-Marie Le Pen est terminé. En silence.

Philippot n’entend même pas offrir à Jean-Marie Le Pen le final wagnérien auquel ce dernier, compte tenu de son parcours, était en droit d’espérer. Ni cuivres, ni tambours. A la place du crépuscule des dieux, le crépuscule du vieux. Philippot est impitoyable.

Ce que rapporte le Canard est la démonstration, parmi d’autres, que désormais le parti lépéniste, même présidée par Marine Le Pen, est en passe de devenir un parti philippotiste. "Les Patriotes" tel sera, peut-être, le nom du futur parti présidé par Marine Le Pen. Tragique ironie de l’histoire pour Jean-Marie, qui avait tout mis en œuvre pour faciliter l’accession de sa fille à la tête de sa création, dans l’espoir de perpétuer, à travers son nom, la grande histoire des Le Pen.

Florian Philippot est l’homme qui a libéré Marine de son père. Pour mieux l’emprisonner à son profit ?

Aujourd’hui, l’évidence est patente. Le vrai patron du Front national, c’est Florian Philippot. Il en est l’inspirateur et l’organisateur. L’idéologue et l’apparatchik. Selon ses détracteurs internes, au siège du parti, il s’est constitué une petite cour de permanents qui surveillent en permanence les activités des uns et des autres, notamment sur les réseaux sociaux. Cette petite cour a beau insupporter certains militants historiques, tel le maire du 7e arrondissement de Marseille, Stéphane Ravier, encore et toujours attachés à la figure de "Jean-Marie", elle est devenue incontournable.

Philippot est la racine d’un arbre qui irrigue son influence au sein de toutes les branches du FN. Face à ce deus ex machina, celui qui entendrait jouer les rebelles a désormais tout à perdre. Ce rapport de force explique le peu de réactions véritablement hostiles à l’éviction programmée de Jean-Marie Le Pen. On peut ainsi être militant FN, applaudir le Menhir place de l’opéra le 1er mai, et ne rien dire de sa suspension trois jours plus tard. C’est dire le pouvoir de Philippot sur l’appareil frontiste.

Les adversaires de Florian Philippot, gardiens du temple lepéniste originel, sont condamnés au silence ou à la marginalisation. La semaine passée, l’Obs a publié le témoignage de ces nostalgiques du FN de Jean-Marie. Vieux pétainiste. Ancien d’Indochine ou d’Algérie. Réactionnaire hostile à la Gueuse. Lesquen. Holeindre. Bourbon. Tous ont répondu à l’appel de l’Obs. C’est dire leur désarroi de ces représentants de l’extrême droite traditionnelle, rendus qu’ils en sont aujourd’hui, pour se faire entendre, à être tributaires de la curiosité à leur endroit d’un journal de gauche. Tous vilipendent Philippot, son gaullisme de façade, ses mœurs, sa cour omniprésente et ses méthodes d’apparatchik. Mais tous sont désormais impuissants à l’empêcher de régner.

Et Marine Le Pen dans tout cela ?

Marine Le Pen n’est plus rien sans Philippot. Elle lui doit tout. Elle en est devenue tout à la fois l’otage et la création. Et le Front national avec. Elle ne peut plus défaire, en l’état, ce qu’a fait Philippot pour la délivrer de sa statue du Commandeur. Désormais, à la tête du Front National se rejoue le drame hégélien porté au cinéma par Joseph Losey (The Servant).

En vérité, l’héritière apparaît désormais comme dépossédée du Front National. Pour mieux se libérer de la prison Le Pen, elle s’est enfermée dans la prison Philippot, cernée par les affidés et inféodés de son propre numéro deux. Fatale illusion de liberté reconquise. Marine Le Pen a laissé créer autour d’elle une situation porteuse de son contraire. Plus elle laisse Philippot éloigner le FN de ses fondements d’origine, abandonner le post-pétainisme paternel pour un néo-gaullisme réactionnaire, plus elle le laisse "délepéniser" le FN, plus elle prend le risque de se délégitimer aux yeux des militants. A terme, la question se posera : pourquoi garder une Le Pen à la tête d’un parti qui n’a plus rien de Le Pen ? De ce point de vue, si elle laissait Florian Philippot rebaptiser le FN en "Les Patriotes", ce serait accélérer le phénomène, donc la tentation…

Pour asservir l'appareil frontiste, Philippot a su jouer de la rivalité père et fille. Une leçon de manipulation politique appliquée à la psychanalyse. Du grand art.

Entre Marine et Florian, le rapport de soumission n’est donc pas celui qui est apparent. Le maître est dépendant du serviteur. Situation de plus en plus problématique pour Marine Le Pen, qui ne paraît pas consciente du danger que cela représente, sur un temps long.

Question : combien de temps encore, avant que Florian Philippot, numéro 2 et maître effectif d’un FN "délepénisé" de fond en comble, ne finisse par décider qu’il est temps pour lui de devenir numéro 1?

Question corollaire : combien de temps, avant que les partisans de Marion Maréchal-Le Pen ne décident de se donner les moyens d’en finir avec l’intermède Philippot?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'homme qui a fait imploser le Front National et les Le Pen

 

Par Florian Fayolle

 

PORTRAIT Florian Philippot est devenu l’éminence grise de Marine Le Pen et n’a eu de cesse de dynamiter la vieille extrême droite. Il est le principal artisan de la dédiabolisation du FN. Et se met même à rêver de Matignon.

 

 

« Je n’ai jamais voté pour Jean-Marie Le Pen. » Florian Philippot, 33 ans, numéro deux du FN, l’a déclaré au magazine GQ. Il le redit avec une forme de jubilation en recevant Challenges dans son bureau du Carré, le siège du Front national à Nanterre. « En 2002, j’ai voté blanc au second tour après avoir déposé un bulletin pour Jean-Pierre Chevènement au premier », précise-t-il. Ce multidiplômé (HEC, ENA), venu de la gauche, est le dynamiteur en chef de Jean-Marie Le Pen. L’affrontement entre les deux hommes a atteint son paroxysme en avril. Dans le journal d’extrême droite Rivarol, le président d’honneur du FN égrène quelques déclarations provocatrices, réhabilitant notamment -Pétain. Florian Philippot riposte aussitôt. Sur Twitter d’abord : « La rupture politique avec JMLP est désormais totale et définitive. » Et quelques jours plus tard, sur BFMTV : « La vraie extrême droite est l’ennemie du Front national. » En coulisses, selon Le Canard -enchaîné, il menace de démissionner si Marine Le Pen n’exclut pas son père. L’intéressé dément.

Quoi qu’il en soit, le patriarche s’en va et c’est lui, le nouveau venu, le grand gagnant de cette crise. « Jamais un second n’a eu autant d’influence », confirme Nicolas Lebourg, historien spécialiste de l’extrême droite et du FN. Sa position au sein du parti est d’autant plus forte que, selon un sondage d’Odoxa, 87 % des militants FN pensent qu’il est temps pour Jean-Marie Le Pen de prendre sa retraite. Un camouflet pour celui qui a fondé le Front national en 1972. Une victoire pour ce jeune loup, surnommé Philippot Ier en interne, qui se rêve à Matignon.

Florian Philippot n’a eu de cesse de s’attaquer à l’héritage politique de Jean-Marie Le Pen. Pas assez étatiste, pas assez social. Seule la dénonciation de l’euro, « visionnaire », trouve grâce à ses yeux.

Pour secouer la vieille extrême droite, il provoque. En 2012, il se rend à Colombey-les-Deux-Eglises pour fleurir la tombe du général de Gaulle. Sacrilège ! C’est contre l’homme des accords d’Evian de 1962 et de la décolonisation de l’Algérie française que s’est construite l’extrême droite française. En 2014, il emmène un bus de militants – des jeunes triés sur le volet – se recueillir sur la tombe du général. « Charles de Gaulle, c’est la référence absolue », affirme celui dont le bureau au Carré est à la gloire du père de la Ve République : livres, photos encadrées, lettres manuscrites… « C’est un choix personnel. Cela n’implique pas l’ensemble du FN », -assène Frédéric Boccaletti, secrétaire général de la fédération du Var, où harkis et pieds-noirs pestent -encore contre le général.

Florain Philippot, c’est surtout l’ingénieur en chef de la dédiabolisation du Front. Pour Marine Le Pen, il est celui qui, avec son expertise politique et sa connaissance de l’opinion, a enclenché une dynamique qui pourrait lui ouvrir les portes de l’Elysée. Le pitch de son discours ? Répondre aux angoisses de déclassement social des classes moyennes et défavorisées par un discours -étatiste, qui emprunte aux thèses de Jean-Pierre Chevènement et à la doxa gaulliste. « Pour crédibiliser le FN, il a mis l’accent sur les thématiques économiques et sociales. C’est un colbertisme qui veut fédérer le non du référendum de 2005 à la Constitution européenne », analyse Thomas Guénolé, politologue et maître de conférences à Sciences-Po Paris.

Florian Philippot est l’habile metteur en scène d’un populisme scientifique, basé sur une fine connaissance de l’opinion. Les sondages, c’est une affaire de famille. Son frère, Damien Philippot, travaille à l’Ifop depuis 2007. Lui a effectué un stage à TNS Sofres lorsqu’il étudiait à HEC. Vote contre le traité constitutionnel, vote ouvrier, vote des rurbains… Il a construit un discours à destination de ces agrégats de mécontents. « C’est quelqu’un de charpenté intellectuellement. Il a une analyse très fine des sondages. Il pouvait discourir sans notes sur le vote des sous-couches sociales du département du Nord », raconte un ancien camarade de la promotion Willy Brandt (2007-2009) de l’ENA. « Il a apporté cette culture au Front national », reconnaît un cadre du parti. De fait, l’Enarque (autre surnom) est le Monsieur Chiffres du FN. Il peut citer au débotté le pourcentage de la chute de l’euro depuis l’été 2014 ou le cours du pétrole. A ses détracteurs qui moquent son côté intello, il répond, sûr de lui : « La ligne marche. Les scores du FN n’ont cessé d’augmenter depuis la présidentielle de 2012. »

Dès son arrivée officielle dans l’organigramme du parti comme -directeur de campagne de Marine Le Pen en octobre 2011, il pilonne la vieille ligne. « Il abonde en notes les cadres du FN, peaufine les messages, puis les délivre aux médias », raconte Wallerand de Saint-Just, le trésorier du FN, pour expliquer la dépendance du parti à l’égard de Florian Philippot. Autre atout : sa télégénie. Selon le Lab d’Europe 1, il a été l’une des deux personnalités politiques les plus invitées, avec… Marine Le Pen, aux matinales télé et radio en 2014. « C’est un très bon débatteur. Il est capable de retourner l’argumentaire de ses adversaires contre eux, comme un judoka », reconnaît Bertrand Dutheil de La Rochère, conseiller République et laïcité de Marine Le Pen.

Au FN, cette omniprésence médiatique agace. En 2014, une page Facebook, GénérationPhilippot, est lancée par sa jeune garde. Plusieurs caciques du parti grincent des dents. Marine Le Pen s’énerve, une fois n’est pas coutume, et rappelle son protégé à l’ordre.

Cette aisance face caméra est pourtant loin d’être innée. A en croire l’un de ses camarades de l’ENA, -Florian Philippot était plutôt « quelqu’un de discret et d’introverti ». Aucun ne sentait en lui l’étoffe d’un leader politique. C’est que l’homme aime avancer masqué. A l’ENA, le futur haut fonctionnaire ne pipait mot sur ses idées politiques. Et ce alors qu’il était de gauche… Un comble ! « Il n’affichait pas en public ses convictions politiques », raconte un ancien -camarade. « Il est secret et aime compartimenter sa vie », rapporte un autre. Quand le magazine people Closer dévoile en 2014 son escapade à Vienne avec son petit ami journaliste, il voit rouge. « Ce qu’on appelle transparence s’apparente à la tyrannie », riposte-t-il. Idem lorsqu’un conflit d’intérêts concernant son frère, sondeur à l’Ifop, est évoqué. « Il n’est pas impliqué dans mon engagement politique », tranche-t-il sèchement.

Sa fulgurante ascension, il la doit à deux hommes : Jean-Yves Le Gallou et Paul-Marie Coûteaux. En 2009, il sort 34e de l’ENA. Pas suffisant pour intégrer les grands corps. Il est nommé inspecteur général de l’administration au ministère de l’Intérieur. Il y rencontre Jean-Yves Le Gallou, ancien mégrétiste, l’un des théoriciens de la préférence nationale. Les deux hommes sympathisent et partent à trois reprises en mission sur les routes françaises. « Son chef le croyait de gauche alors qu’il fricotait déjà avec Marine Le Pen, raconte Le Gallou. C’est la preuve qu’il était discret. Autrement, son supérieur ne l’aurait jamais mis avec moi, un ancien député européen FN, pour faire équipe. »

Une autre rencontre va être décisive : celle avec le souverainiste de droite Paul-Marie Coûteaux. C’est après avoir lu un de ses livres que Florian Philippot prend contact avec lui. Les deux hommes, qui ont tous deux voté non au référendum de 2005 sur la Constitution européenne, s’admirent mutuellement sur le plan intellectuel. En mai 2009, Paul-Marie Coûteaux, alors proche de Marine Le Pen, organise un dîner dans son appartement de la rive gauche pour faire les présentations. « Sa première réaction a été de dire : “Oh non, pas un énarque, cela va être barbant.” Mais le courant est passé entre eux deux instantanément, relate Coûteaux. C’était incroyable. » D’emblée, Florian Philippot propose ses services à Marine Le Pen. C’est le début d’une complicité presque fusionnelle. Très vite, il se détache de Paul-Marie Coûteaux avant de le pousser vers la sortie.

En parallèle, il s’invente un pseudo et participe au blog Le vrai débat, hébergé par Marianne.fr. Dès 2010, il y expose sa vision du FN, loin du programme officiel. Pour lui, le discours anti-Etat et antifonctionnaires hérité du poujadisme est un non-sens. Comme la retraite à 65 ans, qu’il souhaite ramener à 60 ans. Tout est dit. « Le problème, c’est qu’il faisait cela sous une fausse identité en se présentant comme un haut fonctionnaire de gauche alors que dans l’ombre, il travaillait déjà pour Marine », pointe Jean Robin, journaliste et essayiste proche de la mouvance souverainiste.

Les pseudonymes, c’est presque une -seconde nature chez Florian Philippot. En 2011, c’est l’effervescence à au ministère de l’Economie. Le bruit court qu’un des hauts fonctionnaires des Finances travaille pour Marine Le Pen. Son nom ? Adrien. En réalité, Florian Philippot. Il a même le culot d’organiser une conférence de presse, en avril 2011, où il se présente comme un fonctionnaire de Bercy et expose le programme économique du Front national. Depuis, il avoue non sans humour qu’il a « arrêté de faire des conférences de presse en burqa ».

Né hors sérail, ce fils d’instituteur a toujours eu un goût prononcé pour la provocation envers l’establishment. En 2002, étudiant dans la prestigieuse école de commerce HEC, il crée un club, HEC avec le Che, pour soutenir l’ancien ministre de l’Intérieur de Lionel Jospin. Quelques mois plus tard, il va même jusqu’à braver l’association officielle HEC Débats en mettant sur pied une structure concurrente. « Il a invité Jean-Pierre Chevènement en 2003 et Thierry Meyssan [conspirationniste, auteur d’un livre remettant en cause le 11 septembre 2001] », se souvient un étudiant de l’école pour qui cela était clairement un acte « antisystème ».

Florian Philippot bouscule tous les codes. Ainsi, lors des manifestations contre le mariage pour tous, il incite Marine Le Pen à ne pas -défiler. Au grand dam de sa nièce, Marion Maréchal-Le Pen, qui, elle, prend la tête du cortège.

Cette dernière, tout juste 25 ans, est sa meilleure ennemie au sein du parti. Tout les oppose, que ce soit sur le terrain économique – lui est étatiste et se revendique de gauche, elle est -libérale et se dit de droite – ou sur les questions sociétales. Dans cette guerre sous cape, elle a une longueur d’avance. Elle a été élue députée du Vaucluse en 2012. Lui a échoué par deux fois à Forbach : en juin 2012 aux législatives et en mars 2014 aux municipales. Et lors du dernier congrès du FN, l’an passé, Marion Maréchal-Le Pen a été plébiscitée par le comité central, en arrivant à la première place. -Florian Philippot a terminé quatrième, loin derrière. « Porter le nom Le Pen, cela donne un coup de pouce », avance-t-il.

Il aura peut-être sa revanche lors des élections régionales de décembre prochain. Il devrait se présenter en Alsace Champagne--Ardenne Lorraine. Suite à l’éviction de Jean-Marie Le Pen, c’est Marion qui a été désignée tête de liste en Paca. Loin de nuire à Marine Le Pen, cet affrontement lui permet de ratisser large, avec un FN populaire et étatiste dans le Nord, et un FN droitier, bourgeois et conservateur dans le Sud.

 

CE QU'ILS DISENT DE LUI Bertrand Dutheuil de La Rochère, conseiller République et laïcité de Marine Le Pen, ancien directeur de cabinet de Jean-Pierre Chevènement : "Il est venu tout seul au Front national, sans troupe. Sa réussite et son ascension au sein du parti, il ne les doit qu’à sa force de travail. Quant à la jalousie qu’il peut inspirer, c’est malheureusement inhérent à toute structure humaine". Philippe Murer, conseiller économique de Marine Le Pen, ancien proche de l’économiste "démondialisateur" Jacques Sapir : "Il est l’un des grands artisans de l’évolution de la pensée du Front national. La grande force du FN est de s’être emparé du sujet de la nation et de ne plus se cantonner à la thématique de l’immigration. Ainsi, le FN touche de nouveaux publics, les fonctionnaires, les enseignants, attachés à la sauvegarde du service public". Thomas Guénolé, politologue, maître de conférence à Sciences-Po Paris : « Le FN est une monarchie absolue héréditaire : dans cette cour, si la reine décide sa disgrâce, du jour au lendemain, Philippot n’est plus rien. Réciproquement, si Florian Philippot part en claquant la porte, Marine Le Pen est inapte à piloter la stratégie politique du parti. »

 

 

 

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Spring Ghyslaine 13/06/2015 22:59

Marine le Pen et Florian Philippot forment en tout cas un super binôme qui marche main dans la main.
De là à dire que Marine le Pen se laisse manipuler par Philippot, alors là.... ça m'étonnerait, car elle ne semble pas être du genre manipulable ! Son caractère est fort, ses idées bien arrêtées mais il se trouve qu'ils tombent quasiment tjours d'accord sur tout, ont les mêmes analyses, sont tous deux des communicants hors pair, bref, se complètent merveilleusement.
A eux de poursuivre ainsi car les résultats sont évidents, ça roule pour eux !