Eglise, la face cachée

Publié le par ottolilienthal

Soeurs de sang

 

Cette fois, il n'y a plus aucun doute. La découverte d'ossements d'enfants à Tuam, dans le comté irlandais de Galloway, oblige l'Irlande catholique à se retourner vers son passé.

De 1925 à 1961, le foyer Saint Mary des soeurs du Bon-Secours a accueilli des dizaines de mères célibataires pour qu'elles expient l'enfant du péché. Rejetées par leur famille ou leur communauté, elles échouaient là, laissées en pénitence dans un dénuement complet. Pendant toutes ces années, 797 enfants sont morts à Tuam. Avant terme, à la naissance, à l'âge de 2 ou 3 ans, décimés par la malnutrition, les privations ou la maladie.

Pendant des années, une historienne locale s'était étonnée que seuls deux de ces enfants aient une sépulture, soupçonnant les soeurs d'avoir enterré les autres en cachette. Une crainte qui a débouché sur une commission d'enquête, des fouilles, en novembre 2016, et la découverte de nombreux ossements.

Au temps où ces filles mères étaient réduites en esclavage par des bourreaux déguisés en nonnettes, leurs enfants étaient abandonnés à la mort en guise de châtiment.

"Nous allons honorer leur mémoire", ont déclaré les autorités irlandaises. Dans un pays qui a pour tradition de célébrer ses martyrs, c'est bien le moins...

 

Le "Canard enchaîné" , 8/3/2017

Australie : 7 % des prêtres catholiques en activité entre 1950 et 2010 ont été accusés de pédophilie

Une commission d’enquête royale s’intéresse aux réponses institutionnelles apportées aux accusations de pédophilie. Sur les 1 880 affaires présumées, aucune n’a fait l’objet d’investigations.

Sept pour cent des prêtres catholiques australiens en activité entre 1950 et 2010 ont été accusés d’abus sexuels sur des enfants, sans que cela n’entraîne de véritables investigations, selon les chiffres publiés lundi 6 février devant une commission qui enquête sur la pédophilie dans l’Eglise en Australie.

Cette commission d’enquête royale s’intéresse depuis 2013 aux réponses institutionnelles apportées aux accusations de pédophilie. Elle a recueilli des témoignages éprouvants de multiples victimes. Après quatre années d’investigations, l’avocate qui préside ces travaux a rendu publiques les statistiques révélant l’ampleur des abus : selon ces données, 4 444 faits de pédophilie ont été signalés aux autorités de l’Eglise.

Lire aussi :   Opération transparence de l’Eglise sur la pédophilie

« Le secret était le maître-mot, les choses étaient étouffées »

« Entre 1950 et 2010, globalement, sept pour cent des prêtres étaient des auteurs présumés » d’abus sexuels sur des enfants, a déclaré Gail Furness. Dans certains diocèses, la proportion atteignait 15 % de prêtres soupçonnés de pédophilie. La moyenne d’âge des victimes était de 10 ans pour les filles et de 11 ans pour les garçons. Des 1 880 pédophiles présumés, 90 % étaient des hommes.

Pour Mme Furness, « les récits sont similaires et déprimants. Les enfants étaient ignorés, ou pire, punis. Les accusations ne faisaient l’objet d’aucune enquête. » « Les prêtres et les [figures] religieuses étaient déplacés », a-t-elle ajouté.  Celle qui a conduit cette enquête dénonce dans son rapport la culture du secret entretenue par l’Eglise australienne :

« Les paroisses et les communautés vers lesquelles ils étaient transférés ignoraient tout de leur passé. Les documents n’étaient pas conservés et ils étaient détruits. Le secret était le maître-mot, les choses étaient étouffées. »

La commission a entendu des milliers de survivants. Elle a enquêté sur l’Eglise mais aussi les écoles, les orphelinats, l’armée, les associations de jeunesse ou les clubs sportifs, après plus d’une décennie de pressions. L’ordre des Frères de Saint-Jean-de-Dieu (St. John of God Brothers) est soupçonné des pires abus, avec 40 % de ses membres accusés de pédophilie.

« En tant que catholiques, nous baissons honteusement la tête »

Pour faire face à ce fléau, l’Eglise australienne a mis en place un Conseil de la vérité, de la justice et de la cicatrisation. « Ces chiffres sont choquants, ils sont tragiques, ils sont indéfendables », a déclaré son directeur Francis Sullivan devant la commission. « Ces données, ajoutées à tout ce qu’on a entendu ces quatre dernières années, ne peuvent être interprétées que d’une seule manière : c’est l’échec massif de l’Eglise catholique d’Australie à protéger les enfants des abus. En tant que catholiques, nous baissons honteusement la tête. »

Les travaux de la commission d’enquête sont par ailleurs suivis de près par le Vatican. Le plus haut représentant de l’Eglise catholique en Australie, le cardinal George Pell, « ministre » de l’économie du Vatican, a été entendu par la commission sur sa réaction face aux accusations de pédophilie parmi les prêtres dans l’Etat de Victoria dans les années 1970. Le cardinal a également été accusé personnellement d’abus lorsqu’il était l’archevêque de Sydney en 2002, ce qu’il dément catégoriquement.

Lire aussi :   A Lourdes, les évêques demandent pardon pour leur « silence coupable » face aux abus sexuels

 

Le Monde.fr avec AFP |


 

Eglise d'Irlande, la face cachée

 

Il y a vingt ans, en Irlande, certaines pharmacies refusaient de vendre la pilule, le divorce était interdit et l'homosexualité considérée comme un crime. Et puis, coup sur coup, l'homosexualité a été décriminalisée, le divorce légalisé et la loi sur l'avortement -toujours interdit, même en cas de viol ou d'inceste- légèrement amendée pour permettre à une mère d'interrompre sa grossesse en cas de danger mortel.

Chaque fois, l'Eglise catholique d'Irlande est partie au combat, goupillon brandi. Et, chaque fois, elle a perdu la bataille. Le temps où monsieur le curé entrait au pub pour sermonner les hommes manquant sa messe est (presque) révolu. Et aucun évêque n'a pu non plus empêcher l'impensable : le mariage pour tous, plébiscité par 62 % des Irlandais (les jeunes ont voté en masse), soutenus par 166 députés du Dail sur 169.

D'où vient donc le vent de liberté qui souffle sur les 26 comtés de la République Irlandaise ? Du temps qui bouscule les peurs anciennes ? Bien sûr. De l'émergence d'une classe moyenne moins engoncée ? Evidemment. De l'exemple européen ? Aussi, certainement. Mais pas seulement.

L'un des artisans, bien involontaire, de la perte de vitesse de l'Eglise d'Irlande est un prêtre du nom de Brendan Smyth, mort en 1997, à 70 ans, d'une crise cardiaque dans la cour de promenade d'une prison irlandaise. En 1975, un gamin de 14 ans révélait à un autre prêtre, Sean Brady, que Smyth l'obligeait à lui faire des choses qui le dégoûtaient. Brady lui a ordonné de se taire, n'a prévenu ni sa famille ni sa hiérarchie. Et a ainsi permis à son collègue d'abuser en toute quiétude de 143 enfants, de Belfast à Dublin en passant par les Etats-Unis. Smyth ira en prison. Brady, plus chanceux, deviendra cardinal et primat de toute l'Irlande. Celui qui a fauté et celui qui l'a couvert, une histoire qui se répètera dans tout le pays et dont on ne connaîtra l'ampleur qu'au début des années 2000.

D'enquêtes judiciaires en rapports indépendants, l'Irlande se réveille un jour stupéfaite, avec 14 000 gamins violés, des centaines de curés criminels et des dizaines d'évêques accusés de fermer les yeux depuis les années 40. Pire, toutes les victimes étaient confiées à la grâce de Dieu. Les plus pauvres. Orphelinats, pensionnats, gamins et gamines sans défense abusés par les robes de Rome.

Alors le pape a tapé du poing sur l'autel. Le chef de l'Eglise romaine de Limerick a démissionné, puis celui de Cloyne et son copain de Dublin. L'Etat irlandais, coupable de négligence, s'est excusé en dédommageant les victimes. Mais le mal était fait. La hiérarchie catholique n'était plus en mesure de faire la morale.

Réagissant au résultat du référendum, l'archevêque de Dublin, Diarmuid Martin, qui a voté non, a affirmé que l'Eglise devait "ouvrir les yeux", se "réjouissant" de ce que "les gays et les lesbiennes devaient ressentir en ce jour" ("Irish Examiner", 25/5). En ajoutant sobrement : "L'Eglise n'a pas toujours été respectueuse des aspirations de chacun". Amen.

S. Ch.

Le Canard Enchainé, 27/05/2015

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