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la gazette des capitalistes méchants

Publié le par ottolilienthal

Pourquoi le RN est en train de devenir le parti des milliardaires...

La classe aisée vire conservatrice. Après En Marche, l’argent électoral choisit le RN. Peu importe le parti, les grands donateurs font les candidats et passent commande.
 

Fini En Marche et ses bailleurs parisiens chics. Place au RN et ses bailleurs cathos tradis chics. L’argent a trouvé son nouveau poulain, et c’est Bardella et Le Pen. Au fond, depuis Sarkozy et sa croisière sur le yacht luxueux de Bolloré, le ton est donné.

 

Les grands donateurs font et défont les candidats. Peu importe le parti ou son étiquette initiale, les politiques sponsorisées privilégient les souhaits des sponsors. Et cela se voit: à mesure qu’il collecte des fonds, le RN adapte son discours aux desideratas de ses bailleurs en «rassurant les patrons»

 

Les grandes fortunes devraient remercier l'Etat

Comment nos démocraties en sont-elles arrivées là? En favorisant en priorité une classe aisée qui s’est surenrichie et ne veut nullement renoncer à ses privilèges ni entendre parler de solidarité et de redistribution. Et elle n’a jamais eu autant de moyens pour financer les candidats qui l’enrichiront encore plus. Ces mots désuets que sont «redistribution» et «solidarité», qui étaient d’usage courant à l’époque de Mitterand, créateur de l’ISF (l’impôt sur la fortune), sont maintenant classés «extrême-gauche» et même les citoyens les plus modestes ne les comprennent plus, en tout cas moins bien que des discours anti-immigrés.

Pourtant, les grandes fortunes, qui se proclament ultra-libérales, doivent une bonne partie de leur enrichissement à l’aide directe de l’Etat, plus intensive que jamais ces 15 dernières années. Les exemples ne manquent pas. A chaque crise que l’on a connue – subprimes, euro, Covid, Ukraine – un transfert massif de richesses publiques s’est opéré vers les actionnaires et les multinationales, à travers différents canaux:

  • En France, les subventions versées par l’Etat aux entreprises du CAC 40 est passé de 65 à 150 milliards depuis 2008 (avec accélération pendant le Covid), sans conditions ni contreparties, tandis qu’elles paient des dividendes record.
  • Aux USA, en Europe et en Suisse, les Etats ont sauvé en 2008 et 2023 le système bancaire, sans qu’aucun bonus ou profit lié aux bulles spéculatives ne soit jamais retourné.
  • Les baisses d’impôts ont été drastiques: la France est le deuxième pays au monde ayant connu le plus fort recul du taux d’imposition des entreprises entre 2021 et 2022.
  • Les injections d’argent dans la bourse ont été phénoménales, et les planches à billets ont doublé artificiellement les gains des investisseurs privés.
  • Les financements publics de la recherche pharmaceutique, comme ceux destinés aux vaccins Covid, ont généré d’énormes profits dont la totalité a fini dans les poches des actionnaires privés, créant des dizaines de milliardaires sans aucun retour pour les contribuables qui les ont financés.

 

En revanche, durant ces mêmes crises, les populations de salariés, commerçants, épargnants et retraités ont subi de plein fouet l’inflation, l’austérité, les faillites, les pertes de gains et le surendettement, sans aucune aide comparable à ce qui est cité plus haut. En gros, ces catégories ont payé l’entier des crises.

Le mécontentement social menace les démocraties

Paupérisation d’un côté, surenrichissement de l’autre. D’où le mécontentement social qui menace aujourd’hui les démocraties. Si la mécanique de répartition des richesses est à ce point détraquée, c’est en raison du renforcement, au fil des crises, de la prise en compte par l’Eta t de divers intérêts spécifiques, et de sa négligence de l’intérêt public. L’influence des grands groupes industriels sur les Etats est illustrée par l’explosion de l’activité des lobbies à Bruxelles, très bien documentée par l’Ong Corporate Europe Observatory, par exemple ici, ici, ici et ici.


«Les politiques redistributives de gauche deviennent une impossibilité pratique, parce que l’hyperrichesse crée fatalement le clientélisme politique»Myret Zaki

Cet argent donné au privé ne reviendra plus dans les caisses étatiques. L’erreur irréversible de l’Etat réside là, et le blocage des démocraties réside là. Les politiques redistributives de gauche deviennent une impossibilité pratique, parce que l’hyperrichesse crée fatalement le clientélisme politique. C’est le mécanisme qu’explique très bien Francis Fukuyama lorsqu’il décrit la ploutocratie. Les poches trop bien garnies par un Etat complaisant, les grands donateurs font la gouvernance et possèdent les médias. C’est vrai depuis longtemps aux Etats-Unis, et c’est maintenant une réalité en France. Un candidat gagne de l’audience, fait beaucoup de voix, comme Jordan Bardella? Les donateurs se tournent vers lui. Car qu’est-ce qui manque à une classe aisée qui représente moins de 1% des électeurs? L’audience.

La «galaxie Stérin»

D’abord, il y a Vincent Bolloré et ses 10 milliards de fortune, qui a mis son empire médiatique au service de l'extrême droite. Il s’est impliqué au point d’avoir lui-même orchestré l’alliance entre la droite et l'extrême droite pour assurer le succès du RN. Pas vraiment un succès populaire. Il a tant dépensé sur la visibilité du RN sur CNews, C8, Europe 1, le JDD, que cette véritable croisade peut s’apparenter à du financement occulte, tant la valeur de cette visibilité est grande, la seule chaîne C8 lui coûtant 400 millions en pertes sur 8 ans. Aux côtés de la «galaxie Bolloré», le RN bénéficie de la «galaxie Stérin», selon une enquête du journal «Le Monde».

Pierre-Edouard Stérin, milliardaire catholique conservateur, exilé fiscal en Belgique et opposé au droit à l’avortement, est le nouveau mécène du RN, et voit dans Bardella le poulain idéal. Pour démarcher les milliardaires, le RN s’est entouré de hauts diplômés puisés dans les réseaux catholiques et nationalistes, comme le financier François Durvye, numéro deux de Stérin, ou l’investisseur Alexis Rostand, dont les conseils sont calqués sur les intérêts des grands groupes industriels. Le parti, qui a remboursé ses emprunts russes, s’aligne à présent sur ces riches «catho tradi». Ces donateurs ne sponsoriseront pas de politiques sociales, mais des politiques de préservation de leur patrimoine. Quant à leur idéologie racialiste, elle n’offrira aucun moyen de résoudre la difficile équation française, si ce n’est qu’elle aggravera les tensions.


«Quel que soit le positionnement initial d’un parti, qui a justifié sa popularité d’origine, sa politique ultérieure ne pourra que refléter l’idéologie de ses donateurs. C’est pourquoi, avant de regarder le candidat, c’est à ses donateurs et à leurs idées qu’il faut s’intéresser»Myret Zaki

Au final, le RN, comme Macron, va donc gouverner contre une partie du pays. Il gouvernera pour le sommet et priorisera les intérêts de ses sponsors sur fond d’agitation sociale toujours plus aiguë. Quel que soit le positionnement initial d’un parti, qui a justifié sa popularité d’origine, sa politique ultérieure ne pourra que refléter l’idéologie de ses donateurs. C’est pourquoi, avant de regarder le candidat, c’est à ses donateurs et à leurs idées qu’il faut s’intéresser.

Le rôle des donateurs

En France, le poids des donateurs aisés était devenu particulièrement visible avec l’émergence d’En Marche. En 2017, ils s’étaient mobilisés pour porter au pouvoir Emmanuel Macron, qui avait su rester une page blanche en termes de programme politique, l’adaptant au gré de la collecte. Il avait levé 16 millions à une vitesse sans précédent, grâce aux contributions maximales de nombreux gestionnaires d’actifs et cadres supérieurs basés à Paris. Ce phénomène intervenait après 8 années d’enrichissement boursier aidé par les injections des banques centrales, qui avaient doublé l’indice CAC 40 et quadruplé le S&P 500, une hausse jamais vue sur une si petite période. La première chose qu’avait fait le nouvel élu à l’Elysée était de supprimer l’ISF, sans aucun effet positif pour l’économie française, uniquement pour les fortunes concernées.


«Au final, dans une ploutocratie, le parti de facto le plus puissant d’un pays, ça n’est autre que l’argent lui-même»Myret Zaki

Aujourd’hui, la seule nouveauté est que les donateurs aisés sont en train de faire du RN le nouvel «En Marche». C’est cette alliance du RN avec la classe fortunée qui porte Jordan Bardella. Ayant donné les gages qu’il faut sur l’absence de concessions sociales, il satisfait les donateurs, car c’est cela qui les intéresse en premier lieu. Et même aujourd’hui, des patrons de PME s’inquiètent que le programme du RN soit «trop social» et les oblige à payer davantage leurs 50 employés.

Mais qu’ils se rassurent. On assiste à un processus d’embourgeoisement du RN, qui passe par son entente avec LR et Reconquête. Au final, dans une ploutocratie, le parti de facto le plus puissant d’un pays, ça n’est autre que l’argent lui-même. Comment ne pas y voir le prélude d’une véritable crise politique et de gouvernance ces prochaines années?

Myret Zaki 04 07 24

https://www.blick.ch/fr/news/opinion/la-chronique-de-myret-zaki-pourquoi-le-rn-est-en-train-de-devenir-le-parti-des-milliardaires-id19909320.html

« Au Royaume-Uni comme en France, la population a la sensation d’être dirigée par une élite prospère et globalisée »...

La désaffection envers la classe politique et les inégalités nourrissent la montée du populisme des deux côtés de la Manche, assure le politologue Anand Menon.

Professeur de politique européenne au King's College de Londres et directeur du centre de réflexion UK in a Changing Europe, un think tank dédié à l'étude du Brexit, Anand Menon commente les résultats des récentes élections européennes vus de Londres. Il observe des similitudes frappantes entre la situation politique au Royaume-Uni et en France, mais aussi plusieurs différences de taille.

Le Point : En 2016, le Royaume-Uni décidait de quitter l'Union européenne avec fracas. Aujourd'hui, à l'approche des élections britanniques du 4 juillet, le parti populiste Reform UK grimpe dans les sondages. Faut-il y voir un parallèle avec le succès du Rassemblement national lors des élections européennes en France ?

Anand Menon : Ce qui relie ces événements, c'est un sentiment de déconnexion entre les gouvernants et les gouvernés. La population a la sensation que le pays est dirigé par une élite prospère et globalisée qui ne représente pas ses intérêts et ne lui ressemble pas. Plus on s'éloigne de la capitale – et des centres de pouvoir – et plus cette notion s'exprime avec force. À cela s'ajoute l'impression de faire partie des laissés-pour-compte sur le plan économique. La crise financière de 2008, le Covid et la forte inflation de ces dernières années ont remis en cause toutes les certitudes, notamment sur le front de la croissance.

Les inégalités se sont également creusées. Or, elles sont aujourd'hui davantage fondées sur les différences de patrimoine que sur celles de revenus, un fossé que les systèmes fiscaux peinent à combler. Les contextes français et britanniques diffèrent toutefois sur le plan politique. Au Royaume-Uni, plusieurs années de gouvernement conservateur marquées par le chaos ont permis à la gauche de regagner du terrain. Ce n'est pas le cas en France, qui a plutôt connu une période de stabilité sous Emmanuel Macron.

L'immigration figure aussi en bonne place tant dans l'argumentaire de Reform UK que du Rassemblement national. Ces deux mouvements sont-ils alignés sur cette question ?

L'immigration illégale est dénoncée avec force par ces deux entités, qui exhibent aussi un penchant anti-islam marqué. Mais il y a une différence de taille. En France, la libre circulation qui prévaut dans l'Union européenne n'est pas remise en question par la droite populiste, elle est considérée comme un acquis. Au Royaume-Uni en revanche, l'absence de contrôles aux frontières européennes est perçue comme la racine du problème, expliquant la hausse importante des traversées de La Manche dans des embarcations de fortune.

Les résultats des élections européennes signalent-ils, plus généralement, un renforcement de la droite dure à l'échelle du continent ?

 

Absolument pas. Chercher à identifier des tendances claires reflétant la situation dans l'ensemble des 27 pays composant le bloc européen est un exercice extrêmement réducteur. En Suède et en Finlande, où les inégalités sont moins marquées, la droite dure est en recul. En Espagne, le centre droit progresse. Au Portugal, c'est le centre gauche qui gagne du terrain. Je ne vois pas de schéma généralisé. La réalité est plus fragmentée et complexe que les unes des journaux ne le laissent entendre.

Julie Zaugg, à Londres

https://www.lepoint.fr/monde/au-royaume-uni-comme-en-france-la-population-a-la-sensation-d-etre-dirigee-par-une-elite-prospere-et-globalisee-15-06-2024-2563070_24.php

S'éloigner du marché....
 

La récente série de billets sur la lénocratie (du latin leno, proxénète) - c'est-à-dire la forme d'économie politique dans laquelle l'activité économique productive est réduite à néant par diverses formes de proxénétisme imposé par la loi - a suscité une réaction que je trouve intéressante. Presque personne n'a essayé d'argumenter que la lénocratie est une description injuste de l'état actuel des choses aux États-Unis et dans leurs proches alliés. Tout le monde semble parfaitement conscient du fait que la plupart des personnes qui gagnent beaucoup d'argent dans nos grandes kleptocraties post-industrielles le font en exploitant ceux qui produisent réellement des biens et des services, exactement de la même manière qu'un proxénète exploite des travailleurs du sexe.

Non, la question qui revient sans cesse est aussi simple que difficile : que pouvons-nous faire ?  J'ai proposé une réponse il y a un mois, en discutant de la manière dont les lénocraties modernes fonctionnent en faisant miroiter divers appâts. Si vous mordez à l'hameçon - et presque tout ce qui suinte des orifices de l'économie de consommation est considéré comme un appât - l'hameçon s'enfonce. Si vous passez votre chemin sans tomber dans le piège, vous êtes libre. Cette réponse n'est cependant pas exhaustive et il convient d'examiner certaines des autres possibilités.

Nous pouvons commencer par examiner attentivement les réalités de la vie moderne.  Admettons qu'il soit de plus en plus difficile de faire payer un travail honnête de nos jours parce qu'un régiment de lénocrates soutenus par des lois et des réglementations locales, étatiques et fédérales exigent tous une part des bénéfices. Admettons que la lénocratie se soit tellement développée que les États-Unis ne puissent plus accomplir des tâches aussi simples que réparer un pont endommagé ou fournir des obus d'artillerie pour leurs guerres par procuration dans un délai et à un coût raisonnables. Admettons également que tout cela s'aggrave à mesure que l'économie réelle des biens et services non financiers se rétrécit, laissant une horde de plus en plus nombreuse de lénocrates tenter frénétiquement d'extraire leurs prises habituelles d'une société qui en est aux premiers stades de la rigidité cadavérique.  Dans ces conditions, pouvons-nous faire quelque chose pour nous protéger d'une lénocratie qui s'emballe, ou devons-nous simplement nous retrancher et attendre l'implosion inévitable du système ?

Dans la mesure où cette question vise à justifier l'activisme politique, je suis désolé de dire que j'ai très peu d'espoir à offrir à l'échelle nationale. Il y a encore beaucoup de travail à faire dans le domaine de la politique locale, et même à des niveaux plus généraux, mais soyons francs. L'appareil gouvernemental représentatif des États-Unis et de la plupart de leurs alliés a été mis de côté il y a longtemps, devenant une sorte de spectacle où des clowns pas tout à fait prêts pour le grand chapiteau exécutent leurs routines comiques pour un public de péquenauds. 

Dans l'Occident moderne, la plupart des politiques réelles sont décidées dans les vastes domaines qui se chevauchent des bureaucraties gouvernementales, des entreprises et des organisations à but non lucratif, avant d'être soumises aux formalités du pouvoir législatif comme une réflexion après coup. Nous en avons eu un bel exemple il y a peu, lorsque le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, a fait volte-face et a abandonné son opposition à un financement accru de l'Ukraine et sa demande d'une protection accrue des frontières américaines après une petite conversation tranquille avec des bureaucrates fédéraux. Cela a montré assez clairement où se trouve le véritable pouvoir.

Cela ne signifie pas qu'il n'y a rien à faire. Cela signifie que l'on ne peut rien faire en s'appuyant sur des outils qui ont depuis longtemps perdu leur avantage, ou en jouant à des jeux que la maison a truqués pour qu'elle ne perde jamais. On ne réussit pas dans un environnement difficile en faisant ce que tout le monde attend de vous. On ne réussit pas non plus dans un environnement difficile en concourant sur le terrain de l'autre, où il fixe les règles et peut les changer à volonté.  On gagne en faisant ce qui est inattendu et en déplaçant la lutte ailleurs, là où l'on peut fixer les règles et faire pencher la balance en sa faveur.

Il est important de rappeler ici que le pouvoir n'est jamais une abstraction ; il dépend toujours du contexte. Pendant la vingtaine d'années qu'ils ont passées à tenter de contraindre le peuple afghan à se soumettre à la volonté des kleptocrates occidentaux, les États-Unis avaient bien plus de pouvoir, dans tous les sens du terme, que les forces talibanes qui s'opposaient à eux. Aussi écrasante soit-elle, la puissance militaire, économique et culturelle des États-Unis s'est avérée inutile face à une nation qui s'est fait une spécialité d'humilier les puissants empires depuis l'Antiquité. Pourquoi ?  Parce que les talibans savaient éviter les situations dans lesquelles la puissance américaine pouvait être déployée efficacement, et choisissaient plutôt les modes de combat où l'envahisseur, immense mais maladroit, était désavantagé.

Le même principe est tout aussi valable dans le type de contestation non violente que j'ai à l'esprit ici. La violence elle-même constitue un excellent test pour le principe dont je parle ici.  À ce stade du jeu, il est certain que le vaste système bureaucratique qui dirige ce pays dispose d'un avantage extrêmement disproportionné en ce qui concerne la violence. Commencez à tirer sur les personnes chargées de faire respecter toutes ces lois et réglementations, et le résultat peut être clairement décrit comme un « suicide par les flics ». Encore une fois, on gagne en se battant selon ses propres termes, et non selon des termes qui avantagent l'autre camp.

Comment y parvenir dans le cas présent ?  Vous commencez par vos propres choix et votre propre vie, le domaine sur lequel vous avez le plus de contrôle.
 

Le grand secret des lénocraties d'aujourd'hui, comme je l'ai suggéré il y a un mois, est qu'elles dépendent tellement de la soumission volontaire de leurs victimes. Bien sûr, il y a des façons dont cela n'est pas vrai, des exactions qui ne peuvent être évitées sans courir de grands risques, mais il y a beaucoup d'autres façons dont vous pouvez vous retirer si vous êtes prêt à faire certains changements ou à vous passer de certaines choses. Dans des sociétés aussi encombrées, aussi délabrées et aussi décrépites que les nôtres, l'une des maximes de Robert Anton Wilson - « le gouvernement est une illusion dans l'esprit des gouvernants » - est presque vraie. Il serait encore plus juste de dire que le gouvernement est une illusion dans l'esprit des gouvernés. Guérissez de cette illusion, reconnaissez que la plus grande partie de ce qui se passe dans l'Amérique d'aujourd'hui n'est pas géré et même pas remarqué par les bureaucrates, et le monde deviendra beaucoup plus intéressant.

La même chose est encore plus vraie dans les contextes non politiques. Prenons l'exemple de l'emploi, le moyen le plus courant par lequel les gens des sociétés lénocratiques modernes subviennent à leurs besoins. Être l'employé de quelqu'un semble tellement normal et naturel pour la plupart des gens de nos jours qu'il faut parfois un réel effort pour reconnaître à quel point le système de l'emploi est compliqué et exploiteur. Partons des premiers principes.  Il y a quelqu'un qui a besoin d'un bien ou d'un service, et quelqu'un d'autre qui sait comment fournir ce bien ou ce service. Ces deux personnes se mettent-elles d'accord sur un échange de valeur - par exemple, une somme d'argent en échange du bien ou du service -, se serrent-elles la main, procèdent-elles à l'échange et c'est tout ?  Dans la plupart des sociétés humaines, c'est le cas, mais dans une société lénocratique, ce n'est pas le cas.

Non, dans une société lénocratique, il y a généralement au moins une personne, un employeur, qui s'insère dans la transaction et en retire une part.  Dans une lénocratie bureaucratique mature comme la nôtre, il y a des dizaines ou des centaines de personnes qui prennent chacune une part de la transaction. Prenons l'exemple d'une personne qui veut un hamburger et qui se rend dans un fast-food en manque de personnel pour l'acheter. Le jeune homme pressé et surmené derrière le comptoir prépare le hamburger, l'emballe, le remet à l'employé et enregistre la vente. Sur cette vente, seule une petite partie sert à payer au jeune le salaire inadéquat qu'il reçoit. Le reste est aspiré directement dans la ziggourat de l'entreprise, avec des chèques de plus en plus gros en cours de route ; un royaume toujours plus vaste de bureaucratie managériale s'y greffe, les plus gros chèques allant aux titulaires des bureaux d'angle, et ce qui reste s'envole du sommet de la ziggourat pour pleuvoir sur les actionnaires.

L'une des vérités éternelles de la lénocratie est que personne dans une bureaucratie managériale n'est jamais disposé à envisager de recevoir un salaire moins élevé. Une autre est que personne dans une bureaucratie managériale n'est jamais disposé à envisager d'avoir moins de subordonnés. Enfin, les actionnaires, eux aussi, s'attendent toujours à ce que leurs actions prennent de la valeur et que leurs revenus augmentent. Par conséquent, année après année, la part revenant aux personnes qui effectuent réellement le travail diminue, tandis que celle qui monte dans le ziggourat gonfle. C'est l'un des principaux facteurs d'appauvrissement et d'appauvrissement dans l'Amérique d'aujourd'hui, même si, bien sûr, les médias d'entreprise n'en parlent pas.

Existe-t-il des alternatives ?  Bien sûr qu'il y en a. Une fois de plus, le grand secret de la lénocratie est qu'elle dépend tellement de la soumission volontaire de ses victimes.  Il existe de nombreux moyens de s'en sortir qui n'impliquent pas d'être l'employé de qui que ce soit, et tous partagent un énorme avantage que l'emploi n'a pas : le revenu que vous en tirez sert à soutenir un nombre beaucoup plus restreint de bureaucrates. Tant que vous gagnerez de l'argent, vous devrez supporter les exactions qui soutiennent ceux qui sont payés avec l'argent des contribuables, mais il y en a beaucoup d'autres que vous pouvez ignorer sans problème, ce qui signifie qu'une part beaucoup plus importante de votre revenu vous revient.

C'est pourquoi toutes les personnes que je connais et qui prospèrent dans l'économie américaine d'aujourd'hui sont des travailleurs indépendants. La grande majorité d'entre eux ont trouvé des marchés de niche qui correspondent à leurs particularités personnelles et qui ne sont pas bien servis par la mentalité « taille unique » des dirigeants d'entreprise d'aujourd'hui. C'est ainsi que je gagne ma vie, par exemple, et qu'un nombre croissant d'autres personnes font de même. Si vous travaillez à votre compte, vous conservez une part beaucoup plus importante de la valeur de votre travail et vous pouvez généralement offrir une meilleure qualité à vos clients à un prix plus raisonnable - après tout, ni vous ni vos clients n'avez à vous soucier de couvrir les salaires et les avantages sociaux d'une faune de bureau surévaluée, comme le font les employés et leurs clients.

Cela est possible parce que, dans l'économie américaine actuelle, un grand nombre de besoins ne sont pas satisfaits parce que les grandes entreprises ont décidé qu'il ne valait pas la peine de les satisfaire, alors que les barrières imposées par le gouvernement aux petites entreprises peuvent souvent être contournées par un individu entreprenant qui n'a pas peur de maintenir les choses à une échelle petite et locale. Je ne voudrais certainement pas suggérer à quiconque d'enfreindre la loi, mais il peut être utile de noter que beaucoup de gens travaillent aujourd'hui au noir : ils n'ont pas de licence d'exploitation, ils ne passent pas par les innombrables obstacles bureaucratiques qui ont été mis en place pour protéger les grandes entreprises de la concurrence, ils fournissent simplement des biens et des services de manière informelle et reçoivent leur salaire de manière tout aussi informelle. Parfois, ils ne reçoivent pas de salaire, au sens strict du terme, et cela nous amène à une dimension encore plus difficile de notre thème.

En dépit de l'argumentation de haut vol des manuels d'économie, une économie de marché utilisant l'argent comme intermédiaire des échanges n'est pas la seule façon d'organiser une économie. Elle n'est pas non plus toujours la meilleure. L'histoire montre que les économies de marché émergent à un certain stade du développement économique de toute société humaine complexe, à peu près au moment où la société passe de la relative stabilité économique de son enfance à la phase de croissance de son adolescence. Au cours de ces années tumultueuses, la croissance de la lénocratie peut rarement suivre la croissance de la production de biens et de services, et personne ne se préoccupe beaucoup des lénocrates ; très souvent, à ce stade, ils fournissent encore un service ou un autre en échange de leur part.

Cependant, lorsque la maturité arrive et que la production de biens et de services ralentit et plafonne, la lénocratie continue à se développer.  Cela produit l'illusion d'une croissance économique continue, puisqu'il y a toujours plus d'argent qui change de mains et plus de personnes occupées à un travail prétendument productif, mais les services finissent par prédominer sur les biens.  La plupart des « services » en question sont inutiles pour les individus et n'ont de valeur que dans une sphère bureaucratique en expansion constante, dans laquelle les bureaucrates publics et privés deviennent de plus en plus indiscernables.  L'inflation entre en jeu lorsque la monnaie est dépréciée pour que l'argent continue d'affluer vers les lénocrates en l'absence d'activité productive.  On se retrouve alors dans la situation classique d'une civilisation en phase terminale, pleine de bureaucraties affairées à toutes les activités rituelles qui occupent leur temps - faire des offrandes à Isis et à Râ dans l'Égypte ancienne, faire circuler des mémos dans l'Amérique moderne - tandis que les systèmes essentiels se désagrègent lentement sous le poids de plus en plus lourd d'une négligence malveillante.

C'est le comportement des gens ordinaires dans les sociétés terminales comme celles-ci qui mérite une attention particulière. Plus la part de richesse accaparée par les classes lénocratiques privilégiées est importante, moins les autres ont de raisons de participer au système, et de plus en plus de personnes cessent donc de participer.  Il y a de nombreuses façons de le faire. Très souvent, ils cessent d'avoir des enfants, car le simple fardeau économique que représente l'éducation d'un enfant dans une lénocratie en phase terminale devient un facteur de dissuasion massif pour la reproduction. Très souvent aussi, ils embrassent de nouveaux mouvements religieux qui glorifient la pauvreté, le célibat et la non-participation à la vie culturelle et économique de la lénocratie.  Ce n'est pas un hasard si le monachisme, par exemple, est devenu extrêmement populaire à la fin de l'époque romaine, ou à plusieurs périodes équivalentes de l'histoire de l'Inde et de la Chine ; devenir moine ou nonne, c'est entre autres choses tendre un doigt d'honneur décent mais sans équivoque à une société qui exige trop et donne trop peu en retour.

Pourtant, il existe des moyens moins radicaux de faire la même chose, et la plupart d'entre eux consistent à trouver un moyen de sortir des économies de marché qui ont été truquées au détriment de tout le monde, sauf de l'élite lénocratique. Après tout, il existe de nombreux types d'économies qui ne reposent pas sur des échanges marchands. Tout bien ou service que vous fournissez pour vous-même est en dehors de l'économie de marché.  Il en va de même pour tout bien ou service que les membres d'une famille se fournissent mutuellement. Il en va de même pour tout bien ou service que vous fournissez directement à quelqu'un d'autre en échange d'une contrepartie non financière. C'est à partir de cette dernière forme d'échange que le féodalisme, l'économie politique normale d'une société post-marchande, émerge au fil du temps.

Tout au long de ma carrière de blogueur, j'ai eu l'occasion de lever les yeux au ciel devant les nombreuses personnes pour qui le terme « féodal » est un mot chargé d'émotion plutôt qu'une description d'un système d'économie politique. Une économie féodale repose entièrement sur des contrats coutumiers.  Voici le paysan qui veut cultiver sa terre sans être dérangé par des pillards ; voici le seigneur de guerre local dont la bande de jeunes durs à cuire est heureuse de sortir et de se battre. Le chef de guerre s'engage à défendre le paysan, et le paysan s'engage à soutenir le chef de guerre : tant de grains par boisseau, tant de jours de travail pendant la morte saison, et lorsque le chef de guerre part au combat, le paysan prend une lance et un vieux casque de fer et marche avec lui.

Le paysan et le chef de guerre ne négocient pas les conditions, et c'est ce qui différencie une économie féodale d'une économie de marché. Ces mêmes conditions sont en place depuis des temps immémoriaux - bien souvent, l'arrière-grand-père du paysan avait la même relation avec l'arrière-grand-père du seigneur de la guerre, et toutes les parties à la transaction supposent qu'il en sera de même pour leurs arrière-petits-enfants respectifs. Statique ?  Bien sûr. Inégal et injuste ?  Cela aussi. Pourtant, le paysan médiéval moyen travaillait moins d'heures par semaine, avait plus de vacances et conservait une plus grande part de la valeur de son travail que vous.

Nous sommes à quelques siècles du moment où l'on peut s'attendre à ce que le féodalisme émerge dans le monde désindustriel du futur. Cependant, les citoyens ordinaires de l'Amérique lénocratique tardive se détournent déjà, de manière moins évidente, d'une économie de marché truquée de manière aussi flagrante à leur détriment. La forte baisse du taux de natalité est un signe révélateur.  De plus en plus de gens font le calcul, additionnent les sommes qu'ils doivent payer de leur poche pour avoir le privilège d'être employés, et réalisent qu'ils feraient mieux de faire autre chose de leur temps. Il en va de même pour le nombre croissant de personnes qui travaillent au noir, qui trouvent leur propre moyen de gagner un peu d'argent en dehors de l'économie d'entreprise, ou qui abandonnent complètement la main-d'œuvre rémunérée pour devenir des femmes ou des hommes au foyer, des aides à domicile pour un parent plus âgé ou un jeune couple avec des enfants, etc.

Je ne peux pas vous dire, cher lecteur, si l'une ou l'autre de ces options vous conviendrait ; il est dans la nature de ces périodes qu'une taille unique ne convienne jamais à tout le monde.  Vous devrez faire vos propres choix et vous sentir à votre place.  Néanmoins, je pense que vous constaterez que moins vous soutiendrez de lénocrates à la sueur de votre front, plus vous serez heureux et prospère. De même, je pense que plus vous ferez de choses pour vous-même, ou ferez en sorte qu'elles soient faites d'une manière ou d'une autre en dehors de l'économie de marché, plus vous aurez de facilité dans notre économie troublée, et plus vous ferez d'achats auprès de particuliers ou de petites entreprises locales au lieu de grandes chaînes d'entreprises lénocratiques, plus vous serez heureux des résultats obtenus.
 

Il y a bien sûr un autre aspect à cette question. Tout comme un proxénète ne peut survivre sans les travailleurs du sexe qu'il exploite, alors qu'ils peuvent très bien survivre sans lui, la lénocratie dépend, pour sa survie, de la volonté des gens ordinaires de continuer à la soutenir par leurs achats, leur travail et leur loyauté.  Que vous continuiez ou non à lui apporter ce soutien - pourquoi, c'est aussi quelque chose que vous devrez décider pour vous-même.

John Michael Greer

Traduit avec DeepL.com (version gratuite)

Selon les professeurs d’épidémiologie britanniques Richard Wilkinson et Kate Pickett, les sociétés où le fossé entre les riches et les pauvres est large enregistrent des taux plus élevés d’homicides, d’emprisonnement, de mortalité infantile, d’obésité, de toxicomanie et de grossesse chez les adolescentes. Dans un commentaire de mars pour Nature, ils ont écrit :

« Une plus grande égalité réduira la consommation malsaine et excessive, et augmentera la solidarité et la cohésion nécessaires pour rendre les sociétés plus adaptables face au climat et à d’autres urgences. »

En outre, leurs recherches montrent que les sociétés plus égalitaires ont des impacts beaucoup moins graves sur la nature. Plus le degré d’inégalité est élevé, plus les performances en matière de pollution atmosphérique, de recyclage des déchets et d’émissions de carbone sont faibles.

Le message est clair : limiter la dégradation écologique tout en améliorant la qualité de vie de l’humanité exige de bannir l’extravagance matérielle des personnes les plus riches du monde, en particulier l’équipage croissant de milliardaires mondiaux. Cependant, cela devrait faire partie d’un effort beaucoup plus large pour débarrasser les sociétés riches de la surexploitation systémique et de la surproduction qui menacent d’être notre perte mondiale.

extraits de l'article :

"L’effondrement écologique n’est pas encore arrivé, mais vous pouvez le voir venir..."

 

http://ottolilienthal.over-blog.com/2015/02/effondrements.html

"Alors qu’entre 1953 et 1973 dans les États occidentaux, les riches et les pauvres ont connu une prospérité croissante, après 1973, les riches n’ont pu prospérer qu’aux dépens des pauvres. »

 « [1973] a marqué un point d’inflexion où le coût de l’énergie était trop élevé pour permettre la poursuite de la croissance de la prospérité générale"

(Tim Watkins)

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L’incroyable montant des bonus versés par Credit Suisse avant son rachat par UBS...
 

Credit Suisse a versé en dix ans pas moins de 32 milliards de francs suisses en dividendes et actions. Dans le même temps, l’ancien géant bancaire a enregistré une perte de 3,2 milliards de francs suisses.

32 milliards de francs suisses. C’est la somme astronomique qu’a versé le Credit Suisse (CS) en bonus et dividendes sur dix ans, rapporte Le Temps, le 17 mars 2024, relayant des informations du SonntagsZeitung. L’hebdomadaire zurichois a pu consulter un rapport rédigé par les avocats d’UBS, la banque qui a racheté CS. Ces derniers représentent des investisseurs qui s’estiment lésés. Et pour cause, alors que les chiffres sont vertigineux, Credit Suisse a enregistré, sur la même période, une perte de 3,2 milliards de francs suisses.

Dans le détail, plus de 1 500 gestionnaires de risques ont ainsi reçu un million de francs chaque année. CS a dû piocher dans son capital pour régler la note, faute de résultats positifs. À ces versements, il faut ajouter de mauvaises transactions, comme le rachat de DLJ, une banque américaine, pour 19,6 milliards de francs suisses, relève Le Temps. L’ensemble de la structure Credit Suisse a eu du mal à faire face à ces défis financiers. En outre, sa holding Credit Suisse AG a continué de creuser la tombe de la banque helvète. Elle ne lui a rapporté que 300 millions de francs de dividendes entre 2016 et 2020, ce qui ne permettait pas de couvrir les frais de fonctionnement, et ce, alors que les actionnaires ont reçu pas moins de 4,6 milliards de francs suisses dans le même temps.

Le département fédéral des finances étudie le dossier

Pour faire face, Credit Suisse a accordé des prêts internes à sa filiale. En outre CS a décidé de recourir aux obligations AT1, qui servent d’amortisseurs si les niveaux de capitaux d’une banque passent sous un certain seuil. La stratégie a été loin d’être payante pour la banque suisse. Les intérêts faramineux, s’élevant à un milliard de francs suisses au total, ont amené les agences de notation avoir le CS dans son viseur.

Le Département fédéral des finances étudie avec attention le dossier. Il doit déterminer si les opérations engagées par Credit Suisse étaient légales ou non. Le cadre légal impose aux banques de compenser les pertes des années précédentes avant de verser quelques dividendes que ce soit.

https://www.capital.fr/entreprises-marches/lincroyable-montant-des-bonus-verses-par-credit-suisse-avant-son-rachat-par-ubs-1493916

La compagnie des Thames Water, qui fournit de l'eau à 25% des anglais, est en quasi faillite avec plus de €20 milliards de dettes. L'entreprise a "oublié" de réparer les conduites percées et a utilisé les dividendes pour vider la substance économique de l'entreprise.

Aujourd'hui, les dirigeants demandent au gouvernement d'augmenter de 40% les prix de l'eau, de pouvoir payer les dividendes aux actionnaires comme le Qatar et la Chine ainsi qu'une diminution des amendes.

https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/peak-oil/1368-energies-economie-petrole-et-peak-oil-revue-mondiale-fevrier-24.html

« 1 % contrôlent toute la richesse et le pouvoir ; 4 % – sont achetés et payés : politiciens,  médias (1), secteur financier – ce sont leurs marionnettes ; 5 % réalisent ce qui se passe ; et 90 % sont endormis. Le 1 % fait tout ce qu’il peut pour s’assurer que le 5 % ne réveille pas les 90 %. »

(avis internaute)

(1) La totalité de la grande presse française appartient à des milliardaires...seules de petites

publications comme le "Canard enchainé" sont indépendants. On pourra déguster le paragraphe :

http://ottolilienthal.over-blog.com/2015/09/on-ne-prete-qu-aux-patrons-de-presse-riches.html

avec un verre de rouge à portée la main pour tenir le choc.

Le problème est de savoir comment nous intégrons le système capitaliste de croissance perpétuelle dans tous les scénarios possibles. C’est impossible. Quelque chose doit se casser.

Si au moins les énergies renouvelables étaient autosuffisantes ..., mais pour l’instant, nous en sommes loin.

Il est clair que les énergies renouvelables économisent une partie de la consommation de gaz et de pétrole (et presque tout le charbon), mais on ne peut prétendre éliminer 100 % des fossiles, car il n’y a pas de substitut viable. Peut-être dans 50 ans, mais dans 10 ans, on aura de gros problèmes.

 La "solution climatique" ne sert à rien si seuls les citoyens européens y participent, parce que ce qui sera arrêté ici sera réclamé en Asie par exemple.

Oui, vient le gouvernement des "guerriers" (loi des cycles sociaux), par la force ou par la force. Et l’alternative est le cas total, avec le choix entre le mauvais ou le pire.

Quark

Les 1% les plus riches détiennent plus que l’ensemble de la classe moyenne aux USA, et ce phénomène est similaire au sein de tous les pays occidentaux.

La déchéance de notre classe moyenne est une bombe à retardement dont le compte à rebours indique que nous sommes proches de la liquéfaction sociale.

Michel Santi

le système est en train de mourir et il faut s’adapter à autre chose. Ce sont les élites capitalistes oligarchiques mondiales (dont le centre est l’occident moderne) qui tentent de jouer un jeu très dangereux et inutile pour maintenir leur pouvoir à tout prix, dans un type de société où les bourgeois sont l’alpha et l’oméga de tout. Et comme pour un marteau tout problème est un clou, pour tout capitaliste tout est traité comme une marchandise. De toute évidence, ils accélèrent leur propre destruction, essentiellement parce qu’ils détestent tout système différent du leur et ne conçoivent pas un monde différent de celui qu’ils gouvernent

(un internaute)

L’un des domaines où les gens qui s’identifient comme la gauche politique et la droite politique semblent véritablement en conflit est leur point de vue sur la position du gouvernement sur la carboneutralité. Bien que le bon point soit l’hypocrisie du gouvernement – par exemple, s’envoler vers des conférences élitistes tout en faisant la leçon aux petites gens sur l’empreinte carbone – et les nombreux exemples d’éco-L’austérité imposée aux gens ordinaires à travers l’Europe au nom d’un nouveau pacte vert qui favorise les intérêts des entreprises, la gauche se plaint que le gouvernement a abandonné son engagement envers la carboneutralité et est engagé dans une course pour le pétrole et le gaz. Qu’est-ce que c’est? Eh bien, à première vue du moins, il semble que ce soit les deux. Autrement dit, le gouvernement est toujours légalement engagé à éliminer progressivement la cuisson au gaz et le chauffage, ainsi que les voitures ICE et une grande partie de l’agriculture domestique au nom de la sauvegarde du climat (ce qui, bien sûr, ne sera pas le cas). Mais il octroie également des permis de forage à des sociétés qui veulent apparemment débloquer de nouveaux gisements de pétrole et de gaz de la « mer du Nord ».

Il va sans dire que les bénéficiaires des nouveaux permis de forage sont des amis et des donateurs du Parti conservateur… il en a toujours été ainsi. Avec l’allégation de ceux qui s’identifient comme la gauche que c’est la preuve d’un gouvernement qui sacrifiera facilement l’avenir de nos enfants en échange d’une poche pleine de malchance. Ceux à droite ne disent rien à ce sujet parce que, hé, qui n’aime pas le grift kleptocratique?

Cependant, il y a plusieurs vérités gênantes derrière les manchettes. La première concerne l’emplacement des gisements de pétrole et de gaz. Selon l’Encyclopaedia Britannica, la mer du Nord est:

« Le bras nord-est peu profond de l’océan Atlantique, situé entre les îles Britanniques et la partie continentale du nord-ouest de l’Europe et couvrant une superficie de 220 000 milles carrés (570 000 km carrés). La mer est bordée par l’île de Grande-Bretagne au sud-ouest et à l’ouest, les îles Orcades et Shetland au nord-ouest, la Norvège au nord-est, le Danemark à l’est, l’Allemagne et les Pays-Bas au sud-est, et la Belgique et la France au sud. Il est relié à l’Atlantique par le détroit de Douvres et la Manche et s’ouvre directement sur l’océan entre les îles Orcades et Shetland et entre les îles Shetland et la Norvège. »

Ceci est important en raison du vent dominant et des courants océaniques, qui frappent les îles britanniques du sud-ouest. Ainsi, non seulement la mer du Nord est relativement peu profonde, mais elle est également à l’abri des pires courants de l’Atlantique et des vents d’ouest et de sud-ouest. Pendant des décennies, cela a permis une récupération sûre et rentable des gisements de pétrole et de gaz dans la région. Ce qui ne serait pas un problème pour les nouveaux titulaires de permis… sauf que les gisements qu’ils ont été autorisés à forer ne sont pas en mer du Nord :

The

Les champs de Rosebank et de Cambo se trouvent dans l’Atlantique Nord, à 80 milles (129 km) à l’ouest des Shetland, où les mers déchaînées et les vents de force ouragan rendent la récupération sûre et rentable du pétrole et du gaz presque impossible. Et c’est avant que quiconque n’ait envisagé le coût de la construction des pipelines nécessaires des gisements aux Shetland, puis sur le continent – probablement jusqu’à des milliards de livres.

Pour ajouter aux problèmes, Cambo et Rosebank ne sont pas des réservoirs uniques sous une calotte rocheuse pratique. Il s’agit plutôt de petits dépôts, souvent non reliés, situés sous des formations rocheuses dures et séparés par celles-ci, ce qui rend le forage beaucoup plus difficile. Elles ne sont pas non plus assez importantes pour justifier le genre d’investissement nécessaire. Le gisement ne dépasse pas 500 millions de barils. Et tout cela ne sera pas récupérable. Mais même si c’était possible, aux prix d’aujourd’hui, cela signifierait un rendement maximum de 37 milliards de livres – non pas à renifler, mais largement grugé par les salaires et les coûts d’infrastructure.

Ensuite, il y a ces politiques de carboneutralité embêtantes qui, malgré le bêlement de la gauche, restent en place et ont, depuis de nombreuses années, dissuadé d’autres investissements, même dans les domaines relativement faciles de la mer du Nord. Investir dans Cambo et Rosebank exigerait une garantie du gouvernement et de l’opposition que tout le projet de carboneutralité a été abandonné… et ça n’arrivera pas.

La vérité est que Cambo et Rosebank n’attirent l’intérêt que dans les rares occasions où le prix mondial du pétrole dépasse les 100 $ le baril et où les économistes – qui se trompent invariablement – commencent à prédire le fameux 200 $ le baril. Cependant, cela manque une réalité fondamentale sur l’économie et la place du pétrole en son sein.

Le pétrole n’a pas été baptisé de façon déraisonnable « ressource maîtresse », parce que très peu de choses se font sans être fabriqué, transporté ou alimenté par un produit pétrolier. Cela signifie – selon les économistes – que le pétrole est inélastique… il ne peut pas facilement être remplacé par autre chose. Cela signifie que lorsque le prix du pétrole augmente, les entreprises et les ménages doivent ajuster leurs dépenses en conséquence, en délaissant les biens et services discrétionnaires au profit des produits de première nécessité dont les prix sont désormais plus élevés. Il ne s’agit pas non plus d’un ajustement mineur. Lorsque les prix du pétrole ont monté en flèche dans les années 1970, ils ont amorcé une période de stagflation suivie d’une dépression majeure. Lorsque la même chose s’est produite après le pic de 2005 de la production mondiale de pétrole classique, le résultat a été le krach de 2008 et la dépression qui l’a suivi. Et comme nous l’avons vu plus récemment, lorsque les prix du pétrole ont augmenté depuis 2021, ils ont coupé l’herbe sous le pied des économies européennes… une crise qui en est encore à ses balbutiements.

 

Le fait est que la hausse des prix du pétrole entraîne des ralentissements économiques. Et les ralentissements économiques entraînent une baisse de l’activité économique. À mesure que l’activité économique diminue, la demande de pétrole diminue – plus récemment, la demande a chuté plus rapidement que les réductions de production de l’OPEP+. À mesure que la demande diminue, le prix du pétrole aussi. Cela peut prendre du temps, bien sûr. Nous ne pouvons pas prédire la façon dont les interventions de l’État et des banques centrales freineront les prix ou, plus probablement, transformeront un ralentissement économique en une véritable crise. Quoi qu’il en soit, la seule façon de voir 200 $ le baril de pétrole, c’est par l’inflation… et nous ne verrons jamais l’équivalent de 200 $ à la valeur d’aujourd’hui.

Pour revenir à ces permis de forage, il semble très peu probable que le ministère qui les délivre ne comprenne pas cela. Il en va de même pour les individus et les entreprises autorisés à forer… bien que les politiciens soient très probablement ignorants. Alors pourquoi, étant donné qu’il est probable que le pétrole et le gaz qui se trouvent à l’ouest des Shetland resteront dans le sol, les investisseurs devraient-ils s’intéresser aux permis?

La réponse va au coeur de tout ce qui ne va pas avec le zéro net tel que configuré actuellement. Pour atteindre la carboneutralité dans une économie encore entièrement dépendante des combustibles fossiles en général et du pétrole en particulier, il faut que quelqu’un cesse de brûler des combustibles fossiles pour équilibrer les sociétés qui continuent de le faire. Mais comment indemniser ceux qui décident de cesser de brûler des combustibles fossiles? En deux mots, les crédits de carbone... qu’est-ce qui ne va pas?

À première vue, les crédits de carbone semblent excellents. Une entreprise peut décider de retirer son parc de voitures essence et diesel et opter pour des voitures électriques et recevoir des crédits carbone pour le faire. Ces crédits de carbone peuvent ensuite être vendus à des entreprises qui brûlent encore des combustibles fossiles pour un joli profit monétaire. Mais – et il y a toujours un « mais » quand il s’agit de la kleptocratie corporatiste qui a rêvé de ce projet – les crédits carbone ne sont pas simplement accordés aux entreprises qui abandonnent les combustibles fossiles. Ils sont également accordés aux entreprises qui prétendent être en mesure de brûler des combustibles fossiles – ou de réaliser des dommages environnementaux connexes – mais qui promettent de ne pas le faire. Et nous commençons à voir pourquoi un permis de forage de gisements de pétrole et de gaz entièrement non rentables pourrait encore être très lucratif. En promettant de ne pas récupérer ces gisements de pétrole et de gaz – qui, rappelons-le, sont irrécupérables – les titulaires de permis peuvent s’emparer de 500 millions de barils de crédits de carbone qu’ils peuvent vendre à une société polluante qui peut les utiliser pour compenser ses dommages environnementaux.

Tout comme la droite ferme les yeux sur l’arnaque de l’entreprise dans ce processus sordide, une gauche qui ne peut distinguer le problème – dommage environnemental – de l’arnaque – profit net zéro – refuse de dénoncer un système de crédit carbone qui fait peu pour inverser les dommages industriels à l’environnement, mais qui permet aux kleptocrates de s’enrichir derrière un très mince placage de greenwash.

Tim Watkins

Boeing est une entreprise qui a oublié qu’elle faisait des avions et que quand on les fait mal, ils tombent et un avion qui tombe ce sont des centaines de morts.

Les sociétés d’eaux minérales ont également oublié qu’elles vendaient de l’eau « pure » et faisaient elles aussi n’importe quoi.

Les laboratoires pharmaceutiques régulièrement condamnés oublient qu’ils doivent soigner les gens…

Bref, les grandes multinationales mentent comme des arracheuses de dents et la course aux profits n’a jamais été aussi délirante avec toutes les dérives que cela implique.

Il ne sert à rien de faire de la RSE et de l’éthique pour ce genre de résultats !

D’ailleurs plus on parle de responsabilité sociale des entreprises, d’éthique ou de « raison d’être » et plus c’est l’inverse et l’exact opposé qui se produit.

Charles Sannat

"Le capitalisme est la croyance extraordinaire que les hommes les plus méchants, pour les motifs les plus méchants, travaillent d'une manière ou d'une autre pour le bénéfice de tous"

(John Maynard Keynes)

Le capitalisme ne peut se transformer qu'en autocratie
...pour se désintégrer complètement peu de temps après


L'histoire du capitalisme a un arc qui lui est propre. Elle a un début, un point culminant et, oui, une fin - avec ou sans révolutions, changement climatique ou destruction écologique. Le capitalisme suit une trajectoire d'évolution naturelle qui culmine dans une dystopie orwellienne, juste avant sa disparition rapide. Rejoignez-moi dans cette brève revue des origines du capitalisme pour comprendre pourquoi toutes les tentatives de démantèlement ont échoué - et continueront d'échouer - jusqu'à ce que les technologies autoritaires qui le rendent possible disparaissent dans un avenir pas si lointain.

Selon Investopedia, "le capitalisme est un système économique caractérisé par la propriété privée des moyens de production, le travail étant exclusivement rémunéré. Le capitalisme dépend de l'application des droits de propriété privée, qui incitent à l'investissement et à l'utilisation productive du capital". Ce qui manque cruellement à cette définition - comme toujours lorsqu'il s'agit d'économie - c'est le rôle de la technologie et de l'énergie. Ces deux facteurs ont joué un rôle crucial dans la conception de cette idée, sans parler de sa transformation en l'hydre qu'elle est devenue. Contrairement à ce que l'on pense généralement, je soutiens que ni l'un ni l'autre de ces facteurs essentiels - l'énergie et la technologie - n'ont été créés par le capitalisme lui-même, mais que c'est tout à fait l'inverse. C'est l'utilisation de la technologie et la disponibilité toujours croissante de l'énergie qui ont rendu le capitalisme possible, et c'est donc la perte de ces éléments qui finira par le mettre à genoux.

 


    On ne peut espérer démanteler le capitalisme sans abandonner la technologie.


Je sais qu'il s'agit là d'une déclaration brutale, qui incitera peut-être certains de mes lecteurs à souligner à quel point je suis anti-technologie, et comment une révolution socialiste / des technologies vertes / le bitcoin / l'or / ou d'autres choses du même genre pourraient changer la donne du jour au lendemain. Tout ce que je demande, c'est de faire preuve de patience pendant encore quelques minutes.


Commençons par la colonisation, la boîte de Pétri dans laquelle la conception du capitalisme a eu lieu. D'après ce qui est enseigné dans les écoles occidentales (ou du moins là où je vis), la colonisation n'a été que le résultat de facteurs politiques et de décisions conscientes. La découverte des Amériques (que l'on prenait alors pour les Indes occidentales) a été rapidement suivie du génocide des populations indigènes et de l'accaparement par la force de leurs richesses et de leurs terres. La traite des esclaves a fourni aux colons un flux abondant de main-d'œuvre, souvent contrainte de travailler dans des conditions extrêmement difficiles. L'afflux d'or et d'autres matières premières en provenance des colonies nouvellement établies a rapidement transformé les sociétés européennes et donné naissance au capitalisme.

Ce qui manque cruellement à cette histoire, c'est la technologie qui a permis tout cela : les voiliers. Sans des navires suffisamment grands et solides, développés et perfectionnés pendant des siècles, ou sans des systèmes de navigation tels que la boussole, le sablier, l'astrolabe et le quadrant, il aurait été impossible à Christophe Colomb de se rendre aux Caraïbes et d'en revenir vivant. Notez que ces technologies existaient déjà, prêtes à être utilisées, bien avant que toute cette histoire ne commence. Ce n'est pas la colonisation qui a fait apparaître les voiliers et la navigation, mais l'inverse : ce sont ces technologies qui ont permis aux nations européennes de conquérir une grande partie du monde.

Il est peut-être encore plus important de noter que ces technologies étaient - comme l'aurait dit le regretté sociologue Lewis Mumford - de nature autocratique. En d'autres termes, les navires n'auraient pas pu être développés et construits sans un système hiérarchique et sans l'utilisation de la force et de l'agression. C'est peut-être un fait moins connu de l'histoire européenne, mais même après la conception des royaumes occidentaux, le continent était peuplé de tribus indigènes qui habitaient de nombreuses régions boisées et vivaient aux côtés des différents États d'Europe. Ainsi, avant que la colonisation des Amériques n'ait lieu, les grandes puissances européennes étaient déjà occupées à exterminer ces tribus et leur riche culture, désireuses de s'emparer de leurs ressources : en l'occurrence, le bois nécessaire à la construction de grands navires.

La construction d'un grand voilier - et a fortiori son équipage - nécessitait également une hiérarchie stricte et un royaume capable d'accumuler suffisamment de surplus de nourriture pour les menuisiers et les marins. Rien de tout cela n'était volontaire : les hommes étaient souvent recrutés de force pour rejoindre les équipages des navires, et la nourriture était confisquée aux paysans par les moyens bien établis d'un système féodal. Comme nous pouvons le constater, la technologie même - les navires - portait déjà les germes de la colonisation bien avant que Christophe Colomb ne prenne la mer en 1492. En d'autres termes, la colonisation - et plus tard le capitalisme - s'est produite parce qu'elle le pouvait, et non parce que quelqu'un a eu l'idée de la réaliser.

Comparez cela à ce qui s'est passé dans des sociétés plus égalitaires, comme les Polynésiens. Elles n'ont jamais évolué vers des civilisations despotiques contrôlant le commerce mondial, car elles utilisaient des technologies plus démocratiques, comme les petits catamarans. Ces navires auraient pu être construits et pilotés par une poignée d'humains, et surtout sans qu'il soit nécessaire de créer de grandes sociétés hiérarchiques, de confisquer des terres, de la nourriture et d'autres ressources. Le fait même que n'importe qui ait pu construire de tels navires (ou ses propres armes et outils d'ailleurs), a rendu ces technologies largement accessibles à tous les membres de la société. Lorsque tout le monde dispose du même arc et des mêmes flèches ou des mêmes moyens de subvenir aux besoins de sa famille, qui a besoin d'un roi pour autre chose que des rôles cérémoniels ? Cette démocratisation naturelle des technologies exigeait une structure beaucoup plus égalitaire où chacun avait son mot à dire, par opposition aux États autocratiques qui recouraient à l'oppression et à la guerre à grande échelle pour maintenir leur base technologique.

C'est dans ce contexte de technologies autoritaires utilisées par des États autoritaires que le capitalisme est apparu pour la première fois. Des abstractions telles que les droits de propriété (au-delà de la propriété personnelle) ont donné naissance à des sociétés privées qui se procuraient des fonds pour leurs voyages en vendant et en offrant des dividendes sur leurs actions. L'immense flux de richesses et de matières premières vers l'Europe a commencé à changer de mains sur les marchés d'échange. Les gens investissent dans l'espoir de réaliser des bénéfices. De nouvelles entreprises apparaissent un peu partout, financées par des prêts bancaires.

Rien de tout cela n'était possible, cependant, sans dépouiller les flux massifs de marchandises et de richesses de leur histoire tachée de sang. Les marchandises ont été appelées "marchandises" non seulement pour rendre leur prix plus comparable, et donc plus facile à échanger, mais aussi pour les dépouiller du contexte dans lequel elles ont été fabriquées. Les bijoux aztèques tachés de sang ont été délibérément effacés lorsque ces pièces complexes de métaux précieux ont été fondues et façonnées en pièces et lingots d'or uniformes. La sueur et les larmes des esclaves travaillant dans les plantations ont été effacées de la mémoire dès que le sucre et le coton qu'ils produisaient ont été versés dans des sacs uniformes. Tout a été transformé en petites unités de marchandises bien ordonnées, sans aucune histoire préalable.


Le même processus de décontextualisation s'est déroulé dans les plantations. Les espèces végétales, comme la canne à sucre, ont été arrachées à leur habitat d'origine - en même temps que les esclaves d'origine africaine - et placées dans un environnement stérilisé, dépourvu de ses habitants d'origine. Là, elles n'ont eu d'autre choix que d'accomplir leur tâche : faire fructifier leurs récoltes pour des coûts d'investissement faibles, voire minimes. Ce mépris total pour les habitats d'origine et les besoins de toutes les espèces (pas seulement humaines) a donné naissance à un processus facile à reproduire dans le monde entier. Tuer, détruire, remplacer, récolter. Rincer et répéter.


Sans aucun intérêt pour le contexte des deux côtés du processus, il était facile d'oublier que tout cela n'était qu'un boom ponctuel. On ne peut exterminer et voler une culture riche qu'une seule fois. On ne peut abattre une forêt ancienne et vendre son bois précieux qu'une seule fois dans une vie. On ne peut établir qu'un nombre limité de fermes d'esclaves avant de manquer de terres propices.

Comme on pouvait s'y attendre, une recette aussi "réussie" ne pouvait aboutir qu'à une croissance exponentielle - du moins jusqu'à ce que des limites soient atteintes. Ceux qui ont averti que cela ne pouvait pas continuer indéfiniment sur la base d'un ensemble fini de ressources ont été traités de tous les noms et mis à l'écart. Il était tout simplement trop rentable de continuer à piller la planète - une ressource finie après l'autre. La terre. Le charbon. Le pétrole. Le cuivre. Lithium. Le même processus s'est répété à chaque fois : explorer, tuer les habitants de la terre, extraire une réserve finie, puis passer à la prochaine grande opportunité.

Au diable les limites.

Si l'on considère l'essence des technologies "renouvelables", rien n'a changé. En fait, les choses n'ont fait qu'empirer. Les métaux des terres rares, le cuivre, l'argent, le nickel, le cadmium, le sable de haute pureté, l'acier sont tous nécessaires en plus grandes quantités en raison de la densité énergétique extrêmement faible et de l'intermittence des "énergies renouvelables". Les sites éoliens et solaires doivent être surdimensionnés de 4 à 7 fois pour atteindre le même niveau de production qu'une centrale au charbon ou au gaz. L'exploitation minière et la destruction de la nature doivent également s'accélérer à un rythme similaire, voire plus si l'on tient compte de la baisse rapide des teneurs en minerai. Le tout alimenté par des combustibles fossiles, bien sûr.

    Les "énergies renouvelables" n'ont rien de renouvelable. Elles dépendent des mêmes technologies autocratiques que les combustibles fossiles qu'elles visent à remplacer.

Enfin, si l'on considère que les nations colonisatrices et leurs alliés sont responsables de 92 % des émissions excédentaires de dioxyde de carbone et de 74 % de l'utilisation excessive de matériaux dans le monde, il est clair que la crise écologique actuelle relève de la responsabilité des économies industrialisées en général et des entreprises qui les dirigent en particulier. En ce sens, la révolution verte n'est qu'une ultime tentative pour maintenir ce déséquilibre malsain du pouvoir et, en fin de compte, la domination des intérêts des entreprises, véritables vainqueurs de la colonisation.

Le capitalisme est apparu comme une réponse naturelle à l'utilisation de la technologie et à l'abondance temporaire de matières premières. C'était tout simplement le moyen le plus efficace de piller la planète, et il l'a donc emporté haut la main à chaque fois qu'il a été contesté. Même ses concurrents, dont on a fait grand cas, ont été construits sur la base de ses principes fondamentaux. Bien entendu, la manière dont les bénéfices sont distribués ou dont les actifs productifs sont détenus peut être très différente, ce qui se traduit par une inégalité plus ou moins grande au sein de la société. Indépendamment de la répartition des richesses et des questions de propriété, cependant, l'essence de tout système industriel à grande échelle est restée intrinsèquement autocratique. Tant que les ressources nécessaires à la construction d'appareils technologiques (qu'il s'agisse de voiliers, de machines à vapeur, de panneaux solaires ou de bitcoins) doivent être expropriées et extraites jusqu'à épuisement, le système restera le même.


Puisque l'économie, quel que soit le nom qu'on lui donne, ne s'intéresse qu'au retour net sur investissement, et non à la santé ou au bien-être des humains et du monde plus qu'humain, elle finira par se retourner contre sa propre population au fur et à mesure que sa base de ressources s'épuisera. Tant que tout, des matières premières à la main-d'œuvre, pouvait être extrait loin des "bastions de la démocratie", les citoyens étaient libres, mais seulement dans la mesure où cela ne nuisait pas aux intérêts des entreprises. Cela a donné l'illusion du progrès, ou d'une vie meilleure grâce à la technologie, ainsi que d'une meilleure santé, de soins pour les jeunes et les personnes âgées ou de droits pour les minorités.

Au fur et à mesure que les ressources se sont raréfiées, produisant de moins en moins de bénéfices, le système a commencé à montrer son vrai visage : l'autocratie. Les démocraties modernes de la planète ont commencé à se transformer en une variante locale d'un totalitarisme doux ou inversé. Il s'agit d'un arrangement politique dans lequel les entreprises exercent un pouvoir subtil mais substantiel sur un système qui semble superficiellement démocratique. Pensez-y : les entreprises donatrices rédigent des lois, souvent à l'encontre des intérêts des électeurs. Une prise de contrôle complète des médias et du discours civique. La fermeture de la dissidence et l'étiquetage de tout ce qui n'est pas le récit dominant comme étant de la désinformation dangereuse. La liberté et la démocratie se sont avérées n'être qu'une brève anomalie dans ce système intrinsèquement inhumain qui remonte à l'émergence des premiers empires.
 

Bientôt, lorsque la bulle de l'endettement éclatera, les gouvernements du monde entier n'auront d'autre choix que de prendre le contrôle total du système monétaire, quitte à interdire toute autre forme d'échange (bitcoin, or, ou quelque chose d'aussi simple que l'argent liquide). En contrôlant ce pour quoi l'argent peut être dépensé (et pour combien de temps en lui donnant une date d'expiration), les gouvernements centraux auront une chance de gérer la descente économique en aval d'une baisse constante de la production d'énergie.

La saisie des maisons des personnes incapables de payer leurs dettes et leur transformation en locataires, par exemple, semble être un autre moyen pour le superorganisme financier d'essayer de maintenir sa rentabilité. Vous posséderez moins (et de moins en moins) et serez... "heureux". Une vie modeste, peu énergivore et peu consommatrice sera présentée comme "verte et durable" afin d'atténuer la situation et de la rendre plus facile à accepter. Ne vous méprenez pas, je pense que la réduction de la consommation est la seule solution, mais seulement si tout le monde s'y met de manière concertée. Comme John Kenneth Galbraith l'a judicieusement observé, cependant :

    "Les personnes privilégiées risqueront toujours de se détruire complètement plutôt que de renoncer à une partie matérielle de leur avantage. La myopie intellectuelle, souvent appelée stupidité, y est sans doute pour quelque chose. Mais les privilégiés ont aussi le sentiment que leurs privilèges, aussi flagrants qu'ils puissent paraître aux yeux des autres, sont un droit solennel, fondamental, donné par Dieu".

La classe dirigeante n'est donc pas du tout intéressée par la création d'un système plus durable. Elle a un autre objectif : rester au sommet, quoi qu'il arrive. Elle saisira donc toutes les occasions qui se présenteront au cours de cette longue période d'urgence pour concentrer le pouvoir, évincer les opposants politiques tout en essayant de maintenir le flux de profits vers un cercle de donateurs de plus en plus restreint. Encore une fois, un système entièrement dépendant de technologies autocratiques ne peut évoluer vers autre chose qu'une dystopie orwellienne. Dès que les apports énergétiques - qui maintiennent la base technologique sous-jacente - tombent en dessous d'un niveau minimal, le système s'effondre sous son propre poids.

L'évolution vers un monde de plus en plus numérisé (identité numérique, monnaie numérique, achats numériques) est donc un moyen incroyablement peu perspicace de maintenir le pouvoir. Alors que le réseau électrique commence à s'effondrer dans de nombreux endroits (en raison du manque de combustibles fossiles), ces systèmes autocratiques seront de plus en plus difficiles à maintenir. Les coupures de courant devenant plus fréquentes et plus longues, il sera de plus en plus difficile de payer au magasin ou de se connecter aux services gouvernementaux numériques - sans parler des nombreux travaux de bureau qui nécessitent un ordinateur et une connexion Internet stable.

Le système capitaliste centralisé actuel disparaîtra alors plus vite qu'on ne l'imagine. Le pouvoir politique retombera au niveau le plus bas possible (les municipalités) et les compétences réelles redeviendront un moyen respectueux de gagner un revenu. Le monde deviendra de plus en plus localisé et les gens seront obligés de compter sur le travail manuel pour survivre. D'un autre côté, en l'absence de chaînes d'approvisionnement sur les six continents, ils seront également contraints d'utiliser des technologies improvisées de faible technicité - et donc plus démocratiques - ouvrant ainsi la voie à la construction d'un monde nouveau, plus égalitaire. Combien d'entre nous vivront pour voir cela, quelles technologies resteront viables, ou combien de temps cela prendra, c'est ce que tout le monde peut deviner... Une chose semble sûre : des temps très intéressants nous attendent.

À la prochaine fois,

B

Notes :

Pour mémoire : Au cours des XIVe et XVe siècles, la Chine a également développé des navires d'exploration océanique, mais beaucoup plus grands et plus sophistiqués que leurs homologues européens, ce qui lui a permis d'étendre ses relations commerciales à l'Afrique de l'Est et à l'ensemble de l'océan Indien. À la suite d'un changement de pouvoir, l'attention s'est toutefois tournée vers l'intérieur, pour protéger la Chine des Mongols grâce à la construction et à l'expansion de la Grande Muraille. Le célèbre explorateur Zheng He s'est embarqué pour son dernier voyage en 1431 (six décennies avant que Christophe Colomb ne prenne la mer) et est mort sur le chemin du retour. Après sa mort, les explorations n'étaient plus financées, les navires étaient laissés à l'abandon ou brûlés sur les quais. Lorsque la Chine revient sur la scène plus de cent ans plus tard, le monde a déjà été transformé par le colonialisme.

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"le capitalisme est la croyance extraordinaire que les hommes les plus méchants, pour les motifs les plus méchants, travaillent d'une manière ou d'une autre pour le bénéfice de tous"

(John Maynard KEYNES)

 

"Jamais auparavant un groupe de personnes aussi réduit n'était devenu aussi riche en infligeant autant de dégâts"

 

 

Le dernier coup de notre civilisation capitaliste... ou comment les solutions proposées ne font qu'aggraver le problème.

Pour ceux de mes lecteurs qui suivent ce blog depuis un certain temps maintenant, il est probablement devenu assez clair que cette civilisation industrielle capitaliste mondiale de haute technologie se termine. Ce que nous vivons ces jours-ci n'est rien d'autre que l'ouverture d'une période de long et lent déclin - qui prendra des décennies, voire un siècle à se dérouler - à moins d'un Armageddon littéral déclenché par des fondamentalistes qui y voient un moyen de rédemption. La dynamique sous-jacente, cependant, est commune à toutes les sociétés précédemment disparues : toutes les civilisations s'élèvent et tombent selon des schémas familiers et la nôtre n'est en aucun cas une exception. Que peuvent faire nos dirigeants et la classe politique en général à ce sujet ? Quels sont les moyens proposés pour éviter notre destin ? Ce sera le sujet du billet d'aujourd'hui.


Plus grand, meilleur, plus vert... ?

Les énergies renouvelables semblent faire l'objet de toutes les attentions pour lutter contre le changement climatique et, par la même occasion, contre les méchants États pétroliers. Ces ressources sont censées faire baisser les prix de l'électricité (après tout, ce sont les sources d'électricité les moins chères de nos jours) et nous donnent le seul espoir de poursuivre nos modes de vie confortables en Occident.

Pourtant, après un demi-siècle d'arguties sur le nucleaire et les énergies renouvelables, le pétrole, le gaz et le charbon alimentent toujours 85 % de l'économie réelle. Tout comme il y a 50 ans. Comme en témoignent les contrats d'électricité de l'Allemagne pour l'année à venir, après avoir connu une hausse vertigineuse de 500 % au cours de l'année écoulée, nous n'en sommes pas encore là... Mais atteindrons-nous jamais cette utopie ?

Pas vraiment.

Après avoir passé l'année dernière à rechercher si un tel changement majeur dans les ressources énergétiques est possible, je dois dire que c'est peu probable. Contrairement aux croyances modernes, nous ne disposons tout simplement pas des ressources, des technologies et du temps nécessaires pour remplacer les combustibles fossiles par autre chose à grande échelle. Des combustibles qui, en plus de surchauffer la planète, se rapprochent de plus en plus du bord de leur propre déclin terminal.

Comme je ne cesse d'en avertir mes lecteurs depuis près d'un an, cette crise n'est pas née d'une guerre, ni d'un rebondissement tant vanté après une pandémie - ces événements n'ont fait qu'empirer la situation. À ma grande surprise, ces faits et mes déclarations antérieures, publiées il y a dix mois, ont finalement été confirmés par le Financial Times, qui n'a toutefois pas admis que le pic pétrolier était bien là. Je suppose que nous n'aurons pas à attendre longtemps pour que cela soit admis aussi - seulement pour être utilisé comme un Casus Belli contre des états peu coopératifs, ou pour faire d'autres un protectorat.

Il s'agit d'un problème majeur, qui ne peut être résolu en ajoutant des énergies renouvelables au réseau et en espérant que les industries qui ont été rendues possibles par les combustibles fossiles changeront de source d'énergie (et tous leurs équipements connexes) du jour au lendemain - si tant est que cela soit possible. (Cette série d'articles peut être un bon point de départ pour comprendre ce qui me fait dire cela. Pour une version courte, cliquez ici).

    En bref, la crise énergétique actuelle, qui a débuté il y a plus d'un an, n'est pas une anomalie. Elle n'est qu'un avant-goût de ce à quoi ressemblera la fin de l'ère des combustibles fossiles : sale, inégale et marquée par une stupidité extraordinaire.

Le vrai problème

Mis à part les aspects technologiques, un tel changement dans la consommation d'énergie ne répond toujours pas à la situation difficile de notre civilisation. En fait, il ne fait qu'aggraver la crise indicible de notre époque : l'épuisement insoutenable des ressources naturelles et minérales - la raison ultime de l'échec de toute civilisation.

Le changement climatique, la pollution, la sixième extinction de masse, les pandémies, les ruptures de la chaîne d'approvisionnement, les guerres, les crises successives sont autant de signes révélateurs du dépassement de nos possibilités. Aujourd'hui, nous devons nous battre bec et ongles pour rester à la pointe de tous ces problèmes - en même temps.

Si le monde était un endroit rationnel, dirigé par des personnes rationnelles et avant-gardistes, nous admettrions simplement, en tant que société, que l'ère de la croissance non durable est terminée et que l'inévitable début de la contraction est à nos portes. Nous devrions réduire nos activités jusqu'à ce que nous atteignions un état d'équilibre durable, ce qui serait considéré comme parfaitement normal et largement accepté.

En toute logique, nous nous efforcerions de réduire notre consommation d'énergie et de parvenir à une diminution pacifique de la population par le biais du contrôle des naissances et de l'éducation des femmes afin de prévenir les guerres et les conflits. Nous conclurions des accords internationaux sur la manière d'utiliser moins les ressources restantes de la Terre et de laisser une planète plus saine à nos descendants.

Menée avec soin et de manière coordonnée, cette décroissance planifiée ferait d'une pierre plusieurs coups : elle réduirait efficacement la charge polluante (de toutes sortes, et pas seulement le CO2), l'épuisement des ressources et des écosystèmes, retarderait l'apparition et réduirait la gravité du changement climatique, tout en prévenant la pauvreté et la faim.

Attention, il n'y a rien de révolutionnaire dans tout cela. Comme le dit le vieil adage :

    "Si vous vous trouvez dans un trou, la première chose à faire est d'arrêter de creuser".

Les Verts ont raison de dire que nous devrions arrêter de forer pour trouver du pétrole - mais nous devrions également arrêter de creuser pour trouver des minéraux rares, de puiser dans des réserves d'eau limitées et de polluer les rivières et les nappes phréatiques avec une boue toxique radioactive.

Nous devons cesser de creuser notre propre tombe.

Comme le fait remarquer à juste titre un récent éditorial du Guardian :

    L'exploitation minière des minéraux de terres rares génère de grands volumes de matériaux toxiques et radioactifs. La transition vers la neutralité climatique ne peut pas signifier le remplacement d'une dépendance aux combustibles fossiles sales par une dépendance aux matières premières dont l'extraction laisse de grandes étendues de la Terre inhabitables. [...] Guillaume Pitron a écrit dans son livre La guerre des métaux rares qu'au cours des trois prochaines décennies, "nous devrons extraire plus de minerais que les humains n'en ont extrait au cours des 70 000 dernières années".

Comparez cela avec le fait de "sauver la planète".

Une course folle

Revenons maintenant à la réalité. Faire en sorte que la classe politique prenne le train de la décroissance en marche est une course de dupes. Leur pouvoir n'est pas basé sur leur bonne volonté d'aider les gens qu'ils gouvernent, mais sur la richesse et la façon d'en faire plus. Ils ont été sélectionnés sur la base de leurs mérites à ignorer les besoins humains et de leurs talents à ne servir personne d'autre qu'un ensemble de puissants partisans ploutocratiques. Il semble de plus en plus que Chris Hedges, lauréat du prix Pulitzer, avait raison de dire :

    "Il n'y a aucun moyen dans le système politique américain de voter contre les intérêts de Goldman Sachs. C'est impossible."

Eh bien, si je peux corriger : Il n'y a aucun moyen dans aucun système politique de voter contre l'intérêt de l'élite dirigeante. C'est impossible. Contrairement à ce que les politiciens voudraient nous faire croire, ce ne sont pas eux, mais le groupe de personnes ultérieures - la classe ploutocratique milliardaire - qui mènent la barque. C'est ce groupe de personnes, qui change constamment (en fonction de l'industrie qui exerce le plus grand pouvoir de lobbying), qui fournit à ses politiciens préférés des budgets électoraux, tout en attendant en retour une législation laxiste, des allégements fiscaux, des subventions et de grosses commandes gouvernementales.

    Faut-il s'étonner que le pillage de la planète sous le déguisement de la loi et des accords commerciaux internationaux soit si rentable ?

Quelle différence y a-t-il alors entre la construction de cette utopie verte et l'obtention de davantage de combustibles fossiles ? À mon avis : pas grand-chose. Nous devrions utiliser les énergies renouvelables comme un parachute pour nous faire atterrir en toute sécurité dans un monde désindustrialisé, et non comme un moyen de poursuivre ce modèle complètement fou.

Si vous pensez que les riches et les puissants vont se limiter, ou laisser ce savoureux troupeau de mammouths en liberté, laissant les individus les chasser et récolter les bénéfices, alors il y a de fortes chances que vous vous fassiez des illusions. Le système est lourdement truqué pour profiter aux entreprises, aux régulateurs et à tous les intermédiaires (inutiles) - et non aux utilisateurs finaux qui installent les panneaux sur leurs toits.

C'est le nœud de notre problème - et le problème de nombreuses civilisations antérieures qui ont déjà terminé leur propre cycle de croissance, de prospérité et de chute. Leurs élites cessent simplement d'être une minorité créative et ne deviennent rien de plus qu'un fardeau pour leur société. Elles sont devenues séniles et ressemblent beaucoup au proverbial vieux chien : elles ne connaissent qu'un seul truc pour faire des affaires et pensent que nous vivons encore au bon vieux temps, lorsque les ressources étaient abondantes et que les conséquences de leur utilisation étaient très éloignées. Maintenant que les conséquences sont arrivées, nos élites se sont retrouvées crise après crise, ce qui équivaut à une longue urgence.

Je doute, cependant, qu'aucun d'entre eux ne se rende compte du véritable enjeu de notre époque. Au lieu de cela, elles continueront à maltraiter notre situation difficile qui exige moins de technologie et de pillage - pas plus de la même chose.

Tout en étant occupées à poursuivre l'écocide par différents moyens et émerveillées par leurs propres pouvoirs technocratiques, nos élites ont oublié les problèmes croissants de la moitié inférieure de la société : la désindustrialisation non planifiée, l'augmentation des prix de la nourriture et de l'énergie, l'accroissement des inégalités - une crise générale du coût de la vie. Tous ces éléments appellent une correction qui, si elle est trop longtemps retardée, pourrait ne pas être rationnelle ou technique, mais viscérale : fondée sur une croyance religieuse selon laquelle la fin des temps est arrivée et que les pécheurs du monde doivent brûler dans un feu purificateur... Un schéma bien trop familier vers la fin de l'ère de rationalité d'une civilisation et sa perte de contact avec la réalité - mais nous y reviendrons dans un autre billet.

Jusqu'à la prochaine fois,

B

Traduit avec www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

 

Le capitalisme néolibéral n’est plus compatible avec le défi climatique


Chaque jour me rend plus inquiet, car nous sommes devant les silences qui précèdent les grands périls. Une planification étatique est indispensable.


Commentaire de Jean-Marc Jancovici sur Linkedin : "Il a occupé des fonctions de dirigeant dans le conseil en stratégie, la finance, la bourse, et préside le "Belgian Finance Center", qui a pour objet de promouvoir la place financière belge.

"Il", c'est Bruno Colmant, dont on peut donc dire, sans que cela ne comporte le moindre jugement de valeur, qu'il a baigné pendant l'essentiel de sa vie professionnelle dans la mondialisation et le "capitalisme néolibéral".

En effet, les clients des "grands cabinets de conseil en stratégie" sont essentiellement des multinationales, en général ravies de l'existence du capitalisme libéral mondialisé, puisque qu'elles tiennent le haut du pavé dans ce système.

De même, sans "capitalisme néolibéral", les institutions financières feraient de moins bonnes affaires, car il n'y aurait pas de marchés financiers aussi développés !

Il est donc pour le moins inattendu que ce soit ce genre de profil qui signe une tribune dans "La Libre Belgique", où elle condamne on ne peut plus clairement la logique de ce système, allant même jusqu'à comparer notre situation (face aux périls environnementaux) à celle de 1937, où les signaux d'alarme se multipliaient sans que personne n'agisse à la mesure de la menace qui devait mettre l'Europe à feu et à sang peu après.

Invoquant - positivement - Meadows (c'est rare pour un acteur des marchés financiers, je peux en témoigner !), René Dumont et Pie XI, et soulignant - très négativement cette fois - les risques "d'hystérie mondiale" et de perte de contrôle qui nous menacent à un horizon pas si lointain si nous ne savons pas relever le défi environnemental, l'auteur appelle à oublier d'urgence Adam Smith et la religion des marchés. Pour en rajouter une couche sur ce sujet, on peut lire ou relire le pamphlet croustillant de Stephane Foucart "Des Marchés et des Dieux" : https://bit.ly/3Cg3OHl

Bien évidemment, d'aucun(e)s pourront dire que c'est facile de dissuader les autres de s'attabler une fois que l'on a bien profité du repas. Il n'en reste pas moins que c'est souvent de l'intérieur que les charges les plus efficaces sont menées : si cette tribune parvient jusqu'aux yeux de quelques dirigeants européens, comme elle vient de "l'un des leurs", elle sera peut-être beaucoup plus utile pour les ébranler que si elle venait d'Attac ou de la CGT.

Car l'essentiel est bien de changer le logiciel européen d'urgence. Notre projet, historiquement fondé sur le libre échange et "les marchés", va droit dans le mur à l'heure de la contraction physique des ressources. Que cette conclusion soit portée par un nombre croissant de personnes "de l'intérieur" augmente la probabilité d'une nécessaire modification des règles. Espérons à temps."
https://www.lalibre.be/…/le-capitalisme-neoliberal-nest-pl…/


(posté par Joëlle Leconte)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/pfbid0sxt7yqJu6mf6Jh3XHoZuLgr17HRFiGpHtvV3iQ7cHcNJneRvRVygJQitYpzVv4X1l

C’est le Bronx dans le pays de sa majesté et pour une fois, Meghan Markle, la princesse woke, n’est pas à la manœuvre. Pris de panique, les anglais se sont précipités aux stations d’essence pour faire le plein. Du coup, une grande partie des stations sont vides. L’Angleterre n’a pas un problème d’essence mais de logistique.

De plus, après avoir libéralisé son marché de l’électricité et du gaz, les anglais se retrouvent devant des factures énergétiques épouvantables. Si vous voulez connaître l’impact de la libéralisation du marché du gaz et de l’électricité, l’Angleterre est un bon point de départ. Au lieu de garantir des prix bas, c’est tout le contraire. Les entreprises s’entendent pour fixer des prix élevés et font tout pour réduire leurs coûts. Du coup, toute l’infrastructure énergétique anglaise se délabre. Certains pointent du doigt le Brexit, mais en réalité, la libéralisation à outrance plaide coupable.

Avec la hausse des prix du gaz, deux entreprises d’engrais ont cessé leur production. Du côté des fournisseurs de gaz, People's Energy, Utility Point, PfP Energy, MoneyPlus Energy, Green Energy et Avro, ont fait faillite laissant 1,5 million de foyers sans gaz.

La compagnie pétrolière Shell va installer 50'000 bornes de recharges électriques durant les 4 prochaines années sur le territoire. Dans l’ambiance actuelle, l’annonce est piquante.

Les pétroliers et gaziers ont demandé au gouvernement d’exploiter 18 nouveaux gisements dans la Mer du Nord. Cette demande va tester la volonté de Londres d’atteindre zéro émissions d’ici à 2050

 

https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/peak-oil/1226-energies-economie-petrole-et-peak-oil-revue-mondiale-septembre-2021.html

Patrick Artus: «Le capitalisme dans sa forme actuelle va forcément mourir»

 

« Il nous reste quelques années seulement pour imaginer un capitalisme rénové et plus équilibré, capable de survivre à la disparition de sa troisième béquille, la politique monétaire, elle-même devenue complice des dérives du système »

 

Le capitalisme dans sa version actuelle est à bout de souffle, les politiques économiques ont atteint leur limite. Patrick Artus, conseiller économique de Natixis, livre quelques solutions pour remédier aux dérives du système dans son dernier ouvrage « La dernière chance du capitalisme », co-écrit avec Marie-Paule Virard.

A vous lire, le capitalisme est dans un état quasi désespéré…

Il y a deux manières de voir les choses. La première, c’est la vision éthique ou politique : on peut ne pas aimer le capitalisme qui accroît les inégalités, qui a entraîné la délocalisation des industries et qui a massivement fait appel aux énergies fossiles, etc. Et puis il y a une version strictement économique, qui est de constater que ce capitalisme n’est pas efficace. Nous avions davantage de progrès techniques et de gains de productivité, plus de croissance et moins de chômage dans les années 1950 ou 1960. Le capitalisme dans lequel nous vivons fabrique une décroissance continuelle des gains de productivité.

De quelle manière ?

La première raison, qui prouve d’ailleurs que nous ne sommes plus dans un capitalisme libéral, c’est que ce capitalisme est associé à la constitution de monopoles. Or, c’est bien documenté, les monopoles sont synonymes de croissance plus faible. Les Gafa stérilisent l’innovation, notamment parce qu’ils rachètent des start-up pour les éliminer. Et comme ils ont beaucoup d’argent, ils se développent dans des industries où ils n’ont aucune compétence et où ils sont peu efficaces. La deuxième explication, c’est que les inégalités de patrimoine ne sont pas bonnes pour la croissance. La concentration du capital dans quelques mains empêche le foisonnement de petits entrepreneurs créatifs.

Ce manque d’efficacité peut-il réellement tuer le capitalisme ?

Les inégalités qu’il a générées pourraient être supportables dans un environnement de forte croissance entraînant des hausses de salaires. Ce n’est pas le cas, le système ne crée plus de revenus. C’est d’autant plus grave que ce capitalisme est sous perfusion depuis des décennies. Faute de générer des augmentations de salaires, il a d’abord reposé sur une très forte hausse de l’endettement privé à partir des années 1990. Puis, après la crise des subprimes, il s’est relancé sur une très forte hausse de l’endettement du secteur public. Et maintenant – c’est sa troisième béquille – le système repose sur une injection monétaire absolument gigantesque et potentiellement source de grande instabilité financière. Le bilan est donc encore pire que ce que montrent les seuls chiffres de productivité.

La solution doit s’inspirer de l’ordolibéralisme, une philosophie de la gouvernance économique, politique et sociale théorisée dans les années 1930. Dans cette doctrine, les entreprises et l’Etat se partagent les rôles, les premières sont chargées de maximiser les profits dans l’intérêt de l’ensemble des parties prenantes, et l’Etat veille aux externalités, la santé, la sécurité, les inégalités sociales, l’environnement

C’est l’étape d’après qui vous inquiète ?

Oui car le capitalisme dans sa forme actuelle va forcément mourir. Après la monnaie il n’y a plus rien, il n’y a pas de quatrième béquille. Or sans l’intervention des banques centrales, les taux d’intérêt remonteront, ce qui tuera toute la finance à levier et mettra fin aux politiques budgétaires accommodantes. Alors que fait-on ? On met tout par terre ? On se dirige vers le capitalisme d’Etat chinois ? Nous disons que la solution doit s’inspirer de l’ordolibéralisme, une philosophie de la gouvernance économique, politique et sociale théorisée dans les années 1930. Dans cette doctrine, les entreprises et l’Etat se partagent les rôles, les premières sont chargées de maximiser les profits dans l’intérêt de l’ensemble des parties prenantes, et l’Etat veille aux externalités, la santé, la sécurité, les inégalités sociales, l’environnement. Concrètement, cela rejoint la pensée de Milton Friedman des années 1960 avant qu’elle ne soit déformée. Dans son livre Capitalisme et liberté, il consacre un chapitre entier à la qualité de l’éducation, y compris pour les enfants des familles pauvres, un sujet de préoccupation qu’on n’attribue pas à Friedman en général.

Pour sauver le capitalisme, il faut donc renforcer le rôle de l’Etat ?

Dans la vision ordolibérale, il n’y a pas de dirigisme. L’Etat agit via des politiques incitatives de manière que les citoyens et les entreprises soient conduits à prendre de bonnes décisions, sans être coincés dans un carcan. C’est faisable même si l’Europe a tendance à mettre des règles partout. Fixer un prix du CO2 permet d’orienter les comportements, sans imposer telle ou telle décision ou telle ou telle norme dans les transports ou la construction, par exemple. Idem dans la vie des entreprises. La vision dirigiste, c’est l’inspection du travail qui détermine qui j’ai le droit de licencier. La version ordolibérale, c’est le bonus-malus. Si je licencie, je paye un malus sur les cotisations sociales de l’entreprise. Mais je peux licencier qui je veux. C’est ce que propose Jean Tirole depuis vingt ans et c’est ce qui se pratique d’ailleurs aux Etats-Unis. Cela marche très bien, même si beaucoup ignorent que la durée moyenne de présence d’un salarié dans une entreprise est plus longue aux Etats-Unis qu’en France.

L’ordolibéralisme est-il compatible avec l’existence des Gafa ?

Le capitalisme libéral repose sur la concurrence. Donc il faut évidemment casser les Gafa puisque nous estimons que la position dominante de ces entreprises est l’une des causes de l’affaiblissement de la croissance. Le capitalisme d’aujourd’hui n’a aucun rapport avec celui qui prévalait lors de la présidence de Ronald Reagan, par exemple. A l’époque, l’Etat n’intervenait pas dans la vie quotidienne, mais il cassait les monopoles pour mettre de la concurrence partout. Aujourd’hui, le capitalisme est libéral sur le marché du travail, puisqu’on a enlevé aux salariés leur pouvoir de négociation, ceci pour faire baisser leurs salaires. Il est illibéral sur le marché des biens, puisqu’il y a des monopoles. Tout cela maximise les profits. En réalité, c’est un capitalisme purement actionnarial, on fait tout ce qui est favorable à l’actionnaire.

Le capitalisme libéral repose sur la concurrence. Donc il faut évidemment casser les Gafa puisque nous estimons que la position dominante de ces entreprises est l’une des causes de l’affaiblissement de la croissance

Vous devenez anticapitaliste…

Pas du tout ! Tout dépend de la définition qu’on donne au capitalisme. Dans l’ordolibéralisme il y a toujours des capitalistes qui apportent du capital, des salariés qui apportent le travail, et le chef d’entreprise qui maximise le profit. Simplement, au lieu de le maximiser librement, il le maximise sous contrainte. Et ces contraintes au lieu d’être réglementaires sont des contraintes d’incitation. En fait, la dérive du capitalisme actuel peut se lire à travers deux chiffres : dans un monde où les Etats se financent entre 0 et 2 %, les actionnaires réclament toujours entre 12 et 15 % de rentabilité. Un tel écart entre le rendement du capital pour les actionnaires et les taux d’intérêt payés par les Etats n’est absolument pas justifié, et n’existait pas dans cette proportion il y a trente ans. Or cet écart est le vrai thermomètre du capitalisme actionnarial, et il s’explique par tout ce que nous avons évoqué, la baisse des salaires, les délocalisations, la constitution de monopoles. De facto, il mesure les externalités non assumées par les entreprises. Si on les incite à mieux traiter leurs salariés, avec le bonus-malus par exemple, ou à mieux protéger l’environnement avec un prix du CO2, de facto la rentabilité pour l’actionnaire reculera.

Concrètement, quelles mesures peuvent sauver le capitalisme ?

Il faut établir la liste de l’ensemble des externalités. Identifier les domaines dans lesquels l’action des individus et des entreprises est potentiellement nuisible, pour l’environnement par exemple. Et ensuite, mettre en place des politiques incitatives. Il en existe déjà un certain nombre, fixer un prix du CO2 en fait partie. Le crédit impôt recherche est aussi typiquement une mesure en phase avec l’ordolibéralisme puisqu’elle incite au développement de la R&D. Idem pour le bonus/malus en matière de licenciement, ou de la baisse des cotisations sociales sur les bas salaires qui permet de lutter contre le chômage des peu qualifiés. Autre mesure possible pour éviter les bulles spéculatives : la taxation des plus-values à court terme sur les actifs financiers et immobiliers par exemple. Joe Biden envisage d’ailleurs de quasiment doubler la fiscalité des gains en capital pour les ménages les plus riches.

Il nous reste quelques années seulement pour imaginer un capitalisme rénové et plus équilibré, capable de survivre à la disparition de sa troisième béquille, la politique monétaire, elle-même devenue complice des dérives du système puisque les taux d’intérêt ultra-bas sont source de grands déséquilibres et de grandes menaces financières.

 

Une publication de Natixis : La crise du coronavirus sonne-t-elle la fin du capitalisme néo-libéral ?
Commentaire de jean-Marc Jancovici :
"[La crise du coronavirus va très probablement provoquer] la fin du "capitalisme néo-libéral" qui avait choisi la globalisation, la réduction du rôle de l’Etat et de la pression fiscale, les privatisations, dans certains pays la faiblesse de la protection sociale"

De qui est cette citation ? De la France Insoumise ? De Extinction Rebellion ? D'un repenti de l'Organisation Mondiale du Commerce ou de la DG Concurrence européenne ?

Que nenni : cette phrase résume un papier de recherche de Natixis, la banque d'affaires du groupe BPCE

Ont-ils (ou auront-ils) raison ? L'avenir le dira, mais le simple fait de l'évoquer à ce stade est un signe des temps intéressants. Affaire à suivre !"
Publication complète ici : https://lnkd.in/g_diX47
(publié par Joëlle Leconte)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10159154400702281

La parenthèse néolibérale se referme
 
 
 
 
 
 
 

Dans notre monde gyroscopique, les votes du Brexit et de l’élection de Donald Trump à la présidence américaine sont des faits majeurs. Ils ne relèvent pas de tendances marginales mais de discontinuités sociopolitiques cruciales. Ces deux votes sont d’ailleurs autant les symptômes que les aboutissements de prédispositions qui trouvent peut-être leur origine il y a quatre décennies.

 

Il y a deux générations, un nouvel ordre économique s’est idéologiquement imposé: le néolibéralisme. Ce terme désigne une version dérivée du libéralisme, que certains assimilent au paroxysme de la logique libérale. Il a apporté des innovations spectaculaires entraînant une croissance économique extraordinaire. Sa naissance coïncida avec l’orientation politique menée par Margaret Thatcher (Première ministre de 1979 à 1990) au Royaume-Uni et par Ronald Reagan (Président de 1981 à 1989) aux États-Unis, à la suite du désastre économique qui confronta le monde occidental, dans les années 70, à une vague d’inflation et à un chômage structurel de masse.

Ce courant néolibéral abolit les règles macro-prudentielles édictées dans les années trente et conduisit à démanteler, en Europe, les grands monopoles d’État. Singulièrement, c’est au moment de la révolution néolibérale que la France choisit d’élire le premier président socialiste depuis le Front populaire de 1936, mais la parenthèse socialiste ne dura que deux ans.

Le néolibéralisme modifie le sens du temps économique en empruntant ses richesses au futur.
Bruno Colmant

 

Ce choc néolibéral entraîna une mutation sociologique titanesque en Europe, d’autant qu’il coïncida avec la chute du mur, en 1989. L’Europe traditionnelle s’était longtemps appuyée sur un capitalisme rhénan né de l’ordolibéralisme allemand des années 30 et fondé sur un dialogue social de qualité entre les différents acteurs de production et l’État. L’ordolibéralisme découle lui-même de l’École économique de Fribourg selon laquelle l’État doit créer un cadre institutionnel propice à l’économie et maintenir un niveau sain de concurrence. L’État a donc un rôle d’"ordonnateur". Ce modèle économique se base sur l’idée d’une responsabilisation solidaire.

Emprunter au futur

Le néolibéralisme, d’essence protestante, fut donc un choc puissant puisque le modèle social-démocrate européen d’après-guerre était fondé sur la contribution conjointe des facteurs de production à la prospérité collective, partageant les richesses obtenues. Au contraire, le néolibéralisme modifie le sens du temps économique en empruntant ses richesses au futur, raison pour laquelle la notion d’économie de marché, au sein duquel tout se négocie et s’emprunte, s’est développée.

Le consensus de Washington de 1990, qui officialisa cette révolution avec le soutien du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale et du Trésor américain, consacra d’ailleurs ce modèle d’économie de marché. Dans les pays anglo-saxons, les attributs du capital furent ainsi restaurés au détriment du travail. Selon la "théorie du choc", élaborée en 2007 par la journaliste Naomi Klein, tout événement fractal, à l’instar de la vague néolibérale, devait être exploité pour dissoudre les structures collectives et solidaires.

Dans les pays anglo-saxons, les attributs du capital furent ainsi restaurés au détriment du travail.
Bruno Colmant

 

Pendant quarante ans, le modèle néolibéral s’est donc amplifié, tirant profit de la mondialisation et de la récente digitalisation. Il s’est d’autant plus renforcé que ses contre-modèles (le maoïsme et le marxisme-léninisme) se sont effondrés. Mais aujourd’hui, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, c’est-à-dire ceux qui ont promu le néolibéralisme et l’économie de marché universelle, se referment. Ces deux pays veulent la mobilité des capitaux, mais plus celle du travail. Ils s’extraient donc du modèle qu’ils ont promu à leur bénéfice.

Les autres pays, et certainement ceux d’Europe occidentale, sont indirectement vassalisés, tout en restant dépendants de capitaux américains. Le néolibéralisme anglo-saxon deviendrait alors, très singulièrement, un néocolonialisme. Et les pays européens, désormais dépendants d’une expansion digitale émanant essentiellement des Etats-Unis, deviennent des pays colonisés.

Et le capitalisme?

Avec le recul du temps, nous avons confondu le néolibéralisme avec un ordre économique intemporel. Nous avons, à juste titre, cru que le multilatéralisme était le garant de la prospérité mondiale mais deux puissances mondiales s’en extraient. Nous avons aussi confondu la mondialisation avec le temps des colonies. Ou, plus précisément, nous avions pensé coloniser d’autres pays en développement, au travers d’une délocalisation de notre production, sans comprendre que l’Europe devenait la colonie des pays, dont les Etats-Unis, qui s’extraient de cette même mondialisation.

Avec le recul du temps, nous avons confondu le néolibéralisme avec un ordre économique intemporel.
Bruno Colmant

 

L’Europe a mondialisé à l’est sans réaliser qu’elle devenait vassalisée par l’ouest. Il est donc possible que la parenthèse néolibérale dont la première césure fut marquée par les élections de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan se referme avec une autre césure: le référendum de David Cameron et l’élection de Donald Trump.

Mais attention: si le néolibéralisme est en phase de contraction, cela ne veut pas dire que le capitalisme s’apaise. Au contraire! Il va s’amplifier. L’autre question est de savoir si le populisme qui a accompagné ces évolutions britannique et américaine pourrait se diffuser en Europe? Après tout, nous vivons toujours, avec retard, les évolutions sociétales anglo-saxonnes. Et c’est bien le cas, mais de manière différente puisque l’Europe a fondé la notion d’État-providence.

Chez nous, il s’agit d’un rejet des États qui n’ont pas su protéger leurs populations contre certains méfaits du néolibéralisme. Depuis la crise de 2008, le travail devient précaire et le pouvoir de négociation salariale des travailleurs est limité dans une économie désormais digitale et robotisée. L’Europe est menacée d’un chômage endémique et structurel pour les personnes moins qualifiées alors que la mobilité des capitaux met en concurrence les systèmes sociaux.

Si le néolibéralisme est en phase de contraction, cela ne veut pas dire que le capitalisme s’apaise, au contraire!
Bruno Colmant

 

Nos démocraties, en partie épuisées par des forces politiques traditionnelles qui ne prennent pas la mesure des enjeux sociétaux et s’accommodant mal de la souveraineté du marché, s’inscrivent aujourd’hui dans des élans populistes qui rejettent un État traditionnel n’offrant pas de bouclier satisfaisant contre les dérives du marché mondialisé. Le populisme reflète bien sûr des craintes existentielles devant les débats contemporains comme l’immigration. Mais il est aussi l’expression d’un déclin démocratique qui va caractériser structurellement les prochaines décennies. Les États européens, s’ils ne s’ajustent pas, deviendront les premières victimes non seulement de la mondialisation néolibérale mais aussi de sa récente contraction, malgré le fait que le budget public de nombreux états dépasse 50% du PIB!

C’est là que se tient tout le paradoxe de ces élans du peuple: en menaçant les structures étatiques qui ont accompagné un capitalisme anglo-saxon néolibéral désormais en contraction, le populisme s’attaque en réalité au premier acteur susceptible de le contrer. Les piliers de nos démocraties, ainsi affaiblis, disparaîtraient dans les sables mouvants d’un ordre marchand entretenant l’individualisme et la peur collective. Au motif d’être la négation du néolibéralisme, le populisme en serait l’aboutissement. Ceci n’est pas sans rappeler le conte de Georges Sand, dans lequel le héros, Gribouille, se jette dans l’étang pour échapper à la pluie.

En menaçant les structures étatiques qui ont accompagné un capitalisme anglo-saxon néolibéral désormais en contraction, le populisme s’attaque en réalité au premier acteur susceptible de le contrer.
Bruno Colmant

 

À moins que l’exclusion et l’ostracisme soient des choix démocratiquement partagés et que la pensée choisisse d’être enlisée, la question se pose de savoir ce que nous souhaitons aujourd’hui. Une société d’ouverture dans l’intelligence de la justice et de la sécurité? Ou une société apeurée qui fragmente les classes sociales, les attachements territoriaux et les affinités linguistiques et culturelles? J’ai la conviction que les individualismes doivent être rassemblés dans un projet collectif dirigé par un État au service de la bienveillance sociale, résolument tourné vers la prévalence du bien-être harmonieux des générations futures.

Cela passera par un nouveau pacte social équilibré, par la restauration d’un dialogue social véritable et par une considération écologique absolue, même si ces trois objectifs sont, à certains égards et à court terme, contradictoires. Si une parenthèse anglo-saxonne de 40 ans se ferme, il faut que l’Europe trouve cette mystérieuse troisième voie sociale-libérale qui combine la spontanéité du capitalisme et la bienveillance sociale.

Bruno Colmant
Professeur à l'ULB, l'UCLouvain et la Vlerick Business School, membre de l'Académie royale de Belgique

 

Il y a 500 ans, presque  jour pour jour, le 31 octobre 1517, un moine allemand de l'ordre des Augustins, Martin Luther, envoyait une lettre à son archevêque exprimant son inquiétude au sujet de certaines pratiques des responsables de l'Église.

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À l'époque de Luther, les ecclésiastiques avaient pris l'habitude de vendre des «indulgences» à tous ceux qui voulaient être pardonnés pour leurs péchés.

Martin Luther a estimé que cette pratique était un affront terrible à la doctrine chrétienne.  Il  a envoyé une lettre dans la chaîne de commandement de son ordre religieux en présentant 95 points logiques.

La lettre de Luther n'était guère une œuvre révolutionnaire. Il était poli. Formel. Presque apologétique.

Il demande en fait pardon à l'Archevèque  d'avoir "osé penser à une lettre à la hauteur de Sa Sublimité".

Et pourtant, cette lettre est responsable du lancement de l'une des plus importantes transformations sociales de toute l'histoire de l'humanité, ce que nous appelons aujourd'hui la Réforme protestante.

La Réforme était en fait  le rejet de l'autorité centrale ...  et plus spécifiquement, l'Église.

 

Quand la chute de Rome au 5ème siècle AD a laissé un vide à travers l'Europe occidentale, c'est  l'Eglise Catholique qui est intervenue pour remplir ce vide.

Au XVIe siècle, l'Église avait solidement consolidé son influence sur presque tous les aspects de la vie - le commerce, la politique, l'économie, les affaires familiales, la guerre, les tendances sociales, etc.

Au cœur du pouvoir de l'Église se trouvait son monopole théologique.

 

Il faut se rappeler que la Bible était écrite en latin à l'époque ... une langue que peu de gens du peuple pouvaient parler, et encore moins lire. Les responsables de l'Église avaient donc un contrôle incontesté sur leur troupeau.

Imaginez que des extraterrestres arrivent sur Terre demain matin en brandissant un livre rempli de secrets cachés de l'univers.

Cela semble excitant. Sauf que le livre est seulement écrit dans leur langue étrangère. Donc, quiconque voulait comprendre les secrets n'aurait d'autre choix que d'écouter les extraterrestres.

L'Église avait cette même autorité il y a 500 ans ... bien qu'il y avait déjà une communauté croissante qui s'était lassée de l'obéissance aveugle.

Martin Luther est devenu le champion des catholiques las de l'autorité de l'Église.

Il a été immédiatement considéré comme une menace par le pape à Rome, et les responsables de l'Église ont ordonné à leurs meilleurs érudits de réfuter les arguments de Luther.

Luther a répondu en écrivant une explication courte et simple de son point de vue dans la langue allemande locale afin que les gens ordinaires puissent le lire et le comprendre.

Cette lettre fut  incroyablement populaire et très largement diffusée ... ce qui rendit le Pape encore plus furieux. 

A chaque effort de l'Église pour faire taire Martin Luther et le calomnier, il a répondu avec des essais plus simples, en allemand, pour les habitants.

Sa popularité a augmenté. Les jeunes ont afflué à son secours, au point qu'ils ont saisi et détruit une partie de la propagande anti-Luther de l'Église.

Au moment où l'Église excommunia Martin Luther en 1521, il était déjà un héros et un symbole de la révolution.

L'année suivante, la traduction en allemand du Nouveau Testament par Luther était publiée.

C'était révolutionnaire. Pour la première fois en 1000 ans, les gens avaient des moyens pour rejeter l'autorité de l'Église et explorer leurs propres croyances spirituelles.

Soudainement, il n'y avait plus d'intermédiaire entre un individu et sa relation avec un pouvoir supérieur - c'était le summum de la décentralisation.

Sous-tendait toute cette révolution était une technologie relativement nouvelle de changement de jeu - la presse d'imprimerie de type mobile.

L'imprimerie existe déjà en Europe depuis plusieurs décennies. Mais ce n'est que avec l’arrivée de Martin Luther que l’imprimerie commença à intervenir dans le changement social.

Grâce à cette puissante technologie, Luther et ses disciples ont pu publier rapidement leurs idées (y compris la Bible en langue allemande) et les diffuser à travers le continent plus rapidement que jamais auparavant…

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