Catalogne : le combat de soeur Teresa contre Madrid et les marchés

Publié le par ottolilienthal

 

La religieuse a obtenu le droit de ne plus porter l'habit durant un an afin de se consacrer à la lutte pour l'indépendance de la Catalogne.

 

 

 

Drôle d'année sabbatique pour cette soeur Teresa, qui "tombe" temporairement l'habit monastique afin de "pleinement se consacrer" à l'action en faveur de l'indépendance de la Catalogne. Teresa Forcades n'est pas une religieuse anonyme qui, sur un coup de tête ou l'apparition du Saint-Esprit, s'est soudainement lancée dans le combat politique. Cela fait déjà des années que cette singulière bénédictine de Montserrat (lieu le plus sacré de la Catalogne, historiquement lié au nationalisme) défraie la chronique par ses prises de position radicales. En 2013, elle avait fondé Procés Constituent, un groupuscule dont l'objectif est de faire sécession avec l'Espagne. Et, depuis son cloître et sur certains plateaux de télévision, Teresa Forcades, 49 ans, en parlait comme une de ses "missions fondamentales sur Terre".

Le 16 juin, la religieuse a franchi un pas supplémentaire. "Je ne voulais pas compromettre mon couvent, il me fallait être complètement libre pour mener ce combat." Elle a obtenu de sa mère supérieure un congé d'un an, renouvelable jusqu'à trois années, durant lequel elle ne portera pas l'habit et fréquentera assidûment le monde profane, et surtout l'arène politique. Pourquoi cette dévotion pour l'avènement messianique d'un État catalan ? Depuis des années, soutenu par des collectifs citoyens, le leader nationaliste régional, Artur Mas, a engagé son "pays" (la Catalogne est un des poumons économiques de l'Espagne) vers la séparation. Depuis 2012, provoquant l'ire de Madrid qui le juge "illégal" et "inacceptable", il promet la tenue d'un référendum d'autodétermination.

Rupture unilatérale

Si Teresa Forcades s'est engagée plus avant dans ce sens, c'est que l'heure de vérité approche. Fin septembre, les législatives anticipées en Catalogne pourraient permettre aux indépendantistes, en cas de victoire (loin d'être assurée), de rompre de façon unilatérale avec le reste de l'Espagne. À la différence de l'immense majorité des partisans d'une partition, la religieuse se moque des habituels griefs concernant "la spoliation fiscale", "la marginalisation de la Catalogne" ou "le manque d'investissements". Ce qui la motive, c'est l'occasion de créer un État nouveau et anticapitaliste, non régi par "le diktat" des marchés financiers.

Car Teresa Forcades est une religieuse d'extrême gauche. Tout comme, selon elle, l'était Jésus-Christ. Et cette conviction lui vient de loin, depuis sa jeunesse, lorsque cette hyperactive née dans le centre de Barcelone de parents divorcés et non religieux obtient un doctorat en "théologie féministe", ainsi qu'en "médecine interne", aux États-Unis. Lors de la crise sanitaire liée à la grippe A entre 2009 et 2010, elle se distingue en publiant un livre pamphlétaire contre "le pouvoir excessif des multinationales pharmaceutiques".

Désormais dans le coeur de l'action politique, elle dit regretter les cinq prières quotidiennes dans le recueillement du monastère de Sant Benet, à Montserrat. Pour sa plus grande joie, on lui permet de revenir une fois par semaine avec ses soeurs bénédictines. Elle l'affirme : "J'ai besoin de cette force."

 

De notre correspondant à Madrid, François Musseau

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