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France sèche...

Publié le par ottolilienthal

l'Indre a baissé de 60 cm en 48 heures, des dégâts " irréversibles"

 

La rivière Indre a baissé de 60 centimètres ce week-end, car la nappe alluviale est en train de lâcher. Pour Indre Nature, le milieu naturel ne s'en remettra pas...

 

Christian Toussaint, référent pour l’eau au sein d’Indre Nature, n’a « jamais vu ça, et ce qui se passe aujourd’hui n’est pas référencé historiquement. Là, on ne sait pas où on va… » Samedi, il a remarqué une baisse anormale du niveau de l’Indre : problème au niveau des pelles et d’une écluse ? Non, malheureusement. « C’est la nappe alluviale qui a lâché. C’est elle qui permettait jusqu’ici à l’Indre de résister, un peu, à la sécheresse et à la hausse des températures. Mais là, aujourd’hui, elle ne peut plus assurer sa mission… » Et le résultat est dramatique : la rivière a perdu 60 centimètres en deux jours, et le lac de Belle-Isle pourrait disparaître.

“ Un drame pour la pisciculture et l’élevage ”

« Cela fait quatorze mois qu’il ne pleut pas, et c’est un phénomène d’une telle violence que même les nappes de surfaces sont impactées. Si l’Indre est au plus mal, le Fouzon et l’Anglin sont également au plus bas. Le Montet a complètement disparu. Ce constat, nous l’avons partagé avec les responsables de la fédération de l’Indre de pêche. Aujourd’hui, je le dis : le milieu naturel ne va pas s’en remettre… »
L’alerte est donc plus que rouge, à commencer du côté des pisciculteurs et des éleveurs qui, selon Christian Toussaint, « ne vont pas tenir deux années de suite comme ça. Pour eux, c’est un drame… » Un drame qui, espérons-le, finira par intéresser la classe politique et susciter un plan d’action et de soutien.

Mais en attendant, il va falloir tenir le coup jusqu’à prochain épisode pluvieux. « Le réchauffement climatique, ça, on sait qu’il est irrémédiable. Sur les trente dernières années, on a eu seize années avec une moyenne annuelle des températures supérieures à 12°C. Sur les 95 dernières années précédentes, cela n’était arrivé que trois fois… En revanche, le manque d’eau, ça, on ne s’y était pas préparé. Rien qu’au niveau des arbres, c’est catastrophique. Ils sont gris, c’est une hécatombe… »

Et qu’en est-il du côté des prévisions météorologiques pour les jours à venir ? « Il ne faut pas s’attendre à voir de la pluie avant dimanche soir ou lundi, mais dans des quantités extrêmement faibles, note un technicien de Météo France Bourges. Du côté des températures, on va rester au-dessus de la moyenne saisonnière, avec des relevés attendus entre 25 et 30°C jusqu’à dimanche… »

La crise est donc loin d’être terminée. Bien sûr, à terme, cela pourra poser des problèmes en approvisionnement d’eau pour les habitants, et il faudra alors envisager des ravitaillements via des citernes, comme cela est envisagé à Guéret dans les semaines qui viennent si la pluie ne revient pas.

 
Publié le
 

Christophe GERVAIS

Journaliste, rédaction de Châteauroux

 

 

« Nous venons de subir deux canicules sévères, mais nous n’agissons pas »

Chercheuse en hydrométéorologie, Florence Habets prévient que les sécheresses vont « augmenter en intensité, en superficie et en durée ».

Florence Habets est directrice de recherche CNRS en hydrométéorologie et professeure attachée à l’Ecole normale supérieure. Elle préside le conseil scientifique du comité de bassin Seine-Normandie.

Qualifieriez-vous la situation à l’été 2019 comme particulièrement sévère du point de vue du manque d’eau et de l’état des nappes souterraines ?

Le niveau des nappes est assez bas et l’aridité des sols est très marquée, même si la situation s’annonce moins grave qu’en 2017 dans le nord de la France. Les précipitations actuelles vont soulager la végétation, mais ne suffiront ni pour les rivières ni pour les nappes, car l’hiver a été sec. Il a surtout plu en mai, ce qui n’est pas efficace pour la recharge des nappes.

Nous commençons à travailler sur des prévisions à six mois sur ce sujet et nous savons déjà que les trois prochains mois devraient être chauds et secs. Aussi la question est surtout de savoir quand le manque d’eau va prendre fin. En octobre ? En novembre ? En 2018, des préfectures ont pris des arrêtés sécheresse jusqu’en décembre.

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La France n’est pourtant pas le pays le plus touché en Europe…

En effet, mais, avec le changement climatique, l’occurrence des sécheresses va augmenter en intensité, en superficie et en durée. Or la France n’a pas la culture de ce phénomène. En 2018, ce sont des régions peu habituées au manque d’eau qui ont été les plus touchées : la Bourgogne, la Franche-Comté, l’Artois, la Picardie… Le territoire de Belfort, notamment, a failli être approvisionné par camions. Pourtant, les habitants n’ont pas changé leurs habitudes, comme savent le faire les Espagnols en cas de pénurie. Dans le Doubs, de nouveau touché cette année, l’eau de cette rivière s’est même enfoncée dans la nappe. Les hydrologues n’aiment pas ce phénomène à cause de possibles contaminations par des polluants.

Les agriculteurs et les élus sont nombreux à réclamer des moyens pour garder l’eau en hiver afin de l’utiliser en été. Est-ce une bonne réponse au changement climatique ?

Non, cela ne peut être qu’une solution de dernier recours. D’abord parce qu’augmenter nos capacités de stockage avec l’idée que nous pourrons poursuivre les mêmes activités, les mêmes cultures aux rendements fantastiques, est un leurre. Nos pratiques agricoles ne sont pas adaptées au changement climatique. Cela peut constituer par ailleurs une appropriation de la ressource hydrique par l’agriculture intensive, alors que les tensions sur l’eau vont devenir plus fortes à l’avenir. En outre, le remplissage de ces infrastructures en automne peut contribuer à augmenter la durée des pénuries.

Ensuite, construire des barrages coûte cher et ceux-ci occupent des surfaces prises sur des zones humides, des terres agricoles, des forêts, contribuant à l’artificialisation des sols… En France, il y a les grandes « bassines », qui continuent à être installées en Poitou-Charentes et le barrage litigieux de Caussade. Or l’eau à l’air libre chauffe et s’évapore, surtout lorsqu’elle est peu profonde, précisément au moment où l’on en a le plus besoin, l’été. Il y a quelques années, en Californie, des millions de boules en plastique avaient été jetées dans un vaste réservoir pour freiner ce phénomène.

Lire aussi Le niveau des nappes phréatiques est très bas en France

Les grands barrages sont-ils plus pertinents ?

Ils le sont lors de courtes sécheresses, mais, pour les épisodes pluriannuels, les grandes infrastructures peuvent avoir des effets pervers, car elles favorisent l’usage excessif de la ressource. Leur présence rassure a priori, du coup on prend des mesures d’économie trop tard et le temps nécessaire pour les remplir de nouveau prolonge la pénurie. Des enquêtes en Chine, en Espagne, aux Etats-Unis ont montré que, lors de longues sécheresses, les rivières dotées de ce genre d’infrastructures souffrent davantage que les autres.

N’y a-t-il donc aucune solution ?

Le moyen le plus efficace de garder la ressource hydrique, ce sont les nappes et les sols qui se gorgent de volumes conséquents et les transfèrent vers le sous-sol. Nous savons ce qu’il faut faire à leur égard, mais nous ne le faisons pas. Les moyens d’améliorer le stockage de l’eau dans la nature sont les mêmes que pour lutter contre les nitrates : planter des haies, protéger les zones humides, arrêter l’artificialisation des terres… Nous venons de subir deux canicules sévères, mais nous n’agissons pas. Acheter un climatiseur ne va pas résoudre le problème ! Même les conifères de la forêt de Fontainebleau sont en train de mourir parce que le manque d’eau les empêche de se défendre contre certains insectes… Le changement de mentalité devrait arriver plus vite. Dans dix ans, on aura perdu beaucoup.

l’eau du Rhône pour les céréales de la plaine de l’Ain

L’association syndicale d’irrigation de l’Ain achève un projet exemplaire. Il vise à prélever les volumes directement dans le Rhône pour soulager les nappes phréatiques de la rivière d’Ain. Visite de chantier.

 
 
 

Des grues, des pelleteuses, des blocs de béton cyclopéens et des tuyaux de la même extraction. Impossible de le rater. A quelques encablures du pont de Lagnieu, le chantier en bord de Rhône est visible depuis la route départementale D20 en direction de Saint-Vulbas. Maître d’ouvrage : l’association syndicale d’irrigation de l’Ain (Asia). Elle pilote ce projet exemplaire, « le plus important mené à l’échelon de la région Auvergne Rhône-Alpes depuis au moins une quinzaine d’années » précise Fabien Thomazet, technicien à la chambre d’agriculture de l’Ain et à l’Asia.

Il part d’un constat. En été, la rivière d’Ain souffre gravement des prélèvements qui arrosent les champs de céréales environnants et épuisent le cours d’eau. L’idée consiste à fermer 42 puits de captage installés sur ses nappes phréatiques, pour les remplacer par un pompage unique dans le Rhône, fleuve à gros débit.

4 millions m³ siphonnés à I’année

Cette fin de semaine, terrassiers et plongeurs y posent un siphon gigantesque. Dès la fin du mois, il aspirera 4 millions m³ d’eau par an pour arroser les 1360 hectares de 23 exploitations.

Coût total : 12,5 M€ financés à 80% par des fonds publics (Agence de l’eau 8M€, Département de l’Ain 1 M€, Europe 1,2 M€, Communauté de communes de la Plaine de l’Ain 100 000 €), le reste par les agriculteurs de l’Asia.

Le pompage de Lagnieu s’ajoute aux quatre autres déjà existants. Les irrigants du 01 prélèvent désormais 16 millions m³ dans le Rhône, sur les 30 nécessaires à leur consommation annuelle. Toujours ça de gagné pour la rivière d’Ain.  

Feux de forêt, sécheresse, climat : les leçons de l’été

 

Depuis le 21 juin, début de l’été, environ dix mille hectares de forêts sont partis en fumée dans les départements français méditerranéens, principalement dans le Var (3 544 ha du 21 juin au 18 août) et en Haute-Corse (2 484 ha). La sécheresse de l’été a par ailleurs conduit les préfectures à multiplier les décisions de restriction des usages de l’eau. Le 18 août, 213 arrêtés étaient en cours dans 84 départements métropolitains sur 96. La situation de crise a été déclarée dans 23 départements, en particulier sur la côte ouest, du Bordelais au pays nantais, et en Poitou-Charentes, les zones les plus touchées. Ces événements récurrents posent à chaque fois la question du rôle du réchauffement climatique et des politiques à mettre en œuvre pour en limiter les impacts.

Sur les front des incendies, la situation en France a été beaucoup moins dramatique qu’en Espagne, où plus de 1800 personnes ont dû être évacuées, et surtout qu’au Portugal, où 64 personnes ont trouvé la mort au mois de juin dans les feux de forêt à Pedrógão Grande, dans le district de Leria. A relativiser dans l’espace (une dizaine de milliers d’hectares sur les 16,5 millions d’hectares de forêts que compte la France métropolitaine), les dégâts doivent l’être également dans le temps.

Des incendies moins dévastateurs qu’hier… mais demain ?

En dépit des images choc de l’été, quarante années d’observation des feux de forêts dans les départements de la zone méditerranéenne, et dont les résultats sont enregistrés par les pouvoirs publics dans la banque de données Prométhée, nous apprennent en effet que les ravages de ces incendies ont énormément reculé. Durant la décennie 1973-1982, 32 400 hectares brûlaient en moyenne chaque année en France sur tout le pourtour méditerranéen. Sur les années 2007-2016, ce chiffre était tombé à 7 600 hectares par an en moyenne. Certes, les superficies touchées en 2016 puis en 2017 – près de 12 000 hectares – doublent ou triplent le bilan des années précédentes, mais cela n’a rien à voir avec le drame exceptionnel de 2003 (61 400 ha) et les niveaux habituels des années 1970-1990.

Cette baisse très importante des surfaces annuellement brûlées dans la zone sud (qui représente l’essentiel de la totalité des feux de forêt en France) traduit l’efficacité – jusqu’à présent – des mesures mises en place à partir du début des années 1990, comme l’explique un rapport interministériel de 2010 sur les liens entre changement climatique et feux de forêt, toujours d’actualité. Selon ce document, « la stratégie d’attaque des feux naissants » explique les progrès enregistrés depuis un quart de siècle. Dans ce dispositif, l’amélioration des moyens d’observation et de prévision météorologique (humidité, température, vent…) à l’échelle micro-locale a joué un rôle déterminant. Cela a permis une analyse extrêmement fine des situations de risque heure par heure, et donc d’optimiser le pré-positionnement des moyens terrestres et aériens de façon à intervenir à temps face à un départ de feu.

Des facteurs de risque croissants

Le succès de cette politique est d’autant plus considérable que les trois principaux facteurs de risque d’incendie ne cessent de s’amplifier. Le premier est la déprise agricole et l’extension des forêts, friches, landes et taillis, qui représentent autant de combustibles. On l’a oublié, mais en 1850, lors du maximum de la population agricole en France, la forêt métropolitaine s’étendait sur 9 millions d’hectares. Elle en occupe à présent 15,5 millions. Cette extension continue de se poursuivre, surtout dans la région méditerranéenne, conséquence de l’effondrement des activités sylvicoles, agricoles et pastorales de petite montagne, malgré ici et là des efforts de reconquête. Par ailleurs, la sous-exploitation et le mauvais entretien par une multitude de petits propriétaires d’une immense partie des espaces boisés, non éclaircis et envahis par les broussailles, rend ceux-ci particulièrement vulnérables.

Le deuxième facteur, lié au précédent, est l’étalement urbain et le développement de zones résidentielles à proximité et dans les forêts. A l’agrément des pinèdes ombragées qui sertissent voirie et villas des régions littorales s’ajoute celui des jardins privatifs. Toutefois, lorsque cette végétation forme un continuum et devient trop dense, a fortiori quand les propriétaires négligent de tailler leurs haies et leurs arbres, le risque de propagation du feu d’accroît.

Le changement climatique s’amplifie

Enfin, le changement climatique. Ses effets se font de plus en plus sentir et s’amplifieront à l’avenir. Pour isoler ce troisième facteur de risque par rapport aux deux autres, les spécialistes utilisent un indicateur mis au point par les forestiers canadiens dans les années 1970 : l’indice forêt météo (IFM). Son niveau exprime le degré de probabilité d’un départ de feu à partir de données purement météorologiques que sont la température, l’humidité de l’air, la vitesse du vent et les précipitations. De nombreuses études empiriques ont mis en évidence une corrélation claire entre le niveau moyen de l’IFM dans une région donnée et le nombre de départs de feu. Or les chercheurs de Météo-France constatent une augmentation de l’IFM en France : + 18 % en moyenne sur le territoire métropolitain entre les années 1960-1980 et les années 1989-2008, une évolution directement liée à la hausse des températures, environ 0,3 °C par décennie sur cette période.

Les modélisations anticipent une amplification de la hausse de l’IFM à l’avenir. Selon le rapport interministériel de 2010, les surfaces sensibles à l’aléa feu de forêts représentent actuellement environ le tiers des surfaces forestières métropolitaines. Ces surfaces pourraient augmenter de 30 % à l’échéance 2040. A l’échéance 2050, c’est près de la moitié de la surface des landes et forêts métropolitaines qui pourrait être concernée par un niveau élevé de l’aléa feux de forêts.

Extension du domaine de la lutte anti-feu

Face à ces tendances lourdes, la « stratégie d’attaque des feux naissants », qui a démontré une certaine efficacité jusqu’à présent, pourrait bientôt s’avérer dépassée par les événements. Estimés à 540 millions d’euros par an toutes sources confondues et aux trois quarts dédiés aux actions de lutte contre le feu (contre un quart à la prévention), les moyens mis en œuvre montrent déjà leurs limites face à des situations extrêmes. Ainsi, les feux de 2003 en Ardèche et dans les Haute Alpes, en zone de montagne, étaient très peu accessibles, d’où leur ampleur. De même, trop de départs de feu à intervalles trop rapprochés, comme on l’a vu cet été, finissent par avoir raison des meilleurs dispositifs.

Au-delà d’un renforcement des dispositifs anti-incendie là où ils peuvent faire défaut (brigades d’intervention au sol, moyens aériens, couloirs forestiers, points d’eau…), il va donc surtout falloir travailler sur la prévention et l’adaptation. Il sera difficile autrement d’éviter que les feux de forêts estivaux – phénomène normal et inévitable – ne prennent des proportions dramatiques pour l’environnement local, sa faune, sa flore et ses habitants, mais aussi pour le climat, avec la dégradation du bilan carbone hexagonal.

Un chantier immense, multidimensionnel, porteur de nombreuses retombées économiques et sociales, et qui dépasse de beaucoup la mise à l’amende des jardiniers négligents ou le déclenchement de feux préventifs et contrôlés, dont on a beaucoup parlé cet été. Ce chantier passe par des mesures de relance de l’agriculture et des activités sylvo-pastorales dans les zones sèches, par une réorientation – impopulaire – des règles d’urbanisme en fonction du risque incendie, par des obligations et des incitations en matière de gestion forestière afin d’obliger les petits propriétaires forestiers à entretenir leurs bois, ce qui supposerait de développer en aval des débouchés supplémentaires tant pour le bois d’œuvre que pour le bois-énergie.  

La sécheresse, autre sujet de plus en plus chaud

De telles politiques structurelles restent aujourd’hui trop peu mises en œuvre. Il en va de même de la gestion des ressources en eau en période de sécheresse, l’autre sujet chaud de l’été. Le déficit pluviométrique de cet hiver n’a pas permis la recharge en eau des sols et des nappes phréatiques pour le printemps et la reprise de la végétation. Résultat, des baisses de rendements céréaliers (de l’ordre de 10 % pour les blés et les orges) et des réserves d’eau au plus bas pour les cultures gourmandes l’été en eau d’irrigation, à commencer par le maïs, dont les cultures se concentrent dans des régions aujourd’hui très touchées par la sécheresse.

Les quelque 200 arrêtés préfectoraux de restriction de l’usage de l’eau dans 84 départements ont fait l’objet de multiples dérogations, au profit en particulier des agriculteurs et au détriment de la préservation de la faune et de la flore dans les milieux aquatiques et les zones humides, comme l’a dénoncé France nature environnement.  Avec les impacts attendus du réchauffement, ces tensions autour du partage de l’eau ne vont faire que s’amplifier à l’avenir. Une étude de Météo-France avait déjà souligné en 2011 que les tendances actuelles aboutissent à l’horizon 2080 à une situation de sécheresse quasi permanente sur l’ensemble du territoire. Un scénario par la suite confirmé par le rapport Jouzel de 2014 sur le climat futur de la France

Quel plan pour l’eau ?

La situation de crise de cet été a conduit le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, et le ministre de l’Ecologie, Nicolas Hulot, à présenter le 9 août dernier des axes d’action pour mieux gérer l’eau à l’avenir. Les « actions » envisagées sont frappées au coin du bon sens :

  • Engager les citoyens, les entreprises ainsi que les administrations et les services publics dans des démarches d’économies d’eau ;
  • Poursuivre les investissements afin de réduire au maximum les fuites dans les canalisations et favoriser la réutilisation des eaux usées ;
  • Développer une agriculture plus économe en eau et multi-performante, notamment grâce au choix des assolements ; progresser encore, via l’innovation, dans l’efficience de l’irrigation (réduction des pertes dans les réseaux, pilotage, sélection génétique et stratégies des cycles culturaux) ;
  • Réaliser, là où c’est utile et durable, des projets de stockage hivernal de l’eau afin d’éviter les prélèvements en période sèche, lorsque l’eau est rare ;

Le problème est que ces propositions sont, en l’état, tellement vagues et lisses qu’il est impossible d’en apprécier la réelle consistance. Cependant, comme pour les incendies de forêts, la prévention du risque sécheresse passe par des mesures structurelles qui devront viser en premier lieu le principal utilisateur des ressources en eau : l’agriculture, qui représente 70 % des prélèvements.

S’il est évident que des mesures de stockage et d’amélioration des performances des systèmes d’irrigation sont nécessaires face à l’amplification des phénomènes de sécheresse, quelle que soit l’évolution future des émissions de gaz à effet de serre, organiser une agriculture (vraiment) plus économe en eau et à même d’être résiliente face aux futurs chocs climatique appelle surtout une révision profonde du modèle agroalimentaire, depuis la fourche jusqu’à la fourchette.

Produire et manger autrement

Du côté des assiettes, cela implique, entre autres, de soutenir le mouvement actuel de baisse de la consommation de produits carnés, les trois quarts de la surface agricole française étant dédiés à l’alimentation animale, ce qui constitue une pression énorme sur les ressources en eau, et ce d’autant plus que la part des pâturages n’a cessé de régresser au cours des dernières décennies au profit des grandes cultures. Les deux tiers des surfaces en céréales et la majorité des surfaces en oléoprotéagineux servent à nourrir les animaux. Réduire la part des protéines animales dans les régimes alimentaires au profit des légumineuses (haricots, lentilles…) aurait de multiples avantages, tant en termes de santé publique que de moindre pression sur les sols, ces plantes synthétisant l’azote de l’air ayant par ailleurs des qualités reconnues de fertilisation.

Côté producteurs, réduire les besoins d’irrigation passe aussi par une large mise en œuvre des principes de l’agroécologie, comme les cultures sous couvert forestier, l’enrichissement des sols en matière organique, ce qui améliore leur capacité à retenir l’eau, ou l’introduction d’une plus grande diversité dans les cultures et les paysages, ce qui permet de réduire l’exposition aux risques… Autant de pratiques qui contribueront mieux que le système actuel à assurer une sécurité alimentaire durable aux Français, mais toutefois plus coûteuses en temps de travail, ce qui suppose donc de revoir les modalités de rétribution de l’activité agricole, de distribution des aides au secteur et de répartition des marges à tous les niveaux des filières alimentaires. Comme pour l’adaptation au risque incendie, il sera difficile, face au risque sécheresse, de ménager toutes les chèvres et tous les choux. 

Nicolas Hulot et Stéphane Travert ont annoncé le 9 août dernier qu’un deuxième Plan national d’adaptation au changement climatique serait présenté d’ici à la fin 2017. Le premier, qui portait sur la période 2011-2016 se bornait à dresser des constats et n’avait aucune portée opérationnelle.  A voir si le nouvel opus sera plus consistant.

 

Antoine de Ravignan

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