sixième extinction..

Publié le par ottolilienthal

Climat : après un été en enfer, ce que prévoient les scientifiques

Canicules, sécheresses, incendies.... La France a traversé un été catastrophique. Les climatologues envisagent désormais des hypothèses alarmantes.

Luke Kemp, du Centre d'étude sur le risque existentiel de l'université de Cambridge, n'y va pas par quatre chemins. « Oui, je crois à la possibilité de l'extinction de l'espèce humaine ! De nombreuses raisons font penser que le changement climatique pourrait devenir catastrophique, même à des niveaux de réchauffement modestes. » Avec d'autres experts, ce spécialiste de la disparition des anciennes civilisations a signé le 20 mai dans Pnas (la revue de l'Académie des sciences des États-Unis) un article intitulé « Le changement climatique pourrait-il entraîner un effondrement de la société mondiale et même une éventuelle extinction humaine ? ».

La situation est-elle si compromise ? Ce sont des scientifiques crédibles, comme Luke Kemp, qui jugent désormais que l'apathie humaine devant le réchauffement oblige à évoquer avec plus de sérieux les scénarios extrêmes. Ils déplorent que le Giec , le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, se focalise surtout sur les scénarios médians. Cela change de l'époque où le Giec était plutôt accusé d'en faire trop. « Les objectifs de l'accord de Paris sur le climat ont canalisé l'attention scientifique vers des scénarios de hausse de température de 1,5 à 2 degrés. Fermer les yeux en descendant une pente est le meilleur moyen d'assurer un résultat catastrophique », note Luke Kemp.

Cinq futurs. Une recommandation que les habitants et les vacanciers des Landes ne peuvent qu'approuver. N'ont-ils pas subi cet été des incendies incontrôlables, dont certains étaient d'origine criminelle ? Partout en France et dans le reste de l'Europe on a connu des records de température. Depuis quelques années, les événements climatiques extrêmes se multiplient dans le monde entier. Cyclones, tempêtes, nuages de grêle, sécheresses font la une de la presse mondiale. Cet été, au Pakistan, les inondations provoquées par une mousson trop abondante ont délogé 30 millions d'habitants et noyé 1 400 d'entre eux.

Le changement climatique est bel et bien en marche . Et bien plus rapidement que les précédents rapports du Giec (2014) ne le prévoyaient. Le sixième, publié à l'automne 2021, semble même être déjà dépassé dans certains domaines. Ce qui n'empêche pourtant pas Julie Deshayes, du Laboratoire d'océanographie et du climat (CNRS), de défendre ce dernier rapport. « De gros efforts ont été réalisés depuis sept ans, dans la modélisation du climat pour quantifier les incertitudes. On ne se contente pas de prévoir ce qui va se passer dans cinquante ans. On imagine tous les futurs possibles. »

C'est un peu vite dit, quand on connaît la complexité de la « machine climatique ». Elle est encore loin d'être entièrement disséquée par les climatologues. Le sera-t-elle jamais ? Les rédacteurs du Giec ont retenu cinq futurs pour la planète. Les deux plus optimistes, basés sur une mobilisation de l'humanité de façon à limiter la hausse du thermomètre à 2 °C, sont déjà obsolètes. « Sans baisse immédiate et massive, ils seront rapidement hors de portée », confirme Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue au CEA et coprésidente du groupe 1 du Giec. Le troisième scénario, basé sur une poursuite des politiques publiques déjà mises en place, envisage une hausse de 2,1 à 3,5 °C vers 2100. « Dans ce cas, il n'est pas possible d'exclure un réchauffement encore plus important », poursuit-elle. Enfin, les deux derniers scénarios, basés sur une consommation d'énergie fossile au rythme actuel, prévoient une hausse de température jusqu'à 5,7 °C en 2100. Certains experts leur attribuent un risque d'occurrence de 10 %. C'est énorme.

Le reproche voilé porté contre le Giec de ne pas trop se préoccuper des scénarios extrêmes fait bondir Valérie Masson-Delmotte . « Ces critiques s'adressent aux anciens rapports du Giec. C'est assez peu le cas du sixième, que j'ai supervisé et dans lequel nous avons pris soin de décrire les conséquences des scénarios extrêmes. » Effectivement, des notes leur sont consacrées. Par exemple, on signale qu'une canicule observée une fois tous les cinquante ans avant l'ère industrielle devrait se répéter 40 fois durant le même laps de temps, en 2100 dans le cas d'une hausse de température de 4 °C. Même topo pour les précipitations extrêmes, dont la fréquence triplera quasiment. Mais une augmentation de 4 °C ne caractérise pas vraiment le pire des scénarios. Quant à la hausse des mers, le Giec l'évalue jusqu'à 7 mètres dans le cinquième scénario.

Rétroactions. Pour bâtir ces scénarios, le Giec s'appuie sur une vingtaine de modèles numériques du climat terrestre élaborés par divers laboratoires du monde entier. Certains sont plus alarmistes que d'autres. Seules les données faisant consensus parmi les scientifiques sont retenues. « Cet écart entre les modèles, dont les scientifiques espéraient qu'il décroîtrait au fur et à mesure de leur amélioration, s'est au contraire accru de façon significative avec la dernière génération de modèle ; du reste, cela a pu générer des tensions autour de la rédaction du dernier rapport du Giec », admet Frédéric Hourdin, responsable du modèle élaboré par le Laboratoire de météorologie dynamique (CNRS, Polytechnique, École normale supérieure). Pour déterminer les simulations les plus crédibles, une étude a été entreprise qui conclut en faveur des modèles modérés. Pour autant, Frédéric Hourdin n'est pas convaincu. « Les arguments avancés par cette étude sont eux-mêmes relativement incertains. »

La divergence des modèles numériques s'explique essentiellement par l'appréciation de phénomènes qui, a priori étrangers au climat, finissent par agir sur lui (voir notre schéma ci-dessous). Certains entraînent une rétroaction positive qui amplifie le réchauffement. Tandis que d'autres provoquent une rétroaction négative qui freine le réchauffement. Aujourd'hui, s'il y a bien un dossier sur lequel s'étripent les climatologues, c'est celui du rôle joué par les nuages. Certains, les plus bas, protègent la Terre en la couvrant de leur ombre, alors que les plus hauts réchauffent la Terre en piégeant son rayonnement thermique. De récents travaux pris en compte par le Giec indiquent que, pris globalement, les nuages exercent une interaction positive en stimulant le réchauffement. Un effet boule de neige est-il concevable ? La question reste posée.

Pergélisol en péril. Autre casse-tête, la vitesse de fonte du pergélisol, ces sols éternellement gelés du Grand Nord (15 millions de kilomètres carrés). Selon Florent Dominé, du CNRS, ils contiennent deux fois plus de carbone que l'atmosphère terrestre. Leur dégel conduit à la relâche de fortes quantités de méthane (28 fois plus réchauffant que le CO2) et de gaz carbonique. Ce qui stimule le thermomètre terrestre et donc accélère encore la fonte du pergélisol. La question est de savoir si ce phénomène peut s'emballer au-delà d'un point de bascule, entraînant un scénario catastrophe. Une étude publiée après le dernier rapport du Giec par des chercheurs de l'université de Leeds ne porte pas à l'optimisme. Selon ses observations, le pergélisol d'Europe du Nord et de Sibérie occidentale serait sur le point d'atteindre ce fameux point de bascule.

Selon une autre étude suisso-canadienne, le pergélisol entraîne en fondant dans certaines contrées sibériennes l'effondrement de collines, ce qui libère davantage encore de gaz carbonique. En embuscade, il y a le méthane, prisonnier des fonds océaniques (10 000 fois les réserves connues de pétrole), qui finira par remonter en surface. « Un jour, forcément, le fond des océans relâchera son carbone, confirme Julie Deshayes. Mais il est encore impossible de dire quand car, au-delà de 2 000 mètres de profondeur, les océans restent très peu sondés. »

« Terre en serre ». « Il existe d'autres rétroactions encore plus incertaines qui, dans le pire des cas, pourraient s'amplifier jusqu'à une transition irréversible vers un état de "Terre en serre" », s'inquiète Luke Kemp. Justement, une étude récente confirme ses craintes. Elle a calculé, après observations, qu'une forte sécheresse réduit la croissance des prairies et des arbustes de 80 %. Ceux-ci couvrent 40 % de la surface terrestre. D'où un affaiblissement à prévoir du rôle de puits de carbone joué par ce type de végétation. En mai dernier, une étude de l'Institut Weizmann des sciences révélait que les tempêtes hivernales dans l'hémisphère Sud atteignaient déjà l'intensité prévue par le Giec en 2080 ! Une équipe de l'université d'Exeter a compilé 200 études consacrées aux points de basculement climatique. La conclusion est inquiétante. Sur les seize recensés, cinq sont déjà sur le point d'être franchis avec le réchauffement actuel de 1 °C : les calottes glaciaires du Groenland et de l'Antarctique occidental, le dégel rapide et généralisé du pergélisol, l'effondrement de la convection dans la mer du Labrador et la mort massive des récifs coralliens tropicaux. Et neuf autres devraient suivre avec une hausse de 1,5 °C. L'auteur principal de l'étude conclut : « Le monde se dirige vers 2-3 °C de réchauffement climatique. Cela met la Terre sur la "bonne" voie pour traverser plusieurs points de basculement dangereux qui seront désastreux pour le monde entier. »

Bref, les mauvaises surprises semblent s'enchaîner. Et la crise climatique n'est pas la seule épée de Damoclès à menacer le monde. D'autres pourraient suivre en cascade : instabilité économique mondiale, risques chimiques, surpopulation, propagation d'épidémies, famine, vagues migratoires… Toutes interagissent entre elles. Le Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophes (UNDRR) s'est déjà fait remettre une note sur ce qu'on appelle le « risque systémique ». Extrait : « La propagation de ces impacts peut entraîner des conséquences potentiellement existentielles et l'effondrement du système sur une gamme d'horizons temporels. » Rien ne vaut un exemple : imaginons une canicule exceptionnelle déclenchant un méga-incendie, lequel met hors d'usage une centrale nucléaire, provoquant ainsi un effondrement du réseau électrique, ce qui entraîne la fermeture de plusieurs centres de données, privant ainsi du Web nombre d'entreprises, de banques et d'hôpitaux, donnant ainsi lieu à une catastrophe sanitaire, économique et bancaire. Cet enchaînement de catastrophes est caricatural, certes, mais les scénarios plus subtils et plus complexes envisagés par les experts du risque systémique peuvent conduire, eux aussi, à un effondrement de la société à plus ou moins long terme.

Inéluctable. Dès 2018, Jem Bendell, professeur à l'université de Cumbria (Royaume-Uni), persuadé de l'imminence de l'effondrement des sociétés à cause du dérèglement climatiques, lançait le mouvement Deep Adaptation (Adaptation profonde). Sa philosophie : ne plus chercher à éviter l'effondrement final, qui est inéluctable, mais préparer les sociétés à dépasser cet obstacle. Cette vision apocalyptique a engendré un intense débat au sein de la communauté scientifique. Plus de 500 universitaires ont déjà signé une lettre ouverte en faveur de la Deep Adaptation.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a pris à son tour conscience de la situation préoccupante de la planète après avoir visité le Pakistan, dévasté par les inondations. « J'ai regardé à travers une fenêtre vers l'avenir - un avenir de chaos climatique permanent et omniprésent à une échelle inimaginable », a-t-il déclaré. Et de prévenir : « Ce qui se passe au Pakistan démontre la pure insuffisance de la réponse mondiale à la crise climatique, ainsi que la trahison et l'injustice qui sont au cœur de celle-ci. » Sera-t-il seulement entendu ?

Le crapaud doré, tombé au champ d'honneur du changement climatique

Ceux qui ont eu la chance de les apercevoir n'oublieront jamais le spectacle de ces crapauds dorés de la taille d'un pouce d'enfant émergeant des sous-bois dans la jungle costaricaine. Pour les autres, il est trop tard. Le petit amphibien s'est éteint.

Pendant quelques jours chaque année, une armée de ces petits batraciens apparaissaient mystérieusement dans les mares de cette forêt tropicale pour se reproduire.

"Le sol est très sombre et les crapauds dorés se dessinaient comme des figurines animales. C'était un sacré spectacle" au milieu des "arbres noueux, sculptés par le vent et recouverts de mousse", raconte J Alan Pounds, écologue à la réserve biologique de Monteverde au Costa Rica.

Mais ça, c'était avant sa disparition, constatée en 1990.

 

Le crapaud de Monteverde est la première espèce connue dont l'extinction est attribuée au changement climatique. Quelques autres l'ont rejoint dans la tombe, et ce n'est certainement qu'un début.

Même si le monde parvient à limiter le réchauffement à +1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle -- objectif le plus ambitieux de l'accord de Paris--, 9 % des espèces de la planète pourraient disparaitre, selon les experts climat de l'ONU (Giec).

Le crapaud doré ne vivait que dans les forêts de Monteverde. "Environ 99 % de sa population a été perdue en une seule année", explique à l'AFP J Alan Pounds, dont les conclusions sont validées par le rapport du Giec sur les impacts du réchauffement publié en février.

"Gâchette" climatique

Quand le scientifique est arrivé au Costa Rica au début des années 1980 pour étudier les amphibiens, le changement climatique n'était pas une priorité, mais il faisait déjà sentir son souffle.

Après la disparition de cette forêt du crapaud doré et d'autres amphibiens, comme la grenouille harlequin de Monteverde, les chercheurs ont mis en regard l'évolution du climat local et celle des populations d'espèces.

Ils y ont vu l'influence périodique du phénomène El Nino, mais aussi des tendances durables liées au changement climatique, les déclins se produisant après des périodes inhabituellement chaudes et sèches.

La chytridiomycose a également joué un rôle majeur, pour J Alan Pounds et ses collègues qui résument ainsi: la maladie a été "la balle, le changement climatique a appuyé sur la gâchette".

Un mécanisme qui s'est répété ailleurs. Comme pour le melomys rubicola, petit rongeur qui vivait sur une minuscule lande de terre au large de l'Australie et que personne n'a aperçu depuis 2009. Le seul mammifère endémique de la Grande barrière de corail, incapable de survivre à la submersion de son habitat, a été déclaré éteint en 2016.

Selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le changement climatique est une menace pour près de 12.000 espèces, dont près de 6.000 risquent l'extinction.

"C'est absolument terrifiant", commente Wendy Foden, experte climat à l'UICN. "Nous avons besoin d'un mouvement #metoo pour les espèces".

Des négociations internationales sont en cours pour parvenir à un traité pour mieux préserver la nature, notamment en protégeant au moins 30 % des terres et des océans d'ici 2030.

Mais avec le réchauffement climatique, cette protection classique n'est pas suffisante, souligne Wendy Foden. "Même les contrées sauvages les plus isolées seront affectées par le changement climatique".

Forêt sans nuage

A Monteverde, même les nuages ont changé.

Les précipitations ont augmenté dans cette région ces 50 dernières années mais elles sont devenues plus erratiques, alternant entre périodes très pluvieuses et périodes très sèches, souligne J Alan Pounds.

Dans les années 1970, cette forêt comptait environ 25 jours secs par an en moyenne, contre environ 115 ces dix dernières années.

Et le brouillard qui enveloppait la forêt pour conserver l'humidité pendant la saison sèche, donnant son nom à cette "forêt nuageuse", s'est réduit d'environ 70 %.

"Souvent, ça ressemble plus à une forêt de poussière qu'à une forêt de nuages", regrette Pounds.

Quant au crapaud doré, une équipe de conservationnistes s'est lancée l'an dernier sur ses traces dans son habitat historique de la "forêt éternelle des enfants" toujours au Costa Rica, après des rumeurs disant qu'il avait été aperçu.

Mais rien. "Avec chaque année qui passe, il semble de moins en moins probable qu'il réapparaisse", dit J Alan Pounds.

 
 

13/04/2022 22:10:47 -          Paris (AFP) -          © 2022 AFP

La fin de l’humanité, c'est maintenant : vous avez 10 fois plus de chances de mourir dans un cataclysme planétaire que dans un accident de la route

Un rapport d’une ONG britannique met en lumière la transition du risque au XXIè siècle.

 

Parmi les catastrophes mises en scènes dans les films à gros budgets, toutes ne sont pas invraisemblables – loin de là, selon l'ONG Global Challenges Foundation.

Dans son rapport annuel, la fondation affirme qu’une guerre nucléaire, une pandémie ou les conséquences éventuelles du réchauffement climatique sont des menaces bien plus réelles que vous ne le supposeriez.

 

Sa statistique choc : un Français court un risque dix fois plus grand, en moyenne, de mourir dans un pareil cataclysme, que dans un accident de voiture.

La première raison tient à ceci : en moyenne, il y a très peu de chances que vous décédiez d’un accident de voiture. Chaque année, 53 personnes par million meurent dans un accident : cela revient à 0,005% de chance par an. Bien sûr, ce chiffre s’agrège sur toutes les années de votre vie ; en somme, cela ne concernera qu’un Français sur 240 (un sur 120 aux Etats-Unis).

 

Le risque d’extinction humaine, quant à lui, est bien plus important. Lié au réchauffement climatique, il est évalué à 0,1% par an dans le rapport Stern, analyse de 700 pages publiée en 2006 et financée par le gouvernement britannique. Le chiffre reste très faible, mais agrégé sur une vie, la fondation estime qu’il atteint 9,5%.

Et ce chiffre-là est, lui-même, probablement sous-estimé. En effet, le rapport Stern avait seulement mesuré le danger que courait l’espèce humaine dans sa totalité ; mais le rapport de la fondation prend également en compte les évènements qui pourraient seulement causer la mort de 10% des humains.

Ce type d’évènements, aussi improbable qu’il paraisse, a déjà eu lieu. La Première Guerre Mondiale, par exemple ? Pas exactement, elle n’est responsable que de la mort d’1% de la population. La Seconde ? 3%. La grippe espagnole de 1918-1919 ? Entre 2,5 et 5%. La peste de Justinien de 541 à 542 ? Entre 13 et 17% de la population mondiale. La peste noire de 1347 à 1352 ? De 30 à 50% de la population européenne.

 

Bien entendu, le risque d’occurrence de ces événements reste minime pour les dix prochaines années. Mais cela ne devrait pas nous empêcher de nous préparer. Par exemple, The Atlantic remarque que nous attachons nos ceintures de sécurité dans nos voitures, et que nous tenons à ce que nos airbags soient fonctionnels. Nous savons bien que le risque d’accident est très faible, mais il ne nous semble pas absurde de faire en sorte qu’il diminue – encore un peu plus.

En somme, le rapport de la fondation cherche à nous faire comprendre que le risque d’extinction humaine n’est pas si faible. Sans entrer dans la guerre nucléaire, il met aussi en avant le nombre de fois où le pire a été évité de justesse.

Un exemple célèbre : le 26 septembre 1983, une déficience d’un radar soviétique de longue-portée avertit, à tort, que cinq missiles nucléaires de l’OTAN avaient été lancés, à destination de plusieurs villes russes. L’officier de veille ce jour-là, Stanislav Petrov, avait contribué à concevoir le radar, et il jugea qu’une déclaration de guerre de l’OTAN impliquerait vraisemblablement des centaines de missiles balistiques. Il en conclut que le système dysfonctionnait, et n’enclencha pas de riposte.

Un autre exemple se déroula en 1995, c’est-à-dire après la fin de la Guerre froide et pendant la décennie la plus pacifique depuis bien longtemps : les radars confondirent une fusée norvégienne, lancée pour étudier les aurores boréales, avec un missile nucléaire. En effet, celle-ci suivit brièvement une trajectoire similaire à celle des missiles américains tirés depuis le Dakota du Nord en direction de Moscou. Le président russe Boris Eltsine avait la mallette nucléaire ouverte devant lui quand une nouvelle analyse confirma la fausse alerte.

Ou bien il y a encore l’incident où, en 2007, six têtes nucléaires américaines ont été portées disparues pendant 36 heures avant qu’on découvre qu’elles avaient été arrimées à un avion militaire sans que quiconque ne soit mis au courant.

 

Les risques de déficiences humaines ou techniques sont plus grands que ceux d’une guerre nucléaire, mais ces incidents sont encore suffisamment peu nombreux pour que nous sachions vraiment les prendre en compte. Cela correspond au phénomène des "cygnes noirs", mis à jour par Nassim Taleb dans son livre éponyme : un évènement imprévisible a une probabilité infime de se dérouler, mais, s’il se réalise effectivement, il aura des conséquences d’une portée considérable. Un exemple ?

La crise financière de 2008, que nul n’a su prévoir.

Le phénomène des cygnes noirs est un biais cognitif, c’est-à-dire qu’il correspond à une manière qu’a notre cerveau d’ignorer certains facteurs assez naturellement. Il faut donc une véritable prise de conscience pour qu’à l’échelle de la société, nous nous y préparions : c’est le choc qu’essaie de susciter la fondation.

Alors, quelle est la version à grande échelle de la ceinture de sécurité ? Il y a, par exemple, de véritables politiques publiques ciblées, comme la réduction du nombre de têtes nucléaires disponibles ou une transition énergétique soutenable. Le rapport soutient notamment le développement d’une alimentation qui dépende moins du soleil afin de réduire les conséquences d’un hiver nucléaire (ou volcanique), qui résulterait de l’amas de poussière dans l’atmosphère et nous couperait des rayons de l’astre solaire.

Et s'il n'y avait plus rien à faire pour sauver l'humanité ? S'il était déjà trop tard ? The Australian rapporte une interview bien pessimiste du célèbre scientifique australien Frank Fenner. Pour lui, nous avons déjà scellé le destin de l'Humanité : dans moins de 100 ans, les sociétés humaines ne seront plus...

 

Dans une interview accordée au quotidien national The Australian, et publiée le 16 Juin 2010, Frank Fenner, professeur émérite de microbiologie à l'Université nationale australienne, prédit la disparition de l'Humanité dans les 100 prochaines années.

 

Ce mauvais augure pourrait prêter à sourire, mais le scientifique de 95 ans a une carrière impressionnante : Membre de l'Académie des sciences australienne et de la Royal Society, son travail a été récompensé par de nombreux prix et il est l'auteur de centaines de textes scientifiques. Il a notamment été impliqué dans la disparition du virus responsable de la variole et dans la lutte contre la surpopulation de lapins en Australie via l'introduction volontaire du virus de la myxomatose dans les années 50.

 

Officiellement en retraite depuis des dizaines d'années, ce scientifique renommé poursuit toujours ses travaux de recherche et ses écrits, en se déplaçant quotidiennement à l'institut de médecine John Curtin de l'Université nationale australienne, dont il fut directeur de 1967 à 1973.

 

Sa compréhension approfondie de l'évolution des espèces n'a jamais entamé sa fascination pour l'observation sur le terrain. Du niveau moléculaire aux planètes, Frank Fenner s'intéresse à tous les écosystèmes. Il a commencé à publier ses premières études environnementales au début des années 70 lorsque l'impact des sociétés humaines sur notre planète devenait problématique.

 

De quoi inspirer confiance, ou au moins de l'intérêt pour ses déclarations.

"Nous allons disparaître. Quoique nous fassions maintenant, il est trop tard"

Cette affirmation de Frank Fenner a de quoi inquiéter, d'autant plus qu'il ne s'agit pas d'une vision sur des millions d'années mais d'une prédiction pour le siècle en cours !

 

Pour Frank Fenner et d'autres scientifiques reconnus comme Paul Crutzen, prix Nobel de chimie, la Terre est entrée dans une nouvelle époque géologique, l'Anthropocène, depuis 1800 avec la révolution industrielle et l'exploitation massive des combustibles fossiles. Cette nouvelle époque géologique succéderait à l'Holocène débuté il y a dix mille ans.


Bien que non officielle sur l'échelle des temps géologiques, l'Anthropocène a été admis dans la terminologie scientifique et correspond au moment où les Hommes ont pu rivaliser avec les forces de la nature dans la capacité à modifier l'écosystème de la Terre.

 

En effet, nos activités réchauffent le climat planétaire d'une ampleur aussi importante que les grands cycles naturels et nous entamons la sixième extinction massive de la biodiversité, avec une vitesse sans doute plus rapide encore que celle qui a conduit, il y a 65 millions d'années, à l'extinction des dinosaures suite à la chute d'un astéroïde, comme le souligne Eric Lambin, membre de l'Académie des sciences des Etats-Unis[1]...

L'explosion démographique en cause : "il y a déjà trop de monde"

A l'origine de ces déséquilibres planétaires qui menacent la survie même de l'Humanité, Frank Fenner incrimine l'explosion démographique et la "consommation effrénée".

 

Selon l'ONU, le nombre d'humains a dépassé les 7 milliards en 2011. Vu l'inertie de nos sociétés et décideurs politiques sur l'urgence et l'importance des mesures à prendre pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre, Fenner demeure pessimiste : "Nous allons subir le même sort que les personnes sur l'île de Pâques. Le changement climatique ne fait que commencer. Mais nous pouvons déjà voir des changements remarquables dans la météo."

 

"Les Aborigènes nous ont montré qu'en l'absence de science et d'émissions de dioxyde de carbone responsables du réchauffement climatique, ils pouvaient survivre pendant 40 000 à 50 000 ans. Mais notre monde ne le peut pas. L'espèce humaine est susceptible de prendre le même chemin que beaucoup d'espèces que nous avons déjà vu disparaître." déclare t-il dans son interview.

 

"Homo sapiens devrait disparaître, peut-être dans 100 ans", dit-il. "Un grand nombre d'autres animaux également. C'est une situation irréversible. Je pense qu'il est trop tard. J'essaie de ne pas trop le dire car il y a des gens qui essaient de faire changer les choses. Les efforts de réduction ralentissent un peu les choses, mais il y a déjà trop de monde [sur Terre]" ajoute-t-il.

 

L'explosion démographique et ses corollaires : la boulimie énergétique, productiviste et consumériste mènent l'humanité à sa perte. Ce constat, tabou, est pourtant de plus en plus partagé par certains scientifiques et de plus en plus évoqué, mais étouffé par les sceptiques sur le changement climatique et une partie des personnes croyantes pour qui la reproduction est une recommandation divine, souligne Frank Fenner.

Un peu d'optimisme avant le naufrage de l'Humanité ?

Stephen Boyden, collègue et ami de Fenner, pense qu'il y a un profond pessimisme chez certains écologistes, mais que d'autres sont plus optimistes : "Frank a peut-être raison, mais certains d'entre nous nourrissent encore l'espoir que la situation entraînera une prise de conscience et, par conséquent, les changements révolutionnaires nécessaires pour atteindre la durabilité écologique". Malheureusement, cette prise de conscience radicale, tant attendue depuis des années, ne se manifeste pas ou de manière marginale.

 

Stephen Boyden ajoute : "C'est là que Frank et moi sommes différents. Nous sommes tous deux conscients de la gravité de la situation, mais je n'accepte pas qu'il soit forcément trop tard. Bien qu'il y n'ait qu'une lueur d'espoir, cela vaut la peine de résoudre le problème. Nous avons la connaissance scientifique pour le faire, mais nous n'avons pas la volonté politique."

 

A ce titre, Frank Fenner a ouvert le 23 juin 2010 le symposium "Healthy Climate, Planet and People" à l'Académie australienne des sciences. Cette conférence vise justement à combler le fossé entre la science et les politiques environnementales.

 

En conclusion de son interview, Frank Fenner, qui a pourtant eu l'honneur d'annoncer l'éradication mondiale de la variole à l'ONU en 1980, contemple avec dépit le chaos de l'espèce humaine au bord de l'extinction de masse : "Les petits enfants des générations actuelles vont être confrontés à un monde beaucoup plus difficile..."

Notes
  1. La Terre sur un fil, Eric Lambin - Le Pommier, 2010
Source

Frank Fenner sees no hope for humans -The Australian, 26/06/2010

Auteur

 Christophe Magdelaine / notre-planete.info - Tous droits réservés

 

http://www.notre-planete.info/actualites/lireactus.php?id=2447

Le manque d'oxygène a-t-il causé la première extinction de masse ?

Il y a 444 millions d'années, le manque d'oxygène dans les océans aurait éliminé la majorité des espèces marines, explique « The Independent ».

Elle est connue pour être la première extinction de masse établie par les scientifiques. Il y a 444 millions d'années, 85 % des espèces de la Terre disparaissaient à la fin de l'ère de l'Ordovicien. À l'époque, la majorité des espèces vivantes étaient marines. Il n'y avait alors qu'un seul continent, contre les six que nous connaissons aujourd'hui, appelé Pangée. Les plantes commençaient à peine à pousser sur la terre ferme.

Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l'université Stanford, détaillée par The Independent, permettrait d'affirmer que le manque d'oxygène dans les océans aurait provoqué la première extinction de masse de l'histoire. « Pour la majorité de la vie marine, ce fut une mauvaise période pour vivre », a souligné Erik Sperling, coauteur de l'étude et assistant-professeur de sciences géologiques à Stanford.

Lire aussi Sixième extinction : le cercle des espèces disparues

Pour évaluer le niveau d'oxygène à cette époque, un nouveau modèle a été créé à partir de données collectées dans des études antérieures sur les niveaux d'oxygène anciens. De nouvelles données provenant d'échantillons de schiste noir du bassin de Murzuq en Libye ont également permis d'affiner les projections.

 
Des niveaux d'oxygène extrêmement bas

Le refroidissement de la Terre a entraîné une première série d'extinctions moins importantes avant celle de l'Ordovicien supérieur. Quand cet âge de glace a pris fin, le niveau des eaux est monté et les niveaux d'oxygène dans les océans ont drastiquement baissé, entraînant une carence. Durant trois millions d'années, les niveaux d'oxygène sont restés extrêmement bas et auraient provoqué, selon les auteurs de l'étude, la première extinction de masse.

Lire aussi La sixième extinction est en marche

D'après la communauté scientifique, il existe pour l'instant cinq extinctions de masse recensées, dont la plus célèbre survenue il y a 66 millions d'années avec la disparition des dinosaures après l'impact d'une météorite géante. La communauté scientifique s'accorde aujourd'hui sur l'existence d'une sixième extinction de masse causée par l'être humain.

Les amphibiens menacés par une « épidémie mondiale » dévastatrice

Près de 90 espèces sont concernées par cette pandémie, « premier cas d'une épidémie mondiale pour une maladie de la faune », alertent des scientifiques.

 

 

il ne reste que "deux ou trois décennies pour agir"

 Des chercheurs ont publié lundi une revue alarmante de la "défaunation" massive en cours. Plus de 50 % des espèces animales terrestres ont disparu en 40 ans.

 
Le hérisson va-t-il disparaître ?

Il aura survécu à plus de 60 millions d’années jusqu’à ce que l’homme soit en phase d’en finir avec lui. En deux décennies, 70 % de ces paisibles animaux, protégés par la convention de Berne depuis 1981, ont disparu des campagnes.

 
 
 

C’est un animal inoffensif pour l’homme mais impitoyable avec les limaces et les escargots. Il fait également office de nettoyeur en mangeant les animaux morts comme les campagnols, par exemple. Il est la proie des rapaces, tel le grand-duc, et du renard. Sa disparition prochaine déséquilibrera ainsi l’écosystème tout entier. 

 

Si vous regardez bien les routes, vous aurez du mal à voir ces cadavres de hérissons qui jonchaient le bitume par centaines il y a une vingtaine d’année. Pourquoi ? « Parce qu’il est clairement en train de disparaître », se désole Étienne Valladier, un naturaliste de Polignac en Haute-Loire. Outre les véhicules qui percutent cet animal placide, d’autres dangers ont contribué à sa chute vertigineuse. Leurs points communs : l’homme.

« Il élimine les parasites des plantations »

« La destruction de son milieu naturel anéantit en même temps la population, déjà très restreinte, continue le spécialiste. Le faucardage des épareuses (coupe de l’herbe aux bords des routes NDLR) tue de nombreux spécimens. La construction des routes, des maisons, des structures destinées à l’homme, c’est autant de terrain substitué au hérisson et aux espèces animales en général. » Insecticide, pesticide, poison, il n’a jamais été autant menacé.

D’ici 2050

Bien qu’il est impossible d’estimer le nombre de hérisson encore en vie en Haute-Loire, les associations de défense du mammifère estiment que l’espèce pourrait être rayée de la carte nationale en 2050. Leur espérance de vie serait passée de 10 à 2 ans en moins d’un demi-siècle. Pourtant, son rôle est primordial pour l’écosystème mais également pour son pire ennemi. « Le hérisson est un carnivore, explique Étienne Valladier. Il se nourrit d’insecte comme des hannetons, mille-pattes ou scarabées. Mais il peut manger aussi des souris et des serpents. » Si depuis quelques années les jardins sont envahis de limaces, l’explication est claire. « Il élimine les parasites des plantations. Les escargots et les limaces font parties de sa nourriture habituelle ».

« De l’eau et des croquettes pour chat, simplement »

Étienne Valladier rappelle que pour alimenter un hérisson perdu, il faut lui donner de l’eau et des croquettes pour chat, mais surtout pas du lait de vache et du pain. « Ce serait un poison mortel pour lui ! Et attention : un bébé hérisson qui semble tout seul est rarement abandonné. Avant de le récupérer, il faut s’assurer que sa mère n’est pas en train de chasser à proximité pour nourrir sa portée. »

 

Nicolas DEFAY

Sixième extinction : le monde s'achèvera-t-il sans l'homme ?

La liste des espèces menacées de disparition s'allonge et Homo sapiens y est pour beaucoup, rappelle le biologiste et essayiste Jean-François Bouvet (1).

La moitié des vertébrés a disparu en quarante ans

La pression exercée par l’humanité sur les écosystèmes est telle qu’il nous faut chaque année l’équivalent de 1,6 planète Terre pour satisfaire nos besoins, selon le WWF.

 

Partout, les écosystèmes sont menacés, et rien ne semble pouvoir enrayer la tendance. Alors que les pressions humaines sur l’environnement ne cessent de s’aggraver, plus de la moitié du vivant, parmi les vertébrés, a disparu ces quarante dernières années. C’est sur ce nouveau constat alarmant que s’ouvre la onzième édition du rapport Planète vivante, un vaste bilan de santé de la Terre et de sa biodiversité, publié jeudi 27 octobre par le Fonds pour la nature (WWF).

L’étude, réalisée tous les deux ans en partenariat avec la société savante Zoological Society of London et l’ONG Global Footprint Network, se fonde sur deux indicateurs principaux, tous deux au rouge. Le premier, l’indice Planète vivante, mesure l’abondance de la biodiversité à partir du suivi de 14 152 populations (groupes d’animaux sur un territoire) appartenant à 3 706 espèces vertébrées de mammifères, d’oiseaux, de reptiles, d’amphibiens et de poissons répartis aux quatre coins du globe. S’il ne consiste pas en un recensement exhaustif de la vie sauvage, il indique en revanche l’évolution de ses effectifs au fil du temps.

 

Milieux d’eau douce les plus affectés

Clairement, la tendance est à la régression. Les populations de vertébrés ont ainsi chuté de 58 % entre 1970 et 2012 (dernières données de terrain disponibles), contre − 52 % dans le précédent rapport. Dans le détail, les milieux d’eau douce sont les plus affectés, avec un effondrement de 81 % sur la période, devant les espèces terrestres (− 38 %) et celles marines (− 36 %). Si rien ne change, ces populations pourraient avoir diminué en moyenne des deux tiers (67 %) d’ici à 2020, en l’espace d’un demi-siècle seulement. « Ces chiffres matérialisent la sixième extinction des espèces : une disparition de la vie sur la planète dont nous sommes en partie responsables », dénonce Pascal Canfin, directeur général du WWF France.

 

Les causes de ces reculs sont connues : ils sont imputables, en premier lieu, à la perte et la dégradation de l’habitat, sous l’effet de l’agriculture, de l’exploitation forestière, de l’urbanisation ou de l’extraction minière. Viennent ensuite la surexploitation des espèces (chasse, pêche, braconnage), la pollution, les espèces invasives et les maladies et enfin, de manière plus marginale pour l’instant, le changement climatique.

L’impact de notre système alimentaire est majeur. « A elle seule, l’agriculture occupe environ un tiers de la surface terrestre totale, est la cause de 80 % de la déforestation mondiale et pèse pour près de 70 % de la consommation d’eau, rappelle Arnaud Gauffier, responsable du programme agriculture du WWF France. Enfin, 30 % de l’empreinte carbone en France est liée à l’alimentation. »

« Dépassement écologique » de plus en plus précoce

Le second indicateur sur lequel se base le rapport Planète vivante est l’empreinte écologique, qui mesure la pression qu’exerce l’homme sur la nature. Elle calcule ainsi les surfaces terrestres et maritimes nécessaires pour produire chaque année les biens et services que nous consommons (nourriture, combustible, espaces bâtis, etc.) et absorber les déchets que nous générons (en particulier nos émissions de CO2), puis les compare à la biocapacité de la Terre, c’est-à-dire la surface disponible. Ces superficies se mesurent en hectares globaux (hag).

En 2012, l’empreinte écologique de l’humanité atteignait 20,1 milliards d’hectares globaux, soit 2,8 hag par personne. Elle excédait ainsi largement (de 61 %) la biocapacité totale de la Terre, qui s’élevait à 12,2 milliards de hag (1,7 hag par personne). Au final, cette année-là, l’humanité a utilisé l’équivalent de 1,6 planète pour vivre et a donc entamé son « capital naturel ». La majeure partie (60 %) de cette surconsommation est imputable aux émissions de CO2, essentiellement dues à la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz naturel).

 
 

Ce « dépassement écologique », qui intervient depuis le début des années 1970, est possible car nous coupons des arbres à un rythme supérieur à celui de leur croissance, nous prélevons plus de poissons dans les océans qu’il n’en naît chaque année, et nous rejetons davantage de carbone dans l’atmosphère que les forêts et les océans ne peuvent en absorber. Or, le « jour du dépassement », la date à laquelle l’humanité a consommé toutes les ressources que la Terre peut produire en un an, est chaque année plus précoce : il a eu lieu le 8 août cette année contre le 14 octobre en 1992 et le 1er novembre en 1986. A ce rythme, en 2050, nous aurons besoin de 2 planètes.

« Le franchissement du seuil de biocapacité de la Terre n’a qu’une durée limitée, prévient Pascal Canfin. C’est comme un compte en banque : si tous les ans, on puise dans son épargne de plus en plus tôt, sans la reconstituer, un jour elle aura disparu. » Les retombées de cette vie à crédit sont d’ores et déjà palpables, comme en témoignent l’effondrement des pêches, les pertes d’habitats et d’espèces ou encore l’accumulation du carbone dans l’atmosphère à des niveaux inédits.

Le Luxembourg et l’Australie possèdent la plus forte empreinte

De manière globale, les pays qui exercent la plus grande pression sur les écosystèmes sont ceux qui émettent le plus de CO2 : la Chine, les Etats-Unis, l’Inde, la Russie et le Japon. A eux cinq, ils pèsent la moitié de l’empreinte écologique mondiale.

Mais ramené par habitant, cet indice donne un classement différent. Cette fois, ce sont les pays aux revenus les plus élevés qui sont les plus fautifs. Ainsi, l’empreinte record par tête est détenue par le Luxembourg (15,8 hag par habitant, soit 9 fois ce que la Terre peut produire), suivi de l’Australie (9,3 hag), des Etats-Unis et du Canada (8,2 hag) et de Singapour (8 hag) – sans compter les pays du Golfe, classés parmi les plus polluants en 2014, mais pour lesquels aucune donnée n’est disponible dans le rapport 2016. La France se classe à la 28e position, avec 5,1 hag. Le Pakistan, le Bangladesh, Haïti, le Timor oriental et l’Erythrée possèdent quant à eux l’empreinte la plus faible, avec environ 0,6 hag par habitant

A noter toutefois que l’empreinte écologique par habitant des pays à haut revenu (ceux de l’Organisation de coopération et de développement économiques) a légèrement diminué entre 1985 et 2012. Un déclin qui peut être attribué à des gains de productivité et aux nouvelles technologies, mais aussi aux effets de la crise économique.

« Il ne s’agit pas de vivre comme il y a cinquante ans, mais d’inventer un nouveau modèle », assure Pascal Canfin. Pour cela, le rapport appelle à préserver le capital naturel, réorienter les flux financiers pour notamment valoriser la nature, instaurer une gouvernance équitable des ressources et produire mieux et consommer plus raisonnablement. « Si tout le monde réduisait d’une demi-portion par jour sa consommation de protéines animales, tout en augmentant sa consommation de légumineuses et de céréales, nous pourrions baisser de 25 % les émissions de gaz à effet de serre liées à l’alimentation, assure Arnaud Gauffier. C’est à la portée de tous. »

 
Audrey Garric
La nature subviendra de plus en plus difficilement aux besoins humains

 

L’alarme n’est pas tirée par des zadistes opposés à la destruction d’une zone humide. Ni par des militants de la Ligue de protection des oiseaux, inquiets de la disparition des volatiles. C’est une étude publiée dans la revue Science, qui conclut que 58 % de la surface terrestre, habitée par 71 % de la population mondiale, connaît une chute de la biodiversité terrestre remettant en cause la capacité des écosystèmes à subvenir aux besoins humains.

 

Selon les 23 scientifiques internationaux ayant traité statistiquement 2,38 millions de rapports sur l’état de la faune et la flore terrestres, la diversité des espèces a en effet baissé de 15,4 % sur plus de la moitié des terres émergées. Pour être soutenable, la perte de biodiversité doit rester inférieure à 10 %, selon une autre étude publiée dans Science en 2015. « Cette perte de biodiversité, si elle reste incontrôlée, sapera les efforts vers un développement durable de long terme », concluent-ils.

Lire aussi : La planète a atteint ses limites

Tim Newbold, chercheur spécialisé dans l’impact humain sur la biodiversité au sein du University College of London, a dirigé ces recherches. Il est inquiet : « Les fonctions écosystémiques sont gravement menacées par cette disparition des espèces. Dans de nombreuses zones, l’intervention humaine devra bientôt remplacer les services rendus par la nature. »

Pollinisation, épuration des eaux, production d’oxygène…

 

Ces services écosystémiques sont aussi nombreux que vitaux. La pollinisation, la production de nutriments nécessaires à la croissance des plantes, l’épuration naturelle des eaux ou encore la production d’oxygène sont pourtant menacées par la baisse de la biodiversité des écosystèmes. Le directeur de recherches doute de la capacité de l’être humain à imiter la nature grâce aux innovations technologiques : « Je ne pense pas que quiconque puisse aujourd’hui affirmer que l’être humain en est capable. »

Pour Pierre-Henri Gouyon, chercheur à l’institut de systématique, évolution et biodiversité au Muséum national d’histoire naturelle, la question n’est pas tant de savoir si une telle option est réalisable, mais souhaitable : « On pourrait sans doute remplacer les abeilles par de petits robots. Ce serait avant tout moins efficace et plus coûteux. Tout cela alors qu’on pourrait préserver la biodiversité et les services écologiques qui en découlent. Ce n’est tout simplement pas le monde dans lequel je nous souhaite de vivre. »

Cette érosion de la biodiversité est documentée de longue date par la communauté scientifique. En 2009, une équipe internationale de chercheurs, menée par Johan Rockström, définissait neuf limites planétaires à ne pas dépasser. L’étude portait notamment sur les seuils à respecter en matière d’utilisation de l’eau douce, de pollution chimique et de changement climatique. Ils concluaient déjà à une érosion de la biodiversité qui mettait en danger les écosystèmes dans lesquels l’être humain vit.

Echelle globale

« La force de cette nouvelle étude réside surtout dans la méthodologie employée et l’échelle globale qu’elle utilise », commente Pierre-Henri Gouyon. L’analyse porte en effet sur près de 39 123 espèces réparties sur 18 659 sites terrestres. L’équipe de Tim Newbold peut donc se targuer d’avoir réalisé le premier calcul des effets de l’activité humaine sur la biodiversité au niveau planétaire.

Autre originalité de l’étude : avoir tenu compte de l’abondance des espèces. Un paramètre qui permet d’observer avec une plus grande finesse le nombre d’individus présents dans les milieux naturels. « Alors que la défaunation [réduction du nombre d’individus au sein des espèces animales] est de plus en plus importante, une telle précision est une nécessité absolue », juge la philosophe de l’environnement Virginie Maris. Les rapports précédents se fondaient sur le statut des espèces pour en déduire l’état de la biodiversité. La densité déclinante des populations animales était alors souvent ignorée.

Exploitation des sols

Malgré des études scientifiques toujours plus nombreuses et précises, la dégradation de l’environnement se poursuit au même rythme, notamment l’exploitation des sols, qui détruit habitats et biodiversité. D’après un rapport sur l’utilisation des terres du programme pour l’environnement des Nations unies, publié en 2014, la demande croissante de denrées alimentaires entraînera une conversion de 190 millions d’hectares de terres en surface agricole d’ici à 2020 dans le monde.

Pour Tim Newbold, il est alors impératif de mettre dès à présent en place une protection efficace de la biodiversité. « Nous profitons gratuitement de services écosystémiques dont la valeur est astronomique », rappelle-t-il. En 2014, une étude menée par l’économiste américain Roberto Costanza concluait que la valeur de ces services écologiques globaux s’élevait à 125 000 milliards de dollars par an.

« Le rapport de l’être humain au monde naturel ne se limite pas à cette logique économique, regrette toutefois Virginie Maris. La biodiversité englobe aussi un ensemble de valeurs culturelles, esthétiques et morales qu’il serait plus intéressant d’approfondir pour aboutir à une réelle protection des écosystèmes. »

 

 

  • Guillaume Krempp
    Journaliste au Monde
Les moules sont condamnées à disparaître selon des biologistes

 

Les coquilles des moules s’amincissent de manière rapide et inexorable, ce qui les mène tout droit à la disparition selon des biologistes. Une disparition qui pourrait avoir des effets écologiques lourds, puisque les moules sont à la base de la chaîne alimentaire.

C’est une conclusion alarmante sur la situation des moules dans le monde qu’ont tiré des biologistes de l’Université de Chicago, aux États-Unis, dans une étude parue dans la revue Proceedings of the Royal Society B. Ces mollusques bivalves voient en effet leur coquille s’amincir au fil des années, un processus que l’on doit à l’acidification des océans.

 

Pour parvenir à ces résultats inquiétants, ces biologistes ont comparé la densité des coquilles des plus grandes moules contemporaines récoltées près de la côte Pacifique des États-Unis à celle des spécimens recueillis dans les années 1960-1970, ainsi qu’à celles découvertes dans les fosses à déchets des anciens Indiens d’Amérique (qui vivaient il y a 1000-2400 ans). Résultat, la taille des coquilles des moules a diminué de 27% en moyenne, une part encore plus importante pour les plus grosses d’entre elles dont la taille des coquilles a diminué de 32% depuis les années 1970.

[Les coquilles des moules sont composées de carbonate de calcium et de substances organiques que les mollusques obtiennent dans le processus de bio-minéralisation : ils extraient de l’eau de mer des ions du bicarbonate de sodium et les transforment (grâce à des protéines spéciales) en cristaux de carbonate de calcium. La couche extérieure de la coquille est composée de calcite, et la couche intérieure, d’aragonite.]

D’après les biologistes qui ont mené cette étude, la principale cause de cet amincissement de la coquille est l’acidification de l’océan. En effet, lorsque le dioxyde de carbone se dissout dans le Pacifique, le pH de l’eau augmente et son acidité grimpe en flèche. Selon Gizmodo, depuis le début de la dernière révolution industrielle, le pH de l’eau à la surface des océans a augmenté de 0,1 unité, ce qui a entraîné une hausse de l’acidité de 30%. Le phénomène touche, entre autres, les récifs de corail et donc les moules, confrontées à une sorte de processus de dissolution lente.

Si les moules venaient à disparaître, ce que redoutent les scientifiques qui n’ont que très peu, voire pas, d’optimisme sur le sujet, il s’agirait d’une véritable bombe écologique, les moules étant, au même titre que le plancton, à la base de la chaîne alimentaire.

 

 

Source : proceedings of the royal society B, gizmodo

 

 

 

 

 

Une étude publiée par une université britannique prédit un effondrement de nos sociétés aux alentours de 2040. Les annonces alarmistes en tout genre sont désormais monnaie courante mais prouvent une chose: si rien n'est fait, l'avenir est sombre.

Dans la littérature comme au cinéma, le futur de l'Homme est rarement optimiste. Des guerres pour se nourrir et s'hydrater, les inégalités qui explosent, et finalement l'effondrement des sociétés... Une étude dirigée par l'université Anglia Ruskin dépeint ce tableau pour l'humanité. Et la fin du monde surviendrait même à l'horizon 2040, comme l'explique la revue Insurge Intelligence. Une perspective alarmante mais évitable. A condition de changer nos habitudes.

Changement climatique et réaction en chaîne

Ces nouveaux modèles scientifiques, développés par l'université et soutenus par des composantes du gouvernement britannique, dont le ministère de l'Agriculture, tablent sur un phénomène de réaction en chaîne causée par l'Homme et son environnement en mutation.

L'entreprise anglaise Lloyd's, spécialisée en conseil pour les assureurs et partenaire du fond de soutien au travail de l'établissement, est même allée plus loin en proposant un rapport à ses clients sur les risques de l'effondrement des sociétés -et donc de leurs revenus- après un choc accusé par le système alimentaire mondial.

Selon ces projections, il suffirait de trois catastrophes climatiques pour conduire à la réduction de la production et l'augmentation des prix, ce qui cristalliseraient des tensions à travers le monde et déstabiliseraient les gouvernements. "Des émeutes de la faim éclatent dans des zones urbaines au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Amérique Latine. L'euro faiblit et les bourses européennes et américaine chutent respectivement de 10% et 5%", écrit la société.

Les gouvernements étudient les possibilités

Les rapports pessimistes fleurissent, à l'image de ces recherches de l'université de Melbourne sur les limites à la croissance, sujet déjà évoqué il y a près de quarante ans dans un célèbre livre publié par un groupe d'étudiants du MIT. Ou encore cette étude des universités américaines Stanford, Princetons et Berkeley qui annonce que la sixième extinction animale de masse est en cours. Les gouvernements se préparent au pire au niveau économique et géopolitique, en commandant des projections en tout genre sur d'éventuelles crises pouvant survenir autour du globe.

Une attitude préventive presque logique, dans un monde où l'on verrait une population à nourrir de 10 milliards d'individus d'ici à 2050, ou encore plus récemment et pour cette même décennie un climat totalement revisité rien qu'en Europe, où le vin de Bordeaux serait produit en Bretagne.

Tous ces rapports n'ont pourtant pas valeur de prophétie. Comme le précise Insurge Intelligence, ces modèles se basent sur les comportements actuels de nos sociétés, sans tenir compte d'éventuelles réactions des gouvernements et des populations pour éviter cette fin.

Par Quentin Dary

 

Selon des chercheurs qui publient une étude dans le journal Science Advances, la planète pourrait connaître une extinction de masse prochainement, et les humains feront probablement partie des espèces qui disparaîtront.

 

 

Les espèces animales disparaissent environ 100 fois plus rapidement que par le passé, les estimations les plus optimistes montrant que la faune de la Terre est en train de subir sa sixième extinction de masse, selon une étude publiée vendredi.

Jamais depuis la dernière extinction de masse il y a 66 millions d’années - celle des dinosaures - la planète n’a perdu ses espèces animales à un rythme aussi effréné, ont rapporté des experts des universités américaines Stanford, Princeton et Berkeley, notamment.

Leur étude, publiée vendredi dans le journal Science Advances, «montre sans aucun doute notable que nous entrons dans la sixième grande extinction de masse», a affirmé Paul Ehrlich, professeur de biologie à Stanford. Et les humains feront probablement partie des espèces qui disparaîtront, ont-ils prévenu.

Des observations de vertébrés

«Si on permet que cela continue, la vie pourrait mettre plusieurs millions d’années à s’en remettre, et nos espèces elles-mêmes disparaîtraient probablement assez tôt», a précisé Gerardo Ceballos, de l’université autonome de Mexico.

Cette analyse s’appuie sur les observations documentées d’extinctions de vertébrés - à savoir des animaux avec squelettes internes comme des grenouilles, des reptiles et des tigres - à partir de fossiles et d’autres bases de données.

Le rythme actuel de disparition des espèces a été comparé aux «rythmes naturels de disparition des espèces avant que l’activité humaine ne domine».

Ces derniers sont difficiles à estimer car les experts ne savent pas exactement ce qu’il s’est produit tout au long des 4,5 milliards d’années d’existence de la Terre.

Changement climatique, pollution et déforestation

Si le taux du passé fait ressortir une disparition de deux espèces de mammifères pour 10.000 espèces en 100 ans, alors «le taux moyen de perte d’espèces de vertébrés au siècle dernier est 114 fois supérieur à ce qu’il aurait été sans activité humaine, même en tenant compte des estimations les plus optimistes en matière d’extinction», selon l’étude. «Nous insistons sur le fait que nos calculs sous-estiment très probablement la sévérité de cette crise d’extinction, parce que notre objectif était de fixer un bas de la fourchette réaliste en ce qui concerne l’impact de l’humanité sur la biodiversité», a-t-elle relevé.

Les causes de la disparition des espèces comprennent notamment le changement climatique, la pollution et la déforestation. D’après l’Union internationale pour la conservation de la nature, environ 41% des espèces d’amphibiens et 26% des espèces de mammifères sont menacées d’extinction.

«Il y a des exemples d’espèces sur toute la planète qui sont littéralement des morts-vivants», a souligné Paul Ehrlich.

 

AFP

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