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chers cousins germains..

Publié le par ottolilienthal

A Berlin, un nouvel aéroport huit ans trop tard

 

L’inauguration du site, qui devait avoir lieu en 2012, se déroulera finalement dimanche. Conclusion d’un projet monumental jalonné de révélations sidérantes.

 

Cette fois, aucune grande fête n’a été prévue. Samedi 31 octobre, seule une petite centaine d’invités se retrouveront autour d’un modeste pot pour marquer l’ouverture – avec huit ans de retard – du nouvel aéroport de Berlin Willy-Brandt. Rien à voir avec l’immense réception qui aurait dû se tenir le 24 mai 2012. Ce jour-là, 10 000 personnes avaient été conviées pour l’inauguration de ce qui était présenté comme « l’aéroport le plus moderne d’Europe ». Mais l’événement avait été annulé en catastrophe une semaine plus tôt après qu’une expertise technique eut révélé que le système anti-incendie était défectueux. A l’époque, la direction du site avait assuré que tout serait réglé en trois mois. Il aura finalement fallu attendre huit ans pour que l’ouverture – six fois annoncée et six fois reportée – puisse enfin avoir lieu.

 

 

Que celle-ci soit aujourd’hui célébrée en petit comité – pour ne pas dire en catimini – n’a rien d’étonnant. D’abord en raison de la situation sanitaire, qui empêche la tenue des grands rassemblements. Ensuite à cause de la crise que traverse le secteur aérien, une crise sans précédent qui rend inconcevable une inauguration festive comme celle imaginée en 2012, époque où le secteur était, au contraire, en pleine croissance. Enfin, à cause de l’histoire même de ce nouvel aéroport. L’histoire d’un projet monumental qui a viré au fiasco le plus total. Une histoire jalonnée de révélations sidérantes et de démissions fracassantes. Une histoire tellement ubuesque que deux commissions d’enquête parlementaires ont même été créées pour tenter d’expliquer comment un chantier qui devait être achevé en cinq ans avec un budget de 2,7 milliards d’euros aura finalement duré trois fois plus de temps et coûté deux fois plus cher.

 

Calendrier intenable

 

Cette histoire, en réalité, commence à la fin des années 1980. En visite à Berlin-Ouest le 12 juin 1987, Ronald Reagan prononce, devant la porte de Brandebourg, un discours aux accents prophétiques. Interpellant son homologue soviétique en une formule qui restera célèbre (« M. Gorbatchev, abattez ce mur ! »), le président américain imagine ce que deviendra Berlin quand elle ne sera plus coupée en deux : une ville « ouverte à toute l’Europe, celle de l’Est comme celle de l’Ouest », une ville qui, pour cela, devra être « dotée de meilleures liaisons aériennes » et « pourra devenir l’une des principales plates-formes aéroportuaires du centre de l’Europe ».

 

En 1987, ces paroles ont encore quelque chose d’utopique. Trois ans plus tard, la réunification allemande rend possible le rêve exprimé par Ronald Reagan. Choisie comme capitale de l’Allemagne réunifiée, Berlin doit se doter d’infrastructures dignes de son nouveau statut. Pour cela, une gare centrale ultramoderne est inaugurée, en 2006, à deux pas de la toute nouvelle chancellerie fédérale. Parallèlement, l’idée s’impose que la métropole a également besoin d’un nouvel aéroport afin de remplacer, à terme, ceux de Schönefeld, Tegel et Tempelhof, vestiges du Berlin de la guerre froide.

 

Le chantier, situé au sud-est de la capitale, à une quinzaine de kilomètres du centre et en face de la base de Schönefeld – ce qui permet d’utiliser les pistes déjà existantes – démarre en 2006. A l’origine, l’ouverture est prévue pour 2011. Mais, très vite, les déboires s’accumulent. Alors même que la construction a commencé, la société gestionnaire de l’aéroport, détenue à 37 % par le Land de Berlin, 37 % par celui du Brandebourg et 26 % par l’Etat fédéral, somme l’architecte de réviser ses plans et d’ajouter un étage pour augmenter les capacités d’accueil et les surfaces réservées aux commerces. En 2010, une entreprise impliquée dans la gestion du projet fait faillite. Le calendrier devient vite intenable. Mais le maire de Berlin, Klaus Wowereit, ne veut pas reporter l’ouverture de plus de quelques mois et annonce que celle-ci aura lieu, quoi qu’il arrive, en 2012.

 

D’innombrables défauts de conception

 

L’annulation de cette inauguration qui se voulait grandiose, et à laquelle devait notamment participer la chancelière Angela Merkel, provoque un tremblement de terre. Discrédité, Klaus Wowereit finit par démissionner de son mandat en décembre 2014. A la tête de l’aéroport aussi, les responsables sont remplacés par de nouvelles équipes dont la première mission est de réaliser un audit général. La liste des malfaçons mises au jour (550 000 au total !) est impressionnante. Le système anti-incendie doit être entièrement refait. Certains escalators sont trop courts. Des portes sont mal numérotées. Le nombre de comptoirs construits pour les compagnies aériennes se révèle largement insuffisant. Quant au réseau électrique, il est tout bonnement inexploitable. « Certains câbles commençaient quelque part mais personne ne savait où ils allaient. Pour rattraper le coup, on a dû rajouter un nombre incalculable de câbles sur des supports qui n’avaient pas été prévus pour cela », se souvient Patrick Muller, responsable de l’exploitation de l’aéroport. Une anecdote, à l’époque, fit couler beaucoup d’encre : au sein du bâtiment, les lumières restaient allumées nuit et jour, pour la simple raison que nul ne savait comment les éteindre…

 

Alors que le chantier s’éternise à cause de ces innombrables défauts de conception découverts en cours de route, la société gestionnaire est attaquée en justice par plusieurs entreprises qui lui réclament des dommages et intérêts, à l’instar de la Deutsche Bahn, qui en a réalisé la desserte ferroviaire, ou de plus petites sociétés ruinées pour avoir investi dans des commerces restés désespérément vides durant des années. Plus embarrassant encore en termes d’image : la condamnation d’un des cadres de la société gestionnaire, en 2016, à trois ans et demi de prison ferme et 150 000 euros d’amende pour corruption passive ; puis l’ouverture, l’année suivante, d’une enquête pour détournement de fonds contre un ancien directeur technique de l’aéroport.

 
 

Après tant de déconvenues, l’ouverture prévue ce week-end – le premier vol commercial, un Berlin-Londres de la compagnie EasyJet, décollera dimanche à 6 h 45 – ne suffira sans doute pas à effacer une décennie de gabegie qui a conduit à des situations proprement absurdes. Celle d’un site fantôme où des employés sont régulièrement venus tirer des chasses d’eau et tourner des robinets pour que la plomberie fonctionne le jour où l’on s’en servira, où du personnel de ménage a continué d’entretenir un hôtel quatre étoiles sans clients, où des trains sans passagers ont circulé chaque jour pour maintenir un niveau d’aération minimal dans la gare et les tunnels…

 

« Un peu vieillot »

 

« Nous, ingénieurs allemands, sommes littéralement mortifiés », déclarait récemment l’urbaniste Engelbert Lütke Daldrup, un ancien secrétaire d’Etat aux transports du Brandebourg, devenu, en 2017, le troisième président de la société gestionnaire de l’aéroport. « L’Allemagne est connue pour sa compétence en matière d’ingénierie. Nous avons la réputation d’être ponctuels et efficaces. Tout cela est très embarrassant pour Berlin et l’Allemagne. » Angela Merkel, en 2018, avait dit à peu près la même chose : « Les Chinois avec qui nous discutons, se posent eux-mêmes la question : “Que se passe-t-il à Berlin pour qu’ils ne soient pas capables de construire un aéroport avec deux pistes ?” », s’était agacée la chancelière allemande, au moment même où était inauguré le pont géant de 55 kilomètres reliant Hongkong au continent chinois, dont le chantier avait pourtant commencé trois ans après celui de Berlin.

 

 

Devenu un objet de risée, au point qu’il existe même un jeu de société dont les cartes listent les innombrables avaries du bâtiment, l’aéroport Willy-Brandt aura finalement toujours été à contretemps. Même ses responsables l’admettent avec honnêteté : « Ce qui ouvre aujourd’hui, en 2020, c’est un aéroport conçu dans les années 2000, donc déjà un peu vieillot », reconnaît ainsi M. Muller, le responsable de l’exploitation, qui cite notamment les « systèmes d’affichage avec des caractères bien plus petits que ceux qu’on sait faire aujourd’hui ». Autre exemple : les prises qu’il a fallu installer un peu partout pour que les passagers puissent recharger leurs téléphones portables. Des équipements qui ne semblaient pas indispensables il y a une décennie, mais dont le rajout in extremis ne fait pas pour autant du nouvel aéroport de la capitale du pays le plus riche d’Europe un objet dernier cri.

 

Il n’empêche : pour les habitués des aéroports berlinois, le sentiment de modernité n’en sera pas moins palpable. Au moins ce nouveau site est-il accessible en métro depuis Berlin, ce qui n’était pas le cas de celui de Tegel, qui fermera définitivement le 8 novembre, mais que les habitués commencent à regretter pour son charme vintage et ses guichets qui conduisaient directement aux avions, évitant des files d’attente interminables. De plus, il dispose d’un système de centralisation de la collecte de bagages, ce qui n’était pas le cas à Tegel et à Schönefeld qui, lui, reste ouvert mais devient le terminal 5 du nouvel ensemble.

 

Terminal 5 ?

 

Rien que ce chiffre donne une idée de la situation actuelle. Car ce qui ouvre, ce week-end, n’est en réalité que le premier terminal d’un aéroport dont le deuxième ouvrira peut-être en 2021, mais dont les troisième et quatrième ne sont toujours pas construits. Car là réside la dernière ironie de toute cette histoire : conçu pour accueillir 40 millions de passagers par an, le bâtiment ne devrait pas même en recevoir la moitié en 2021, et les plus optimistes n’imaginent pas un retour au trafic pré-Covid-19 avant 2023 ou 2024. Economiquement, les conséquences risquent d’être désastreuses. D’un point de vue sanitaire, en revanche, ce n’est pas sans avantage. C’est le message qu’essaie de faire passer ces temps-ci le président de l’aéroport qui, lorsqu’on lui demande si cette ouverture n’est pas totalement intempestive, fait systématiquement la même réponse : « Au moins nous aurons beaucoup de place, ce qui nous permettra de faire parfaitement respecter les règles de distanciation physique. »

 

Par Thomas Wieder (Berlin, correspondant)

Angela Merkel vole au secours de l'euro (et dans les plumes des juges constitutionnels allemands)

 

Après la charge de la Cour constitutionnelle allemande contre la BCE, la chancelière a pris le parti de l'UE mercredi. Devant le Bundestag, elle a plaidé pour une plus grande «intégration» économique et politique de la zone euro.

 

La Chancelière contre-attaque ! Mercredi, devant le Bundestag (la chambre basse du Parlement allemand), Angela Merkel a clamé son attachement indéfectible à la monnaie unique européenne et a plaidé pour une plus grande «intégration» économique et politique de la zone euro afin qu’elle puisse se montrer solidaire de ses membres les plus faibles. C’est une réponse sans ambiguïté à la Cour constitutionnelle de Karlsruhe qui, dans un arrêt du 5 mai, a sonné la charge contre la Banque centrale européenne (BCE) accusée de nuire aux intérêts allemands. C’est cette voie nationaliste, qui menait à une sortie de l’euro, que la Chancelière a clairement refusé.

Abcès

Même si ce n’était certainement pas l’intention des juges constitutionnels, leur arrêt a mis à jour les profondes contradictions allemandes à l’égard de la monnaie unique. En s’opposant fermement à toute solidarité budgétaire, ce qu’on appelle outre-Rhin une «Union de transferts», l’Allemagne a obligé la BCE à intervenir depuis 2012 sur le marché de la dette d’Etat afin de maintenir à flot la zone euro. Elle s’est accommodée de cette politique monétaire agressive, la survie de la monnaie unique étant dans son intérêt. Mais, ultime contradiction, en la critiquant fermement parce qu’il s’agit d’un succédané de politique budgétaire européenne dont elle rejette le principe même…

 

Karlsruhe, en menaçant de déclarer contraire à la constitution allemande le rachat d’obligations publiques parce que la baisse des taux d’intérêt qu’il induit nuit aux épargnants allemands, a donc «crevé l’abcès», comme on le dit à Paris. Car c’est désormais tout l’édifice européen qui menace de s’écrouler : sans transfert budgétaire entre riches et pauvres et sans intervention de la BCE, l’euro serait totalement à la merci des marchés et son pronostic vital engagé. Sans compter que les juges allemands, pour avoir la peau de la BCE, ont enterré au passage la supériorité du droit européen sur les droits nationaux, le pilier sur lequel reposent le marché intérieur et donc l’Union.

A LIRE AUSSIDaniel Cohn-Bendit : «Cette décision transpire le nationalisme juridique»

Les autorités allemandes ont vite compris qu’elles étaient tombées dans un piège : donner raison à Karlsruhe, c’est condamner l’euro et l’Union ; s’opposer à la Cour, c’est déclencher une crise institutionnelle et politique. Les conséquences étant, dans les deux cas, totalement imprévisibles. Merkel a donc choisi la seule voie possible, comme on en faisait le pari à l’Elysée : «Montrer qu’elle ne cédera pas à des juges souverainistes, montrer qu’elle est européenne en allant plus loin dans l’intégration.» Comment ? En se ralliant à une «Union de transferts», afin de soulager la BCE qui n’aura plus à soutenir les Etats de la zone euro en rachetant leur dette. Si les pays de la zone euro bénéficient de l’aide d’un budget commun afin de pouvoir financer une partie de leurs dépenses sans s’endetter plus que de raison, l’intervention de l’institut d’émission ne sera plus nécessaire qu’en temps de crise grave.

«L’euro va survivre»

Après l’arrêt de la cour de Karlsruhe, «il s’agit à présent d’agir en responsabilité et de manière intelligente pour que l’euro puisse survivre», a expliqué Angela Merkel. Car «il va survivre», a-t-elle martelé. En clair, cela va «nous inciter à faire davantage en matière de politique économique, afin de faire progresser l’intégration» de la zone euro. Les travaux pratiques vont rapidement commencer : «Nous allons à coup sûr nous pencher sur cette question en lien avec ce qu’on appelle le "fonds de relance", car il en va ici de la solidarité européenne et plus la réponse européenne dans ce cadre sera forte, plus la BCE pourra travailler dans un cadre sûr», sans avoir à intervenir sur le marché des dettes publiques, ce qui calmera Karlsruhe.

 

Ce fonds, dont la création a été demandée par les Vingt-sept, va être détaillé par la Commission dans les quinze jours. Angela Merkel s’est bien gardée, pour l’instant, de dire ce qu’elle était prête à accepter. Pour Paris, ce fonds devrait être doté d’au moins 1 000 à 1 500 milliards d’euros, une somme qui serait atteinte grâce à des emprunts émis par la Commission avec la garantie commune des Vingt-sept. Cet argent servirait à financer les dépenses de reconstruction, de santé et d’investissement dans les technologies du futur. Surtout, il s’agirait de subventions et non de prêts et la dette serait remboursée par le budget européen, c’est-à-dire au prorata non pas de ce qu’un pays a reçu, mais de sa richesse relative. Une vraie solidarité donc.

Union politique

Berlin est-elle prête à cette mutualisation de la dette de reconstruction ? Ou préfèrera-t-elle augmenter sa contribution au budget européen ou créer de nouvelles ressources propres (taxe carbone aux frontières, taxe sur les géants du numérique, etc.) ? A ce stade, Merkel n’a donné aucun signal dans un sens ou dans l’autre. Mais il est clair que son discours va libérer d’un poids Ursula von der Leyen, la présidente allemande de la Commission, qui va pouvoir faire preuve d’audace, ce que personne ne pourra lui reprocher.

La chancelière n’a pas non plus précisé ce qu’elle entendait par une «intégration» plus grande de la zone euro, même si elle a repris les termes de l’ancien président français de la Commission (1985-1994) : «Nous ne devons pas oublier ce que Jacques Delors disait avant l’introduction de l’euro : il faut une union politique, une union monétaire ne suffira pas.» Or qui dit union politique, dit fédéralisation de la zone euro, ce qui passe par un exécutif indépendant, un budget et un contrôle parlementaire, autant de propositions formulées par Emmanuel Macron et jusque-là rejetées par l’Allemagne. Les semaines à venir s’annoncent pleines de surprises. Décidément, l’Europe ne se fait que dans les crises.

Par Jean Quatremer, correspondant à Bruxelles (UE) 

Les banques allemandes sont prises au piège des taux bas

 

Outre-Rhin, la taxation des dépôts ne suffira pas à redresser la rentabilité des établissements de crédit qui restent parmi les moins performants d'Europe, selon Moody's.

 

Deutsche Bank et Commerzbank ne sont pas les seules malades de la banque allemande. Alors que l’avenir demeure incertain pour les deux piliers de la finance outre-Rhin, Moody’s a abaissé hier de neutre à négative sa perspective sur les banques du pays. «Nous anticipons un affaiblissement de la profitabilité et de la solvabilité globale des banques du pays dans les 12 à 18 prochains mois», indique le rapport de l’agence de notation. Leur marge d’intérêt souffre toujours davantage de la faiblesse des taux dans la zone euro.

En septembre, le taux directeur de la Banque centrale européenne (BCE) s’est encore enfoncé un peu plus en territoire négatif, à -0,5%. Quelques jours plus tard, S&P Global Ratings avait révisé de positive à négative sa perspective sur les banques coopératives allemandes, sans pour autant abaisser leur note de crédit. Parmi les facteurs de risques, l’agence citait «la faible rentabilité, les risques croissants liés à la rupture technologique, et la perspective d’un environnement de taux bas persistant».

La conjonction de la situation inédite des taux et du ralentissement de l’économie allemande va peser davantage sur les banques du pays car elles auront plus de mal à compenser la baisse des revenus d’intérêt par une hausse des volumes de crédit, estime Moody’s, qui note 45 établissements de crédit représentant 80% du système bancaire allemand. En outre, elles ont «connu un succès limité dans l’adaptation de leur structure de coûts élevée à leur profil de faible risque et faible marge de crédit, et à leur insuffisante génération de revenus de commissions», pointent les analystes de l’agence de notation. Entre 2015 et 2018, les revenus nets d’intérêt du secteur sont passés de 96 milliards à 87 milliards d’euros, selon les chiffres de la Bundesbank. Soit une baisse de 9 milliards en trois ans. En parallèle, les commissions facturées aux clients sont restées quasi stables, à 30 milliards d’euros.

Coefficient d'exploitation de 80%

Faute de relais de croissance et de plans d’économies drastiques, le coefficient d’exploitation (ratio des coûts sur dépenses) des établissements de crédit allemands n’a cessé de croître ces dernières années pour atteindre en moyenne 79% en 2018, contre 70% en France, et 67% en moyenne dans la zone euro, selon les calculs de Moody’s. Dans un paysage bancaire très morcelé outre-Rhin, la situation est très contrastée, avec des ratios s’étalant de moins de 50% à plus de 100%.

Dans ce contexte, les prêteurs allemands sont de plus en plus tentés de taxer les dépôts des particuliers et des PME. Ces actifs coûteux pour les banques, en raison de la facturation des liquidités centralisées à la BCE, représentent plus de 40% des bilans bancaires du pays. Les petites caisses d’épargne et banques coopératives dépendent même entièrement de ces ressources de court terme, contrairement aux grands établissements qui peuvent se refinancer sur les marchés. Une coopérative bavaroise, Volksbank Raiffeisenbank Fürstenfeldbruck, vient ainsi d’annoncer un taux d'intérêt négatif de 0,5% dès le premier centime d'euro déposé sur un compte à vue ouvert à partir du 1er octobre. Ce cas est inédit : les banques ayant déjà opté pour ce type de politique appliquent en général un plancher de 100.000 euros. L’affaire risque aussi de relancer le débat politique tendu sur la facturation des dépôts des épargnants allemands. 

 

22/11/2019 L'AGEFI Quotidien

 
 
 
 

« L’Allemagne est en train de perdre son pari énergétique »


"Malgré des centaines de milliards d’investissement dans sa transition energétique, l’impact climatique est pour l’instant quasiment nul alors que l’éolien représente déjà 25 % de l’électricité produite outre-Rhin et qu’il sera difficile d’aller au-delà, explique Philippe Escande, éditorialiste au « Monde »."
Article complet :


"Une jolie flottille de 17 voiliers est venue accueillir dans le port de New York, ce mercredi 28 août, l’arrivée de la nouvelle Jeanne d’Arc du combat climatique mondiale, Greta Thunberg. La jeune Suédoise de 16 ans est invitée par le secrétaire général de l’ONU à s’exprimer au sommet sur le climat qui se tiendra en septembre. Sa voix adolescente émouvra plus sûrement les médias et les citoyens que les représentants des pays émergents les moins motivés ou le président Donald Trump. Mais elle aurait aussi bien pu s’éviter une pénible traversée de deux semaines sur un voilier de course « skippé » par le petit-fils du prince Rainier de Monaco, et rester en Allemagne où elle était en juillet.

Car le plus riche pays d’Europe est en train de perdre son pari énergétique. « Si cela continue, le gouvernement ratera les objectifs qu’il s’est fixés en matière d’énergie renouvelable », résume le directeur adjoint de la chambre de commerce allemande, Achim Dercks, à nos confrères du Financial Times. Son propos se réfère à l’effondrement des implantations d’éoliennes sur le sol allemand. Le nombre de constructions nouvelles a chuté en 2019 de 80 % par rapport à 2018, elle-même en recul de plus de 40 % sur l’année précédente.

Peur du nucléaire


En cause, comme ailleurs en Europe, le manque d’emplacements, les obstacles réglementaires et la rébellion des particuliers contre de nouvelles implantations. Or, compte tenu du faible potentiel du solaire sous ces latitudes, l’énergie du vent est devenue la pierre angulaire de toute la politique énergétique du pays.

Berlin s’est promis d’arrêter le nucléaire en 2022 et le charbon en 2038. Après l’accident de Fukushima en 2011, Angela Merkel a privilégié politiquement la peur du nucléaire plutôt que l’urgence climatique, laissant prospérer quinze ans de plus le charbon, gros pourvoyeur d’emplois et de gaz à effet de serre. Et après des centaines de milliards d’investissement dans sa transition energétique, l’impact climatique est pour l’instant quasiment nul alors que l’éolien représente déjà 25 % de l’électricité produite et qu’il sera difficile d’aller au-delà. A méditer sur les bancs des Nations unies."


(publié par Joëlle Leconte)

 

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10158507011122281

Où en est l'Allemagne après Chemnitz ? Réponses avec M. Pouydesseau

 
 
 
 
 
Mathieu Pouydesseau vit et travaille en Allemagne depuis 18 ans et espère obtenir prochainement la nationalité de ce pays. Il est diplômé de l'IEP de Bordeaux et en Histoire, et travaille dans l'informatique. Longtemps fédéraliste européen, il fut un temps au Conseil national du Parti socialiste français, et est actuellement engagé au SPD allemand. Il s'exprime donc ici en tant qu'observateur de l'Allemagne connaissant à la fois le tissu économique et les structures politiques du pays.
 
***
 
En Allemagne, à Chemnitz puis dans la petite ville de Köthen, on a vu se produire plusieurs manifestations d’extrême-droite suite au meurtre d'un jeune homme imputé à des migrants. Que se passe-t-il outre-Rhin? La situation peut-être devenir hors de contrôle ?
 
Il faut se rappeler que lorsqu'on a redonné sa souveraineté à l'Allemagne après la guerre, on l'a fait avec beaucoup de précautions. Tant en RFA qu’en RDA on écrivit dans la Constitution l’obligation de combattre les idéologies issues de l’extrême-droite. Dès que l’extrême-droite donnait des signes de renouveau, les chancelleries réagissaient. Au milieu des années 80, les « Républicains » (Die Republikaner), menés par un ancien Waffen SS, remportèrent des sièges dans des parlements régionaux de l'Ouest. Les autres pays firent les gros yeux, menaçant l'Allemagne de ne pas être accommodants sur certaines de ses revendications en Europe si elle ne maîtrisait pas le problème. Pendant le processus de réunification, on fit également les gros yeux lorsque des ratonnades aboutirent à la mort de migrants en ex-RDA, à Rostock par exemple.
 
Mais après la création du marché commun puis de marché et de la monnaie uniques, le choix fut progressivement fait de ne plus surveiller l'Allemagne. En Allemagne, le travail sur la mémoire n’a pas empêché, selon le travail fascinant de Harald Welzer, de disculper « Papi qui n’était pas nazi ». En France, entre 2000 et 2015, toute évocation de la résurgence de l’extrême-droite allemande était rejetée comme « germanophobe » ou relativisé par la comparaison des scores de l’extrême-droite française. Dans nos deux pays, il y a eu un processus dissociant l’Allemagne de la guerre de l’Allemagne actuelle.
 
Pourtant, des signes d’un tsunami en devenir étaient visibles. Dans la décennie 2002-2012, le NPD remporta des succès électoraux en étant ouvertement sympathisant du neonazisme. Une procédure d’interdiction échoua parce que l’imbrication des services secrets allemands dans la direction était telle qu’il était impossible de déterminer si les actes illégaux reprochés étaient issus du NPD, ou provoqués par les agents infiltrés des services secrets, indicateurs ou agents, placés jusqu’à la direction nationale du NPD. 
 
Ces succès du NPD coïncident avec deux autres événements. En 2006, c’est la coupe du monde de football en Allemagne, où les Allemands issus de générations sans connexion directe à 1933-1945, découvrent la joie de fêter leur équipe nationale, leur drapeau, leur fierté innocente d’être Allemands. La même année, la presse s’interroge sur une mystérieuse « d'infirmière fantôme » tueuse de la mafia turque, qui aurait assassinée une demi douzaines de petits commerçants d’origine turque et grecque, et posé une bombe dans un quartier d’immigration de Cologne, faisant 200 blessés. Ce n’est qu’en novembre 2011 que l’on découvrira que ces meurtres n’étaient en rien liés à « la mafia turque », construction raciste n’existant que dans l’esprit des enquêteurs allemands, mais à un groupe terroriste néonazi, la NSU, qui filmait ses actes et diffusait ses vidéos de propagande dans les réseaux clandestins de l’extrême droite allemande. Neuf migrants et une policière furent ainsi assassinés. Dès la découverte, fortuite, de cette cellule terroriste, les services secrets allemands engagèrent immédiatement ... la destruction complète de leurs archives concernant les membres de ce groupe... 
 
L'année 2011 marque aussi une césure dans le recensement des actes de violence de l’extrême-droite en Allemagne. A partir de cette date, le nombre d’actes de violence motivée par l’extrême-droite va doubler chaque année dans l’indifférence générale, jusqu’à atteindre plus de 2000 actes, soit 10 fois plus que l’extrême-gauche et 25 fois plus que les islamistes, chaque année. Cependant, la médiatisation est modérée. L’attention des politiques comme des services secrets se porte sur l’islamisme et sur l’ultra-gauchisme après les manifestations contre les réunions du G8 en 2007 dans la campagne du Mecklembourg, puis du G20 en 2017 à Hambourg. Dans le même temps, l’attrait électoral pour l’extrême-droite croit selon un modèle très simple à suivre : d’abord, l’électeur perd confiance dans les institutions démocratiques et passe par une phase apathique d’abstention. Ensuite, dans certaines régions, un parti alibi sert à rompre des résistances profondes dans le comportement électoral. C’est ainsi que l’ovni politique du Parti Pirate devient le réceptacle d’une poussée populiste non cristallisée, faisant des scores entre 6 et 15% des voix et entrant dans 9 parlements régionaux. Partout où les Pirates sont forts - et cela s’observe jusqu’au niveau des bureaux de vote - le NPD est faible. Mais les Pirates étaient un feu de paille et n'ont existé qu'entre 2011 et 2013.
 
A partir de 2013, un nouveau parti en Allemagne est prêt à recueillir les braises dans le foyer, l'AfD, qui, de parti élitaire anti-euro, se transforme peu à peu en synthèse allemande de l'UKIP britannique, du FN et de la Lega italienne. Aujourd’hui, les sondages donnent l'AfD à égalité avec le SPD à 17%, et des dirigeants de la droite parlementaire évoquent des alliances avec elle.
 
Les émeutes de Chemnitz n'arrivent donc pas comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Elles instrumentalisent la question des réfugiés, devenue critique dans l’opinion allemande après septembre 2015, mais la genèse est ancienne. D’ailleurs, le cadre théorique et idéologique d'un parti islamophobe tel Pegida, a été posé dès 2008 par ... un ancien dirigeant du SPD, Thilo Sarrazin, ancien responsable des finances de la ville de Berlin, puis membre du directoire de la Bundesbank, dès la publication de son livre « L’Allemagne s’auto-dissous », suivi depuis par un livre tous les 18 mois.  
 
Les émeutes de Chemnitz furent extrêmement bien préparées. Déjà, en 2017, la fachosphere de Saxe avait lancé des rumeurs d’agressions de femmes allemandes par des migrants en marge de la fête populaire de la ville mais la campagne n’avait pas pris. Dans la préparation de la fête de Chemnitz de 2018, les associations de lutte contre le racisme prévoyaient une nouvelle action des réseaux clandestins de l’extrême-droite, sans cependant pouvoir prédire le fait divers dramatique à son origine – dans une rixe à 3h du matin un réfugié tue d’un coup de couteau un germano-cubain - ni son exploitation politique. Depuis, le procureur fédéral d'Allemagne a annoncé fin septembre le démantèlement d’une cellule terroriste néonazie planifiant des meurtres de réfugiés et d’élus de gauche. Ce groupe a utilisé les manifestations de Chemnitz pour tester ses modes opératoires en vue d’enlever et d’assassiner des réfugiés. Il a été démantelé alors qu’il se procurait un arsenal pour passer aux assassinats.
 
Ne nous leurrons pas : le rejet de l’islam par Pegida sert de cache-nez à la résurgence d’idéologies très allemandes. A Chemnitz, un restaurant casher au nom hébraïque a été ravagé par une foule criant « Judensau raus » - (porcs de Juifs dehors). A Dortmund, dans deux défilés néonazis, l’un des slogans était « qui aime l‘Allemagne est antisémite ». On le voit, il n’y a pas d’ambiguïté ni de détour par une rhétorique anti-Israël. C’est de l’antisémitisme pur, recyclant les mots mêmes du nazisme.
 
Un dernier groupe de la malheureusement très importante fachosphère allemande mérite d’être mentionné : ce sont les « Reichsbürger » ou « Citoyens de l'Empire ». Ces derniers refusent toute légitimité institutionnelle à la République fédérale, considérant que l'Empire n’a pas été dissous de manière légale en 1918. Ils battent leur propre monnaie, arborent leur drapeau, refusent de payer l’impôt ou de reconnaître l’autorité légitime de la police. Cela peut paraître folklorique mais ils sont armés et ont tué plusieurs policiers ces dernières années, et la dernière estimation publiée évalue leur nombre à ... 50 000.
 
L'Europe a décidé en toute conscience de fermer les yeux et de faire confiance à l'Allemagne pour étouffer ces vieux démons. Elle a tort : l'Allemagne doit être surveillée et rappelée à ses devoirs particuliers. Malheureusement, l’idéologie de « l'Europe, source de paix », dénuée de fondement, est aussi construite sur l’idée d’une Allemagne enfin démocratique et apaisée au cœur de l'Europe. Dénoncer son extrême-droite est suspect de « germanophobie ». C’est mal. C’est ce qui explique l’effet de surprise et de sidération en France. Mais le phénomène de la montée de ces nouvelles extrême-droites était visible et prévisible. D’ailleurs, à mon humble niveau, je l’annonçais et la dénonçais déjà il y a dix ans.
 
Alors est-ce que ces mouvements sont de nature à renverser l’ordre constitutionnel allemand ? Non. Pas encore. Mais l‘Allemagne ne va pas s’en sortir seule, et doit comprendre qu’il est important pour ses partenaires qu’elle agisse enfin.
 
Köthen se situe dans le Land de Saxe-Anhalt et Chemnitz en Saxe. La Saxe est également le lieu de naissance du mouvement Pegida, et l'ex Allemagne de l'Est est l'endroit où le parti AfD réalise ses meilleurs scores électoraux. La Réunification allemande est-elle inachevée, ainsi que l'écrit le sociologue Italien Vladimiro Giacche ?
 
Lorsque je suis arrivé en Allemagne, le premier livre dédicacé qu'on m'a offert était un recueil d’articles et de discours de Wolfgang Thierse, ancien fondateur du SPD de l'Est, puis président du Bundestag entre 1998 et 2005. Ce livre s’appelle « Parler de sa propre voix » et décrit le processus extrêmement violent et traumatisant d’une réunification vécue comme une colonisation par l'Ouest. Certains parlent même aujourd’hui d’une « annexion », et si le terme peut paraître exagéré en droit, il décrit pourtant le ressenti de nombreux allemands de l'Est. D’ailleurs, cette souffrance reste un thème d’actualité, qui, à l’occasion de la fête de la Réunification de cette année, a même trouvé son chemin dans des discours d’hommes politiques conservateurs de l‘Ouest.
 
Dans les mois ayant précédé la Réunification, Helmut Kohl a prononcé une phrase essentielle : il a promis à la RDA, qui menait ses premières élections libres, « des paysages florissants » et une prospérité sans égale. Vingt-huit ans après, la réalité est bien différente. Près de trois millions d’Allemands de l'Est ont migré vers l'Ouest, vidant les campagnes et les villes moyennes. Les régions les plus pauvres d‘Allemagne, les cantons aux salaires les plus faibles sont à l'Est. Le nombre des foyers dépendant du minimum social appelé « Harz 4 » est deux fois plus important qu’en Bavière. Le centre des villes dynamiques de l'Est - Dresde, Leipzig, Iéna - voient arriver de nombreux cadres de l’Ouest qui achètent des biens immobiliers pas chers et travaillant en semaine à Berlin, Nuremberg où Munich.
 
Cependant, si l'AfD fait 22% en Saxe, elle atteint aussi ce score dans certains coins de l'Ouest, par exemple en Rhénanie, dans certaines villes autrefois bastion du SPD. Si les émeutes en Saxe ont défrayé la chronique, deux cortèges de néonazis criant « qui aime l'Allemagne est antisémite » ont pu défiler le même jour à Dortmund avec une police dépassée incapable de mettre fin à ce trouble à l’ordre public. C'est en partie lié à la crise sociale, qui touche aussi l'Ouest. Il y a beaucoup de contradictions dans une société qui se vante de sa croissance, de son équilibre budgétaire, de son plein emploi, de ses excédents commerciaux, mais qui est incapable d’expliquer à 40% de sa population pourquoi son pouvoir d’achat est inférieur à ce qu'il était en 1996, pourquoi 17% d'Allemands vivent sous le seuil de pauvreté, pourquoi les inégalités de patrimoine ont retrouvé le niveau de ... 1910.
 
Ces fractures, avec 40% de personnes qui souffrent, 30% qui jouissent et 30% qui ont peur de souffrir tout en rêvant de jouir, expliquent d’ailleurs le vote des législatives de septembre 2017, qui a ététoutes les analyses en catégories socioprofessionnelles ou en niveau de revenu le démontrent, un vote de classes. Les 40% qui souffrent ont majoritairement voté Die Linke ou AfD, les 30% qui vont bien ont voté Libéraux et Verts, et les 30% d’inquiets, dont beaucoup de retraités, CDU et SPD.
 
Ce qui est vraiment inquiétant, c’est la perte de confiance dans l’ordre démocratique comme ordre garantissant la prospérité du plus grand nombre, et l’échec tant de l’économie sociale de marché des conservateurs, que de la social-démocratie de marché du SPD.
 
Il semble que la situation échappe peu à peu à une Angela Merkel de plus en plus fragilisée. Est-il possible que la chancelière ne termine pas son mandat ? Qu'est-ce qui pourrait venir ensuite ?
 
J’ai parié en février 2018 que Merkel ne serait plus chancelière fin octobre, après les élections régionales en Bavière. Ça se rapproche, et elle a déjà failli chuter à deux reprises en juin et en septembre, après avoir eu besoin de six mois pour former un gouvernement après les élections de septembre 2017.
 
C’est là où le concept de « Weimarisation » de la vie politique européenne que je développe depuis cinq ans trouve sa confirmation. La « Grande coalition » ne pèse plus que 56% des électeurs. Elle en pesait 70% il y a onze ans. Dans les sondages récents, elle ne serait même plus capable de constituer une majorité parlementaire à 44%. Si le SPD semble avoir atteint un plancher à 16%, la droite - constituée de deux partis, la CDU de Merkel et la CSU en Bavière - s’est encore effondrée et a enregistré son plus mauvais score dans un sondage depuis ... 1949 : à 27% des intentions de vote.
 
Merkel voit également sa popularité s’effondrer. Les observateurs constatent d’ailleurs son impuissance croissante au sein même de son cabinet, de sa propre majorité. La semaine dernière, le groupe parlementaire CDU-CSU devait élire son président de groupe. L'homme de confiance de Merkel, qui occupait la fonction depuis treize ans, a été battu par un député quasiment inconnu et ne disposant d’aucun appui d'importance dans la hiérarchie des deux partis. La candidature « de témoignage » de Brinkhaus a rassemblé plus de trente députés de plus que l’homme de Merkel.Cette dernière n’est donc même pas majoritaire au sein de son groupe. Paradoxalement, à l’heure actuelle, le groupe parlementaire le plus soucieux de faire durer la chancelière est ... le SPD !
 
Tout cela survient après deux crises initiées par le ministre de l’intérieur, Horst Seehofer, également président de la CSU bavaroise. Les deux crises ont eu pour toile de fond la politique migratoire, notamment la gestion de l’ouverture des frontières irresponsable car complètement improvisée, en septembre 2015. Depuis cette date, Seehofer est sans cesse en opposition à la chancelière. En mars 2018, elle a accepté qu’il entre dans le cabinet de la nouvelle Grande coalition en espérant ainsi le contrôler. C’est l’inverse qui se produit : il sape autant qu’il peut son autorité.
Le 14 octobre auront lieu les élections régionales de Bavière. La CSU pourrait perdre sa majorité absolue, voire devoir s’allier à un ennemi - idéologique autant que de classe-, les écologistes, montés à 18%. La CSU a déjà laissé entendre à quoi elle imputerait un éventuel désastre : c’est la politique nationale. Merkel tentera sans doute de faire sauter le fusible Seehofer, mais il est probable que l’aile conservatrice de la CDU, menée par le ministre de la Santé Jens Spahn, lance une offensive avec la CSU contre la chancelière.
 
Le 28 octobre, la région de Hesse, un bastion de la CDU, votera à son tour. Le président sortant, le très conservateur Bouffier, gère avec ... les Verts. En cas de défaite ( là non plus les sondages ne sont pas bons)  il pourrait, vu son âge, servir de chancelier de rechange et de transition. Ça laisserait le temps de choisir à quel moment revenir devant les électeurs et avec quel leader de la droite de long terme. En effet, une chute éventuelle de Merkel ne signifie pas forcément de nouvelles élections car il existe d'autres options institutionnelles. En 1982, lorsque Helmut Schmidt a perdu un vote de confiance suite au ralliement de son partenaire de coalition à l’opposition, Helmut Kohl devint par exemple chancelier sans élection. Wolfgang Schauble, aujourd'hui président du Bundestag, a également évoqué la possibilité d’un gouvernement minoritaire de droite au cas où le SPD quittait la coalition. En tout état de cause, Merkel a compris que la bataille de succession occupe tout le monde dans son camp. Elle espère encore pouvoir l’organiser elle-même. Elle a en notamment intronisé une possible dauphine (Annette Kramp-Karrenbauer, surnommée AKK, ancienne présidente de la région de Sarre et secrétaire générale de la CDU), et souhaite se présenter en décembre  à la présidence de la CDU sans doute pour être maîtresse du rythme de son éviction. Toutefois, l’aile droite de son parti lui a déjà demandé de renoncer à se présenter....
 
L'une des conséquences de tout cela, c’est que depuis septembre 2017, l'Allemagne s’occupe de son nombril. Toute initiative française pour relancer « le moteur franco-allemand » en Europe est ainsi assimilable à vouloir faire du vélo en tandem avec un invalide. L'attitude française témoigne d’ailleurs d'une profonde méconnaissance de l'Allemagne, qui n'est pas en mesure et ne désire pas aller plus loin dans la voie de l'intégration européenne.
 
La presse française s'applique à décrire la fondation d'une nouvelle gauche qu'elle qualifie « d'anti- migrants ». Son chef de file  serait la députée Sahra Wagenknecht, qui vient de fonder « Aufstehen » . Que vous en semble ?
 
C’est de la propagande pure et simple, qui vise à limiter le paysage politique européen à deux forces antagonistes uniquement : d'un part un populisme nationaliste et xénophobe liant la critique sociale à un discours de bouc émissaire, d'autre part un néolibéralisme décomplexé exprimant les intérêts de classes supérieures désireuses d'assumer sans entrave leur domination économique, culturelle et sociale, au détriment des autres groupes sociaux et économiques au nom de leur supériorité morale. On souhaite évacuer l'existence d'une troisième option : une gauche radicale renouvelant sa critique du capitalisme financier et des excès du néolibéralisme européen à la lumière des évolutions réelles des deux dernières décennies.
 
La biographie de Sahra Wagenknecht rend peu crédible le fait qu'elle soit « anti-migrants », car elle est binationale (allemande et iranienne). Au delà de ça, le texte de son mouvement ne parle quasiment pas de migration. Et quand il en est question, voilà mot pou mot ce qui est proposé : « Aide aux personnes dans le besoin : garantir le droit d'asile aux personnes persécutées, arrêter les exportations d'armes vers les zones de tension et mettre fin aux pratiques commerciales déloyales, aider les réfugiés de guerre et climatiques, lutter contre la pauvreté, la faim et la misère sur le terrain et créer des perspectives dans les pays d'origine ». Ce que Aufstehen met bien en cause en revanche, ce sont les mécanismes de concurrence salariale au sein de l'Union Européenne, dont l’un des instruments est la libre circulation des personnes dans un espace de sous-investissement dramatique et de chômage de masse.
 
Aufstehen est un danger évident pour les autres formations politiques. En effet, 35% des Allemands sont intéressés par ce mouvement d’après un sondage du magazine Focus d’août 2018. Par ailleurs, le mouvement revendique déjà plus de 150 000 inscrits sur sa plate-forme en un mois d’existence. Le niveau de calomnie va donc augmenter au fur et à mesure qu'il montera en puissance.
 
  Coralie Delaume
 
http://l-arene-nue.blogspot.com/2018/10/ou-en-est-lallemagne-apres-chemnitz.html

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Pourquoi l’Allemagne rapatrie massivement ses réserves d’or

 

 

 
 

La Bundesbank s’attend-elle à tes tempêtes à venir? Depuis deux ans, la banque centrale allemande récupère ses lingots stockés à l’étranger, pour en avoir un maximum à Francfort. Que cache cette subite frénésie, alors que les cours de l’or stagnent depuis des mois?

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