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chers cousins germains..

Publié le par ottolilienthal

Après avoir jeté à la poubelle une partie de son parc de production électrique décarboné, l'Allemagne compte désormais sur celui à construire "chez les autres" pour se fournir en hydrogène "vert", c'est-à-dire produit avec de l'électricité d'origine renouvelable.

Dans les diverses annonces que j'ai vues passer sur cette "stratégie" allemande, il ne figure jamais la réponse aux questions suivantes, qui me semblent pourtant un peu centrales dans l'affaire :

- le nucléaire étant hors jeu pour nos voisins, pourquoi serait-il plus facile de construire des éoliennes et des panneaux solaires hors d'Allemagne plutôt que dans ce pays pour disposer d'électricité bas carbone ?

[note d'adrien couzinier : dans toutes les projections énergétiques allemandes, le parc solaire / éolien / biomasse est insuffisant pour assurer toute la production électrique ou hydrogène en 2050. L’atteinte d’une indépendance énergétique complète de l’Allemagne risque de se heurter aux limites sur les ressources nationales disponibles, tant sur le gisement de biomasse que sur le gisement accessible de photovoltaïque et d’éolien sans contrainte d’acceptabilité. L’Allemagne envisage ainsi de recourir à des imports énergétiques pour couvrir sa consommation intérieure. L’ensemble des scénarios publics reposent sur des imports nets d’électricité et de gaz (méthane et/ou hydrogène).]

- les pays d'Afrique du Nord, ou d'autres "bien insolés", ou "bien ventés", devront développer des ENR pour décarboner leur propre mix électrique. Pourquoi les premières éoliennes et les premiers panneaux solaires au sein de ces pays devraient prioritairement servir à décarboner l'Allemagne plutôt que leur économie domestique ?

- le rendement de chaine est faible : l'électrolyse à partir d'électricité a un rendement de l'ordre de 70% et la liquéfaction + transport de H2 un rendement de l'ordre de 50% (et je ne connais pas celui de la "regazéification" de l'hydrogène). Si on passe par le méthane ou l'ammoniac on économise les pertes de liquéfaction mais on perd l'énergie nécessaire à la synthèse de CH4 ou NH3. Il faut donc doubler (et peut-être plus) la production électrique par rapport à une production locale utilisée en direct. Pourquoi cela "tiendrait" physiquement et économiquement à long terme, au surplus dans un monde où les bateaux transportant méthane et ammoniac devront utiliser une partie de la cargaison comme carburant puisqu'il n'y a plus droit au pétrole ?

Sortir d'un débat sur l'énergie demande toujours de manipuler des chiffres. Lorsqu'elle relaie les annonces gouvernementales, il serait souhaitable que la presse accompagne ces dernières de calculs d'ordre de grandeur pour que l'on comprenne ce qui est réaliste (ou pas) et à quel horizon de temps pour les annonces en question. Si cela conduit à prendre quelques jours pour publier un article, le gain en valeur ajoutée me semble largement justifier le délai.

A tout le moins, la même presse pourrait accompagner l'annonce des questions que cela pose. Cela éviterait, le cas échéant, de perdre du temps à courir derrière des chimères, ce qui, quand on est dans une course contre la montre, est un moyen garanti de faire son propre malheur.

https://www.linkedin.com/…/jean-mar…/recent-activity/shares/

(par adrien couzinier)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/pfbid02dkyisvhv52erimkXyzC42w5AVwwraWCEkAiXfYsvSALbsACdUea12NJUxufGzckUl

La crise énergétique de l'Allemagne la fait dégringoler dans le classement des investissements


Les pénuries d'énergie qui frappent la première économie d'Europe depuis 2021 ont affecté son attractivité en tant que destination d'investissement.

Selon un rapport du quotidien allemand Augsburger Allgemeine, l'Allemagne se classe désormais au 18e rang sur 21 pays, perdant ainsi quatre places dans le classement établi par l'institut de recherche économique allemand ZEW, rapporte Reuters.

L'institut a cité la hausse des coûts de l'énergie et une pénurie de main-d'œuvre pour la révision de la place de l'Allemagne dans le classement, ainsi que la lenteur de l'innovation et un environnement bureaucratique compliqué.

La flambée des prix du gaz a ébranlé l'industrie allemande et incité le gouvernement à dépenser des milliards d'euros pour aider les entreprises, ainsi que les ménages, à survivre. Cependant, même avec l'aide de l'État, de nombreuses entreprises allemandes réduisent leurs activités ou les déplacent vers des lieux où l'énergie est moins chère, comme les États-Unis et l'Asie.

En septembre dernier, le gouvernement allemand a approuvé un plan de soutien de 200 milliards d'euros pour les entreprises et les ménages, comprenant un plafonnement du prix du gaz jusqu'au printemps 2024.

Outre ce plan de soutien, l'Allemagne, comme d'autres pays de l'UE, a imposé une taxe sur les bénéfices exceptionnels aux entreprises du secteur de l'énergie, également en vigueur jusqu'au printemps 2024.

Outre le soutien financier, le gouvernement a également incité les entreprises et les ménages à réduire leur consommation de gaz afin de garantir la sécurité de l'approvisionnement pour l'hiver.

Selon le régulateur de l'énergie du pays, l'Agence fédérale des réseaux, la consommation de gaz naturel en Allemagne a diminué de 14 % en 2022 par rapport à la consommation moyenne des quatre dernières années.

La demande industrielle a diminué de 15 % par rapport à la moyenne des quatre dernières années. Entre octobre et décembre, la consommation de gaz industriel a chuté de 23 %, et la consommation des particuliers et des entreprises a été inférieure de 21 % à celle des années précédentes.

Néanmoins, les coûts énergétiques sont restés plus élevés parce que l'Allemagne est passée du gaz russe par gazoduc au GNL, ce qui a fait grimper sa facture d'importation de gaz de manière significative.

Par Irina Slav pour Oilprice.com

Traduit avec www.DeepL.com/Translator (version gratuite)


Une histoire de suicide économique face à la pénurie de ressources : diesel

 

Dans les deux derniers articles (cf ci dessous), nous avons vu comment le déclin de la production de charbon en Allemagne, dû à la géologie, a conduit à une augmentation de la consommation de gaz naturel et des importations de charbon noir. Maintenant que le charbon russe (50% des importations allemandes) a été sanctionné à partir du mois d'août, et qu'une série de décisions politiques irresponsables (combinées à une attaque pure et simple contre les infrastructures allemandes) ont conduit à une perte de 55% des importations de gaz, la désindustrialisation de l'Allemagne semble être une quasi-certitude. Le coup fatal, cependant, n'est pas encore arrivé : la perte des approvisionnements en carburant diesel.

L'énergie est l'économie. Sans énergie, pas d'économie. La perte de la moitié des importations de combustibles industriels (charbon noir et gaz) entraînera à terme une perte similaire de la production industrielle allemande. Comme nous l'avons vu, ces combustibles ne peuvent être remplacés qu'en partie par des livraisons de GNL très coûteuses et plutôt sporadiques et par une augmentation de la production nationale de lignite de faible qualité. Cela signifie que si les lumières et le chauffage resteront très probablement allumés pour la plupart des résidents allemands (du moins pour ceux qui peuvent se permettre de les payer), les biens produits localement et nécessitant beaucoup d'énergie (comme l'aluminium, le verre, l'acier, les engrais, le papier, les produits chimiques, etc.) devront être remplacés par des importations - laissant derrière eux une nation appauvrie souffrant d'une forte inflation. Que ce soit intentionnel ou non, la proposition initialement rejetée faite par le secrétaire américain au Trésor Henry Morgenthau Jr. en 1944 semble devenir lentement une réalité.

La perte du carburant de transport - le diesel - élève cependant l'histoire à un tout autre niveau. Ce carburant alimente les camions qui transportent chaque article importé ou produit dans un pays. Du pain cuit aux micropuces, il n'y a pas un seul produit qui n'ait pas fait au moins une partie de son voyage dans un camion. Les barges, chargées de transporter de très grandes quantités de produits en vrac, du charbon au blé, sur les rivières, fonctionnent également au diesel - tout comme les navires de haute mer qui transportent des marchandises du monde entier jusqu'à Hambourg (et attendent d'y être ravitaillés). Il n'est pas exagéré de dire que, sans un approvisionnement suffisant de ce carburant, le transport de marchandises devient d'abord prohibitif, puis s'arrête.

Un autre domaine clé où le diesel est indispensable est la "production" (en réalité : l'extraction) de réserves minérales finies : le lignite brûlé dans les centrales électriques allemandes y compris. Sans parler de la nourriture... Où 8 kcal de combustibles fossiles sont brûlés pour amener chaque kcal dans votre assiette. Il est facile de voir que la moindre augmentation du prix du diesel se répercute immédiatement sur le prix des denrées alimentaires, ainsi que sur le coût des produits minéraux et des produits lourds en vrac tels que les matériaux de construction (sable, béton, pierre concassée, etc.).

    Si le diesel se raréfie, la hausse de l'inflation est pratiquement garantie, de même que les pénuries de toutes sortes.

En 2021, l'Europe a consommé 8 % de la production mondiale d'essence, mais a brûlé 23 % du diesel mondial, ce qui montre à quel point l'UE est disproportionnellement dépendante de ce carburant particulier, et à quel point son industrie lourde et son secteur du bâtiment sont dynamiques. (En plus de cela, le diesel n'est pas seulement brûlé dans les véhicules lourds, mais aussi dans de nombreuses voitures). Rien qu'en regardant ces chiffres, on pourrait en conclure que la réduction de la demande de l'UE pourrait considérablement atténuer la crise du diesel qui sévit déjà dans le monde. Comme l'a récemment indiqué Bloomberg :

    "D'ici quelques mois, presque toutes les régions de la planète seront confrontées au danger d'une pénurie de diesel, tout comme les pénuries d'approvisionnement sur presque tous les marchés mondiaux ont aggravé l'inflation et nui à la croissance".

La seule question qui reste est la suivante : comment freiner la demande de diesel en Europe ?

L'embargo de l'UE sur le pétrole russe transporté par voie maritime entrera en vigueur le 5 décembre 2022. Avant cela, l'Allemagne importait 31 % de son pétrole brut de Russie... Étant donné que la quantité de diesel que l'on peut produire à partir d'un seul baril de pétrole est assez fixe (les limites de la composition chimique s'appliquent ici), cette interdiction signifie effectivement la perte de 31 % de l'approvisionnement allemand en diesel. Et il ne s'agit là que du carburant perdu à partir du pétrole brut. Les Allemands ont encore deux mois pour électrifier au moins la moitié de leur transport routier lourd, car les carburants raffinés russes seront également interdits sur le marché européen en février 2023.

    Cela nous laisse avec une perte de 500 000 barils de diesel par jour.

Il convient de noter que l'embargo sur le pétrole a coïncidé (comme par hasard) avec le début du régime de plafonnement des prix, qui interdit aux compagnies de transport maritime et d'assurance de traiter les cargaisons de brut russe, à moins qu'elles ne soient vendues à un prix inférieur à 60 dollars, fixé par le G7. Dans un premier temps, cette mesure a été communiquée pour plafonner les revenus russes, puis on nous a dit qu'elle ne ferait que plafonner les prix mondiaux du pétrole. Ce qu'elle fera très probablement, cependant, c'est empêcher le pétrole russe de retrouver le chemin des marchés européens.

Qu'est-ce qui me fait dire cela ? Eh bien, il se trouve que quatre des pays du Groupe des sept (G7) (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni) qui soutiennent cette idée sont situés en Europe. L'Inde et la Chine (les autres gros acheteurs de pétrole russe) n'étaient pas intéressés, c'est le moins que l'on puisse dire, le Japon s'est retiré de la course, tandis que le Canada et les États-Unis ont cessé d'importer les maigres quantités de brut russe qu'ils achetaient il y a longtemps (le 28 février).

Il ne reste plus que les États européens "pauvres et crédules" qui appliquent effectivement le plafonnement des prix (la France, l'Italie, le Royaume-Uni et bien sûr l'Allemagne, ainsi que le reste de l'UE-27). Le reste du monde peut continuer à acheter du pétrole et du diesel russes aux prix du marché (1). Pendant ce temps, la Russie répète, déclaration après déclaration, qu'elle ne livrera son pétrole à aucun pays appliquant ce règlement. La Russie a perdu à la fois les moyens et la motivation d'approvisionner l'Europe en carburant.

Bonjour ! Un autre fait bien connu, une autre chose qui attend de se produire depuis très, très longtemps maintenant. Chaque champ pétrolier (ou champ de schiste) a une superficie limitée sur une formation géologique avec des limites physiques claires. En termes clairs :

    Si vous pouvez compter les acres, vous pouvez être sûr qu'un jour vous en manquerez. Tout comme le pétrole qui se trouve en dessous.

On ne peut pas faire autant de trous dans une parcelle de terre avant qu'il n'y ait littéralement plus d'endroits à forer, et encore moins de liquides à aspirer. C'est exactement ce dont J. David Hughes, géologue pétrolier chevronné, nous a prévenus depuis plus d'un an : les "sweet spots", c'est-à-dire les endroits où le pétrole coule en abondance, sont rares et peu nombreux.


Pourtant, tout le monde a supposé que l'ensemble de la zone de schiste constituait un seul et même point favorable. Une fois que vous avez épuisé ces points favorables, ce qui est manifestement le cas actuellement pour les compagnies pétrolières, votre production commencera à stagner puis à décliner, quel que soit le nombre de nouveaux puits que vous forerez. Et croyez-moi, personne ne va forer pour le simple plaisir de faire de jolis petits trous dans le sol : si le rendement en pétrole n'est pas suffisant pour justifier l'investissement, l'activité s'arrêtera. Ajoutez à cela les augmentations de prix des équipements, des tuyaux, du diesel (suffisant pour alimenter le transport de mille camions de sable, d'eau et d'équipements de forage sur le site) et nous avons une autre belle boucle de rétroaction qui s'enclenche.

Moins de puits forés signifie bien sûr une baisse de la production. Une production en baisse signifie une hausse des prix du pétrole (et donc du diesel). La hausse des prix du diesel augmente le coût du forage et détériore le retour sur investissement - et si l'arrêt de l'approvisionnement en diesel en Europe ralentit quelque peu le processus, il ne fera rien pour arrêter l'épuisement des réserves de pétrole en Amérique... La hausse des prix du pétrole ne peut augmenter l'offre que jusqu'à un certain point. Après un point de basculement, le forage de puits aux rendements toujours plus faibles (et aux coûts en augmentation exponentielle) ne sera tout simplement plus rentable.

C'est ainsi que se termine l'ère du pétrole : cela ne vaut tout simplement plus la peine de le faire.

OK, accélérons l'électrification alors ! Comme je l'ai expliqué précédemment, tout cela ne ferait qu'accroître la demande de diesel, car l'extraction des métaux (cuivre, nickel, lithium, etc.) se fait toujours à l'aide d'excavatrices et de dumpers fonctionnant au diesel, ce qui représente déjà 10 % de la consommation mondiale d'énergie. Et à mesure que les riches réserves minérales s'épuisent, il faudra transporter de plus en plus de roches en amont de puits de plus en plus profonds pour satisfaire la demande croissante - ce qui n'est pas du tout prévu (2). Avec l'électrification, nous sommes confrontés à une course exponentielle au diesel - un carburant dont nous ne pouvons tout simplement pas produire suffisamment pour couvrir nos besoins actuels, sans parler de toute augmentation.

La boucle est bouclée. Comme nous l'avons vu à travers l'exemple de l'Europe en général et de l'Allemagne en particulier, notre monde est entièrement basé sur les combustibles fossiles. De l'extraction minière à la production d'électricité en passant par la fabrication et le transport, il est impossible de s'en sortir sans brûler des quantités massives de carbone ancien. Ce fait explique non seulement le problème insoluble du réchauffement de la planète (et l'échec de nombreuses conférences), mais il sonne également le glas de notre civilisation de haute technologie.

Nous vivons dans un monde fini, qui connaît désormais des limites dures à la croissance. Nous ne pouvons augmenter la vitesse d'extraction que jusqu'à un certain point, et comme le pétrole atteindra son pic en 2018, il est fort probable que nous ayons également atteint le pic de notre niveau de vie matériel. Une longue descente cahoteuse nous attend. Au moins, les pires scénarios climatiques ne sont plus viables.

L'auto-immolation de l'économie européenne, en revanche, ne fera gagner qu'un peu de temps à l'humanité. Rien de plus. Alors que le pétrole, le gaz et le charbon entament leur long et définitif déclin, les problèmes créés par leur disparition (inflation, baisse du niveau de vie, désindustrialisation, impossibilité de financer les énergies renouvelables, etc.

Être complaisant et dire que telle ou telle technologie magique les remplacera (que ce soit l'hydrogène, les "renouvelables", les réacteurs modulaires, les véhicules électriques, etc. ) est non seulement illusoire, mais aussi suicidaire. Toutes ces "solutions" nécessitent des combustibles fossiles pour commencer, sans parler du fait qu'elles dépendent toujours de l'extraction de ressources limitées. Le cuivre. Métaux de terres rares. Sans parler de la destruction du seul écosystème habitable que nous connaissons dans le processus - la forme ultime de suicide civilisationnel.

Un système complexe, comme notre civilisation mondiale, ne pense cependant pas à l'avenir. Il ne s'adapte qu'après coup. Ses dirigeants tireront tous les leviers à leur disposition pour prolonger la chute juste un peu plus longtemps. Ils continueront à essayer de dépasser leurs ennemis tout en sacrifiant leurs alliés (vassaux) dans le processus - ce qui ne fera que rapprocher de plus en plus la chute qu'ils veulent éviter. Pendant ce temps, ils continueront à conditionner leur peuple pour qu'il croie aux technologies de la balle magique, aux dictateurs maléfiques qui déclenchent des guerres non provoquées et aux marchés libres qui résolvent tous les problèmes possibles.

Pour qui ? Pour combien de temps ? A quel prix ?

Ne demandez pas.

Jusqu'à la prochaine fois,

B

Notes :

(1) OK, j'ai oublié l'Australie - mais combien importent-ils de Russie de toute façon ?

(2) Surprise, surprise, le résultat est que nous sommes maintenant confrontés à une pénurie imminente de cuivre également ! Les prix du cuivre ne sont pas assez élevés pour justifier des investissements dans l'expansion de la production, sans parler de la construction de nouvelles mines, toutes avides de toujours plus d'énergie, alors que les riches gisements s'épuisent. D'autre part, une hausse des prix du cuivre inhiberait les investissements dans les énergies renouvelables et l'électrification en général (ruinant les calculs de retour sur investissement) - un véritable cercle vicieux. La rentabilité dans ce secteur est donc encore un vœu pieux - tous les investisseurs attendent que l'extraction s'accélère pour que les prix baissent à nouveau. Mais avec la hausse des coûts de l'énergie et l'épuisement des réserves, leur patience a des limites.

 

Traduit avec www.DeepL.com/Translator (version gratuite)


Une histoire de suicide économique face à l’épuisement des ressources : gaz

L’Europe en général et l’Allemagne en particulier font face à des années très difficiles. Leur économie est assiégée sans fin, les prix de l’énergie montent en flèche et les industries partent à l’étranger à la recherche de combustibles fossiles bon marché. Dans la première partie, nous avons discuté du cas du charbon, vu comment les événements récents s’inscrivaient dans le schéma beaucoup plus large de l’épuisement des ressources et comment tout a été aggravé par de mauvaises décisions politiques. Maintenant, examinons le cas du gaz  et les solutions proposées à la crise actuelle.

Contrairement aux mythes modernes, dépeignant l’Allemagne comme un leader en matière d’énergie propre, le graphique ci-dessus montre ce qui s’est réellement passé au cours des 30 dernières années : le gaz a remplacé le charbon qui s’épuise, et l’éolien a remplacé l’énergie nucléaire en déclin. Alors que l’état actuel est (un peu) meilleur en termes d’émissions de CO2 qu’il y a trente ans, il a rendu l’Allemagne désespérément dépendante des importations de gaz naturel. Ce besoin constant de gaz est devenu une vulnérabilité, une vulnérabilité qui a été exploitée impitoyablement - mais ne nous emballons pas encore.

Nous avons déjà vu que la véritable raison de la disparition du charbon allemand était l’épuisement des ressources et non la conscience du climat. Une fois bon marché et abondant, bien que polluant, le charbon a disparu, il a dû être remplacé par le gaz dans la production d’électricité, comme la prochaine option la moins chère. Le nucléaire a perdu de son attrait après Tchernobyl, et le remplacement des centrales vieillissantes s’est avéré assez coûteux aussi; ainsi, son rôle dans la production d’électricité a été repris par l’énergie éolienne. Comme nous le verrons, cependant, il ne s’agissait pas d’un échange sans problème et cela a entraîné de sérieux inconvénients.

Le miracle vert appelé « Energiewende », qui réduit les émissions de CO2 de l’Allemagne, n’a pu se produire que parce que le gaz a tué deux oiseaux d’une seule pierre, compensant la chute de la production de charbon, tout en facilitant l’équilibre entre les « énergies renouvelables » désespérément intermittentes tout au long de la journée et des saisons, grâce aux installations de stockage de gaz souterraines.

Éloignez-vous du gaz  et vous vous retrouverez avec a) une production d’électricité inadéquate en général, et b) une intermittence (c.-à-d. des pannes d’électricité) en raison d’une quantité relativement importante d’énergies renouvelables dans le mélange et aucune sauvegarde pour les longues nuits d’hiver froides et sans vent.


Entrez en 2022 et la guerre. Avant la récente escalade des événements en Ukraine, l’Allemagne importait 50 % de son charbon, 55 % de son gaz naturel et 31 % de son pétrole brut de Russie. Cela représente un total combiné de 33 % de la consommation totale d’énergie de l’Allemagne, ce qui n’est pas quelque chose dont on peut se débarrasser facilement dans un monde où les combustibles fossiles sont étranglés.

Malgré la rhétorique belliqueuse, les exportations de gaz naturel vers l’Allemagne se sont maintenues tout au long du premier semestre de l’année, permettant aux installations de stockage de gaz d’être remplies à 82 % d’ici la fin août. Puis Gazprom, après avoir donné plusieurs avertissements, a décidé d’arrêter les flux de gaz en réponse aux agences européennes qui ont proposé toutes sortes de « changements réglementaires », ce qui a entraîné un équipement coincé au Canada pendant des mois, des licences d’exportation révoquées et des transits de gaz refusés. La route alternative à travers la Pologne (le pipeline Yamal) a été fermée plus tôt cette année-là, suite à la nationalisation de cet élément clé de l’infrastructure énergétique par le gouvernement polonais.

Si la saisie des flux de gaz russes n’était pas suffisamment grave, les deux pipelines de Nord Stream ont explosé peu après, en septembre. Le sabotage s’est produit dans une zone fréquemment patrouillée par des navires et des hélicoptères de l’OTAN, et quelques jours après que les manifestants sont descendus dans la rue pour réclamer l’ouverture de Nord Stream 2. Dans une curieuse torsion de l’histoire bien que ni l’Allemagne ni la Russie n’a été autorisé à enquêter sur ce qui est arrivé à leur propre propriété. Au lieu de cela, les Suédois qui recueillaient les preuves ont classé leurs conclusions comme des informations sensibles liées à leur sécurité nationale, et ont refusé de commenter l’auteur (1).

Peu importe qui était à l’origine du sabotage, le prix de l’énergie (électricité et gaz) a tellement augmenté en août qu’il a effectivement tué 25 % de la demande industrielle allemande au troisième trimestre seulement — bien avant le début de la saison de chauffage. En pratique, cela a entraîné la perte de la moitié de la capacité de fabrication d’aluminium et d’acier en Europe, et a entraîné la réduction permanente des activités de BASF (le plus grand conglomérat chimique allemand) sur le continent… Entre-temps, la loi sur la réduction de l’inflation a été acceptée juste au bon moment, heureusement, pour répondre aux besoins des entreprises européennes en fuite.

Les réductions de la consommation de gaz, aussi profondes soient-elles, ne suffiront toujours pas. Pour survivre cet hiver, les Allemands ont besoin d’une autre réduction de 20 % de la consommation de gaz dans les mois à venir - et probablement tout au long de 2023 aussi, si le pays doit recharger son stockage de gaz, c'est impossible sans le gazoduc russe. Si cette réduction de la consommation devait se produire, cela impliquerait logiquement de renoncer à 20 % de la demande industrielle en Allemagne - selon la quantité de gazoduc russe perdue (55 % du total!) qui peut être remplacée par des expéditions coûteuses de GNL.

Qu’on le veuille ou non, le destin économique de l’Allemagne est scellé sans gazoduc.

Qu’en est-il de la transition écologique tant vantée, qui rend de toute façon le gaz et le charbon « inutiles »? Eh bien, comme vous pouvez le voir ci-dessous, l’électricité éolienne était (et sera toujours) très saisonnier, atteignant ses plus hauts sommets en janvier/février sur une base mensuelle moyenne, sans compter le temps froid sans vent qui assaille l’Allemagne et de nombreux autres pays européens pendant des semaines. À l’heure actuelle, il n’existe pas de solution évolutive, si ce n’est le stockage souterrain du gaz naturel, puis sa combustion dans les centrales électriques, pour éliminer les intermittences causées par le temps calme, le froid et la saisonnalité. On ne peut tout simplement pas faire la même chose avec l’électricité à grande échelle aujourd’hui.

C’est précisément la saisonnalité du vent qui a attisé les flammes de la crise du gaz encore plus fortes durant les étés 2021 et 2022 (jeu de mots). L’énergie éolienne produit à son plus bas dans les mois les plus chauds : exactement quand le plus de gaz devrait être détourné vers le stockage et le plus d’électricité est nécessaire pour conduire les pompes d’irrigation et la climatisation entre autres choses. Avec une faible production éolienne au cours de l’été, bien que le gaz doive être brûlé pour compenser le manque d’approvisionnement en électricité à la place, ce qui rend la demande très élevée. Et même si, dans un avenir lointain, le chauffage au gaz pourrait être remplacé par de l’énergie électrique ou géothermique, ou le solaire pourrait compenser le manque d’énergie éolienne, cela n’aidera pas à prévenir de graves pénuries de gaz dans les années à venir. Il s’agit d’une crise immédiate, qui doit être résolue avec les outils à portée de main. L’énergie éolienne et solaire n’en fera pas partie.

Alors, que peut-on faire ? Sur une note positive, l’Allemagne a finalement conclu un accord attendu depuis longtemps avec le Qatar pour importer 2 millions de tonnes de GNL par an – livrés par le très propre ConocoPhilips des États-Unis. Une « occasion extraordinaire » en effet… (à qui exactement?)

Malgré les coûts élevés, cela signifie-t-il que l’industrie allemande est maintenant sauvée? Premièrement, ils doivent attendre jusqu’en 2026 et prier très fort pour que l’industrie ne parte pas d’ici là. S’ils survivaient aux trois prochaines années, ils ne recevraient que 2 millions de tonnes (2,76 milliards de mètres cubes) par an — du Qatar, un pays qui est censé exploiter la plus grande réserve de gaz connue de la planète. À titre de comparaison, cela représente moins de 2,5 % de la capacité annuelle combinée des pipelines Nord Stream 1 et 2, aujourd’hui disparus (110 Mm/an)... Cela signifie que l’Allemagne aurait besoin de 40 autres accords comme celui-ci pour rattraper sa capacité de pipeline perdue.

Rappelez-vous, tout cela arrive à un pays qui tient à réduire son impact de CO2 sur la planète… Quelle est la meilleure façon d’atteindre cet objectif, que d’avoir un autre pays qui refroidit du gaz avec une grande dépense d’énergie (et la production de CO2) en votre nom, puis l’expédier 12456 kilomètres plus loin en brûlant du carburant diesel toujours plus rare? (Que, soit dit en passant, l’Allemagne ne peut plus importer de son plus grand fournisseur à compter de février 2023, en raison de l’interdiction des produits raffinés, ni produire en quantités antérieures en raison de l’embargo sur le pétrole qui entrera en vigueur le 5 décembre)… Bonne chance pour ravitailler ces vaisseaux pour retourner au Qatar.

Qui fournira plus de GNL pour combler au moins une partie de l’écart jusqu’à l’arrivée de la « balle d’argent » qatarie? Les États-Unis? Non, ils n’auront pas plus de capacité de liquéfaction jusqu’en 2024 au moins non plus… Et même alors : quelle est la garantie qu’ils auront du gaz à envoyer ? Entre-temps, la Russie vend déjà des quantités quasi record de GNL à l’Europe

    Les exportations de gaz liquide ont augmenté d’environ 20 pour cent entre mars et octobre par rapport à la même période en 2021, selon Rystad Energy. Les expéditions de GNL russe dans l’année à Septembre ont totalisé 1,2 millions de tonnes, équivalant à entre $1 milliards et $2 milliards.

Ne vous y trompez pas : cette livraison de 1,2 million de tonnes (de 2022 à septembre) est encore insignifiante par rapport aux livraisons par pipeline, mais elle « remplissait les coffres de guerre de la Russie » avec des milliards de dollars néanmoins. Pourquoi ne pas interdire aussi le GNL?

Vu à la lumière des ressources limitées — pourquoi, le gaz naturel, surtout sous forme de GNL, est très limité —, il n’est pas étonnant que les importations locales de GNL en Asie se soient simplement effondrées tout au long de 2022. . Cela a laissé le Pakistan avec des pannes de courant de 12 heures et a conduit à la combustion de charbon et de diesel dans toute l’Asie du Sud-Est (Gas Market Report, EIA page 24); contribuant grandement à la pénurie déjà grave de charbon et de diesel.

L’Ukraine a connu le pire — cela ne fait aucun doute — avec des pannes d’électricité, des infrastructures détruites et des centaines de milliers de personnes tuées ou mutilées. Pourtant, les sanctions n’ont rien fait pour les empêcher. Les « changements réglementaires » imposés par l’Occident n’auraient pas atteint leur objectif initial de briser l’économie russe. D’autre part, ils ont plutôt « réussi » à pousser l’Europe dans une récession, l’excluant effectivement de la concurrence pour des ressources limitées pendant très longtemps. Ses industries sont forcées de quitter la région, tout en enrichissant les entreprises de combustibles fossiles au-delà de toute mesure.

    Une poussée incessante dans cette direction est difficile à interpréter autrement qu’un souhait de mort économique.

Ne nous y trompons pas : que cela se produise devrait, pour quelque raison que ce soit, que les flux de gaz des gazoducs russes cessent, c’était un fait bien connu. Comme l’a fait remarquer la société américaine RAND en 2019, dans son rapport intitulé « Overextending Russia » (La Russie trop étendue) :

    … l’offre de gaz de remplacement sera probablement plus coûteuse en termes de coûts d’infrastructure et de prix du gaz. Si les gouvernements subventionnent l’infrastructure, ils devront réduire les dépenses à d’autres fins ou augmenter les impôts, ce qui pourrait nuire à l’économie. La hausse des prix du gaz réduira la capacité des Européens à acheter d’autres biens et services, ce qui freinera également l’économie.

Certains « fonctionnaires de l’UE », qui apprennent lentement peut-être, ont finalement compris la vérité des déclarations ci-dessus et leurs conséquences logiques :

    « Le fait est que, si vous examinez la situation de façon objective, le pays qui profite le plus de cette guerre est les États-Unis parce qu’ils vendent plus d’essence et à des prix plus élevés, et parce qu’ils vendent plus d’armes », a déclaré un haut fonctionnaire à POLITICO.


Je vous laisse tirer vos propres conclusions sur qui a réellement exploité la vulnérabilité de l’Allemagne aux importations de gaz, mais une chose est sûre : les prix élevés du gaz (combinés aux pénuries physiques) sont là pour rester très longtemps.

Jusqu’à la prochaine fois,

B

Remarques :

(1) L’histoire de l’explosion de Nord Stream soulève un certain nombre de questions désagréables. Quel était l’intérêt de garder cela secret ? La future adhésion de la Suède à l’OTAN avait-elle quelque chose à voir avec tout cela? Qui s’est opposé à Nord Stream 2 le plus féroce dès le départ et a menacé de mettre fin au projet d’une façon ou d’une autre ? Qui avait les moyens techniques de le faire dans les eaux patrouillées de l’OTAN? Qui a gagné le plus à long terme stratégique et à court terme d’affaires? Quels sont les intérêts supérieurs de la présidente de la Commission européenne lorsqu’elle a insisté sur les politiques qui ont mené à ce point?

Enfin, pourquoi l’Allemagne ne s’est-elle pas battue pour obtenir des réponses à toutes ces questions ?

(extraits, article complet avec graphiques via le lien. Traduit avec reverso)


Une histoire de suicide économique face à la pénurie de ressources : charbon

L’Allemagne est la puissance économique de l’Europe, du moins jusqu’en 2022. Maintenant, elle fait face à une désindustrialisation rapide en raison d’une perte importante de ses approvisionnements en énergie, sans solution réelle en vue. Malgré l’énorme campagne de relations publiques qui la dépeint comme une merveille technologique à énergie éolienne et solaire, son économie est encore entièrement tributaire de combustibles fossiles bon marché, maintenant perdus dans la guerre économique menée contre le plus grand fournisseur d’énergie de l’Allemagne. Ses difficultés économiques, cependant, ont des racines beaucoup plus profondes que ce que les événements récents pourraient vous amener à croire, ce qui finira par toucher tous les pays industrialisés beaucoup plus tôt que vous ne le pensez.

L’histoire de la consommation d’énergie en Allemagne au cours des 30 dernières années est une histoire d’une longue lente baisse de l’énergie. Comme vous pouvez le voir sur le graphique ci-dessus, l’intensité énergétique globale de l’industrie allemande a atteint son plus haut niveau dans les années 1980, après quoi on peut observer une baisse constante de l’énergie au charbon (ainsi qu’au nucléaire). À ce stade, on pourrait se demander : pourquoi ont-ils abandonné l’exploitation minière déjà dans les années 1990? Était-ce un signe précoce de la sensibilisation au climat? Ou ont-ils volontairement abandonné le charbon et décidé consciemment de « dissocier » leurs industries des combustibles fossiles?

À peine. Je soutiens que c’était dû à quelque chose de complètement différent. Comme l’explique par inadvertance Clean Energy Wire — l’un des nombreux défenseurs des « énergies renouvelables »:

    Le boom économique de l’après-guerre en Allemagne (Wirtschaftswunder) était alimenté par la houille extraite dans les États de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et de la Sarre, qui alimentait les industries de l’Allemagne de l’Ouest. Mais depuis, le charbon a perdu son avantage concurrentiel. En décembre 2018, il ne reste plus d’extraction de charbon en Allemagne.


    Sur les 83 milliards de tonnes de charbon encore enfouies en Allemagne, 36 millions de tonnes sont considérées comme exploitables, mais leur situation géologique extrêmement profonde et compliquée rend l’exploitation minière trop coûteuse pour être concurrentielle sur le marché mondial. Le coût moyen de l’extraction d’une tonne de charbon en Allemagne est de 180 euros ; le prix de la houille importée se situait entre 86 et 96 euros par tonne en 2017.

Bien sûr : lorsque les ressources sont faciles à obtenir, concentrées et proches de la surface, comme nous l’avons vu dans le cas de l’Allemagne de l’Ouest, nous pourrions facilement creuser des tunnels sous des milles de roche, ce qui exigerait beaucoup de pelletage et de camionnage de débris, tout en posant d’énormes défis techniques :

    Ces défis comprennent les événements catastrophiques qui sont souvent rencontrés en génie minier profond : explosions de roche, explosions de gaz, stress in situ élevé et redistribué, grande déformation, compression et le fluage des roches, et à haute température.


La technologie visant à éviter ces problèmes, par contre, entraîne une consommation d’énergie toujours plus élevée, et donc des coûts plus élevés (dus à l’utilisation de pompes, de systèmes de climatisation, de renforts en acier, etc.). Disons-le franchement : nous avons peut-être beaucoup de ressources sous terre, mais si elles sont hors de portée, personne ne prendra la peine de les obtenir.


Le problème en général est que nous dépendons encore de l’exploitation minière pour obtenir de l’énergie (du charbon par exemple) et des métaux pour construire notre civilisation. Et quand on parle d’extraire des ressources énergétiques comme le charbon, cela peut trop facilement devenir une spirale mortelle. Chaque année, il faut de plus en plus d’énergie pour obtenir ces matériaux en raison de la complexité technologique croissante. Cela rend l’électricité, par exemple (générée par le charbon) encore plus coûteuse — les projets miniers qui tournent rapidement (en utilisant beaucoup de cette électricité très coûteuse) non rentable. Ce processus entraîne naturellement des fermetures et des investissements retardés en raison d’un manque de rendement, ce qui entraîne une baisse de l’offre et une hausse des prix de l’électricité.

Faute de réserves de combustibles fossiles viables, l’Allemagne a donc commencé à importer sa propre part de ce combustible polluant et destructeur du climat d’où il pourrait encore être extrait en très grandes quantités et de manière économiquement viable : la Russie… Ou du moins jusqu’en août 2022, lorsque l’UE a décidé de mettre fin aux importations de charbon de son plus gros fournisseur.

Cela a naturellement eu une incidence sur une très grande partie du charbon de qualité métallurgique (anthracite) de l’Allemagne également, car ce qui est resté de son industrie du charbon autrefois vaste fournit uniquement à son économie du lignite de faible qualité - impropre à son industrie sidérurgique, et seulement bon pour produire de l’électricité dans des centrales thermiques très inefficaces.

Maintenant, la question se pose : comment l’Allemagne devrait-elle survivre économiquement après avoir perdu 50% de ses importations de charbon, surtout en ce qui concerne le charbon à coke, essentiel à sa célèbre industrie sidérurgique?


Je suppose que l’élite politique pensait que les entreprises allemandes devront maintenant acheter cette ressource essentielle ailleurs. . À ce stade, cependant, on ne peut s’empêcher de se demander ce qui a motivé la fermeture de la moitié de cette source d’énergie vitale alors que nous sommes déjà dans une ère de pénurie mondiale de charbon?

Il ne faut pas oublier que la même spirale de mort énergétique et économique, appelée épuisement des ressources, a commencé à se faire sentir dans de nombreux autres pays, surtout en Chine, où l’offre a manifestement de la difficulté à répondre à la demande et où les prix ont déjà grimpé bien avant 2022.

L’interdiction d’importation de l’UE vient de transformer cette flambée de prix en un plateau élevé - autour de 400 USD/tonne - un niveau cinq fois plus élevé qu’au cours des années précédentes. Cela a mis le doigt sur de nombreux modèles d’affaires qui dépendent des combustibles fossiles bon marché et abondants (et de l’électricité qui en découle), comme la sidérurgie et la métallurgie en général…

 Tous les intrants essentiels aux « énergies renouvelables », soit dit en passant. Une autre boucle de rétroaction indésirable.

   Maintenant que les prix mondiaux du charbon sont bien au-dessus du seuil de rentabilité pour les mines allemandes à ciel ouvert, le charbon a fait son plus grand retour depuis la réunification avec l’Allemagne de l’Est. Bien sûr, cela a imposé un fardeau supplémentaire à l’environnement (de la pollution à l’utilisation de l’eau, sans parler de l’augmentation des rejets de CO2), mais c’est une histoire pour un autre jour. Les mines profondes produisant le charbon noir tant convoité, cependant, sont des choses complexes à construire prenant au moins une décennie à compléter, et comme nous l’avons vu sont des affaires énergivores à gérer. Le principal problème ici est que ces prix élevés n’ont pas rendu le charbon noir plus abondant dans un pays qui a déjà brûlé à travers ses réserves faciles à obtenir.

L’épuisement des ressources est toujours et partout un phénomène économique. Comme les ressources sont faciles à obtenir et précieuses (près de la surface, au-dessus du niveau des eaux souterraines, à proximité, de haute qualité, etc.), les gens se tournent vers des minerais plus profonds, plus éloignés (parfois des milliers de kilomètres) et souvent de moins bonne qualité. Dans un premier temps, cela implique simplement des coûts plus élevés, mais dès que ce processus commence à affecter la production d’énergie elle-même, il devient rapidement une boucle de rétroaction auto-renforcée.

C’est ce que nous voyons aujourd’hui en Allemagne, et nous n’en voyons pas la fin. Jusqu’à présent, le processus a été étayé par les importations, mais dès que ces sources extérieures seront parties, la réalité commencera à mordre. L’épuisement des ressources ne connaît cependant pas de frontières, et ce qui est arrivé à l’industrie houillère allemande finira par arriver à tous les pays du monde. Comme disait William Gibson :

    "L’avenir est là. Il n’est tout simplement pas encore réparti également."

Je crois fermement que ce dont nous sommes témoins depuis 2021 n’est que le début de la crise énergétique la plus longue et la plus profonde que l’humanité ait jamais connue. Les pandémies, les guerres, les sanctions et les mauvaises politiques n’ont fait qu’aggraver ce problème en accélérant le retrait des dernières ressources locales, mais de faible qualité et polluantes. Cela a, et continuera de faire, des régions entières complètement privées d’énergie en fin de compte, tout en rendant les dernières nations exportatrices et sociétés exportatrices riches au-delà de toute mesure.

Le monde a désespérément besoin de plus de sensibilisation à ce sujet, de plus de coordination et de plus de collaboration internationale — pas de guerres et d’interventions militaires, brûlant encore plus rapidement et de façon encore plus inégale les derniers fragments du vaste héritage minéral de l’humanité.

Est-ce que cela va arriver? Je vous laisse décider.

Jusqu’à la prochaine fois,

B

(traduit avec Reverso)

Pourquoi la transition énergétique allemande est une catastrophe

Si jamais la Russie coupe définitivement ses exportations de gaz naturel vers l’Allemagne, le pays, 4e économie mondiale, est promis à une grave récession.

L'Allemagne est peut-être le seul pays au monde à avoir bâti sa politique énergétique sur une logique d'absolution.

Les Allemands parlent d'Energiewende (« transition énergétique »). Son but ? Décarboner leur économie et mener le monde sur la voie du remplacement des centrales nucléaires et des combustibles fossiles par des énergies renouvelables. L'Allemagne est la première grande nation à avoir entrepris une telle initiative et, comme espéré, qu'elle le fasse d'une manière aussi précoce a catalysé une chute spectaculaire des coûts de ces technologies. Un journaliste, cité par Michael Shellenberger, résumait en ces termes l'idée que beaucoup d'Allemands se sont faite de l'Energiewende : « Du statut de destructeurs des mondes au XXe siècle, ils auraient pu passer, enfin, à celui de sauveurs de la planète au XXIe siècle. »

L'Energiewende a été législativement approuvée en 2010, et entre 2013 et 2020, l'Allemagne a consacré près de 202 milliards d'euros à des projets d'énergie renouvelable. Depuis 2010, la part de la production d'électricité allemande issue de l'énergie solaire et éolienne a grimpé de 8 % à 31 % – l'exploit n'est pas mince.

Sauf que l'invasion de l'Ukraine par la Russie a mis à nu les défaillances critiques de la politique énergétique allemande. Avant la guerre en Ukraine, l'Allemagne recevait 55 % de ses importations de gaz naturel de la Russie. Si ce pourcentage a diminué depuis février, l'Union européenne a choisi de ne pas interdire les importations de gaz russe, tant elles sont cruciales pour des nations européennes comme l'Allemagne. Comme on pouvait s'y attendre, Poutine a fait de son gaz un moyen de pression sur l'Allemagne et l'UE. La Russie a récemment réduit de 60 % les flux passant par le gazoduc Nord Stream 1, reliant l'Allemagne et la Russie, une mesure ayant coïncidé avec la visite des dirigeants allemand, italien et français à Kiev.

Récession

Et il y a pire. Pendant une dizaine de jours, Nord Stream 1 a été mis hors service pour des raisons de maintenance. Selon Poutine, ce sont ces contraintes techniques qui expliquent la réduction des flux du pipeline. Mais les dirigeants allemands craignent que la Russie n'en vienne à couper définitivement les exportations de gaz naturel. Dans ce cas, l'Allemagne, quatrième économie mondiale, est promise à une très grave récession.

Pour parer à ces pressions, les dirigeants allemands envisagent la réouverture de centrales au charbon afin de protéger leur économie et leur sécurité nationale. Sauf que le charbon est la source d'électricité la plus sale, une énergie émettant plus de gaz à effet de serre et de pollution mortelle que toute autre. La relance de sa production est un échec politique cuisant. Comment ce champion des énergies renouvelables s'est-il retrouvé dans une situation où il n'a pas d'autre choix que de revenir au charbon ?

En vérité, l'Energiewende était vouée à l'échec dès le départ. L'Allemagne a misé gros sur le solaire et l'éolien, et fermé ses centrales nucléaires alors qu'elle aurait dû, à l'inverse, mettre la pédale sur les énergies renouvelables et développer son parc nucléaire. Mais l'idéologie antinucléaire de l'Allemagne est si rigoriste qu'elle a poussé à la fermeture de trois centrales nucléaires en décembre 2021, qu'importe la crise énergétique mondiale, et poussera en décembre prochain, à la fermeture des trois dernières centrales nucléaires encore en service dans le pays, qu'importe le chantage énergétique de la Russie.

Illusions

Les défauts intrinsèques du solaire et de l'éolien font que ces énergies ne pourront jamais constituer le socle du réseau électrique d'une nation industrialisée. Elles nécessitent une doublure quasi totale, car elles dépendent des caprices de la météo. Pour s'en convaincre, il suffit de voir comment elles fluctuent. Un jour de 2019, l'énergie éolienne a atteint 59 % de la production d'électricité allemande, pour ensuite chuter à seulement 2,6 %. Pareil pour l'énergie solaire qui, cette même année, a pu osciller entre 25 % et 0,3 %.

Pour maîtriser cette intermittence et permettre une fourniture énergétique fiable, les partisans des énergies renouvelables affirment que les batteries et l'hydrogène peuvent stocker l'électricité et la distribuer lorsque le soleil et le vent ne produisent pas. Le plus grand programme de stockage par batterie de l'Allemagne est constitué par ses systèmes de stockage domestiques, mais des années d'installations n'ont eu qu'un impact epsilonesque sur le réseau allemand. Aujourd'hui, le pays compte dans les 435 000 foyers équipés de systèmes de stockage sur batterie de différentes capacités, et 145 000 systèmes de stockage domestique ont été installés en 2021. Or, l'Allemagne compte 40 millions de foyers, et les systèmes de stockage sur batterie domestiques ne durent généralement que quelques heures, là où le réseau nécessite un stockage capable de supporter des variations durant des semaines.

En outre, le stockage, quel qu'il soit, entraîne des pertes d'énergie à la charge et à la décharge et augmente les coûts totaux, puisque le réseau a été conçu à l'origine pour fonctionner sans en avoir besoin. Les deux problèmes de l'hydrogène sont son coût et son inefficacité inhérente. CommeDer Spiegel le résumait en 2019 :

« D'un point de vue commercial, [l'hydrogène] ne vaut rien. Une grande partie de l'énergie est perdue dans le processus de transformation du vent en électricité, de l'électricité en hydrogène, puis de l'hydrogène en méthane – le rendement est inférieur à 40 %. On est loin d'un modèle économique durable. »

Opposition

En réalité, les énergies renouvelables forcent aux combustibles fossiles parce qu'elles ne peuvent pas se débrouiller toutes seules. Soit, en partie, la raison pour laquelle l'Allemagne dépend aussi lourdement du gaz naturel russe.

Un autre souci de base du solaire et de l'éolien est leur médiocre densité énergétique. Pour produire de l'électricité, une source d'énergie à faible densité énergétique nécessite plus d'espace et de matériaux physiques qu'une source à densité énergétique élevée. En Allemagne, les centrales solaires occupent environ 500 fois plus de terrain que les centrales nucléaires, et les éoliennes 415 fois plus.

Des coûts fonciers qui finissent par susciter une vive opposition locale. La plupart des gens ne veulent pas vivre près d'infrastructures électriques, et les énergies renouvelables ont plus de chances de se trouver près des habitations que les sources à forte densité énergétique, comme le nucléaire. En Allemagne, seuls 12 % des 7 700 kilomètres de lignes de transmission nécessaires à l'Energiewende avaient été construits en 2019, notamment à cause de l'opposition locale. La lenteur de l'expansion de la transmission et le ralentissement brutal de la construction d'éoliennes ont même fait dire au Spiegel que « [l]e boom de l'énergie éolienne est de l'histoire ancienne ».

Les énergies renouvelables ne peuvent ni décarboner ni subvenir aux besoins d'une économie moderne. Il n'existe qu'une seule source d'énergie propre capable de remplacer les combustibles fossiles à grande échelle tout en ayant un impact minimal sur l'utilisation des sols et l'environnement. C'est le nucléaire.

L'énergie nucléaire est le moyen le plus sûr de produire une électricité fiable, selon une étude publiée dansThe Lancet. Un autre travail mené en 2013 par des chercheurs de la Nasa et de l'université Columbia estimait que l'énergie nucléaire avait sauvé 1,8 million de vies en empêchant la combustion de combustibles fossiles. En d'autres termes, l'Energiewende a donc effectivement généré des morts évitables en fermant des centrales nucléaires au lieu de centrales au charbon.

Mais quid des accidents nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima ? L'accident nucléaire de Tchernobyl, survenu en 1986 dans l'actuelle Ukraine, est le plus meurtrier de toute l'histoire de la technologie. Mais le nombre de morts est moins élevé qu'on pourrait le croire. Les Nations unies ont conclu que 28 pompiers sont morts du syndrome d'irradiation aiguë, et il est établi que 15 personnes avaient succombé à un cancer de la thyroïde en 2008. Selon l'ONU, il faut encore prévoir entre 50 et 160 décès sur une durée de vie de quatre-vingts ans.

Obsession

Ces décès sont tragiques, mais, pour mettre les choses en perspective, entre 170 000 et 230 000 personnes ont été tuées en Chine en 1975 à cause de la rupture du barrage de Banqiao. Si le nombre de victimes de Tchernobyl est si faible, c'est parce que les radiations n'ont provoqué que des cancers de la thyroïde, l'un des cancers les plus faciles à traiter et qui ne nécessite que des soins médicaux de base.

L'accident nucléaire de Fukushima en 2011 aura conduit la chancelière allemande de l'époque, Angela Merkel, à revenir sur sa décision de retarder d'une décennie la fermeture des centrales nucléaires. Comme Tchernobyl, Fukushima a été beaucoup moins meurtrier qu'on aurait pu le craindre. En fait, en l'état actuel des connaissances, on ne compte qu'une seule victime des radiations dues à la fusion des réacteurs de la centrale. La plupart des gens irradiés lors de cet accident ont reçu des doses équivalentes au rayonnement naturel auquel un habitant du Japon est exposé pendant un an ou deux.

Face à la technologie nucléaire, les déchets sont l'une des préoccupations les plus courantes. Mais les déchets nucléaires n'ont jamais fait de mal à personne au cours des soixante dernières années d'énergie nucléaire civile. Les piscines de refroidissement et les fûts en béton armé où les déchets nucléaires sont stockés se sont avérés des plus efficaces.

Les centrales nucléaires occidentales sont aujourd'hui la proie de dépassements de coûts et de délais. Dans un cas d'école, EDF avait commencé à construire deux nouveaux réacteurs au Royaume-Uni en 2017 pour un coût estimé à 22,5 milliards de dollars, pour ensuite le porter à 33 milliards de dollars. Reste que le coût de la construction de centrales nucléaires n'a pas forcément à être exorbitant. Selon une étude réalisée en 2015 par deux économistes français ayant examiné les constructions nucléaires passées en France et aux États-Unis, la seule façon de maîtriser les coûts consiste à construire le même modèle avec la même équipe plusieurs fois de suite. C'est ce que les États-Unis et la France ont déjà fait, et tout pays qui suit leur exemple peut y parvenir.

Réputation

Malgré des coûts de construction élevés, l'électricité produite par les centrales nucléaires est généralement abordable, car leur fonctionnement est peu coûteux. À l'inverse, l'intégration de quantités importantes d'énergies renouvelables coûte cher. D'ici à 2025, l'Allemagne aura dépensé environ 580 milliards de dollars pour l'Energiewende. Selon une analyse du think tank Environmental Progress, si l'Allemagne avait consacré une telle somme à de nouvelles centrales nucléaires plutôt qu'à des énergies renouvelables, le pays disposerait d'un réseau électrique totalement exempt d'émissions, ainsi que d'une quantité suffisante d'énergie propre pour faire rouler ses voitures et ses petits poids lourds.

L'énergie nucléaire peut rapidement se développer, ce qui signifie qu'elle peut tout aussi rapidement décarboner une nation. En 1973, du fait de la crise pétrolière, la France s'est lancée dans la transition énergétique la plus rapide de toutes les grandes économies en investissant dans le nucléaire. En 15 ans, la France allait mettre en service 56 réacteurs nucléaires. À l'issue de ce processus, la France produisait 76 % de son énergie grâce au nucléaire. Aujourd'hui, environ 70 % de l'électricité française est d'origine nucléaire, soit le taux le plus élevé au monde.

Reste que la situation actuelle de la France met à mal sa réputation. Environ la moitié des 56 réacteurs nucléaires français sont actuellement hors service, un record national. Une situation que l'on doit à des retards dans les contrôles de sécurité provoqués par la pandémie et des problèmes de maintenance aussi embarrassants qu'imprévus. En temps normal, la France est un exportateur net d'énergie, mais elle risque de devoir importer de l'électricité cet hiver et pourrait souffrir de coupures.

 

Un fiasco qui n'a pas grand-chose à voir avec l'énergie nucléaire en tant que telle et qui est bien plus largement dû à la mauvaise gestion du gouvernement français. Pendant des décennies, la France a jeté l'argent par les fenêtres avec son programme nucléaire public, et certains de ses dirigeants y ont même été farouchement hostiles. Des problèmes que n'ont pas connus d'autres nations dotées de programmes nucléaires. Même les derniers réacteurs allemands ont été brillamment performants.

Seule l'énergie nucléaire peut remplacer les combustibles fossiles et alimenter une nation prospère. L'Energiewende repose sur les meilleures intentions du monde et n'est pas encore totalement condamnée. Si l'Allemagne se met à investir massivement dans le nucléaire, elle peut dire adieu au charbon et devenir la nation occidentale qui réapprend à construire des centrales nucléaires rapidement et à un coût abordable. Mais ce ne sera pas facile ; de nombreux Allemands ont un lien émotionnel avec l'Energiewende, et les énergies renouvelables sont encore très populaires. Des faits concrets peuvent cependant faire changer les esprits. Le soutien des Allemands au maintien de leurs centrales nucléaires augmente en raison de la crise du gaz russe. Si leurs dirigeants plaident en faveur du nucléaire, ils peuvent être la nation qui décarbonise le monde et sauve des millions de vies en réduisant la pollution atmosphérique. Et aucune autre politique ne pourrait mieux racheter ce pays.

 

 

Lea Booth* pour Quillette** (traduction par

*Lea Booth est un journaliste indépendant vivant à Richmond, en Virginie. Il a été rédacteur sénior pour le think tank Environmental Progress. Vous pouvez le suivre sur Twitter.

 
 

** Cet article est paru dans Quillette. Quillette est un journal australien en ligne qui promeut le libre-échange d'idées sur de nombreux sujets, même les plus polémiques. Cette jeune parution, devenue référence, cherche à raviver le débat intellectuel anglo-saxon en donnant une voix à des chercheurs et des penseurs qui peinent à se faire entendre. Quillette aborde des sujets aussi variés que la polarisation politique, la crise du libéralisme, le féminisme ou encore le racisme. Le Point publie chaque semaine la traduction d'un article paru dans Quillette.

les trois stars des Verts plébiscitées

Annalena Baerbock, Robert Habeck et Cem Özdemir connaissent un regain de popularité alors que le chef du gouvernement Olaf Scholz flanche.

Depuis des mois, le baromètre politique est au beau fixe pour Annalena Baerbock (41 ans), ministre des Affaires étrangères, Robert Habeck (52 ans), ministre de l'Économie et du Climat, et Cem Özdemir (56 ans), ministre de l'Agriculture. Les trois ministres Verts sont de loin les politiques préférés des Allemands, alors que la popularité du chancelier social-démocrate Olaf Scholz bat de l'aile. C'est la guerre en Ukraine qui profite à ces trois nouveaux venus au gouvernement. Car si Robert Habeck fut ministre de l'Agriculture du Schleswig-Holstein, Annalena Baerbock et Cem Özdemir n'ont en revanche jamais occupé de poste d'élus. Cet engouement pour les trois stars des Verts se reflète au niveau électoral : aux récentes régionales du Schleswig-Holstein et de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, respectivement les Länder les plus et les moins peuplés du pays, les Verts ont doublé le SPD à plates coutures.

Que le conflit en Ukraine vaille aux Verts un tel regain de popularité constitue un paradoxe pour ce parti traditionnellement pacifiste. Élus pour protéger le climat et pour mener une politique étrangère « féministe », les Verts se retrouvent à gérer une guerre et à plaider pour la livraison d'armes lourdes à Kiev. L'invasion russe du mois de février a radicalement bouleversé les priorités de leur agenda.

Robert Habeck a dû se résoudre à aller négocier la livraison de gaz liquide néfaste pour le climat avec le régime autoritaire du Qatar. Annalena Baerbock bataille pour que, pour la première fois depuis la guerre, l'Allemagne envoie des armes à un pays européen en guerre. Un réalisme que les électeurs semblent apprécier. Selon les derniers sondages, 20 % des électeurs donneraient leur voix aux Verts si des élections avaient lieu demain. C'est 5 % de plus qu'aux législatives de septembre dernier où les Grünen décrochaient 14,8 % des suffrages. Un résultat honorable, mais décevant pour ce parti qui rêva même un temps de faire d'Annalena Baerbock la première chancelière verte d'Allemagne. Les Verts restent le parti des villes, des classes aisées et éduquées. S'ils cartonnent dans les villes universitaires, ils sont pratiquement inexistants dans les petites communes rurales de la province allemande.

Parmi les raisons du succès actuel : l'habilité des Verts à communiquer et à expliquer leur politique dans des termes simples. « Nous serons plus pauvres qu'avant », annonce Robert Habeck sans prendre de gants. Il n'hésite pas à répéter que la guerre en Ukraine va continuer de faire grimper les prix, et pas uniquement ceux de l'énergie. « C'est l'amère vérité », reconnaît-il, alors que la plupart des politiques ont tendance à enjoliver la situation et se targuent de pouvoir influencer le cours des choses. Cette franchise et cette capacité à expliquer son action avec des mots clairs que tout le monde comprend contribuent grandement à la popularité de Robert Habeck surnommé « le chancelier fantôme ».

Sa personnalité contraste avec celle d'Olaf Scholz. Là où Scholz est monosyllabique, fuyant et indécis, Habeck est disert, très présent et sûr de lui. Sur la question brûlante de la livraison d'armes lourdes à l'Ukraine, Olaf Scholz est resté muet pendant plusieurs semaines avant d'annoncer brièvement sa décision sans l'expliquer. Cette raideur contraste avec le style humain des Verts qui font part de leurs doutes. « Parfois, j'en ai mal au ventre », reconnaît Annalena Baerbock après avoir plaidé pour la livraison d'armes lourdes à l'Ukraine.

Clairvoyance

Les Verts qui n'ont pas été au pouvoir à Berlin depuis 2005 ne peuvent être tenus responsables de la politique énergétique décidée par les conservateurs (CDU/CSU) et les sociaux-démocrates au sein de la Grande Coalition dirigée par Angela Merkel. Ils ont adopté depuis longtemps une attitude très critique vis-à-vis de la Russie. Ils ont toujours été opposés à la construction du gazoduc Nord Stream 2 destiné à acheminer le gaz russe sous la mer Baltique. Ils n'ont cessé de mettre en garde contre la dépendance énergétique de l'Allemagne. Alors que de nombreux sociaux-démocrates, l'ex-chancelier Gerhard Schröder en tête, s'obstinaient à vouloir intensifier encore les liens avec Vladimir Poutine, les Verts condamnaient ouvertement la politique agressive de l'autocrate russe. Leur clairvoyance et leur intransigeance leur valent aujourd'hui le respect. 50 % des Allemands estiment qu'Olaf Scholz gère mal la crise ukrainienne, contre 67 % qui apprécient le travail de Habeck et 74 % celui de Baerbock.

https://www.lepoint.fr/monde/allemagne-les-trois-stars-des-verts-plebiscitees-06-06-2022-2478421_24.php?M_BT=6286141392673#xtor=EPR-6-[Newsletter-Matinale]-20220606-[Article_3]

Livraison d’armes à l’Ukraine : les Verts allemands tournent kaki

Issus du mouvement antiguerre des années 1980, les écologistes au pouvoir à Berlin sont aujourd’hui les plus allants pour aider militairement l’Ukraine.

Qu'est-il arrivé aux Verts allemands depuis le début de la guerre en Ukraine ? Pacifistes au point d'interdire à leurs enfants de jouer avec des pistolets à eau, objecteurs de conscience qui, pendant des années, s'opposèrent à toute implication militaire de l'Allemagne à l'étranger, les voilà qui exigent que leur pays fournisse des armes lourdes au président Volodymyr Zelensky.

Il n'y a pas si longtemps, le pacifisme était une composante essentielle de leur identité. C'est le refus des armes qui poussa leur égérie, Petra Kelly, à fonder le parti des Grünen au début des années 1980, alors que la décision du chancelier social-démocrate Helmut Schmidt d'autoriser le déploiement des missiles à moyenne portée Pershing II américains sur le sol allemand donnait lieu à d'énormes manifestations de protestation.

On se souvient aussi, en 1999, du violent débat sur la participation de la Bundeswehr à une mission miliaire de l'Otan au Kosovo. Les Allemands pouvaient-ils se contenter de signer des chèques et de rester les spectateurs des massacres qui se déroulaient sur le pas de leur porte ? Le Vert Joschka Fischer, alors ministre des Affaires étrangères, reçut de plein fouet sur l'oreille un jet de peinture rouge lancé par un militant de son parti. Un autre le compara à Goebbels, le propagandiste d'Adolf Hitler.

Pour Fischer, les Allemands devaient cesser de se référer à leur passé nazi pour justifier leur non-participation aux interventions de l'Otan hors des pays membres de l'Alliance. Il transforma le « Nie wieder Krieg ! » (Plus jamais la guerre) en « Nie wieder Auschwitz ! » (Plus jamais Auschwitz). C'est précisément à cause de la catastrophe dont elle est coupable que l'Allemagne a l'obligation morale de venir en aide à ceux qui, sans défense, se font massacrer, plaidait-il. Mais Joschka Fischer ne parvint pas à convaincre l'aile « fundis » (fondamentaliste) de son parti, qui resta fidèle à la tradition pacifiste des débuts. « C'était trop tôt. Les Verts n'étaient pas encore prêts », reconnaît-il aujourd'hui.

« Les longues années passées dans l'opposition ont conduit les Verts à adopter une position confortable »

Rebecca Harms, ex-députée du groupe écologiste au Parlement européen, explique que le grand tournant fut le massacre de Srebrenica en 1995 en Bosnie : « Beaucoup d'entre nous ont compris alors que nous avions avant tout la responsabilité de protéger. Mais les longues années dans l'opposition ont conduit les Verts à adopter une position confortable pour éviter les conflits internes sur les questions de sécurité. Elles sont passées au second plan. La guerre en Ukraine a forcé les Verts à adapter leur position. » Pour Rebecca Harms, le parallèle avec Hitler se justifie : « Il s'agit ici aussi d'une nation qui en agresse une autre dans le but de l'anéantir. Aujourd'hui, les Verts ne doivent pas être un parti pacifiste, mais un parti antifasciste. » Un argument également avancé par le vice-chancelier Vert, Robert Habeck, quand il dit : « Je n'ai jamais pensé qu'on aurait pu vaincre Hitler avec des drapeaux blancs et des mots chaleureux ! »

Depuis 2014, date du début de la guerre au Donbass, la question de la livraison d'armes est revenue sur le tapis du débat politique à Berlin à plusieurs reprises. Alors que la majorité des responsables politiques allemands, Angela Merkel et Olaf Scholz en tête, privilégiaient encore la solution diplomatique, c'est Robert Habeck, à l'époque coprésident des Verts, qui, à quelques semaines des législatives de l'automne 2021, appela à fournir des armes aux Ukrainiens. Indignation au sein de son parti. Il faut privilégier les mots sur les armes, prônaient encore la majorité des Verts.

Jusqu'à ce que l'agression russe contre l'Ukraine, le 24 février, ne vienne, en l'espace de quelques semaines, envoyer bouler les certitudes. « Robert Habeck, commente l'ex-eurodéputé écologiste Daniel Cohn-Bendit, qui le connaît bien, n'est pas un va-t-en-guerre. Pour lui, la seule solution pacifiste, c'est la résistance de l'Ukraine, qu'il faut donc armer. Les Verts ont compris qu'il n'y a pas d'alternative. “Faire la paix sans les armes” est certes une idée très noble. Mais c'est aussi la meilleure façon de céder tout le pouvoir à Poutine. »

 

Envoi d'armes lourdes à l'Ukraine

Fin avril, une nette majorité des délégués du parti ont approuvé l'envoi d'armes lourdes à l'Ukraine. Ils ne sont qu'une minorité à y être toujours opposés. « C'est la mort dans l'âme que la majorité des Verts a voté pour, explique Daniel Cohn-Bendit. Ils n'imaginaient pas ça. Nous sommes des enfants gâtés. Nous avions fini par nous convaincre que le mal n'existe pas. Et tout à coup, on découvre Poutine qui, contrairement à ce que tout le monde disait, envahit l'Ukraine. Les responsables de l'évolution des Verts, ils ont un nom et une adresse : Poutine et Moscou. »

Depuis le début de la guerre, les images apocalyptiques de Marioupol et de Kherson sont diffusées en boucle à la télévision et sur les réseaux sociaux. Oubliée la pandémie. L'actualité française fut vite relayée au second plan après l'annonce de la victoire d'Emmanuel Macron. L'Allemagne a accueilli 400 632 réfugiés depuis le début du conflit (contre plus de 70 000 en France). Personne, et les pacifistes d'antan ne font pas exception, n'est resté indifférent au drame qui se joue à quelques heures de voiture de Berlin.

Après cette volte-face des Grünen, l'alliance que viennent de conclure les Verts français avec Jean-Luc Mélenchon semble une aberration. « Nous assistons, estime, atterrée, Rebecca Harms, à une régression vers une tradition gauchiste. J'espérais qu'avec Europe Écologie-Les Verts, les écologistes français étaient parvenus à se libérer de ce corset. J'ai l'impression que les Verts français sont en train de creuser leur propre tombe. »

Même réaction offusquée pour Daniel Cohn-Bendit : « Dans l'accord électoral que les Verts ont conclu avec Mélenchon, il n'y a pas une seule phrase sur Poutine et la guerre en Ukraine. Ils veulent d'un monde où tout se réglerait par la négociation. Mais la réalité nous défie et nous oblige, dit Robert Habeck. Voilà une attitude réaliste. Les Verts français, eux, font preuve d'irresponsabilité en s'alliant à Mélenchon. » Ce n'est sans doute pas un hasard si Robert Habeck et Annalena Baerbock caracolent en tête des sondages. Les deux figures de proue des Grünen sont les personnalités politiques auxquelles les Allemands font le plus confiance dans cette période de turbulences qui les angoisse tant.

Guerre en Ukraine : le malaise Olaf Scholz

Le chancelier allemand est de plus en plus critiqué pour ses prises de position ambiguës vis-à-vis de la Russie. Sa coalition vacille.

L'Allemagne, qui refusait jusqu'à présent de fournir des armes lourdes à l'Ukraine, a créé la surprise en annonçant ce mardi qu'elle livrerait à Kiev des chars antiaériens Guepard. La nouvelle a été confirmée par la ministre allemande de la Défense, Christine Lambrecht (SPD), le jour même où les États-Unis convoquent une quarantaine de ministres de la Défense sur la base militaire américaine de Ramstein, en Rhénanie-Palatinat, pour tenter de renforcer et coordonner l'aide militaire apportée à l'Ukraine. Cette décision de fournir des armes lourdes était réclamée avec acharnement depuis des semaines à la fois par l'opposition conservatrice et par les deux coéquipiers (Verts et libéraux) des sociaux-démocrates au sein du gouvernement tripartite au pouvoir à Berlin. Elle tombe au moment où Olaf Scholz est la cible de critiques de plus en plus virulentes dans son propre pays. La pression s'accentue sur le chancelier.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, la cote de popularité d'Olaf Scholz dégringole. Deux tiers des Allemands qui avaient élu à l'automne dernier ce garant de la stabilité et d'une certaine continuité avec l'ère Merkel estiment aujourd'hui que leur chancelier manque de poigne et est incapable de prendre les décisions qui s'imposent alors que la guerre fait rage aux portes de l'Union européenne. Ils se demandent s'ils ont fait le mauvais choix. Confrontés chaque jour aux images des massacres en Ukraine et à l'arrivée massive de réfugiés, les Allemands souhaitent majoritairement que leur pays participe plus activement à la défense de l'Ukraine, y compris en livrant des armes lourdes à Volodymyr Zelensky. 

Mais où est Olaf Scholz ? Scholz est-il vraiment le chancelier dont nous avons besoin en ces temps de turbulences ? s'interroge-t-on à Berlin depuis plusieurs semaines tant l'absence du chancelier dans le débat public autour de la guerre en Ukraine est flagrante. Dans un discours historique prononcé fin février, quelques jours après le début de l'agression russe, le chancelier avait fini par donner son feu vert à la livraison d'armes, brisant ainsi un tabou. Il promettait un « tournant historique » et annonçait qu'un fonds spécial de 100 milliards d'euros serait débloqué pour moderniser la Bundeswehr, l'armée allemande. En outre, plus de 2 % du PIB allemand serait consacré à la défense. Mais, depuis, et malgré les appels de plus en plus pressants de Volodymyr Zelensky et les semonces de son ambassadeur en Allemagne Andrij Melnyk, Olaf Scholz tarde à fournir des armes lourdes. 

« De quoi avez-vous peur, Monsieur Scholz ? »

Pressé de réagir, il s'est expliqué récemment dans une grande interview accordée au grand hebdomadaire de centre gauche Der Spiegel sous le titre « De quoi avez-vous peur, Monsieur Scholz ? ». Il y défend sa position dans le conflit ukrainien et refuse que la politique de détente et de rapprochement vis-à-vis de Moscou menée tour à tour par les chanceliers sociaux-démocrates Willy Brandt et Helmut Schmidt soit disqualifiée en bloc. « Cette politique, rappelle-t-il, a permis la disparition du rideau de fer, l'avènement de nombreux pays de l'Est à la démocratie. Elle a aussi pour conséquence que nous vivions aujourd'hui unis au sein de l'Union européenne. » Olaf Scholz rappelle que jamais l'Allemagne n'a mis en doute son ancrage à l'ouest. Il faut dire que l'attitude de l'ancien chancelier Gerhard Schröder qui refuse de condamner son « ami » Vladimir Poutine et de démissionner de ses fonctions lucratives au sein du groupe russe Gazprom ne contribue pas à améliorer l'image ternie du SPD. Certains au sein du parti réclament que l'ancien chancelier en soit expulsé.

Olaf Scholz donne aussi deux raisons à ses hésitations à livrer des armes lourdes à l'Ukraine. Premièrement, l'indigence de l'arsenal de la Bundeswehr : « On ne peut livrer que ce dont on dispose. Les économies réalisées depuis des années sur le budget de l'armée ont laissé des traces. Nous sommes en train de remédier à cette situation. » Deuxièmement, la prudence. Le chancelier dit vouloir éviter à tout prix une confrontation directe entre l'Otan et la Russie : « Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour éviter une escalade qui conduirait à une nouvelle guerre mondiale. Il ne doit pas y avoir de guerre nucléaire. » L'argument selon lequel l'Allemagne ne veut à aucun prix « faire cavalier seul » est contesté d'emblée par ses détracteurs. Les Britanniques, les Tchèques, les Slovaques, les Néerlandais fournissent déjà des armes lourdes et les Américains ont envoyé des hélicoptères dès le début de la guerre. 

Dans la roue de Macron ?

Le chef de la CDU, Friedrich Merz, ne cesse de dénoncer le manque de leadership de Scholz et menace de bloquer au Parlement le nouveau fonds de 100 milliards d'euros consacré à la remise en état de la Bundeswehr. Les louvoiements et les hésitations du chancelier provoquent aussi des couacs au sein de la coalition tripartite au pouvoir à Berlin. Les Verts et les libéraux critiquent ouvertement l'attentisme du SPD et font pression pour la livraison d'armes lourdes. Ils viennent de déposer une motion en ce sens, qui sera débattue jeudi au Bundestag. 

Au lendemain de la présidentielle française, le billet de l'éditorialiste du Spiegel résume bien le dilemme d'Olaf Scholz : « L'Europe a avec Macron un leader incontestable. Depuis le début de l'agression russe en Ukraine, le chancelier allemand a démontré qu'il ne souhaitait pas assumer ce rôle. Cela implique donc qu'à l'avenir il soutienne Macron avec tous les moyens dont il dispose et le laisser diriger. Il ne devra pas mettre des bâtons dans les roues de Macron. » Une réaction qui traduit à la fois la gratitude des Allemands pour le rôle du président français au sein de l'UE et leur profond agacement face à la passivité de leur propre chancelier.

Nord Stream, l’histoire d’un fiasco stratégique allemand

Boulette. Comment Gerhard Schröder puis Angela Merkel ont rendu l’Europe dépendante de Vladimir Poutine et de ses gazoducs.

La fatale aventure du gazoduc Nord Stream commence dans la précipitation, le 8 septembre 2005, dix jours avant les élections en Allemagne. Sous les yeux satisfaits de Gerhard Schröder et de Vladimir Poutine, le gazier russe Gazprom signe avec les géants allemands de la chimie BASF et de l'énergie E.ON une déclaration d'intention pour la construction d'un gazoduc sous la Baltique. Accolades viriles, sourires ravis. Une amitié robuste unit celui qui est encore le chancelier allemand (social-démocrate) au Premier ministre russe. Les deux hommes portent le gazoduc Nord Stream 1 sur les fonts baptismaux. À la toute dernière minute. « Schröder, ironise la presse allemande à l'époque, se dépêche de mettre ses propres intérêts à l'abri, juste au cas où il perdrait les élections. »

Dix jours plus tard, la CDU d'Angela Merkel arrive en tête des élections. Exit Gerhard Schröder. Dépité, le perdant déclare à qui veut l'entendre que désormais il va « gagner de l'argent ». Trois mois plus tard, il est nommé chef du conseil de surveillance de la société d'exploitation du futur gazoduc. Concert de protestations. « L'ancien chancelier aurait dû respecter un délai de carence de trois ans avant d'accepter ces nouvelles fonctions », condamne l'ONG anticorruption Transparency International. Les Allemands baptisent leur ancien chancelier « Gaz Gerd ». Comment peut-il prétendre agir à titre uniquement privé et devenir du jour au lendemain un lobbyiste grassement rémunéré ? « Helmut Kohl ne se serait jamais vendu ainsi ! » s'offusque-t-on à la CDU. Même au sein du SPD, le parti de Schröder, quelques-uns prennent leurs distances. 

Double projet. Angela Merkel hérite de ce « bébé » né d'une amitié très particulière. Elle l'adopte. En 2015, un an après l'annexion de la Crimée, elle décide même de lui donner un frère jumeau, le gazoduc Nord Stream 2, qui courra, parallèlement à Nord Stream 1, au fond de la Baltique. Ce double projet est prestigieux : avec ses 1 224 kilomètres, Nord Stream 1 est le plus long gazoduc sous-marin du monde. Depuis son entrée en service, en 2011, il achemine chaque année 55 milliards de mètres cubes de gaz vers l'Europe. Nord Stream 2, dont la construction a été achevée en septembre 2021, double ce volume, pour un investissement de 10 milliards d'euros. Le dernier-né est financé pour moitié par Gazprom et pour moitié par cinq groupes européens, dont le français Engie, les allemands Uniper et Wintershall et l'anglo-néerlandais Shell. Le président de la société Nord Stream 2 n'est autre que Gerhard Schröder.

Un gazoduc reliant directement la Russie à l'Allemagne par la mer, sans avoir besoin de transiter par d'autres pays, est une vieille idée qui a germé au milieu des années 1990. Le projet est fidèle à l'esprit de l'Ostpolitik de Willy Brandt, qui pensait dans les années 1960 que l'intensification des relations commerciales entre la Russie et l'Europe occidentale garantirait la paix. Le président actuel, Frank-Walter Steinmeier, lui aussi issu du SPD, n'hésite pas à invoquer les millions de victimes soviétiques du national-socialisme pour justifier ce projet controversé qui constitue, selon lui, « l'un des derniers ponts entre la Russie et l'Europe ». Avec ce gazoduc, l'Allemagne espère garantir les besoins énergétiques de son industrie tout en renforçant les liens avec la Russie. 

Arme redoutable. À cause de ce projet faramineux, l'Allemagne s'est mis beaucoup de monde à dos. En Europe centrale d'abord, où l'inquiétude est forte. L'Allemagne a beau répéter qu'il s'agit d'un projet « purement commercial » qui « prend en compte les inquiétudes de Kiev » et « stabilisera l'approvisionnement énergétique de l'Allemagne et de l'Europe », ses implications géopolitiques sautent aux yeux. Pour la première fois, le gaz russe est acheminé sans traverser la Pologne, les pays Baltes ou l'Ukraine. 

Pour Vladimir Poutine, ce pipeline est un objet de prestige… et une arme redoutable. Enfin « la fin du diktat des pays de transit », se réjouit-il ouvertement, tandis que les Polonais, les Ukrainiens et les pays Baltes voient leur sécurité et leur approvisionnement énergétique menacés. Ils reprochent à l'Allemagne d'avoir offert sur un plateau un moyen de chantage efficace à Vladimir Poutine. L'ancien ministre polonais de la Défense Radoslaw Sikorski compare le gazoduc au pacte germano-soviétique de 1939, qui prépara le dépeçage de la Pologne par Hitler et Staline.

Bête noire de Donald Trump. L'Ukraine est particulièrement touchée. Une part importante du gaz russe destiné au marché européen transite par son territoire. Kiev fait savoir que « l'Ukraine risque d'être coupée du reste du monde ». Nord Stream 2 la privera en outre d'une importante source de revenus générés par les frais de transit. La Russie fera donc des économies et accroîtra son influence.

Aujourd'hui, l’ancienne députée européenne verte Rebecca Harms ne mâche pas ses mots : « Les Européens de l'Est ne nous le pardonneront jamais. C'est comme si, avec ce gazoduc, nous avions livré l'Ukraine aux Russes. Depuis huit ans, les Allemands construisent avec obstination leur dépendance énergétique et la puissance de Poutine. Ils sont restés sourds aux mises en garde des États-Unis et des Européens, qui leur répétaient à quel point ce projet était dangereux pour la sécurité de l'Ukraine. »

Les pays de l'Est ont toujours applaudi les efforts des États-Unis pour bloquer le projet, qui sape l'efficacité des sanctions contre la Russie depuis le début de la crise ukrainienne en 2014. Depuis 2017, les États-Unis s'efforcent de punir les entreprises et les individus participant à la construction du gazoduc. Nord Stream 2 était la bête noire de Donald Trump. Pour lui, ce pipeline est un « énorme cadeau à Poutine ». 

Mesures punitives. En 2019, une loi est votée sanctionnant les entreprises associées à ce chantier, que le président américain veut à tout prix stopper. Devant le Bundestag, Angela Merkel se rebiffe : « Le type de sanctions extraterritoriales imposées par les États-Unis ne correspond pas à notre conception de la loi. Elles constituent une ingérence dans nos affaires intérieures. » L'Union européenne dénonce « l'imposition de sanctions contre les entreprises européennes se livrant à des activités parfaitement légales. » Allseas, société suisse propriétaire du Pioneering Spirit, le plus grand navire de pose de pipelines du monde, chargé par Gazprom de construire la section offshore, annonce la suspension de ses travaux. 

La relation entre Berlin et Washington ne s'améliore qu'avec l'arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche. Les mesures punitives sont levées. De toute façon, elles ont peu de chances de se montrer efficaces puisque le chantier est achevé. Le secrétaire d'État américain Antony Blinken continue cependant de condamner ce « projet géopolitique russe destiné à diviser l'Europe ». Joe Biden augmente la pression pour que Berlin renonce à la mise en service du deuxième gazoduc. 

Ni les mises en garde incessantes des États-Unis et des pays de l'Est, ni l'annexion de la Crimée, ni la guerre dans le Donbass, ni la tentative d'empoisonnement du dissident Alexeï Navalny et son emprisonnement à son retour de Berlin – où il a été soigné –, ni le durcissement de la législation répressive en Russie n'auront fait fléchir le gouvernement d'Angela Merkel. À aucun moment de cette longue escalade, l'Allemagne n'envisage de stopper Nord Stream 2 pour sanctionner Vladimir Poutine.

Explosif. Lorsqu'il arrive à la chancellerie en décembre dernier, le social- démocrate Olaf Scholz hérite de ce cadeau empoisonné, qu'il continue de défendre alors que la Russie masse ses chars à la frontière de l'Ukraine. Lors de son tout premier sommet européen, le nouveau chancelier parle encore d'un « projet commercial privé » et rappelle que quelque 150 entreprises allemandes, mais aussi françaises, néerlandaises et autrichiennes, y participent. La continuité politique est assurée. 

Il n'y a que les Verts pour s'opposer à Nord Stream 2. Ils accusent Gerhard Schröder et Angela Merkel d'avoir rendu l'Allemagne dépendante de la Russie tout en défendant un projet participant au réchauffement climatique. D'ailleurs, les chiffres parlent d'eux-mêmes : l'Allemagne importe plus de la moitié de son gaz naturel de Russie, le reste venant de Norvège et des Pays-Bas. Le sujet Nord Stream 2 est si explosif que la question a été mise entre parenthèses lors des négociations de coalition entre les sociaux-démocrates, les libéraux et les Verts à l'automne. Jusqu'à la guerre en Ukraine, la marge de manœuvre des Verts sur ce sujet au sein du gouvernement d'Olaf Scholz était limitée. 

Le 13 janvier, alors que le dispositif russe à la frontière ukrainienne atteint des niveaux très inquiétants, la ministre sociale-démocrate de la Défense, Christine Lambrecht, estime toujours que Nord Stream 2 doit être tenu à l'écart du conflit. Il aura fallu l'invasion de l'Ukraine par Poutine pour que le ton change. La pression internationale devient insoutenable. Comment peut-on continuer à faire affaire avec le président russe ? Olaf Scholz finit par reconnaître que « la situation a changé » et annonce le gel de la procédure de certification de Nord Stream 2. Soulagement à Washington, à Kiev et à Varsovie.

Dépôt de bilan. Nombreux sont ceux à Berlin qui sont désormais persuadés que la guerre en Ukraine a sonné le glas du gazoduc. Shell et plusieurs autres sociétés annoncent leur retrait du projet. Sigmar Gabriel, qui fut le chef du SPD et le ministre de l'Économie de Merkel, fait son mea culpa : « J'ai toujours été un partisan de ce projet, mais je crois maintenant que Nord Stream n'a plus l'ombre d'une chance. » Tant pis pour les milliards engloutis dans la Baltique. Installée en Suisse, la société Nord Stream dépose le bilan et licencie ses employés. 

« Il aurait été plus intelligent de ne jamais avoir construit Nord Stream 2, déplore Robert Habeck, le ministre vert de l'Économie. L'Europe a besoin d'un approvisionnement énergétique diversifié et non pas de placer tous ses œufs dans le même panier au fond de la Baltique. » Il dénonce « cette illusion dont nous nous sommes bercés. Il faut toujours envisager la politique énergétique sous un aspect géopolitique ». Il n'y a guère que Gerhard Schröder qui se taise. Il refuse de désavouer son ami russe et vient même de lui rendre visite à Moscou. Officiellement pour tenter de mettre fin à la guerre§

Par Pascale Hugues, notre correspondante à Berlin

A Berlin, un nouvel aéroport huit ans trop tard

 

L’inauguration du site, qui devait avoir lieu en 2012, se déroulera finalement dimanche. Conclusion d’un projet monumental jalonné de révélations sidérantes.

 

Cette fois, aucune grande fête n’a été prévue. Samedi 31 octobre, seule une petite centaine d’invités se retrouveront autour d’un modeste pot pour marquer l’ouverture – avec huit ans de retard – du nouvel aéroport de Berlin Willy-Brandt. Rien à voir avec l’immense réception qui aurait dû se tenir le 24 mai 2012. Ce jour-là, 10 000 personnes avaient été conviées pour l’inauguration de ce qui était présenté comme « l’aéroport le plus moderne d’Europe ». Mais l’événement avait été annulé en catastrophe une semaine plus tôt après qu’une expertise technique eut révélé que le système anti-incendie était défectueux. A l’époque, la direction du site avait assuré que tout serait réglé en trois mois. Il aura finalement fallu attendre huit ans pour que l’ouverture – six fois annoncée et six fois reportée – puisse enfin avoir lieu.

 

 

Que celle-ci soit aujourd’hui célébrée en petit comité – pour ne pas dire en catimini – n’a rien d’étonnant. D’abord en raison de la situation sanitaire, qui empêche la tenue des grands rassemblements. Ensuite à cause de la crise que traverse le secteur aérien, une crise sans précédent qui rend inconcevable une inauguration festive comme celle imaginée en 2012, époque où le secteur était, au contraire, en pleine croissance. Enfin, à cause de l’histoire même de ce nouvel aéroport. L’histoire d’un projet monumental qui a viré au fiasco le plus total. Une histoire jalonnée de révélations sidérantes et de démissions fracassantes. Une histoire tellement ubuesque que deux commissions d’enquête parlementaires ont même été créées pour tenter d’expliquer comment un chantier qui devait être achevé en cinq ans avec un budget de 2,7 milliards d’euros aura finalement duré trois fois plus de temps et coûté deux fois plus cher.

 

Calendrier intenable

 

Cette histoire, en réalité, commence à la fin des années 1980. En visite à Berlin-Ouest le 12 juin 1987, Ronald Reagan prononce, devant la porte de Brandebourg, un discours aux accents prophétiques. Interpellant son homologue soviétique en une formule qui restera célèbre (« M. Gorbatchev, abattez ce mur ! »), le président américain imagine ce que deviendra Berlin quand elle ne sera plus coupée en deux : une ville « ouverte à toute l’Europe, celle de l’Est comme celle de l’Ouest », une ville qui, pour cela, devra être « dotée de meilleures liaisons aériennes » et « pourra devenir l’une des principales plates-formes aéroportuaires du centre de l’Europe ».

 

En 1987, ces paroles ont encore quelque chose d’utopique. Trois ans plus tard, la réunification allemande rend possible le rêve exprimé par Ronald Reagan. Choisie comme capitale de l’Allemagne réunifiée, Berlin doit se doter d’infrastructures dignes de son nouveau statut. Pour cela, une gare centrale ultramoderne est inaugurée, en 2006, à deux pas de la toute nouvelle chancellerie fédérale. Parallèlement, l’idée s’impose que la métropole a également besoin d’un nouvel aéroport afin de remplacer, à terme, ceux de Schönefeld, Tegel et Tempelhof, vestiges du Berlin de la guerre froide.

 

Le chantier, situé au sud-est de la capitale, à une quinzaine de kilomètres du centre et en face de la base de Schönefeld – ce qui permet d’utiliser les pistes déjà existantes – démarre en 2006. A l’origine, l’ouverture est prévue pour 2011. Mais, très vite, les déboires s’accumulent. Alors même que la construction a commencé, la société gestionnaire de l’aéroport, détenue à 37 % par le Land de Berlin, 37 % par celui du Brandebourg et 26 % par l’Etat fédéral, somme l’architecte de réviser ses plans et d’ajouter un étage pour augmenter les capacités d’accueil et les surfaces réservées aux commerces. En 2010, une entreprise impliquée dans la gestion du projet fait faillite. Le calendrier devient vite intenable. Mais le maire de Berlin, Klaus Wowereit, ne veut pas reporter l’ouverture de plus de quelques mois et annonce que celle-ci aura lieu, quoi qu’il arrive, en 2012.

 

D’innombrables défauts de conception

 

L’annulation de cette inauguration qui se voulait grandiose, et à laquelle devait notamment participer la chancelière Angela Merkel, provoque un tremblement de terre. Discrédité, Klaus Wowereit finit par démissionner de son mandat en décembre 2014. A la tête de l’aéroport aussi, les responsables sont remplacés par de nouvelles équipes dont la première mission est de réaliser un audit général. La liste des malfaçons mises au jour (550 000 au total !) est impressionnante. Le système anti-incendie doit être entièrement refait. Certains escalators sont trop courts. Des portes sont mal numérotées. Le nombre de comptoirs construits pour les compagnies aériennes se révèle largement insuffisant. Quant au réseau électrique, il est tout bonnement inexploitable. « Certains câbles commençaient quelque part mais personne ne savait où ils allaient. Pour rattraper le coup, on a dû rajouter un nombre incalculable de câbles sur des supports qui n’avaient pas été prévus pour cela », se souvient Patrick Muller, responsable de l’exploitation de l’aéroport. Une anecdote, à l’époque, fit couler beaucoup d’encre : au sein du bâtiment, les lumières restaient allumées nuit et jour, pour la simple raison que nul ne savait comment les éteindre…

 

Alors que le chantier s’éternise à cause de ces innombrables défauts de conception découverts en cours de route, la société gestionnaire est attaquée en justice par plusieurs entreprises qui lui réclament des dommages et intérêts, à l’instar de la Deutsche Bahn, qui en a réalisé la desserte ferroviaire, ou de plus petites sociétés ruinées pour avoir investi dans des commerces restés désespérément vides durant des années. Plus embarrassant encore en termes d’image : la condamnation d’un des cadres de la société gestionnaire, en 2016, à trois ans et demi de prison ferme et 150 000 euros d’amende pour corruption passive ; puis l’ouverture, l’année suivante, d’une enquête pour détournement de fonds contre un ancien directeur technique de l’aéroport.

 
 

Après tant de déconvenues, l’ouverture prévue ce week-end – le premier vol commercial, un Berlin-Londres de la compagnie EasyJet, décollera dimanche à 6 h 45 – ne suffira sans doute pas à effacer une décennie de gabegie qui a conduit à des situations proprement absurdes. Celle d’un site fantôme où des employés sont régulièrement venus tirer des chasses d’eau et tourner des robinets pour que la plomberie fonctionne le jour où l’on s’en servira, où du personnel de ménage a continué d’entretenir un hôtel quatre étoiles sans clients, où des trains sans passagers ont circulé chaque jour pour maintenir un niveau d’aération minimal dans la gare et les tunnels…

 

« Un peu vieillot »

 

« Nous, ingénieurs allemands, sommes littéralement mortifiés », déclarait récemment l’urbaniste Engelbert Lütke Daldrup, un ancien secrétaire d’Etat aux transports du Brandebourg, devenu, en 2017, le troisième président de la société gestionnaire de l’aéroport. « L’Allemagne est connue pour sa compétence en matière d’ingénierie. Nous avons la réputation d’être ponctuels et efficaces. Tout cela est très embarrassant pour Berlin et l’Allemagne. » Angela Merkel, en 2018, avait dit à peu près la même chose : « Les Chinois avec qui nous discutons, se posent eux-mêmes la question : “Que se passe-t-il à Berlin pour qu’ils ne soient pas capables de construire un aéroport avec deux pistes ?” », s’était agacée la chancelière allemande, au moment même où était inauguré le pont géant de 55 kilomètres reliant Hongkong au continent chinois, dont le chantier avait pourtant commencé trois ans après celui de Berlin.

 

 

Devenu un objet de risée, au point qu’il existe même un jeu de société dont les cartes listent les innombrables avaries du bâtiment, l’aéroport Willy-Brandt aura finalement toujours été à contretemps. Même ses responsables l’admettent avec honnêteté : « Ce qui ouvre aujourd’hui, en 2020, c’est un aéroport conçu dans les années 2000, donc déjà un peu vieillot », reconnaît ainsi M. Muller, le responsable de l’exploitation, qui cite notamment les « systèmes d’affichage avec des caractères bien plus petits que ceux qu’on sait faire aujourd’hui ». Autre exemple : les prises qu’il a fallu installer un peu partout pour que les passagers puissent recharger leurs téléphones portables. Des équipements qui ne semblaient pas indispensables il y a une décennie, mais dont le rajout in extremis ne fait pas pour autant du nouvel aéroport de la capitale du pays le plus riche d’Europe un objet dernier cri.

 

Il n’empêche : pour les habitués des aéroports berlinois, le sentiment de modernité n’en sera pas moins palpable. Au moins ce nouveau site est-il accessible en métro depuis Berlin, ce qui n’était pas le cas de celui de Tegel, qui fermera définitivement le 8 novembre, mais que les habitués commencent à regretter pour son charme vintage et ses guichets qui conduisaient directement aux avions, évitant des files d’attente interminables. De plus, il dispose d’un système de centralisation de la collecte de bagages, ce qui n’était pas le cas à Tegel et à Schönefeld qui, lui, reste ouvert mais devient le terminal 5 du nouvel ensemble.

 

Terminal 5 ?

 

Rien que ce chiffre donne une idée de la situation actuelle. Car ce qui ouvre, ce week-end, n’est en réalité que le premier terminal d’un aéroport dont le deuxième ouvrira peut-être en 2021, mais dont les troisième et quatrième ne sont toujours pas construits. Car là réside la dernière ironie de toute cette histoire : conçu pour accueillir 40 millions de passagers par an, le bâtiment ne devrait pas même en recevoir la moitié en 2021, et les plus optimistes n’imaginent pas un retour au trafic pré-Covid-19 avant 2023 ou 2024. Economiquement, les conséquences risquent d’être désastreuses. D’un point de vue sanitaire, en revanche, ce n’est pas sans avantage. C’est le message qu’essaie de faire passer ces temps-ci le président de l’aéroport qui, lorsqu’on lui demande si cette ouverture n’est pas totalement intempestive, fait systématiquement la même réponse : « Au moins nous aurons beaucoup de place, ce qui nous permettra de faire parfaitement respecter les règles de distanciation physique. »

 

Par Thomas Wieder (Berlin, correspondant)
 
 
 
 

« L’Allemagne est en train de perdre son pari énergétique »


"Malgré des centaines de milliards d’investissement dans sa transition energétique, l’impact climatique est pour l’instant quasiment nul alors que l’éolien représente déjà 25 % de l’électricité produite outre-Rhin et qu’il sera difficile d’aller au-delà, explique Philippe Escande, éditorialiste au « Monde »."
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"Une jolie flottille de 17 voiliers est venue accueillir dans le port de New York, ce mercredi 28 août, l’arrivée de la nouvelle Jeanne d’Arc du combat climatique mondiale, Greta Thunberg. La jeune Suédoise de 16 ans est invitée par le secrétaire général de l’ONU à s’exprimer au sommet sur le climat qui se tiendra en septembre. Sa voix adolescente émouvra plus sûrement les médias et les citoyens que les représentants des pays émergents les moins motivés ou le président Donald Trump. Mais elle aurait aussi bien pu s’éviter une pénible traversée de deux semaines sur un voilier de course « skippé » par le petit-fils du prince Rainier de Monaco, et rester en Allemagne où elle était en juillet.

Car le plus riche pays d’Europe est en train de perdre son pari énergétique. « Si cela continue, le gouvernement ratera les objectifs qu’il s’est fixés en matière d’énergie renouvelable », résume le directeur adjoint de la chambre de commerce allemande, Achim Dercks, à nos confrères du Financial Times. Son propos se réfère à l’effondrement des implantations d’éoliennes sur le sol allemand. Le nombre de constructions nouvelles a chuté en 2019 de 80 % par rapport à 2018, elle-même en recul de plus de 40 % sur l’année précédente.

Peur du nucléaire


En cause, comme ailleurs en Europe, le manque d’emplacements, les obstacles réglementaires et la rébellion des particuliers contre de nouvelles implantations. Or, compte tenu du faible potentiel du solaire sous ces latitudes, l’énergie du vent est devenue la pierre angulaire de toute la politique énergétique du pays.

Berlin s’est promis d’arrêter le nucléaire en 2022 et le charbon en 2038. Après l’accident de Fukushima en 2011, Angela Merkel a privilégié politiquement la peur du nucléaire plutôt que l’urgence climatique, laissant prospérer quinze ans de plus le charbon, gros pourvoyeur d’emplois et de gaz à effet de serre. Et après des centaines de milliards d’investissement dans sa transition energétique, l’impact climatique est pour l’instant quasiment nul alors que l’éolien représente déjà 25 % de l’électricité produite et qu’il sera difficile d’aller au-delà. A méditer sur les bancs des Nations unies."


(publié par Joëlle Leconte)

 

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10158507011122281

Où en est l'Allemagne après Chemnitz ? Réponses avec M. Pouydesseau
 
 
 
 
 
Mathieu Pouydesseau vit et travaille en Allemagne depuis 18 ans et espère obtenir prochainement la nationalité de ce pays. Il est diplômé de l'IEP de Bordeaux et en Histoire, et travaille dans l'informatique. Longtemps fédéraliste européen, il fut un temps au Conseil national du Parti socialiste français, et est actuellement engagé au SPD allemand. Il s'exprime donc ici en tant qu'observateur de l'Allemagne connaissant à la fois le tissu économique et les structures politiques du pays.
 
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En Allemagne, à Chemnitz puis dans la petite ville de Köthen, on a vu se produire plusieurs manifestations d’extrême-droite suite au meurtre d'un jeune homme imputé à des migrants. Que se passe-t-il outre-Rhin? La situation peut-être devenir hors de contrôle ?
 
Il faut se rappeler que lorsqu'on a redonné sa souveraineté à l'Allemagne après la guerre, on l'a fait avec beaucoup de précautions. Tant en RFA qu’en RDA on écrivit dans la Constitution l’obligation de combattre les idéologies issues de l’extrême-droite. Dès que l’extrême-droite donnait des signes de renouveau, les chancelleries réagissaient. Au milieu des années 80, les « Républicains » (Die Republikaner), menés par un ancien Waffen SS, remportèrent des sièges dans des parlements régionaux de l'Ouest. Les autres pays firent les gros yeux, menaçant l'Allemagne de ne pas être accommodants sur certaines de ses revendications en Europe si elle ne maîtrisait pas le problème. Pendant le processus de réunification, on fit également les gros yeux lorsque des ratonnades aboutirent à la mort de migrants en ex-RDA, à Rostock par exemple.
 
Mais après la création du marché commun puis de marché et de la monnaie uniques, le choix fut progressivement fait de ne plus surveiller l'Allemagne. En Allemagne, le travail sur la mémoire n’a pas empêché, selon le travail fascinant de Harald Welzer, de disculper « Papi qui n’était pas nazi ». En France, entre 2000 et 2015, toute évocation de la résurgence de l’extrême-droite allemande était rejetée comme « germanophobe » ou relativisé par la comparaison des scores de l’extrême-droite française. Dans nos deux pays, il y a eu un processus dissociant l’Allemagne de la guerre de l’Allemagne actuelle.
 
Pourtant, des signes d’un tsunami en devenir étaient visibles. Dans la décennie 2002-2012, le NPD remporta des succès électoraux en étant ouvertement sympathisant du neonazisme. Une procédure d’interdiction échoua parce que l’imbrication des services secrets allemands dans la direction était telle qu’il était impossible de déterminer si les actes illégaux reprochés étaient issus du NPD, ou provoqués par les agents infiltrés des services secrets, indicateurs ou agents, placés jusqu’à la direction nationale du NPD. 
 
Ces succès du NPD coïncident avec deux autres événements. En 2006, c’est la coupe du monde de football en Allemagne, où les Allemands issus de générations sans connexion directe à 1933-1945, découvrent la joie de fêter leur équipe nationale, leur drapeau, leur fierté innocente d’être Allemands. La même année, la presse s’interroge sur une mystérieuse « d'infirmière fantôme » tueuse de la mafia turque, qui aurait assassinée une demi douzaines de petits commerçants d’origine turque et grecque, et posé une bombe dans un quartier d’immigration de Cologne, faisant 200 blessés. Ce n’est qu’en novembre 2011 que l’on découvrira que ces meurtres n’étaient en rien liés à « la mafia turque », construction raciste n’existant que dans l’esprit des enquêteurs allemands, mais à un groupe terroriste néonazi, la NSU, qui filmait ses actes et diffusait ses vidéos de propagande dans les réseaux clandestins de l’extrême droite allemande. Neuf migrants et une policière furent ainsi assassinés. Dès la découverte, fortuite, de cette cellule terroriste, les services secrets allemands engagèrent immédiatement ... la destruction complète de leurs archives concernant les membres de ce groupe... 
 
L'année 2011 marque aussi une césure dans le recensement des actes de violence de l’extrême-droite en Allemagne. A partir de cette date, le nombre d’actes de violence motivée par l’extrême-droite va doubler chaque année dans l’indifférence générale, jusqu’à atteindre plus de 2000 actes, soit 10 fois plus que l’extrême-gauche et 25 fois plus que les islamistes, chaque année. Cependant, la médiatisation est modérée. L’attention des politiques comme des services secrets se porte sur l’islamisme et sur l’ultra-gauchisme après les manifestations contre les réunions du G8 en 2007 dans la campagne du Mecklembourg, puis du G20 en 2017 à Hambourg. Dans le même temps, l’attrait électoral pour l’extrême-droite croit selon un modèle très simple à suivre : d’abord, l’électeur perd confiance dans les institutions démocratiques et passe par une phase apathique d’abstention. Ensuite, dans certaines régions, un parti alibi sert à rompre des résistances profondes dans le comportement électoral. C’est ainsi que l’ovni politique du Parti Pirate devient le réceptacle d’une poussée populiste non cristallisée, faisant des scores entre 6 et 15% des voix et entrant dans 9 parlements régionaux. Partout où les Pirates sont forts - et cela s’observe jusqu’au niveau des bureaux de vote - le NPD est faible. Mais les Pirates étaient un feu de paille et n'ont existé qu'entre 2011 et 2013.
 
A partir de 2013, un nouveau parti en Allemagne est prêt à recueillir les braises dans le foyer, l'AfD, qui, de parti élitaire anti-euro, se transforme peu à peu en synthèse allemande de l'UKIP britannique, du FN et de la Lega italienne. Aujourd’hui, les sondages donnent l'AfD à égalité avec le SPD à 17%, et des dirigeants de la droite parlementaire évoquent des alliances avec elle.
 
Les émeutes de Chemnitz n'arrivent donc pas comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Elles instrumentalisent la question des réfugiés, devenue critique dans l’opinion allemande après septembre 2015, mais la genèse est ancienne. D’ailleurs, le cadre théorique et idéologique d'un parti islamophobe tel Pegida, a été posé dès 2008 par ... un ancien dirigeant du SPD, Thilo Sarrazin, ancien responsable des finances de la ville de Berlin, puis membre du directoire de la Bundesbank, dès la publication de son livre « L’Allemagne s’auto-dissous », suivi depuis par un livre tous les 18 mois.  
 
Les émeutes de Chemnitz furent extrêmement bien préparées. Déjà, en 2017, la fachosphere de Saxe avait lancé des rumeurs d’agressions de femmes allemandes par des migrants en marge de la fête populaire de la ville mais la campagne n’avait pas pris. Dans la préparation de la fête de Chemnitz de 2018, les associations de lutte contre le racisme prévoyaient une nouvelle action des réseaux clandestins de l’extrême-droite, sans cependant pouvoir prédire le fait divers dramatique à son origine – dans une rixe à 3h du matin un réfugié tue d’un coup de couteau un germano-cubain - ni son exploitation politique. Depuis, le procureur fédéral d'Allemagne a annoncé fin septembre le démantèlement d’une cellule terroriste néonazie planifiant des meurtres de réfugiés et d’élus de gauche. Ce groupe a utilisé les manifestations de Chemnitz pour tester ses modes opératoires en vue d’enlever et d’assassiner des réfugiés. Il a été démantelé alors qu’il se procurait un arsenal pour passer aux assassinats.
 
Ne nous leurrons pas : le rejet de l’islam par Pegida sert de cache-nez à la résurgence d’idéologies très allemandes. A Chemnitz, un restaurant casher au nom hébraïque a été ravagé par une foule criant « Judensau raus » - (porcs de Juifs dehors). A Dortmund, dans deux défilés néonazis, l’un des slogans était « qui aime l‘Allemagne est antisémite ». On le voit, il n’y a pas d’ambiguïté ni de détour par une rhétorique anti-Israël. C’est de l’antisémitisme pur, recyclant les mots mêmes du nazisme.
 
Un dernier groupe de la malheureusement très importante fachosphère allemande mérite d’être mentionné : ce sont les « Reichsbürger » ou « Citoyens de l'Empire ». Ces derniers refusent toute légitimité institutionnelle à la République fédérale, considérant que l'Empire n’a pas été dissous de manière légale en 1918. Ils battent leur propre monnaie, arborent leur drapeau, refusent de payer l’impôt ou de reconnaître l’autorité légitime de la police. Cela peut paraître folklorique mais ils sont armés et ont tué plusieurs policiers ces dernières années, et la dernière estimation publiée évalue leur nombre à ... 50 000.
 
L'Europe a décidé en toute conscience de fermer les yeux et de faire confiance à l'Allemagne pour étouffer ces vieux démons. Elle a tort : l'Allemagne doit être surveillée et rappelée à ses devoirs particuliers. Malheureusement, l’idéologie de « l'Europe, source de paix », dénuée de fondement, est aussi construite sur l’idée d’une Allemagne enfin démocratique et apaisée au cœur de l'Europe. Dénoncer son extrême-droite est suspect de « germanophobie ». C’est mal. C’est ce qui explique l’effet de surprise et de sidération en France. Mais le phénomène de la montée de ces nouvelles extrême-droites était visible et prévisible. D’ailleurs, à mon humble niveau, je l’annonçais et la dénonçais déjà il y a dix ans.
 
Alors est-ce que ces mouvements sont de nature à renverser l’ordre constitutionnel allemand ? Non. Pas encore. Mais l‘Allemagne ne va pas s’en sortir seule, et doit comprendre qu’il est important pour ses partenaires qu’elle agisse enfin.
 
Köthen se situe dans le Land de Saxe-Anhalt et Chemnitz en Saxe. La Saxe est également le lieu de naissance du mouvement Pegida, et l'ex Allemagne de l'Est est l'endroit où le parti AfD réalise ses meilleurs scores électoraux. La Réunification allemande est-elle inachevée, ainsi que l'écrit le sociologue Italien Vladimiro Giacche ?
 
Lorsque je suis arrivé en Allemagne, le premier livre dédicacé qu'on m'a offert était un recueil d’articles et de discours de Wolfgang Thierse, ancien fondateur du SPD de l'Est, puis président du Bundestag entre 1998 et 2005. Ce livre s’appelle « Parler de sa propre voix » et décrit le processus extrêmement violent et traumatisant d’une réunification vécue comme une colonisation par l'Ouest. Certains parlent même aujourd’hui d’une « annexion », et si le terme peut paraître exagéré en droit, il décrit pourtant le ressenti de nombreux allemands de l'Est. D’ailleurs, cette souffrance reste un thème d’actualité, qui, à l’occasion de la fête de la Réunification de cette année, a même trouvé son chemin dans des discours d’hommes politiques conservateurs de l‘Ouest.
 
Dans les mois ayant précédé la Réunification, Helmut Kohl a prononcé une phrase essentielle : il a promis à la RDA, qui menait ses premières élections libres, « des paysages florissants » et une prospérité sans égale. Vingt-huit ans après, la réalité est bien différente. Près de trois millions d’Allemands de l'Est ont migré vers l'Ouest, vidant les campagnes et les villes moyennes. Les régions les plus pauvres d‘Allemagne, les cantons aux salaires les plus faibles sont à l'Est. Le nombre des foyers dépendant du minimum social appelé « Harz 4 » est deux fois plus important qu’en Bavière. Le centre des villes dynamiques de l'Est - Dresde, Leipzig, Iéna - voient arriver de nombreux cadres de l’Ouest qui achètent des biens immobiliers pas chers et travaillant en semaine à Berlin, Nuremberg où Munich.
 
Cependant, si l'AfD fait 22% en Saxe, elle atteint aussi ce score dans certains coins de l'Ouest, par exemple en Rhénanie, dans certaines villes autrefois bastion du SPD. Si les émeutes en Saxe ont défrayé la chronique, deux cortèges de néonazis criant « qui aime l'Allemagne est antisémite » ont pu défiler le même jour à Dortmund avec une police dépassée incapable de mettre fin à ce trouble à l’ordre public. C'est en partie lié à la crise sociale, qui touche aussi l'Ouest. Il y a beaucoup de contradictions dans une société qui se vante de sa croissance, de son équilibre budgétaire, de son plein emploi, de ses excédents commerciaux, mais qui est incapable d’expliquer à 40% de sa population pourquoi son pouvoir d’achat est inférieur à ce qu'il était en 1996, pourquoi 17% d'Allemands vivent sous le seuil de pauvreté, pourquoi les inégalités de patrimoine ont retrouvé le niveau de ... 1910.
 
Ces fractures, avec 40% de personnes qui souffrent, 30% qui jouissent et 30% qui ont peur de souffrir tout en rêvant de jouir, expliquent d’ailleurs le vote des législatives de septembre 2017, qui a ététoutes les analyses en catégories socioprofessionnelles ou en niveau de revenu le démontrent, un vote de classes. Les 40% qui souffrent ont majoritairement voté Die Linke ou AfD, les 30% qui vont bien ont voté Libéraux et Verts, et les 30% d’inquiets, dont beaucoup de retraités, CDU et SPD.
 
Ce qui est vraiment inquiétant, c’est la perte de confiance dans l’ordre démocratique comme ordre garantissant la prospérité du plus grand nombre, et l’échec tant de l’économie sociale de marché des conservateurs, que de la social-démocratie de marché du SPD.
 
Il semble que la situation échappe peu à peu à une Angela Merkel de plus en plus fragilisée. Est-il possible que la chancelière ne termine pas son mandat ? Qu'est-ce qui pourrait venir ensuite ?
 
J’ai parié en février 2018 que Merkel ne serait plus chancelière fin octobre, après les élections régionales en Bavière. Ça se rapproche, et elle a déjà failli chuter à deux reprises en juin et en septembre, après avoir eu besoin de six mois pour former un gouvernement après les élections de septembre 2017.
 
C’est là où le concept de « Weimarisation » de la vie politique européenne que je développe depuis cinq ans trouve sa confirmation. La « Grande coalition » ne pèse plus que 56% des électeurs. Elle en pesait 70% il y a onze ans. Dans les sondages récents, elle ne serait même plus capable de constituer une majorité parlementaire à 44%. Si le SPD semble avoir atteint un plancher à 16%, la droite - constituée de deux partis, la CDU de Merkel et la CSU en Bavière - s’est encore effondrée et a enregistré son plus mauvais score dans un sondage depuis ... 1949 : à 27% des intentions de vote.
 
Merkel voit également sa popularité s’effondrer. Les observateurs constatent d’ailleurs son impuissance croissante au sein même de son cabinet, de sa propre majorité. La semaine dernière, le groupe parlementaire CDU-CSU devait élire son président de groupe. L'homme de confiance de Merkel, qui occupait la fonction depuis treize ans, a été battu par un député quasiment inconnu et ne disposant d’aucun appui d'importance dans la hiérarchie des deux partis. La candidature « de témoignage » de Brinkhaus a rassemblé plus de trente députés de plus que l’homme de Merkel.Cette dernière n’est donc même pas majoritaire au sein de son groupe. Paradoxalement, à l’heure actuelle, le groupe parlementaire le plus soucieux de faire durer la chancelière est ... le SPD !
 
Tout cela survient après deux crises initiées par le ministre de l’intérieur, Horst Seehofer, également président de la CSU bavaroise. Les deux crises ont eu pour toile de fond la politique migratoire, notamment la gestion de l’ouverture des frontières irresponsable car complètement improvisée, en septembre 2015. Depuis cette date, Seehofer est sans cesse en opposition à la chancelière. En mars 2018, elle a accepté qu’il entre dans le cabinet de la nouvelle Grande coalition en espérant ainsi le contrôler. C’est l’inverse qui se produit : il sape autant qu’il peut son autorité.
Le 14 octobre auront lieu les élections régionales de Bavière. La CSU pourrait perdre sa majorité absolue, voire devoir s’allier à un ennemi - idéologique autant que de classe-, les écologistes, montés à 18%. La CSU a déjà laissé entendre à quoi elle imputerait un éventuel désastre : c’est la politique nationale. Merkel tentera sans doute de faire sauter le fusible Seehofer, mais il est probable que l’aile conservatrice de la CDU, menée par le ministre de la Santé Jens Spahn, lance une offensive avec la CSU contre la chancelière.
 
Le 28 octobre, la région de Hesse, un bastion de la CDU, votera à son tour. Le président sortant, le très conservateur Bouffier, gère avec ... les Verts. En cas de défaite ( là non plus les sondages ne sont pas bons)  il pourrait, vu son âge, servir de chancelier de rechange et de transition. Ça laisserait le temps de choisir à quel moment revenir devant les électeurs et avec quel leader de la droite de long terme. En effet, une chute éventuelle de Merkel ne signifie pas forcément de nouvelles élections car il existe d'autres options institutionnelles. En 1982, lorsque Helmut Schmidt a perdu un vote de confiance suite au ralliement de son partenaire de coalition à l’opposition, Helmut Kohl devint par exemple chancelier sans élection. Wolfgang Schauble, aujourd'hui président du Bundestag, a également évoqué la possibilité d’un gouvernement minoritaire de droite au cas où le SPD quittait la coalition. En tout état de cause, Merkel a compris que la bataille de succession occupe tout le monde dans son camp. Elle espère encore pouvoir l’organiser elle-même. Elle a en notamment intronisé une possible dauphine (Annette Kramp-Karrenbauer, surnommée AKK, ancienne présidente de la région de Sarre et secrétaire générale de la CDU), et souhaite se présenter en décembre  à la présidence de la CDU sans doute pour être maîtresse du rythme de son éviction. Toutefois, l’aile droite de son parti lui a déjà demandé de renoncer à se présenter....
 
L'une des conséquences de tout cela, c’est que depuis septembre 2017, l'Allemagne s’occupe de son nombril. Toute initiative française pour relancer « le moteur franco-allemand » en Europe est ainsi assimilable à vouloir faire du vélo en tandem avec un invalide. L'attitude française témoigne d’ailleurs d'une profonde méconnaissance de l'Allemagne, qui n'est pas en mesure et ne désire pas aller plus loin dans la voie de l'intégration européenne.
 
La presse française s'applique à décrire la fondation d'une nouvelle gauche qu'elle qualifie « d'anti- migrants ». Son chef de file  serait la députée Sahra Wagenknecht, qui vient de fonder « Aufstehen » . Que vous en semble ?
 
C’est de la propagande pure et simple, qui vise à limiter le paysage politique européen à deux forces antagonistes uniquement : d'un part un populisme nationaliste et xénophobe liant la critique sociale à un discours de bouc émissaire, d'autre part un néolibéralisme décomplexé exprimant les intérêts de classes supérieures désireuses d'assumer sans entrave leur domination économique, culturelle et sociale, au détriment des autres groupes sociaux et économiques au nom de leur supériorité morale. On souhaite évacuer l'existence d'une troisième option : une gauche radicale renouvelant sa critique du capitalisme financier et des excès du néolibéralisme européen à la lumière des évolutions réelles des deux dernières décennies.
 
La biographie de Sahra Wagenknecht rend peu crédible le fait qu'elle soit « anti-migrants », car elle est binationale (allemande et iranienne). Au delà de ça, le texte de son mouvement ne parle quasiment pas de migration. Et quand il en est question, voilà mot pou mot ce qui est proposé : « Aide aux personnes dans le besoin : garantir le droit d'asile aux personnes persécutées, arrêter les exportations d'armes vers les zones de tension et mettre fin aux pratiques commerciales déloyales, aider les réfugiés de guerre et climatiques, lutter contre la pauvreté, la faim et la misère sur le terrain et créer des perspectives dans les pays d'origine ». Ce que Aufstehen met bien en cause en revanche, ce sont les mécanismes de concurrence salariale au sein de l'Union Européenne, dont l’un des instruments est la libre circulation des personnes dans un espace de sous-investissement dramatique et de chômage de masse.
 
Aufstehen est un danger évident pour les autres formations politiques. En effet, 35% des Allemands sont intéressés par ce mouvement d’après un sondage du magazine Focus d’août 2018. Par ailleurs, le mouvement revendique déjà plus de 150 000 inscrits sur sa plate-forme en un mois d’existence. Le niveau de calomnie va donc augmenter au fur et à mesure qu'il montera en puissance.
 
  Coralie Delaume
 
http://l-arene-nue.blogspot.com/2018/10/ou-en-est-lallemagne-apres-chemnitz.html
Pourquoi l’Allemagne rapatrie massivement ses réserves d’or
 

 

 
 

La Bundesbank s’attend-elle à tes tempêtes à venir? Depuis deux ans, la banque centrale allemande récupère ses lingots stockés à l’étranger, pour en avoir un maximum à Francfort. Que cache cette subite frénésie, alors que les cours de l’or stagnent depuis des mois?

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