Métaux : mensonges écologiques et stratégies de pouvoir

Publié le par ottolilienthal

La bulle du lithium - Ce qu'on ne vous dit pas sur la voiture électrique

Dans cette édition spéciale d'Euronews, nous vous expliquons comment le monde se raccroche à des brindilles dans la transition énergétique pour tenter de faire face à l'abandon des combustibles fossiles. Ce clou brûlant est le lithium et d'autres matériaux, en bref le modèle électrique.

Bruxelles a fixé à 2035 l'année où la vente des véhicules à combustion sera interdite et où la voiture électrique remplacera tout. Dans ce numéro, nous verrons que nous ne sommes pas encore prêts et qu'une grosse bulle se forme autour du lithium.


Le lithium : un des matériaux critiques

Ils l'appellent le nouvel or. Tout le monde est dans la course pour l'extraire, mais comme d'autres minéraux tels que le graphite, le cobalt et les terres rares, il est dans un état critique. Il ne suffit pas de remplacer le modèle énergétique et technologique basé sur l'électricité qui est mis en œuvre.
"Actuellement, environ 100 000 tonnes de lithium métal sont extraites chaque année et cela pourrait suffire à fabriquer environ 8 millions de voitures par an, mais il y a bien sûr 1,4 milliard de voitures dans le monde... À ce rythme, il faudrait 175 ans pour les remplacer toutes", explique Antonio Turiel, chercheur scientifique au CSIC (Conseil national de la recherche espagnol).

"Nous allons voir de nombreux goulets d'étranglement de beaucoup d'éléments qui vont stopper net la production d'énergies renouvelables", affirme Alicia Valero, chercheuse et ingénieur chimiste à l'université de Saragosse.


Y a-t-il plus de gisements de lithium dans le monde ?

Prenons le lithium comme modèle, le matériau critique pour lequel il y aura le plus de demande pour la transition, selon l'Agence internationale de l'énergie. Il n'y en a pratiquement pas en Europe. Ce matériau d'origine extraterrestre se trouve dans des pays comme l'Australie, la Chine, les États-Unis, mais surtout en Amérique du Sud. Principalement entre la Bolivie, l'Argentine et le Chili, dans la zone connue sous le nom de triangle du lithium. En fait, le salar d'Uyuni en Bolivie peut être vu de l'espace.


Mais le pic des réserves de lithium les plus optimistes serait atteint en 2037, selon Alicia Valero, ce qui signifie qu'il faudra trouver davantage de lithium. Une mine présente également le problème suivant : il faut en moyenne 15 ans entre le moment où l'on commence à prospecter et le moment où elle devient opérationnelle", explique M. Valero.


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"Contrairement à ce que les gens sont souvent amenés à croire, géologiquement, la planète est déjà très bien cartographiée. Cela ne veut pas dire que de nouveaux gisements ne peuvent pas être trouvés", rappelle Antonio Turiel, qui précise à son tour : "Les gisements qui vont être trouvés seront de plus en plus petits et avec des rendements plus faibles".

"Même s'il existe des gisements à découvrir, nous ne serons probablement pas en mesure d'ouvrir ces gisements à temps pour fournir tous les matériaux dont nous aurons besoin à l'avenir", souligne Valero.
L'empreinte carbone de la voiture électrique

Elle ne tient pas compte non plus de l'immense coût énergétique en combustibles fossiles qu'implique le transport des minéraux. Dans le cas du lithium, il faut apporter de l'eau, car on la trouve dans les zones désertiques. Telles sont les piscines nécessaires pour l'extraire. Le PDG de Stellantis, Carlos Tavares, a récemment souligné que la voiture électrique doit parcourir 70 000 kilomètres pour neutraliser son empreinte carbone.
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"La consommation de combustibles fossiles augmente à mesure que nous délocalisons la production. Et nous avons un autre dérivé de cela, à savoir qu'à mesure que les gisements sont épuisés, la consommation d'énergie augmente de manière exponentielle", souligne Valero.

"Ils utilisent des techniques agressives. Créant des niveaux élevés de pollution dans certaines régions de Chine, par exemple. On ne voit donc pas l'impact sur l'environnement, mais c'est pourtant ce qui se passe", explique M. Turiel.

"La décarbonisation va impliquer une augmentation très importante, très sensible, de la consommation de combustibles fossiles au moins associés à l'exploitation minière. Par conséquent, je ne crois pas les comptes rendus qui sont donnés sur la décarbonisation, car ils ignorent cette question très importante", ajoute Alicia Valero.


Une très forte augmentation de la capacité électrique est nécessaire

D'autre part, la transition vers les énergies renouvelables implique une augmentation de la capacité électrique mondiale, qui représente 20 % de toute l'énergie actuellement consommée. Selon l'Agence internationale de l'énergie, il faudrait tripler le réseau électrique, les panneaux solaires et les parcs éoliens d'ici 2040. Cela multiplierait les besoins en matériaux critiques.

"L'idée est que nous remplaçons les combustibles fossiles par des énergies renouvelables parce que nous le voulons, c'est un mensonge, ce qui se passe est un épuisement géologique des combustibles fossiles", souligne Turiel.

" Les régions qui sont les plus dépeuplées et qui ont le plus de surface. Toutes ces régions vont évidemment devoir sacrifier davantage de territoires et seront confrontées à des problèmes majeurs liés à l'encombrement des infrastructures renouvelables", indique M. Valero.

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"Les énergies renouvelables ne seront pas en mesure de combler le vide laissé par les combustibles fossiles. Ils ne vont pas le remplir. Nous nous dirigeons vers une situation de diminution de la disponibilité de l'énergie et des matériaux, car l'extraction des matériaux continue à se faire avec des combustibles fossiles", avertit M. Turiel.

Posséder une voiture deviendra de plus en plus difficile

Outre la diminution du volume d'énergie, les experts affirment qu'à l'avenir, nous aurons également beaucoup moins de voitures qu'aujourd'hui en raison de la raréfaction des matériaux. Si l'on considère qu'il serait difficile de multiplier par 25 les ventes de véhicules électriques, comme le dit l'AIE, pour répondre à la demande en 2040, que se passera-t-il lorsque les voitures à combustion seront interdites à la vente ? On voit de plus en plus d'annonces de leasing ou certains vendeurs optent pour la location des batteries. Selon Antonio Turiel, voici les deux voies possibles : "Une voiture électrique destinée exclusivement aux riches, de sorte que les personnes qui peuvent se le permettre aient une voiture et que le reste des gens n'aient absolument rien. Et puis vous avez une société profondément inégalitaire qui est maintenue de manière répressive et autoritaire. Donc vous passez à l'éco-fascisme en gros. Ou bien vous avez un système dans lequel les voitures sont une sorte de marchandise qui est utilisée, mais pas possédée. Je préfère la deuxième option. Le problème est que si vous ne faites rien, vous pouvez vous retrouver dans la première option".

Pour Valero, l'avenir réside dans le fait que tout le monde ne possède pas de voiture : "Nous allons de plus en plus nous diriger vers la servitisation. C'est-à-dire qu'ils ne vous vendent pas la voiture, s'ils ne vous vendent pas ou ne vous louent pas la voiture d'une manière ou d'une autre".

Les limites sociales de la crise énergétique imminente.

Vous vous souvenez des files d'attente en France pour faire le plein de carburant ? Eh bien, ils ne sont qu'un avant-goût de quelque chose qui pourrait devenir permanent à l'avenir, selon nos analystes. Compte tenu de l'ampleur des changements à entreprendre, les experts mettent en garde contre les dangers que courent les gouvernements s'ils considèrent comme acquis que la transition se fera sans aucune base technique.

Si vous ne faites rien, si vous laissez la situation évoluer d'elle-même", disent-ils. Oui, bien sûr, nous allons aller vers une situation d'explosion sociale. Oui, quand le diesel commence à manquer. Si vous ne prenez pas les bonnes mesures pour aider les familles et les entreprises, il y aura beaucoup de protestations et éventuellement des émeutes", explique M. Turiel.

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"Si avant nous avions des problèmes d'approvisionnement en gaz naturel et en pétrole, maintenant nous allons avoir des problèmes d'approvisionnement en lithium, cobalt, nickel, etc.", dit Valero.

L'alternative : le recyclage et la réduction de la consommation

Selon les analystes, il n'y a que deux façons d'éviter un effondrement de la mobilité et de l'économie du futur. La première consiste à éviter ce phénomène : l'accumulation de déchets électroniques dans les décharges. La solution consiste à réutiliser les voitures et à investir dans le recyclage efficace de matériaux tels que le lithium, même si cela n'est pas rentable. C'est aussi cesser de penser à une croissance économique infinie.
"L'un des grands problèmes que nous rencontrons aujourd'hui est que le lithium n'est pas recyclé. Le lithium est mal recyclé", explique M. Turiel. Aujourd'hui, les matériaux ne sont pas conçus pour être réutilisés et, au bout du compte, ce que nous faisons, c'est les jeter, ils finissent dans des décharges, nous ne pouvons pas les réutiliser car cela coûterait beaucoup d'énergie pour les reconcentrer et cela n'en vaut pas la peine", explique M. Valero.

"Ce que nous devons faire, c'est réduire radicalement la consommation et repenser l'économie elle-même", conclut M. Valero.

De toute façon, que nous le fassions ou non, c'est la planète qui fixera les limites pour nous. Il est possible que la décarbonisation finisse par se produire parce qu'il n'y a plus de combustible, et aussi que nous soyons à court d'un autre modèle énergétique et technologique parce qu'il n'y a plus de matériaux.

La question est de savoir si nous commençons à nous adapter maintenant ou si nous attendons l'éclatement de la bulle de rêve d'un nouveau modèle basé sur des matériaux critiques tels que le lithium.

Juan Carlos De Santos Pascual

 

Batteries : le clash des métaux rares

Lithium, nickel, terres rares, cuivre… Sortir de la dépendance aux fossiles exigera une quantité colossale de métaux. Leur disponibilité n’est pas garantie.

L'annonce a aussitôt suscité des réactions passionnées, dans un pays où ne sont plus exploitées qu'une poignée de carrières : le groupe français de minéraux industriels Imerys ouvrira dans l'Allier, d'ici à 2027, l'une des plus grandes mines de lithium d'Europe. À terme, l'exploitant espère extraire d'un trou de 75 à 300 mètres de profondeur suffisamment de minerais pour équiper les batteries de 700 000 voitures électriques par an, une première marche vers l'« indépendance » promise par Emmanuel Macron lorsqu'il a embrassé la volonté de l'Europe d'interdire dès 2035 toute vente de véhicules thermiques. « Nous avons les moyens d'avoir une filière 100 % circulaire et souveraine », s'est enflammé le président, faisant lever dans l'assistance rassemblée au Salon de l'automobile quelques sourcils circonspects. Une filière de véhicules électriques 100 % souveraine, vraiment ?

Une Europe dépendante… à 97 %

Si l'assemblage des batteries peut être réalisé dans les prochaines giga-usines annoncées sur le territoire français, le pays « n'a aucune chance d'être autonome : on ne produit rien ! » corrige Olivier Vidal, directeur de recherche au CNRS et à l'Institut des sciences de la Terre de Grenoble, dont l'équipe a modélisé la demande future en matières premières selon différents scénarios de production d'énergie. Il tire depuis longtemps le signal d'alarme, alors que les programmes ambitieux destinés à atteindre la neutralité carbone fleurissent dans le monde entier. « L'Europe consomme aujourd'hui 20 % des métaux à l'échelle mondiale, alors qu'elle n'en produit dans ses frontières qu'environ 3 % », prévient le chercheur. Et, demain, la demande promet d'exploser, afin de construire les batteries, les parcs éoliens et photovoltaïques, de tirer les centaines de milliers de kilomètres de câbles permettant d'adapter les réseaux électriques à la transition énergétique…

« Du fait des besoins nouveaux associés à nos objectifs de neutralité carbone, il va falloir sortir du sous-sol d’ici 2050 plus de ressources minérales qu’on en a sorties depuis 2 500 ans »

« Au cours de l'Histoire, nous avons utilisé des sources d'énergie de plus en plus concentrées. En déployant les énergies renouvelables, nous prenons le chemin inverse, observe Christophe Poinssot, directeur général délégué du Bureau de recherches géologiques et minières [BRGM]. Pour la même puissance installée, un parc éolien offshore demande six fois plus de matières qu'une centrale à charbon. » Et un panel de métaux beaucoup plus diversifié : lithium, nickel, cobalt, manganèse sont indispensables à la fabrication des batteries ; les aimants qui stabilisent les éoliennes exigent différentes terres rares ; les systèmes électriques sont voraces en cuivre (un moteur électrique en réclame quatre fois plus qu'un moteur thermique classique)… Selon une étude publiée en avril par l'université de Louvain, en Belgique, l'Europe aura besoin en 2050 de 35 fois plus de lithium qu'aujourd'hui, de 7 à 26 fois plus de certaines terres rares, de 3 fois plus de cobalt, quand la demande de cuivre augmenterait, elle, de 35 %. « Du fait des besoins nouveaux associés à nos objectifs de neutralité carbone, il va falloir sortir du sous-sol d'ici à 2050 plus de ressources minérales qu'on en a sorties depuis 2 500 ans », résume Christophe Poinssot. Dans un contexte de dépendance européenne, l'annonce d'Imerys révèle à la fois une réelle prise de conscience de la part des industriels et des autorités et l'ampleur des défis à relever.

Les pays européens, engagés dans une course de vitesse vers la neutralité carbone, auront-ils les moyens de leurs ambitions ? « La décision politique de passer les transports à l'électrique en 2035 a été prise sans étude d'impact approfondie », déplore l'ancien président de France Industrie et de PSA Philippe Varin, auteur d'un rapport remarqué, remis en janvier 2022 au gouvernement, sur la sécurisation des approvisionnements en matières minérales. « Je ne dis pas qu'il ne faut pas le faire, mais, au moment de la prise de décision, on n'avait pas mesuré l'emprise de la Chine depuis vingt ans sur l'ensemble de ces chaînes de valeur : 50 % des métaux des batteries dépendent de la Chine, 90 % pour les aimants. Le risque serait, pour tenir nos objectifs de réduction des émissions de CO2, d'abandonner notre souveraineté aux acteurs chinois… Qui étaient tous présents, récemment, au Salon de l'automobile. » Comment adapter, dans un avenir proche, une offre contrainte à une demande qui explose ?

Des besoins colossaux

« Électrifier 70 % du parc mondial des transports va créer des tensions », prévient Emmanuel Hache, prospectiviste au centre de recherches IFP Énergies nouvelles, dont les travaux explorent les écueils et les répercussions géopolitiques de la transition. En 2018 déjà, un rapport de l'Académie des sciences et de l'Académie des technologies, passé inaperçu, soulignait l'ampleur du problème : le scénario de transition écologique porté à l'époque par le gouvernement impliquait des besoins en lithium et cobalt « dépassant la production mondiale actuelle », pour la seule France ! Or la première interrogation porte bien sur la disponibilité de la ressource et les moyens de l'exploiter. « Nous vivons dans un monde fini, rappelle le chercheur. Selon nos évaluations, construites à partir des scénarios de transition existants, nous pourrions consommer d'ici à 2050 jusqu'à 90 % des ressources géologiques de cuivre, jusqu'à 87 % de la bauxite, 83 % du cobalt, 60 % du nickel, 32 % du lithium et 4 % des terres rares. »

Comment procéder ? Patrick Pélata, ancien directeur général délégué de Renault et ancien directeur général adjoint de Nissan, rassure : « Les réserves de lithium sur la planète sont largement suffisantes, et les batteries fonctionnant avec du manganèse et du cobalt pourront être remplacées par d'autres, si les matériaux viennent à manquer. On pourra passer à une batterie lithium-fer-phosphate. » Un optimisme que les géologues peinent à partager. « La ressource géologique existe, admet Emmanuel Hache. La question est de savoir à quel prix on pourra l'extraire, et à quelle échéance. Il faut de dix à douze ans en moyenne pour qu'une mine obtienne un permis d'exploiter. Et les investissements dans l'industrie minière sont à seulement 60 % de ce qu'il faudrait d'ici à 2035. » À moyen terme, la tension sur certains métaux est écrite : l'accès au nickel, au cobalt, au lithium et aux terres rares fera l'objet d'une compétition féroce entre les pays, au moins jusqu'à ce que l'offre soit stabilisée.

La plus sérieuse inquiétude concerne le cuivre, dont la demande va s'envoler pendant plusieurs décennies, au point que les experts doutent que la production suive. La demande des pays développés, qui auront besoin de réseaux pour électrifier leurs usages, va s'ajouter à celle, massive, de continents entiers en plein développement. « D'ici à 2035-2040, il faudra augmenter la production de plus d'un tiers », alerte Mathieu Leguérinel, géologue au BRGM. Or la qualité des gisements décline : en trente ans, le taux de cuivre dans les mines exploitées a été divisé par trois, passant de 1,5 % à 0,5 %. Ce qui implique, pour en extraire davantage, de creuser à plus de 1 000 mètres de gigantesques fosses à ciel ouvert, de concasser, de broyer et de traiter d'énormes volumes de roche… « C'est très énergivore, et la suite du processus consomme énormément d'eau », insiste Mathieu Leguérinel. Alors que la fabrication de matières premières avale déjà 12 % de l'énergie consommée au niveau mondial, comment produire demain l'électricité (décarbonée !) nécessaire à l'explosion de la production ? Où trouver la ressource en eau, alors que sa disponibilité se raréfie partout ? Et comment garantir l'acceptabilité sociale de tels projets ?

Un recyclage optimisé sera indispensable afin de réduire la demande, une filière efficace pouvant combler, quand les premiers flux de batteries arriveront en fin de vie, une part significative des besoins. Aujourd'hui, seuls une vingtaine de métaux sont recyclés dans le monde à plus de 50 %, quand 34 affichent un taux inférieur à 1 %. Améliorer ces performances demandera des investissements importants, et l'évolution rapide de la composition des objets limite les perspectives. « Même le cuivre n'est recyclé, au niveau mondial, qu'à 40 ou à 50 %, estime Olivier Vidal. On devrait pouvoir monter à 80 %, mais ce n'est pas une solution miracle. »

 

"Vous risquez de devoir payer un prix élevé pour l'essence pendant des années, car une pénurie mondiale de métaux sabote la révolution de la voiture électrique."

Les métaux deviennent rapidement le nouveau pétrole à mesure que les combustibles fossiles sont éliminés et remplacés par des énergies propres et des voitures électriques.

La transition énergétique dépend de l'exploitation minière pour produire suffisamment de lithium, de cobalt et de nickel pour le boom attendu des panneaux solaires, des éoliennes et des batteries de voitures électriques au cours de la prochaine décennie.

Le seul problème est que la plupart de ces métaux sont déjà en approvisionnement contraint. Les investissements dérisoires des gouvernements dans l'exploitation minière, la complexité du recyclage des métaux rares et les querelles commerciales géopolitiques entravent déjà la production de métaux.

Dans une note récente aux investisseurs, les analystes de la Bank of America ont mis en garde contre une pénurie de nombreux éléments critiques, notamment les métaux des terres rares qui sont plus difficiles à produire, au moment même où la demande commence à monter en flèche.

Nombre de ces métaux sont abondants dans la croûte terrestre, mais ils ont tendance à être en faible concentration et sont coûteux à séparer et à raffiner. Et alors que la montée en flèche de l'utilisation de ces éléments a fait grimper leurs prix à des niveaux record, il est à craindre que de modestes augmentations de l'exploitation minière ne suffisent pas à répondre à la demande.

"Les prix des matières premières ont augmenté, ce qui rend la situation plus attrayante pour les investisseurs", a déclaré à Fortune Liesbet Grégoir, chercheuse en métaux et mines à l'université belge KU Leuven. "Mais il n'y en a pas encore assez dans le pipeline. Développer des projets miniers prend du temps, et il y a un risque réel que nous ne commencions pas assez tôt."

Un déséquilibre offre-demande très précaire

Pour atteindre leurs objectifs de réduction des émissions de carbone, les pays dépendent de la révolution de l'énergie propre, qui comprendra une énorme demande d'infrastructures d'énergie renouvelable et de véhicules électriques.

Selon un rapport publié l'an dernier par l'Agence internationale de l'énergie (AIE), organisme de surveillance de l'énergie au niveau mondial, la demande de lithium, métal essentiel à la fabrication des batteries des véhicules électriques, sera multipliée par 40 au cours de la prochaine décennie en raison de l'intérêt croissant pour ces véhicules. La demande d'autres métaux utilisés dans les batteries et les panneaux solaires, comme le graphite, le cobalt et le nickel, devrait être multipliée par 20 ou 25 par rapport aux niveaux actuels.

"Les terres rares sont des éléments de construction fondamentaux et leurs applications sont très vastes dans la vie moderne", a déclaré à Fortune Matt Schloustcher, premier vice-président chargé de la communication et de la politique de l'exploitant minier de terres rares MP Minerals. Mais il a ajouté que "les investissements actuels ne permettront pas de satisfaire un tiers de la demande en 2035".

MP Minerals exploite la mine de Mountain Pass dans le Nevada, la seule installation d'extraction et de traitement des terres rares aux États-Unis. Selon MP Minerals, environ 15 % de l'approvisionnement mondial en terres rares provient de Mountain Pass. En février, l'installation a reçu un financement fédéral de 35 millions de dollars pour étendre ses opérations de séparation et de traitement des terres rares.

La transition vers une énergie propre à l'échelle mondiale a poussé les constructeurs automobiles à investir massivement dans l'électrification de leurs voitures, mais l'industrie risque de se heurter à un mur tôt ou tard. Au rythme d'extraction actuel, les constructeurs automobiles auront besoin d'une exploitation minière plus importante pour atteindre les prévisions du secteur, à savoir 300 millions de véhicules électriques sur les routes du monde entier d'ici à 2030, tout comme les pays pour respecter leurs engagements à atteindre des émissions nettes de carbone nulles.

De nombreux métaux nécessaires à la transition énergétique ne peuvent être obtenus que comme sous-produits après le raffinage d'autres minéraux, un projet long et coûteux. Par exemple, le tellure, un élément important dans certains processus de fabrication de panneaux solaires, est principalement un sous-produit du raffinage du cuivre. Et pas moins de neuf métaux et éléments de terres rares essentiels à la fabrication des lampes LED sont des sous-produits de la production d'aluminium, de cuivre, de zinc et de plomb.

Si l'on ne réoriente pas davantage les investissements vers ces processus, la production de métaux dérivés ne parviendra pas à répondre à la demande croissante.

"Cet investissement dans l'aval ne s'accompagne pas d'un investissement dans l'amont", a déclaré M. Schloustcher. "Il y a un déséquilibre très précaire entre l'offre et la demande pour les minéraux critiques qui sont les intrants qui permettent ces technologies."

Le temps presse

La demande des constructeurs automobiles et des sociétés d'énergie renouvelable devant exploser au cours de la prochaine décennie, la résolution de ces problèmes d'approvisionnement en amont est une préoccupation immédiate pour les sociétés minières du monde entier. Mais les dépenses énormes liées aux nouveaux projets miniers, dont la mise en place peut prendre des années, ne sont qu'une partie du problème. L'autre problème est d'ordre géopolitique.

La Chine contrôle 80 % de l'industrie mondiale du raffinage des métaux des terres rares. Alors que les États-Unis ont augmenté leurs propres objectifs de production nationale, la domination de la Chine signifie que l'Occident risque d'être complètement exclu de la chaîne d'approvisionnement.

L'année dernière, la Chine a renforcé les réglementations sur les exportations de terres rares vers les États-Unis, et a mis en œuvre des lois qui donnent à Pékin un contrôle accru sur les chaînes d'approvisionnement mondiales. En 2019, les États-Unis ont reçu 80 % de leurs minéraux de terres rares de Chine, tandis que l'Europe dépendait de la Chine pour 98 % de son approvisionnement.

"De très nombreux facteurs influencent le potentiel de pénurie", a déclaré un porte-parole de l'U.S. Geological Survey à Fortune. "Les tensions et les conflits commerciaux internationaux sont des raisons bien connues, mais il existe de nombreuses autres possibilités. Les épidémies, les catastrophes naturelles et même les troubles civils intérieurs peuvent affecter l'industrie minérale d'un pays et sa capacité à exporter des produits minéraux vers les États-Unis."

Un facteur clé pour stabiliser l'approvisionnement en métaux pourrait être le recyclage, mais de nombreux experts s'accordent à dire que, bien que techniquement possible et probablement nécessaire, il est sous-développé. Pour recycler le lithium, le nickel et le cobalt utilisés dans les batteries des véhicules électriques, par exemple, les constructeurs automobiles doivent soit déchiqueter et brûler les batteries mortes, soit les dissoudre dans de l'acide avant d'en extraire le métal. Aucun de ces deux procédés n'est cependant très efficace, car la fonte consomme beaucoup d'énergie et les bains d'acide peuvent corroder et endommager le métal.

La recherche sur le recyclage des métaux progresse, et plusieurs start-ups travaillent sur des méthodes plus efficaces. Mais les progrès sont lents, le département de l'énergie estimant en 2019 que les batteries lithium-ion sont collectées et recyclées à un taux inférieur à 5 %.

"À moyen et long terme, les métaux recyclés ou en fin de vie peuvent devenir une source très précieuse de matières premières qui complètent l'exploitation des matières premières", a déclaré M. Schloustcher. "Mais ce que nous voyons à court terme, c'est que la demande de terres rares est en train de tripler."

Jusqu'en 2050, l'amélioration du recyclage des métaux pourrait aider à stabiliser les chaînes d'approvisionnement. Mais cette infrastructure nécessaire est encore loin, et les experts disent que le moment critique pour corriger le déséquilibre entre l'offre et la demande est maintenant.

"D'ici à 2050, nous pourrions nous en sortir si les efforts de recyclage se concrétisent", a déclaré M. Grégoir, de la KU Leuven. "Mais le véritable défi se situe dans la prochaine décennie, où le recyclage ne peut pas encore jouer de rôle. Il existe un risque sérieux que les efforts sérieux visant à développer les technologies propres soient entravés par la pénurie de métaux."

M. Schloustcher ajoute : "Il n'y a pas assez de matériaux en exploitation aujourd'hui pour qu'un système de recyclage en boucle fermée, même si tout était recyclé à 100 %, puisse répondre à cette demande croissante. Le recyclage est très important, mais nous allons avoir besoin de beaucoup plus d'exploitation minière pour répondre à la demande que la plupart des analystes prévoient à l'horizon à court terme."

 

article paru dans Forbes. Traduction à l'aide de DeepL.

(publié par Cyrus Farhangi)

les métaux rares donnent mauvaises mines à la transition écologique

 

Ils portent le doux nom de tantale, gallium, lithium, aimants de terres rares...Ces "métaux rares", comme on les appelle, temoignent du fait que la "révolution verte", espoir de tous les amis de l'environnement, recèle une face cachée. Et qu'elle est plutôt sale. C'est ce que met en lumière, longue enquête à l'appui, le journaliste Guillaume Pitron dans "la guerre des métaux rares". Paru il y a plusieurs mois, l'ouvrage vient d'obtenir le Prix du livre d'économie 2018.

Les métaux sus-cités, et une trentaine d'autres, sont omniprésents dans tous les secteurs de "l'économie du futur", comme disent les prévisionnistes : moteurs électriques, batteries, composants électroniques,...L'extraction et le raffinage de ces merveilles, à grand renfort d'énergie, d'explosifs, d'acides et de cyanures, est une horreur pour la nature. Or même les énergies renouvelables -éolienne, solaire_ en consomment des quantités astronomiques. En somme, alors que l'air va économiser du CO², la terre et les fleuves vont devoir absorber des flots de pollution. Le bilan écolo -et même carbone- d'une auto électrique est à peine moins désastreux que celui d'une voiture diesel.

Qui assume gaiement ce bilan ? La Chine, écrasant leader de cette nouvelle économie -et première extractice de 28 ressources  minérales stratégiques, dont le tungstène (84 % de la production mondiale), le gallium (73 %), le magnésium (87 %) et ...les terres rares (95 %). Le pays de Xi Jinping casse tous les prix mais pratique aussi un sacré dumping écologique, saccageant au passage d'immenses zones de Mongolie-Intérieure, du Hunan, du fleuve Bleu.

Les Etats-Unis ont liquidé la plupart de leurs mines, tuées par la guerre des prix chinoise. Jadis, la firme Magnequench (Illinois) fabriquait les meilleurs aimants de terres rares au monde. En 2006, General Motors a vendu sa filiale à des industriels chinois, en échange de l'ouverture d'une usine automobile à Shangaï. La firme, qui fournissait le Pentagone, offrira au Céleste Empire sa technologie permettant d'améliorer les missiles à longue portée..

La France a elle aussi sacrifié cette industrie, écoulant des stocks stratégiques de matières tels le palladium et le platine. Il  y a trente ans, Rhône-Poulenc était l'un des deux plus grands chimistes spécialisés dans les métaux rares, transformant, à la Rochelle, 50 % de la production mondiale de terres rares, aujourd'hui entre des mains chinoises. Il a fallu attendre 2010 pour que Jean-Louis Borloo crée un Comité pour les métaux stratégiques, et 2013 pour que le Livre blanc de la défense mentionne enfin ces éléments indispensables à la souveraineté militaire.

Un peu seul, Arnaud Montebourg s'est battu pour "relocaliser" la production minière dans l'Hexagone, mais l'opposition des populations et des élus locaux -au nom de l'environnement- reste pour l'instant insurmontable. La France dispose pourtant d'atouts énormes : le second domaine maritime de la planète, entre autres. Wallis-et-Futuna regorge de terres rares, et la Nouvelle-Calédonie de nickel, d'ailleurs exploité. Loin de Paris, les contraintes écologiques se desserrent....

 

Jean François Julliard

 

Le Canard enchaïné, 16/01/2019

 

Transition énergétique: «Le bilan écologique de l’extraction des métaux rares est déplorable»

INTERVIEW Journaliste spécialiste des matières premières, Guillaume Pitron a enquêté six ans sur les métaux rares, présents en quantité infime sur la planète mais indispensables à bon nombre de technologies vertes. Le grain de sable de la transition écologique ?….

Ils ont permis de rendre les objets plus petits. Souvent aussi plus performants. On en trouve dans bon nombre de technologies vertes : éoliennes, panneaux solaires, voitures électriques. Ils sont tout aussi indispensables aux nouvelles technologies du numérique- smartphones, ordinateurs, objets connectés…- dont l’une des missions est justement de décupler l’efficacité des technologies vertes et d’accompagner ainsi la transition énergétique.

Ils, ce sont les métaux rares. Graphite, cobalt, indinium, platinoïdes, tungstène, terres rares… On en compte trente, présents en quantité infime sur la planète, parfois même concentrés dans un seul pays. Un exemple : la Chine assure 95 % de la production mondiale des terres rares, métal dont on fait des aimants ultra-puissants indispensables au fonctionnement d’un grand nombre de produits équipés d’un moteur électrique. « C’est tout le paradoxe de la transition énergétique, raconte Guillaume Pitron. Elle nous promet de pouvoir profiter à l’infini du soleil ou du vent, mais convertir ces forces en énergie nécessite d’utiliser des métaux qui, eux, sont loin d’être en abondance. »

Guillaume Pitron est journaliste, spécialisé dans la géopolitique des matières premières qu’il couvre notamment pour Le Monde Diplomatique et Géo. Ce mois-ci, il publie aussi La guerre des métaux rares ( éditions Les liens qui libèrent), une enquête de six ans sur la face cachée de la transition énergétique et numérique. Il répond aux questions de 20 Minutes.

Qu’est-ce qui vous a amené à enquêter sur les métaux rares ?

En 2010, je suis tombé sur un article d’une revue scientifique qui parlait des métaux rares comme du nouveau pétrole. Une histoire dingue. En 2012, j’ai réalisé un premier documentaire La sale guerre des terres rares diffusée sur France 5. Puis j’ai continué à enquêter ces dernières années même si les métaux rares étaient sous les radars. Ils sont méconnus du grand public et intéressent peu les politiques. Il faut dire qu’ils n’ont pas encore été au cœur de grandes crises. La Chine, qui dispose d’un monopole sur la production d’un bon nombre de ces métaux, continue jusqu’à présent à fournir le monde sans trop de complications. Mais je reste persuadé que c’est l’un des grands sujets à venir. On parle beaucoup en ce moment de voiture électrique. Or on y trouve des métaux rares à tous les étages. Du cobalt notamment.

Pourtant, on ne parle que de production infime. Vous précisez dans votre livre que chaque habitant, pris isolément, ne consomme que 17 grammes de terres rares par an…

Aux 17 grammes de terres rares s’ajoutent tout de même les quelques grammes de cobalts, plus les quelques grammes de tungstène et ainsi de suite. Mis bout à bout, ça commence à peser lourd d’autant plus qu’on parle de métaux dont la concentration dans la croûte terrestre est extrêmement faible. Surtout, si ces quelques grammes n’étaient pas fournis, si la Chine par exemple se décidait à bloquer les exportations de terres rares -qu’elle est la seule à produire-, le monde s’en retrouverait fortement ralenti.

Notre dépendance aux métaux rares devrait s’accroître dans les années à venir. Des études prédisent qu’à l’horizon 2030 la demande de germanium va doubler, celle du dysprosium et de tantale quadrupler, quand le marché du cobalt pourrait être multiplier par 24. La question de la pénure se pose déjà pour certains de ces métaux rares et va se poser avec toujours plus d'acuité à l'avenir. Et il n’y a pas que les métaux rares. La guerre des métaux rares incite à une réflexion plus large sur notre consommation globale de métaux. Le cuivre par exemple : nous en consommons démesurément aujourd’hui si bien que la question des réserves se pose.

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Qu’est-ce qui vous inquiète le plus : le coût environnemental de l’extraction des métaux rares ou le fait que les ressources se retrouvent aux mains d’une poignée de pays, en particulier la Chine ?

Le bilan écologique de l’extraction des métaux rares est effectivement déplorable. La concentration de ces métaux rares dans la roche est si faible que les extraire paraît une tache complètement folle. Il faut broyer la caillasse, employer une kyrielle de réactifs chimiques mais aussi des quantités importantes d’eau. En Chine, plusieurs cas de pollutions ont été rapportés par les médias. En 2006, des tonnes de produits chimiques ont été déversées dans la rivière Xiang (province du Hunan) par des entreprises de production d’indium, un métal rare qui entre dans la fabrication des panneaux solaires. Ce n’est qu’un exemple. Il faudrait aussi parler des mines de terres rares illégales dans la province du Jiangxi (sud-est de la Chine) ou encore des conditions d’extractions du cobalt en République démocratique du Congo (RDC).

Savoir que nous dépendons de la Chine pour l’approvisionnement de bon nombre de ces métaux rares et que le pays a fait main basse aussi sur les industries des hautes technologies utilisatrices de terres rares pose tout autant problème. En Europe, au Japon, aux Etats-Unis, bon nombre de fabricants d’aimants de terres rares, impactés par les quotas instaurés par Pékin, ont soit déposé le bilan, soit transféré leurs usines en Chine. Le pays contrôle aujourd’hui les trois quarts de la production mondiale d’aimants de terres rares. Or ces aimants servent dans des filières stratégiques, y compris la défense.

Les dirigeants européens ont-ils conscience de cette dépendance ?

Je sais qu’Emmanuel Macron connaît bien le sujet pour avoir assisté à une de ses conférences en 2016 où il a abordé les enjeux des métaux rares. Il y a eu aussi des mises en garde. Celle par exemple de Carlos Tavares, patron de PSA au Mondial de l’automobile à Francfort en septembre 2017 à propos des effets néfastes de l’électro-mobilité sur l’environnement. Mais d’une façon générale, j’ai constaté une trop faible connaissance dans les sphères dirigeantes. Pourquoi ? Parce que nous n’avons plus de mines en Europe ou quasiment plus. Du coup, il n’y a plus cette culture minière, elle n’existe presque plus au niveau des universités. Le savoir se perd et ne remonte plus vers nos dirigeants politiques dont très peu aujourd’hui viennent de formations scientifiques. Une autre différence avec la Chine.

Donald Trump est-il en avance sur ce point ?

Totalement. Je ne suis pas pro-Trump mais je suis positivement étonné de constater que Donald Trump a pris à bras-le-corps le problème. Fin décembre, il a fait publié un executive order visant à relancer une filière de métaux critiques aux Etats-Unis pour des considérations de sécurité nationale. Autrement dit, rouvrir des mines et des industries de raffinages de métaux pour lesquels les Etats-Unis estiment qu’il y a de risques de difficultés d’approvisionnement.

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Faut-il rouvrir aussi des mines en France ?

C’est une idée que je défends. L’enjeu n’est pas seulement de réduire notre dépendance vis-à-vis de pays extérieurs dans l’approvisionnement des métaux. En fermant nos mines et nos sites de raffinage de métaux rares, nous avons laissé le « sale boulot » aux pays en développement. Il y a une certaine hypocrisie : les pays occidentaux se proclament au top de l’écologie tout en consommant en abondance des biens dont la fabrication cause d’importants dégâts environnementaux dans les pays qui assurent la production. Rouvrir des mines en France serait une façon d’assumer notre part du fardeau dans la transition écologique et prendre conscience que nos modes de consommation ont un impact direct sur l’environnement qui nous entoure.

Surtout, si on rouvre des mines de métaux rares en France et plus généralement en Europe, les réglementations environnementales sont telles que ces métaux rares seront extraits de manière bien plus propre qu’ils le sont en Chine ou ailleurs. Et les industriels seraient bien plus poussés à faire des progrès dans ce sens.

 

Propos recueillis par Fabrice Pouliquen

Quel futur pour les métaux ?

Les métaux, ressources minérales naturelles non renouvelables, sont à la base de notre civilisation industrielle. Moins médiatique que le changement climatique ou les enjeux énergétiques, leur raréfaction sera pourtant un des défis majeurs du XXIe siècle : notre modèle de développement, qui repose sur la croissance économique et un accroissement continu du prélèvement des ressources, se heurte à la finitude de la planète.

C'est ce thème qu'a choisi de traiter dans ce livre scientifique un groupe d'ingénieurs de l'association des centraliens sous la direction de Philippe Bihouix et Benoît de Guillebon. À l'issue d'une analyse approfondie et documentée, prenant en compte les enjeux techniques, économiques, sociaux et environnementaux de la raréfaction des métaux, les auteurs mettent à mal les mythes de l'abondance, de la croissance verte et d'une technologie forcément salvatrice.

Les métaux posent aussi les limites d'une économie circulaire fondée sur le recyclage généralisé. Écrit dans un langage accessible à tous, composé d'un texte principal complété d'une trentaine d'études couvrant des secteurs d'activité, métaux et thèmes transversaux, cet ouvrage est conçu pour répondre aux questions de tous ceux qui veulent comprendre le futur des métaux.

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