évolution

Publié le par ottolilienthal

L’homosexualité serait utile à la survie de l’espèce, selon une étude

 

Pourquoi l’homosexualité existe-t-elle? La science offre peu de réponses à cette question. Généralement, on tend à penser que l’homosexualité, parce qu’elle ne permet pas la reproduction, n’a pas vraiment de raisons d’être sur le plan de l’évolution.

Or, une nouvelle étude publiée dans la revue scientifique Archives of sexual behavior suggère au contraire que les relations homosexuelles pourraient bel et bien remplir une fonction dans l’évolution, en favorisant une certaine cohésion sociale.

« À travers les cultures et à travers les époques, les comportements homoérotiques semblent jouer un rôle dans la formation de liens sociaux », a observé la chercheuse de l’université britannique Portsmouth Diana Fleischman. Elle et son équipe ont donc sélectionné un échantillon de 244 hommes et femmes pour vérifier cette hypothèse.

Chez les femmes, les chercheurs ont étudié leur attitude par rapport aux rapprochements entre personnes de même sexe, en leur demandant à quel point elles étaient d’accord, par exemple, avec les affirmations : « je trouve l’idée d’embrasser quelqu’un du même sexe que moi excitante » et « si quelqu’un du même sexe que moi me faisait des avances, je serais dégoutée ».

Ils ont ensuite procédé à des analyses de salive et ont observé que le fait d’être favorable aux comportements homosexuels ou l’envie d’avoir des expériences homosexuelles était lié à un taux élevé de progestérone, une hormone en relation avec la formation de liens affectifs.

Du côté des hommes, les chercheurs ont tenté un autre type d’expérience pour valider les résultats obtenus auprès des femmes. Ils ont proposé à trois groupes de cobayes masculins des jeux de mots cachés à compléter. Chaque jeu était orienté vers une thématique différente, soit des mots à connotation amicale, des mots à connotation sexuelle et des mots neutres. Le groupe qui a dû construire des mots à connotation amicale est celui qui s’est avéré, par la suite, le plus ouverts aux relations gais et à l’idée d’eux-mêmes avoir des relations homosexuelles. Chez les hommes ayant un taux de progestérone élevé, cette tendance s’accentuait encore plus.

Les chercheurs estiment que leurs résultats supposent que l’homosexualité – ou à tout le moins, l’ouverture à l’homosexualité – remplirait une fonction évolutive en ce sens qu’elle permettrait d’accroître les alliances et liens affectifs entre les membres d’un groupe.

« Parce que les comportements sexuels sont intimes et agréables, ils sont utilisés chez de nombreuses espèces pour former et maintenir des liens sociaux et non seulement pour la reproduction », dit Diana Fleischman. Ainsi, « avoir une certaine attirance pour le même sexe représenterait un type de comportement adaptatif. Et comme pour tout comportement adaptatif, on observera un spectre avec des extrêmes où certaines personnes ne seront pas du tout attirées par les membres du même sexe. Mais la recherche suggère qu’avoir des pensées exclusivement hétérosexuelles serait un inconvénient », pense Dre Fleischman.

L’étude de Diana Fleischman est cependant critiquée par d’autres chercheurs, qui estiment que la taille de l’échantillon analysé et la mesure de la progestérone ne permettent pas de tirer ces conclusions et que d’autres études devraient être menées.

Mme Fleischman, elle, considère que ses résultats constituent une première assise expérimentale pour mieux comprendre les motivations homoérotiques des humains.

 

L’histoire du fémur de Toumaï

Seize ans après la découverte du crâne du plus ancien hominidé, pourquoi son fémur n’a-t-il jamais été publié ?

 

 

C’est un secret de Polichinelle. Tous les chercheurs qui travaillent sur les origines de l’homme savent bien qu’une des plus grandes découvertes de ces dernières décennies est entachée d’une part d’ombre. C’est celle du crâne de Toumaï, mis au jour au Tchad en 2001. Il est considéré comme le plus ancien ancêtre de la lignée qui a donné naissance aux êtres humains. Âgé de sept millions d’années, c’est le fossile qui ressemble sans doute le plus aux lointains aïeuls que nous partageons avec nos plus proches cousins encore vivants, les chimpanzés et les bonobos.

Cette part d’ombre, c’est un os : on sait aujourd’hui que près du crâne de Toumaï se trouvait aussi un fémur. Or un fémur, pour les spécialistes des origines de l’homme que sont les paléoanthropologues, est une pièce de choix. C’est notamment là que s’inscrivent les marques de son activité physique. Et en particulier s’il passait une partie de son temps sur deux jambes. Une bipédie qui lui donnerait bien sûr un air de famille avec nous, indice d’un possible lien de parenté. À l’évidence, ce fémur contient des informations essentielles sur les premiers balbutiements de l’humanité. Le problème est qu’il n’a jamais été publié. Et que tout récemment, la vénérable société d’anthropologie de Paris n’a pas eu l’air spécialement pressée d’en savoir plus : elle vient de refuser une communication sur le sujet à son prochain colloque annuel, en janvier 2018.

Ennuyeux, car si jamais ce fémur venait à montrer que Toumaï n’était pas bipède, cela demanderait de réécrire pas mal de choses. Pas sûr dans ce cas que le Tchad ait donné le nom de Toumaï à une compagnie aérienne. Pas sûr que le chef de la mission qui a découvert et étudié le fossile, Michel Brunet, ait été nommé sept ans après au Collège de France, firmament d’une carrière universitaire, ni qu’il ait aujourd’hui une rue à son nom à Poitiers.

À l’époque de la découverte, l’équipe avait défendu l’idée que Toumaï était bipède parce que le trou où s’encastre sa colonne vertébrale est situé plutôt vers le bas comme chez les êtres humains, et non vers l’arrière comme chez les grands singes qui marchent à quatre pattes. Mais les mesures sur ce crâne, retrouvé très déformé, peuvent être sujettes à caution, malgré une tentative approfondie de le redresser en 3D en 2005. Et une partie des chercheurs estiment que la position de ce trou ne reflète pas nécessairement la manière de se déplacer, mais d’autres paramètres, comme la forme et la taille du cerveau. Bref, qu’il serait nécessaire pour savoir s’il était bipède de mettre au jour d’autres types de fossiles, comme des os de membres.

Mais il y a quinze ans, l’équipe n’en avait pas trouvé. Quand en 2002, elle publie l’analyse des vestiges trouvés un an plus tôt, le communiqué du CNRS comme la publication précisent tous deux qu’il n’y avait pas de restes osseux des membres.

Or ce fémur existe bel et bien. Après une quinzaine d’années où circulaient photos et rumeurs, la nouvelle a été récemment confirmée. L’année dernière, au micro de Vincent Charpentier sur France Culture, Michel Brunet lâche « Toumaï est bipède d’après la base de son crâne, d’après son cerveau aussi, mais ce n’est pas encore publié, d’après aussi son fémur, qui n’est pas encore publié non plus » C’est la première fois qu’il confirme qu’il y avait donc bien un fémur près du crâne. Reste à savoir pourquoi celui-ci n’est toujours pas publié, seize ans après sa collecte sur le terrain.

Pour le comprendre, il faut revenir treize ans en arrière, en février 2004. Jeune étudiante en DEA (diplôme d’étude approfondies, l’équivalent de la 2e année de master), Aude Bergeret effectue alors son stage dans le laboratoire dirigé par Michel Brunet à Poitiers. Elle est chargée de retracer ce qui a pu arriver aux différents os d’animaux trouvés au Tchad les années précédentes − dans quel climat, environnement, ils étaient plongés, etc. −, entre le moment de leur enfouissement jusqu’à leur fossilisation.

Au cours de ses travaux, elle s’interroge sur un os d’assez grande taille. En le regardant par l’une des extrémités, brisée, elle constate que les sédiments qui le remplissent ont une différence de coloration, sans doute révélatrice de l’histoire de la zone où il se trouvait. L’un de ses encadrants, géologue, lui propose de le faire couper, afin de voir si cette différence est présente tout le long de l’os, et de réaliser des analyses. Elle en demande l’autorisation à l’un des responsables de la mission. Comme l’os appartient visiblement au tout venant (de nombreux os d’animaux dont l’espèce n’est pas encore déterminée), celui-ci donne son accord. Il est sur le départ. Juste après, il part au Tchad, avec Michel Brunet et la quasi-totalité de l’équipe, tourner un documentaire sur la découverte de Toumaï.

Un peu plus tard, l’encadrant de l’étudiante suggère à l’étudiante de demander son avis à un de ses enseignants, Roberto Macchiarelli. Elle avait en effet suivi les cours de ce dernier sur la fossilisation l’année précédente. Un peu réticent au départ, celui-ci accepte finalement de venir regarder les os qu’elle étudie. Elle les passe en revue devant lui, lui exposant le fruit de ses réflexions sur chacun d’eux (fossilisation, environnement, climat qu’il a traversé, etc.).

Puis vient le moment de l’os long. L’enseignant lui demande : « est-ce que vous savez ce que c’est ? » L’étudiante patauge un peu, finit par identifier un fémur, élimine quelques familles d’animaux, et se lance : « Un carnivore ? » « Non. » répond l’enseignant. À ce moment-là, l’étudiante se trouble un peu, car elle sait que les os des carnivores ressemblent parfois à ceux des primates. Autrement dit, un os rare, généralement scruté de près car il peut appartenir à un hominidé. D’après son numéro d’inventaire, l’os avait été trouvé près du crâne de Toumaï… Impossible qu’un os aussi important ait pu passer entre les mailles du filet, non ? Un de ses camarades, présent dans le bureau lui lance : « Si ça se trouve, t’as trouvé le fémur de Toumaï ! » Mais l’enseignant n’a pas l’air d’avoir du tout envie de rire. Anthropologue, il a reconnu immédiatement le fémur d’un primate, qui vu sa proximité avec le crâne a de fortes chances d’appartenir à la même espèce que Toumaï. En d’autres termes, un fossile d’une importance capitale. Plus question bien sûr, de couper un fémur si précieux pour l’histoire de l’humanité. Le professeur alerte alors la seule chercheuse de la mission restée au laboratoire.

L’erreur − car c’en est une − ne tombe pas très bien. Car à l’époque, les méthodes de l’équipe Brunet sont sous le feu des critiques (notamment à cause d’une sombre histoire de dent). Passer ainsi à côté d’un fossile majeur serait quand même un peu gênant pour un scientifique comme Michel Brunet qui, un an plus tôt, recevait sous un tonnerre d’applaudissement un prix d’un million de dollars en Israël. On comprend donc que l’équipe qui rentre du Tchad fin février 2004 où elle a essuyé de rudes tempêtes de sable, apprécie modérément la nouvelle de l’identification d’un fémur, qui fait un peu désordre.

Un réveil brutal

9h du soir, février 2004, dans le laboratoire de Poitiers. L’enseignant qui avait aidé l’étudiante, Roberto Macchiarelli, s’apprête à partir. Il ferme son bureau. La lumière s’allume à l’autre bout du couloir. Apercevant Michel Brunet et des membres de son équipe tout juste rentrés du Tchad, il s’approche pour les saluer. Sans un mot, ils lui lancent un regard noir, lourd de reproches. « Ce regard, c’est l’histoire de ma vie, se rappelle-t-il, avec un peu de fatalisme. Il a changé à jamais le fil de ma carrière. »

L’affaire, en effet, s’est vite ébruitée. Le scientifique italien est coupable, selon l’équipe, d’avoir trop parlé. Le divorce sera consommé un peu plus tard, lors d’une réunion du conseil de laboratoire, en présence du doyen de la faculté. Certains participants s’y émeuvent d’une fuite d’informations, un événement qu’ils jugent gravissime. « Il y a des gens qui profitent de notre absence sur le terrain pour fouiller dans nos collections » accuse un autre. Car les os sur lesquels travaillait l’étudiante étaient en effet entreposés dans le bureau de ce dernier, parti au Tchad. C’est là qu’elle travaillait et c’est là qu’elle avait discuté avec son enseignant, Roberto Macchiarelli. Celui-ci est un coupable d’autant plus désigné qu’il est en effet alors le seul spécialiste des hominidés du laboratoire, que Michel Brunet a fait venir de Rome juste avant la découverte de Toumaï. Sa spécialité : les membres…

Sans le nommer, Michel Brunet prend alors la salle à témoin : comment imaginer le laboratoire capable d’une telle erreur d’identification ? Il propose de voter une motion de soutien, adoptée à une large majorité. De toute façon, comme le pointait à mots couverts l’agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur chargée d’évaluer le laboratoire en 2011, la démocratie interne ne semble pas être alors au premier rang des préoccupations. « Il s’agit d’une petite structure au fonctionnement « familial ». Les discussions intéressant les grandes orientations du laboratoire se font souvent lors de discussions informelles et le conseil de laboratoire/assemblée générale n’a pas de réels pouvoirs. »

Rideau ? Un article publié peu après, semble néanmoins témoigner d’un certain embarras. Envoyé à une revue française en 2003, il est accepté en avril 2004. Deux mois après l’identification du fémur, Michel Brunet et son équipe y affirment bizarrement : « L’absence de restes osseux des membres ne permet pas de dire si Toumaï était bipède. » Pourtant, rien ne les empêchait de retirer cette phrase, devenue obsolète. En septembre, lorsqu’ils envoient à la revue Nature un article décrivant d’autres fossiles tchadiens inédits, attribués à la même espèce que Toumaï, ils choisissent de ne pas y ajouter le fémur. En avril 2005 − peut-être pour répondre à des rumeurs ? −, Michel Brunet semble l’évoquer implicitement lorsqu’il déclare au journal Libération, « Toumaï ne se déplaçait pas comme moi et il nous faudra décrire des os post-crâniens [de membres] pour prouver la bipédie, mais c’est prévu. Je serais surpris que l’on conclue qu’il n’est pas un bipède. »

Quant à l’étudiante, un de ses encadrants au laboratoire passe la voir. « Il m’a dit, en prenant en main le fémur : cette pièce, tu l’oublies, tu ne l’as jamais vue. » se souvient Aude Bergeret, aujourd’hui directrice du muséum d’histoire naturelle Victor Brun de Montauban. Puis elle part quelques jours au Tchad début mars 2004, et en rentrant, elle a la surprise de constater que son matériel d’études (les os) a disparu. Les explications peu crédibles qu’on lui fournit, la convainquent de ne pas chercher à en savoir plus. « Je n’étais qu’étudiante, et je me suis résignée » Elle terminera son mémoire sans revoir les os. « Plus vraiment en odeur de sainteté au laboratoire », elle n’obtient pas de bourse de thèse, et quitte sans regrets un tel « panier de crabes ». Un témoin de cette époque décrit d’ailleurs une « ambiance délétère », avec un « clan » dans le laboratoire qui « ostracise » certains, comme Roberto Macchiarelli. Il relate également des comportements surprenants, qui lui ont laissé penser que les résultats d’examens de DEA, dont Michel Brunet est alors le responsable pour l’université de Poitiers, étaient moins destinés à évaluer le niveau des candidats qu’à entériner un classement défini à l’avance (et par conséquent l’obtention des bourses de thèses prévues à Poitiers).

Trois ans plus tard, Roberto Macchiarelli et l’université de Poitiers finissent par trouver une solution à une situation devenue intenable : il accepte de changer de laboratoire, et d’abandonner ses enseignements de paléoanthropologie en master. Ses lettres demandant des nouvelles du fémur, envoyées au CNRS ou à l’université de Poitiers, les années suivantes, ne changent rien. Les autorités font la sourde oreille, quand elles n’accusent pas Roberto Macchiarelli de mettre en péril le laboratoire.

Ensuite ? Ensuite, plus rien, à part la publication de photos du fémur en 2009 par Alain Beauvilain, un ancien collaborateur de Michel Brunet, que celui-ci refusera de commenter. Jusqu’à cette révélation à la radio, qui n’a toujours pas débouché sur une publication. Il y a quelques mois, trouvant que ce silence avait assez duré, Roberto Macchiarelli décide de sortir du bois. Alors qu’en 2009, il avait requis l’anonymat, il évoque publiquement l’existence du fossile à un colloque en 2017 et réclame sa publication. Puis il propose à l’ancienne étudiante de publier les données qu’elle avait relevées à l’époque sur le fémur. « Bien sûr que j’ai du ressentiment vis-à-vis de certains, mais j’ai tout de même réussi à mener ma carrière scientifique, raconte Roberto Macchiarelli. Aujourd’hui, j’ai 63 ans, je n’ai plus rien à prouver, et je suis simplement en colère qu’un fossile aussi important pour l’histoire de l’humanité reste dans un tiroir, suscitant les rumeurs et les fausses informations » Son idée n’était pas, à partir de ces informations limitées, de trancher sur la bipédie de Toumaï, mais de donner quelques indices sur les différences de ce fossile avec d’autre un peu moins anciens, et surtout pousser à ce qu’il soit enfin publié.

Seulement, en octobre 2017, la communication est refusée par le comité scientifique. Le président de la société d’anthropologie de Paris, Gilles Bérillon, du CNRS, s’abrite aujourd’hui derrière une réponse standardisée. Difficile de ne pas se demander si le lieu où se déroule la conférence n’est pas entré en ligne de compte : elle a lieu… à Poitiers et commence mercredi prochain. Peut-être serait-ce l’occasion de déplorer, publiquement s’entend, cette rétention d’information peu glorieuse pour la science française ?

Nicolas Constans

La tourte voyageuse en partie victime de son ADN

 
Un spécimen empaillé de tourte voyageuse

    Une faible diversité génétique, jumelée à la chasse intensive des humains, aurait précipité l'extinction en quelques dizaines d'années seulement de la tourte voyageuse (pigeon voyageur), une espèce qui comptait pourtant de 3 à 5 milliards d'individus en Amérique du Nord.

    Un texte d'Alain Labelle

    Cet oiseau ressemblait à un croisement entre une tourterelle et un pigeon biset (Columba livia), celui que l’on retrouve dans nos villes. Avant l'arrivée des Européens, la tourte voyageuse (Ectopistes migratorius) était considérée comme le vertébré le plus abondant en Amérique, et possiblement dans le monde.

    La tourte voyageuse formait d’immenses colonies qui faisaient enrager les agriculteurs, mais qui faisaient aussi la joie des chasseurs et des cuisinières. Les ornithologues expliquent que c'était un oiseau si facile à attraper, qu'un homme pouvait en capturer des centaines en une seule journée.

    Illustration d'une partie de chasse à la tourte voyageuse.
    Illustration d'une partie de chasse à la tourte voyageuse.   Photo : Wikipédia/Domaine public

    Une disparition rapide

    Son incapacité à survivre en plus petites populations a toujours intrigué les scientifiques. L’une des théories – et les présents travaux tendent à la confirmer – est que cet oiseau s’était adapté parfaitement à la vie en gigantesques groupes, mais aucunement à celle en plus petites colonies isolées. Or, les changements rapides dans l’importance des populations se seraient produits si rapidement, que l’espèce n’aurait pas eu le temps de s’adapter.

    Les pigeons voyageurs se sont très bien débrouillés pendant des dizaines de milliers d'années, puis soudainement, ils ont disparu. Paradoxalement, l'énorme taille de leur population peut avoir été un facteur d'extinction.

    Pr Beth Shapiro, Universtité de la Californie à Santa Cruz

    Le saviez-vous?

    La toute dernière tourte voyageuse, une femelle baptisée Martha, est morte au zoo de Cincinnati, en Ohio, le 1er septembre 1914.

    Des réponses dans les gènes

    La chercheuse Gemma Murray et ses collègues de l’Université de la Californie à Santa Cruz, aux États-Unis, ont analysé la diversité génétique de spécimens empaillés retrouvés dans les musées nord-américains.

    Leurs résultats, publiés dans la revue Scienceconfirment la très basse diversité génétique observée dans de précédentes études, mais contredisent ceux qui pointaient aussi vers l’instabilité de la population.

    Selon les récents travaux, la taille importante de la population des tourtes – et sa stabilité durant des milliers d’années – aurait permis une évolution adaptative plus rapide et l'élimination des mutations génétiques nuisibles, entraînant une perte énorme de leur diversité génétique.

    Ces oiseaux étaient ainsi parfaitement adaptés à leur environnement, mais n’étaient nullement capables de faire face à une nouvelle menace, comme la chasse humaine intensive qui a suivi l’arrivée des Européens.

    Ces travaux montrent donc l'effet de la sélection sur le génome d'un vertébré et contredisent d’autres résultats qui laissaient croire que c’est l’instabilité de la population qui a contribué à l'extinction étonnamment rapide de l’espèce.

    Nos résultats sont conformes à l’idée que l’adaptation du pigeon voyageur à de grandes populations a pu devenir un handicap lorsque le nombre de spécimens s’est brusquement réduit. Ils correspondent à cette hypothèse et nous n'avons trouvé aucune preuve que la population était instable avant que les humains (Européens) ne commencent à les chasser.

    Gemma Murray

    Ces connaissances peuvent, selon les chercheurs, nous permettre de mieux comprendre l'aspect génétique derrière une extinction, et peut-être permettre d'aider les efforts de conservation d’autres espèces actuellement menacées.

    Pourquoi les Inuits sont protégés des maladies cardiovasculaires

    Comment les Inuits peuvent-ils rester en bonne santé alors qu'ils ne consomment (quasiment) que des graisses de mammifères marins ? Des chercheurs ont élucidé ce mystère.

     
     

    Les Inuits ont des mutations génétiques uniques : elles agissent sur le métabolisme et leur permettent de neutraliser les effets néfastes d'un régime alimentaire riche en graisses de mammifères marins, leur principale source d'alimentation. C'est la découverte que viennent de faire des chercheurs danois. En effet, près de 100 % des Inuits ont, sur le chromosome 11, des gènes dédiés au traitement des acides gras dans le développement de l'organisme mutés. Or seuls 2 % des Européens et 15 % des Chinois de l'ethnie Han possèdent ces mutations génétiques, expliquent les chercheurs dans leur étude publiée jeudi 17 septembre 2015 dans la revue américaine Science. Pour réaliser ce travail, ils ont analysé les génomes de 191 Groenlandais avec moins de 5 % de gènes européens qu'ils ont comparé à ceux de 60 Européens et de 44 Chinois de l'ethnie Han.

    C'est très bon pour les Inuits de consommer beaucoup d'oméga 3, mais pas pour le reste d'entre nous"

    Outre la viande de baleine et de phoque, les Inuits consomment également de grandes quantités de poissons dont l'huile est riche en acides gras oméga 3. Malgré cette alimentation traditionnelle très pauvre en fruits et légumes et riche en graisses animales, les Inuits sont généralement en bonne santé avec une faible incidence de maladies cardiovasculaires, avaient déjà constaté des chercheurs danois dans les années 70. Ils avaient alors conclu que les oméga 3 devaient avoir des effets protecteurs pour expliquer ce paradoxe.

    OMÉGA 3. Ces conclusions sont à l'origine des recommandations en Europe et dans le reste du monde de consommer davantage de poissons gras ou de prendre des compléments d'oméga 3 pour aider à préserver la santé du coeur et des artères, explique Rasmus Nielsen, un professeur de biologie de l'université de Californie à Berkeley, un des auteurs de cette nouvelle étude. Aujourd'hui, au moins 10 % des Américains prennent régulièrement ces compléments alimentaires. Mais les résultats de récents essais cliniques n'ont pas confirmé les bienfaits cardiovasculaires des oméga 3 ou pour protéger contre la maladie d'Alzheimer. "Nous avons découvert que les Inuits ont une adaptation génétique unique à ce régime alimentaire qu'on ne peut pas extrapoler à d'autres groupes ethniques", poursuit le scientifique. Ainsi, "c'est très bon pour les Inuits de consommer beaucoup d'oméga 3 mais pas pour le reste d'entre nous", conclut-il.

    Des mutations génétiques vieilles d'au moins 20.000 ans

    Ces mutations génétiques ont des effets encore plus étendus comme la réduction du "mauvais cholestérol" (LDL) et de sucre dans le sang, ce qui a des effets protecteurs contre les maladies cardiovasculaires et le diabète de type 2. Ces caractéristiques génétiques agissent également sur la taille car la croissance est en partie régulée par le métabolisme des graisses. Chez les Inuits, ces mutations réduisent leur taille de deux centimètres, ont déterminé les chercheurs. Selon ces derniers, ces mutations génétiques remontent à au moins 20.000 ans et pourraient avoir aidé de nombreuses peuplades humaines comme les chasseurs-cueilleurs à s'adapter à des régimes alimentaires riches en graisse animale et à certains types d'acide gras oméga-3 et oméga-6. Elles pourraient être apparues initialement chez des Sibériens qui vivaient dans l'Arctique il y a plus de 20.000 ans. Et ces derniers sont arrivés au Groenland quand les Inuits s'y sont installés il y a environ mille ans. Cette sélection génétique est ancienne et pourrait avoir aidé les humains à s'adapter à l'environnement lors du dernier âge glaciaire mais a été nettement plus marquée chez les Inuits, pensent ces chercheurs.

    Lise Loumé avec afp

    Vous n'êtes pas du matin? C'est génétique...

    C'est une question de chronotype : un quart de la population mondiale est du matin, l'autre quart du soir, et la seconde moitié est efficace aussi bien le matin que le soir. Les matinaux sont généralement nés en automne-hiver.

    La torture du réveil matin est une réalité pour bon nombre d'entre nous... Et souvent, on culpabilise de ne pas réussir à sortir la tête de son oreiller. Or, dans L'Obs, des spécialistes des rythmes biologiques nous rassurent : c'est génétique !

    "C’est dans les gènes dès la naissance" affirme ainsi Claire Leconte, chercheuse en chronobiologie.

    La neurologue Maria-Antonia Quera-Salva ajoute que "les gènes qui déterminent votre chronotype se situent dans l’horloge interne. C’est elle qui fixe les moments d’éveil et d’endormissement. L’horloge interne est en avance de phase chez ceux qui sont matinaux et en retard de phase chez ceux qui sont du soir".

    Bien sûr, il est possible d'adapter son rythme naturel à son rythme social, mais il est impossible de le changer.

    25%, 25% et 50%

    Selon une étude américaine parue en 2006, environ un quart de la population est plutôt du soir -les vespéraux- et un quart du matin -les matinaux-. Les 50% restants ont la chance d'être des personnes efficaces aussi bien le matin que le soir.

    Comment connaître son rythme naturel?

    Un questionnaire "du dormeur" est disponible en ligne. Il a été publié en 1976 dans l'"International Journal of Chronobiology" par les chercheurs Jim Horne et Olov Östberg.

    Hommes et femmes à égalité

    Si aucune différence n'a été mise en évidence entre hommes et femmes, une étude réalisée en 1999 a démontré que les matinaux sont généralement nés en automne-hiver alors que les vespéraux ont vu le jour au printemps et en été.

    "Une injustice totale"

    "Un gros dormeur a besoin de neuf heures de sommeil. Pour un petit dormeur, une nuit de six heures suffit", explique la neurologue Maria-Antonia Quera-Salva. "C’est d’une injustice totale", souligne Claire Leconte. Les petits dormeurs qui sont du soir sont les plus chanceux : ils profitent de leurs soirées jusqu’à tard dans la nuit tout en étant opérationnel relativement tôt dans la matinée.

    L'évolution est un loup pour l'homme

    Une étude menée sur plus de 1 000 espèces de mammifères montre que la violence humaine s'explique par sa position dans l'arbre phylogénétique des espèces.

     

     

     

    Quelle est l'origine de la violence humaine ? Est-elle inhérente à la nature de l'homme, comme le pense le philosophe anglais Thomas Hobbes, qui assure que « l'homme est un loup pour l'homme » ? Ou bien, à l'instar de Jean-Jacques Rousseau, l'homme est-il bon par nature, mais la vie sociale creuse-t-elle les inégalités au point de le rendre violent ?

    Des chercheurs espagnols auraient trouvé la réponse à cette question dans la théorie de l'évolution : ils ont analysé la cause de la mort de 4 millions de mammifères (de 1 024 espèces différentes) et de quelque 600 humains, et ont regardé la proportion de décès dus à des congénères. Ils ont d'abord constaté que chez l'ancêtre commun à tous les mammifères, 0,3 % seulement des décès étaient causés par des semblables. Et ils ont remarqué que plus on s'éloigne de cet ancêtre commun et plus on se rapproche de la branche portant l'ancêtre de l'homme et des primates sur l'échelle de l'évolution, plus la part de décès causés par un congénère augmente, et ce, de manière constante.

    40 % des espèces de mammifères s'entretuent

    Cette étude, publiée dans la revue Nature le 28 septembre par ces chercheurs de la Station expérimentale des zones arides d'Almeria et de l'université de Grenade, en Espagne, perce ainsi à jour le mystère de la violence qui se déchaîne entre les membres d'une même espèce. Un comportement caractéristique de l'homme et des autres primates, mais pas seulement, et qui serait donc un héritage de l'évolution.

     

    Cette étude démontre ainsi que 40 % des espèces de mammifères s'entretuent. À la plus grande surprise des chercheurs, les carnivores ne sont pas les plus violents : les rhinocéros, les chevaux ou encore les marmottes ne sont pas tendres avec leurs semblables. Dans le top 5 des espèces les plus douées en la matière, on trouve... le suricate (20 % sont tués par des congénères), deux espèces de singes, puis deux espèces de lémuriens. Le lion n'arrive qu'en neuvième position, et le loup en onzième. Au total, 2 % des primates s'entretuent.

    Une organisation étatique diminue les violences

    En tant que primate, l'homme partage donc au moins en partie cette propension violente, une statistique vérifiée chez l'homme de Neandertal ou chez Homo sapiens. Les chercheurs ajoutent à cela une observation : plus une espèce est territorialisée et sociale, plus la violence létale se fait prégnante. Avec l'évolution des premières sociétés humaines, les chercheurs ont établi les faits suivants : la violence létale, faible au paléolithique (environ 2 % des décès sont liés à la violence de congénères), remonte nettement à l'âge de fer et jusqu'au Moyen Âge (un peu plus de 10 %). L'époque moderne reste plus douce, si on met de côté bien évidemment les périodes de guerres mondiales. Mais le degré de violence dépend de l'organisation des sociétés humaines : entre 0,24 et 1,33 % des décès sont dus à des agressions entre humains dans des sociétés étatiques, et ce, tant dans l'Égypte des pharaons ou la Rome antique que dans les États actuels. Alors que chez les sociétés organisées en clans de chasseurs-cueilleurs ou en tribus, environ 3 à 4 % des décès étaient dus à des attaques entre humains, selon les sources archéologiques citées par les chercheurs.
    À méditer, au calme.

     

     

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    Les yeux bleus sont-ils condamnés à disparaître ?

     

    Plus récents dans l'histoire de l'humanité, les yeux bleus sont bien moins fréquents que leurs homologues de couleur marron.

     

     

    Gris, vert, noisette… La couleur de nos mirettes tire son origine d'une combinaison de gènes qui interagissent entre eux. Les deux parents transmettent chacun la moitié de leur patrimoine génétique à leur descendance. Chaque gène possède deux allèles (versions différentes d'un même gène), l'un venant du génome du père, l'autre de celui de la mère.

    «La couleur de nos iris est l'héritage de nos parents. S'ils ont tous deux les yeux bleus, les enfants les auront également. Mais des parents aux yeux bruns peuvent donner naissance à des enfants aux yeux clairs», explique Françoise Clerget, directrice de recherche émérite en génétique, à l'Inserm, à Paris. On dit que l'allèle «marron» est dominant quand le «bleu» est récessif. L'allèle responsable des yeux bleus ne s'exprime pas forcément: il est masqué par son alter ego foncé. Raison pour laquelle les yeux pâles peuvent parfois sauter une génération.

    Dans une population où les allèles «bleus» et «bruns» ont la même fréquence, seul le quart de la population a les yeux azur et les trois quarts les iris marron. En France, où environ 30 % de la population a les yeux bleus, l'allèle correspondant est plus fréquent. Dans les pays nordiques, l'allèle «brun» est encore plus rare. Autre raison qui explique pourquoi les yeux couleur de mer sont moins fréquents: l'un des gènes responsable de ce trait physique est issu d'une mutation qui a eu lieu en Europe, puis au Moyen Orient, il y a dix mille ans, après que notre espèce ait quitté l'Afrique et qu'elle se soit installée sur le continent européen et côté asiatique.

    «A l'origine, l'espèce humaine avait les yeux marron, mais cet allèle bleu est apparu et s'est répandu progressivement dans la population. Voilà pourquoi les yeux couleur océan sont concentrés en Europe ainsi qu'en Amérique du Nord et en Océanie, où résident une forte proportion d'individus d'origine européenne», indique Alexandre Ribéron, enseignant chercheur en génétique des populations à l'université Paul-Sabatier de Toulouse.

    Un taux stable en Europe

    L'allèle des yeux bleus risque-t-il pour autant de disparaître? «Il est tentant de penser qu'un gène récessif aura tendance à disparaître, répond le chercheur. Le terme “dominant” est ambigu. Il induit le principe selon lequel c'est ce gène qui va finir par “gagner”. Mais c'est une idée erronée.» La fréquence des allèles de chaque teinte respective, ainsi que la proportion de personnes aux yeux bleus, reste stable en Europe.

    «Les allèles, bien que récessifs, continuent de se transmettre de génération en génération», complète Françoise Clerget. Quant aux facteurs démographiques et migratoires, eux non plus ne devraient pas changer la donne. «Un mélange entre les populations pourrait masquer les yeux clairs pendant une génération du fait du caractère récessif et dominant de la couleur des iris. Mais il ne mènerait pas à leur disparition», insiste Alexandre Ribéron. «Une natalité plus forte dans les pays du Sud a pu faire, un temps, augmenter la fréquence de l'allèle responsable des yeux foncés, mais pas de quoi provoquer une extinction pure et simple des yeux bleus», tranche Françoise Clerget. L'azur reste de mise…

     

    Juliette Camuzard

     

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    L'analyse du squelette d'un chasseur-cueilleur européen qui vécut en Espagne actuelle il y a environ 7 000 ans vient de révéler que le gène responsable de la peau claire chez les Européens est bien plus récent qu'on ne l'avait cru jusqu'ici. Les tests ont en effet indiqué que le chasseur-cueilleur avait la peau foncée et les yeux bleus.

    Pour Carles Lalueza-Fox, chercheur en paléogénomique à l'université de Pompeu Fabra en Espagne et co-auteur de l'étude publiée ce week-end dans la revue scientifique britannique Nature, cette découverte laisse également entendre que l'éclaircissement de la peau n'est pas une adaptation au climat du continent européen, moins ensoleillé que l'Afrique, mais plutôt une conséquence du nouveau régime alimentaire qui a suivi la révolution néolithique.

    Une mystérieuse découverte

    En 2006, des randonneurs avaient découvert les squelettes de deux hommes dans la grotte de La Braña-Arintero en Cantabrie (Espagne). La police avait d'abord pensé qu'il s'agissait des corps des victimes d'un meurtre, mais une analyse avait rapidement révélé que les squelettes, recouverts de terre rouge (typique des sites funéraires du paléolithique), étaient âgés d'environ 7 000 ans.

    À l'époque, les techniques de génétique n'étaient pas encore suffisamment avancées pour effectuer l'analyse des squelettes. Quelques années plus tard, l'équipe a enfin pu procéder à l'analyse en prélevant un fragment d'ADN sur une molaire d'un des squelettes.

    Yeux bleus et peau foncée


    Une nouvelle analyse de cet ADN révèle aujourd'hui que le chasseur-cueilleur retrouvé présente la mutation du gène responsable de la couleur bleue des yeux, mais pas celle correspondant à la peau claire.

    L'ADN indique aussi que l'homme était plus proche des Européens du nord actuels que des habitants du sud de l'Europe.

    Le changement de climat


    Jusqu'ici, beaucoup de scientifiques pensaient que l'éclaircissement de la peau des Européens s'était fait progressivement à partir de - 38 000 ACN environ, peu après qu'ils aient quitté les régions tropicales de l'Afrique pour remonter vers le nord.

    "On supposait en effet qu'une peau plus claire était nécessaire pour synthétiser la vitamine D dans les régions où le niveau d'ensoleillement était plus faible que sous les tropiques", confie Carles Lalueza-Fox.

    Ce qui a poussé les scientifiques dans cette voie, c'est la fait que la vitamine D, nécessaire à la santé des os, soit synthétisée par la peau grâce aux rayons du soleil et qu'une peau foncée, comme celle du chasseur-cueilleur retrouvé, empêche l'absorption des UV.

    Cependant, la mise en évidence de la peau foncée du chasseur-cueilleur retarde aujourd'hui la date d'apparition de la peau pâle à environ - 5 000 ACN, suggérant ainsi qu'au moins quelques hommes préhistoriques vécurent beaucoup plus longtemps qu'on ne l'avait cru en Europe avant de perdre leur pigmentation héritée de l'époque africaine.

    La récente découverte indique ainsi que la latitude ne parvient pas, à elle seule, à expliquer l'éclaircissement de la peau de l'homme préhistorique européen. Si tel avait été le cas, la peau claire se serait répandue en Europe des milliers d'années plus tôt, explique Carles Lalueza-Fox.

    Changements de carnation


    "Les nouvelles données impliquent que, pendant la majeure partie de leur évolution, les Européens n'étaient pas du genre "caucasien"", affirme Guido Barbujani, le président de l'Association de génétique italienne de Ferrara en Italie qui n'a pas participé à l'étude.

    "Il semble probable en revanche que le changement des habitudes alimentaires qui a accompagné la "révolution néolithique", c'est-à-dire le passage de la chasse et de la cueillette à l'agriculture et à l'élevage, puisse être à l'origine, du moins en partie, de ce changement de carnation", ajoute Guido Barbujani.

    L'alimentation provenant de l'agriculture sédentaire, riche en céréales, des fermiers du Néolithique manquaient en effet de vitamine D, les Européens ont ainsi rapidement perdu leur carnation foncée une fois qu'ils sont passés à la sédentarisation, car c'est seulement à partir de ce moment qu'ils ont eu besoin de synthétiser plus facilement la vitamine D grâce aux rayons du soleil.

    Les Néerlandais et les Lettones sont les plus grands sur Terre

     

    LONDRES (Reuters) - Les Néerlandais et les Lettones sont les hommes et femmes les plus grands de la planète tandis que les Iraniens et les Sud-Coréennes ont grandi le plus vite en un siècle, rapporte une étude menée à l'Imperial College de Londres et publiée mardi par le journal eLife.

     

    L'équipe de recherche de 800 contributeurs a pu établir l'évolution de la taille des hommes et femmes âgés de 18 ans de 1914 à 2014 en se fondant notamment sur des données des recensements militaires et sur des études épidémiologiques ou portant sur la santé et la nutrition des populations.

    Avec une taille moyenne de 182,5 cm, les Néerlandais sont les hommes les plus grands de planète. Suivent les Belges et les Estoniens. Les Lettones occupent la première place et mesurent en moyenne 170 cm. Suivent les Néerlandaises et les Estoniennes.

    A l'inverse, les hommes les plus petits en 2014 viennent du Timor-Oriental (160 cm en moyenne) et les femmes les plus petites du Guatemala (149 cm en moyenne).

    En un siècle, l'écart de taille entre les hommes et les femmes n'a pas varié. Il était de 11 cm en 1914 et de 12 cm en 2014.

    L'étude, menée en lien avec l'Organisation mondiale de la santé, illustre que les habitants de certains pays ne grandissent plus depuis ces trente à quarante dernières années. Les Américains occupent par exemple la 37e place chez les hommes et la 42e chez les femmes en 2014, après avoir occupé les 3e et 4e rangs il y a cent ans.

    En Espagne, en Italie, dans certains pays d'Amérique latine et de l'est de l'Asie, les habitants continuent, eux, à grandir. En comparaison, la taille moyenne de la population a décliné dans certaines nations d'Afrique subsaharienne, du Moyen-Orient ou d'Afrique du nord en une quarantaine d'années.

    L'étude indique que la nutrition, les facteurs environnementaux, mais aussi la génétique peuvent jouer sur la taille d'un individu.

    "Cette étude nous donne une image de la santé des nations sur le siècle passé", a déclaré Majid Ezzati, professeur de santé publique à l'Imperial College. Pour lui, ces résultats prouvent le besoin de s'occuper "de l'environnement et de la nutrition pour les enfants et adolescents dans le monde".

    Les chercheurs relèvent d'ailleurs que les personnes plus grandes vivent plus longtemps, reçoivent une meilleure éducation et gagnent mieux leur vie, mais ont plus de risque de développer des cancers de la prostate ou des ovaires.

     

    (Kate Kelland, Laura Martin pour le service français)

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    L'agriculture a également été inventée en Iran, voilà 10 000 ans !

    Ainsi parle l'ADN : les Européens descendent des agriculteurs anatoliens et les Indiens, Pakistanais et Afghans, des agriculteurs iraniens.

     

     

     

    Depuis la Georgie, où elle mène des fouilles en ce mois de juillet, l'archéozoologue Marjan Mashkour laisse libre cours à son enthousiasme en évoquant sa découverte étonnante sur le haut plateau iranien : « Grâce à des analyses ADN, nous savons maintenant qu'il a existé dans les monts Zagros, en Iran, un deuxième foyer de l'agriculture n'ayant aucun lien avec celui bien connu d'Anatolie. Plus intéressant encore, nous montrons que le foyer anatolien sera à l'origine des populations européennes, tandis que le foyer iranien donnera naissance aux populations d'Afghanistan, du Pakistan, de l'Inde, et peut-être même de Chine ! » Ces travaux sont si sensationnels que la revue Science a accepté de les publier sous la cosignature des membres d'une équipe internationale se répartissant entre le Muséum national d'histoire naturelle de Paris (MNHN), les universités de Mayence, le Collège de Londres et le Musée national d'Iran.

    Tout commence quand Marjan Mashkour échantillonne des fossiles d'animaux conservés au Musée national d'Iran et provenant de la grotte de Wezmeh, utilisée comme tanière, voilà 9 000 ans, par des ours et des hyènes. Elle identifie des ossements de pieds humains appartenant à des victimes de la faune sauvage. Or, justement, à cette même époque, l'agriculture était en train d'apparaître dans la région. Depuis peu, les archéologues fouillent le site de Tepe Abdul Hosein, proche de la grotte, où les archéologues ont découvert des traces de blé et d'orge cultivés. Plusieurs squelettes des habitants ont été retrouvés sous les maisons. Ces fossiles humains donnent l'idée à Marjan Mashkour d'une comparaison ADN entre les ossements de la grotte, les habitants du village et les premiers paysans des sites anatoliens.

    Pas encore de réponses définitives

    Stupéfaction : les paléogénéticiens de l'université de Mayence constatent que les génomes des deux populations d'agriculteurs du néolithique, d'Anatolie et d'Iran, sont très différents. « Il n'y avait eu aucun contact entre eux depuis au moins 36 000 ans, donc bien avant qu'ils n'apprennent à cultiver », explique la chercheuse française. Un premier choc. Comment, en effet, expliquer la double naissance de l'agriculture quasi simultanément ? D'abord la culture du blé et de l'orge, puis la domestication de la chèvre, du porc, du bœuf. Pour l'instant, les archéologues n'ont pas encore de réponses définitives. Plusieurs facteurs ont dû jouer : une même modification de l'environnement déclenchée par un changement climatique, un progrès technologique avançant au même rythme, mais aussi une même maturation culturelle permettant à l'homme de s'extraire de la nature pour l'exploiter.

    Par la suite, on aurait pu imaginer une fusion de ces deux foyers de l'agriculture relativement proches. Ce n'est pas ce que montre la comparaison des génomes de ces deux foyers de l'agriculture avec ceux des populations actuelles européennes et asiatiques. Au contraire, elle affirme clairement l'existence de deux migrations. Les paysans anatoliens ont pris la route de l'Europe, où ils ont chassé les populations autochtones, tandis que les paysans iraniens se sont répandus en Afghanistan, au Pakistan et en Inde. Allez savoir pourquoi...

    Il existe dans le monde d'autres foyers de l'agriculture, mais plus récents. En Méso-Amérique (Mexique-Guatemala), avec les piments, les courges, le millet, puis le maïs. En Chine, avec le millet, le soja et le riz. Du riz cultivé serait apparu en Corée voilà 15 000 ans. Mais il faut également compter avec d'autres foyers au Sahel, en Amérique du Sud et même en Nouvelle-Guinée.

     

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