butineurs, insectes et compagnie

Publié le par ottolilienthal

Le frelon géant d’Asie menace l’Amérique du Nord

Repéré pour la première fois aux États-Unis en mai 2020, le frelon géant d’Asie pourrait envahir de nombreuses régions du monde, dont l’Europe, avertissent des chercheurs américains. Cet intrus originaire des régions boisées d’Asie représente une menace pour les abeilles mellifères occidentales.

Personne ne sait réellement comment ils sont arrivés ! Plusieurs spécimens de frelons géants d'Asie Vespa mandarinia ont récemment été repérés au printemps 2020 au Canada, et dans l'état de Washington aux États-Unis. Alors qu'ils vivent normalement au Japon, en Corée du Sud ou encore à Taïwan, certains de ces insectes ont traversé l'océan, probablement en qualité de passagers clandestins sur des navires de marchandises, selon la porte-parole du département de l'agriculture de l'État de Washington. Le frelon géant Vespa mandarinia est le plus gros frelon du monde et il est différent du Vespa velutina, aussi appelé frelon asiatique, un autre insecte invasif originaire d'Asie qui a colonisé la France, l'Espagne et le Portugal depuis une quinzaine d'années.

Une menace pour les abeilles mellifères

Originaire des régions boisées d'Asie, Vespa mandarinia représente une menace pour les abeilles mellifères occidentales Apis mellifera qui sont particulièrement vulnérables face à ses attaques. Si un frelon géant découvre une ruche, il commence par massacrer les abeilles qui s'y trouvent, avant de s'y installer plusieurs jours pour déguster les larves d'abeilles. Des attaques qui se produisent généralement à la fin de l'été ou à l'automne, lorsque les frelons ont besoin de davantage de nourriture afin de développer leur colonie.

 

Mais ce frelon géant est-il capable de s'adapter au climat de l'Amérique du Nord pour y prospérer ? Oui, répond une équipe d'entomologistes - des scientifiques spécialisés dans l'étude des insectes – qui travaillent à l'Université d'État de Washington aux États-Unis. Les résultats de leur étude, publiés le 22 septembre 2020 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, montrent qu'une grande partie des côtes Est et Ouest des États-Unis, mais aussi la majeure partie de l'Europe, le nord-ouest et le sud-est de l'Amérique du Sud, l'est de l'Australie et la plupart de régions de Nouvelle-Zélande constituent de potentiels habitats favorables à l'épanouissement de cette espèce invasive.

Les chercheurs ont observé que ces frelons géants sont plus susceptibles de prospérer dans les zones où les étés sont chauds, les hivers doux et où il pleut régulièrement. Ces "frelons tueurs" sont aussi sensibles aux chaleurs extrêmes : ils ne survivent pas dans les régions où la température peut dépasser 39 °C.

Une propagation qui pourrait se faire en quelques années

Afin d'évaluer ensuite la possible propagation de cette espèce aux États-Unis, les entomologistes se sont basés sur certaines données issues des études réalisées sur une autre espèce de frelon asiatique invasive : Vespa velutina. "Les informations dont nous avons besoin pour faire nos modèles, c'est-à-dire la vitesse ainsi que la distance parcourue par les reines Vespa mandarinia nous sont inconnues. Nous utilisons donc les données de Vespa velutina", précise dans un communiqué Javier Gutierrez Illan, entomologiste au sein de l'Université d'État de Washington et co-auteur de l'étude. Résultat : selon ces modèles, basés sur l'hypothèse selon laquelle ce frelon pourrait parcourir jusqu'à 109 km par an, il pourrait coloniser les zones situées à l'ouest de Washington et dans l'ouest de l'Oregon en moins de 20 ans.

"Empêcher l'établissement et la propagation de cette espèce dans l'ouest de l'Amérique du nord est essentiel pour protéger les abeilles et les apiculteurs", précisent les auteurs de la publication. Ils espèrent que leur étude pourra servir à l'établissement de stratégies de surveillance et d'éradication de ces envahisseurs. Les entomologistes estiment que les autorités disposent d'un délai de deux ans pour éradiquer ce frelon en Amérique du Nord, après quoi la situation pourrait devenir très difficile à maitriser. Les colonies d'abeilles, qui sont déjà en net déclin partout dans le monde, pourraient donc devoir affronter une nouvelle menace...

Les portables pourraient jouer un rôle dans la mortalité des insectes

Le rayonnement des téléphones portables et des réseaux sans fil tels que le Wifi est une menace pour la survie des insectes, selon une étude.
 
 
 
 

Le rayonnement des téléphones portables pourrait être une des causes, avec l’usage de pesticides et la déforestation, de la mortalité des insectes en Europe, selon l’analyse de plus d’une centaine d’études menée par une ONG allemande.

L’exposition croissante de l’environnement aux rayonnements électromagnétiques a "probablement une influence sur le monde des insectes", estime cette analyse, publiée jeudi, des données de 190 études menée par l’Association allemande pour la conservation de la nature (NABU) en collaboration avec deux ONG allemande et luxembourgeoise.

 
 

Cette analyse intervient au moment où l’Europe prépare l’arrivée prochaine de la technologie 5G, qui doit proposer un débit 100 fois plus rapide que celui des réseaux 4G existants et suscite de nombreuses mises en garde, en particulier des écologistes.

Perte d'orientation et détérioration génétique

Quelque 60% des études montreraient notamment, selon ces ONG, des effets négatifs sur les abeilles, les guêpes et les mouches. Ces effets indésirables vont d’une perte de la capacité d’orientation due aux champs magnétiques à la détérioration du matériel génétique et des larves.

Le rayonnement des téléphones portables et des réseaux sans fil tels que le Wifi provoquerait en particulier chez les insectes l’ouverture des canaux calciques des cellules, entraînant une importante introduction d’ions calcium dans l’organisme.

Ce calcium à forte dose déclenche des réactions en chaîne chez les insectes et un "stress cellulaire", selon l’étude. Parmi ces réactions figureraient "une altération du sens de l’orientation et une diminution de la capacité de reproduction". "Le rythme jour-nuit est perturbé et le système immunitaire est mal activé", soulignent en outre les auteurs du rapport.

"Des études menées en Grèce montrent également que le rayonnement des téléphones portables est nettement plus nocif que le champ magnétique d’une ligne électrique à haute tension", ajoutent-ils.

Le sujet est inconfortable car il interfère avec nos habitudes quotidiennes

"Cette analyse de données montre que nous devons garder les yeux ouverts dans toutes les directions lorsque nous analysons les causes du déclin spectaculaire des insectes", explique dans la présentation de l’étude Johannes Enssle, responsable de NABU dans la région du Bade-Wurtemberg.

"Le sujet est inconfortable pour beaucoup d’entre nous car il interfère avec nos habitudes quotidiennes et il y a de puissants intérêts économiques derrière la technologie des communications mobiles", fait valoir M. Enssle.

La biomasse des arthropodes a diminué en dix ans en Europe de 67% dans les prairies et de 41% dans les forêts, selon une étude allemande publiée en octobre 2019 dans la revue Nature.

AFP

Des abeilles solitaires volent au secours des vergers français

 

Elles ne vivent pas en ruche, ne produisent pas de miel, mais elles sont championnes de la pollinisation des cultures : le printemps venu, quelques milliers d'abeilles solitaires élevées par une start-up du Lot-et-Garonne sont envoyées en mission pour doper les rendements des vergers.

Comme les abeilles qui font notre miel (Apis mellifera), ces solitaires (Osmia cornuta et Osmia rufa) fertilisent les plantes en butinant, transportant ainsi le pollen d'une fleur à une autre, mais mieux et plus vite.

"Ces abeilles, appelées osmies, étaient déjà utilisées artisanalement par certains agriculteurs en Europe, mais nous sommes pionniers pour notre capacité à les élever en quantité et à les apporter sur une parcelle au moment voulu", assure Franck Mariambourg, co-fondateur et président d'Osmia.

Créée en 2014, la PME de l'agropole d'Estillac, près d'Agen, emploie sept personnes et loue aux arboriculteurs les services de ses abeilles, sous forme de boîtes (une de mâles, une autre de femelles) disposées dans des abris adaptés. Cette année, elle intervient sur environ 600 hectares, en Rhône-Alpes et dans le Sud-Ouest, mais aussi pour la première fois dans les pommiers à cidre de Normandie.

A peine arrivées, les abeilles se reproduisent. "Elles restent notre propriété et on récupère les cocons sur les parcelles en été, à la fin de la floraison. Ces cocons sont triés puis conservés en chambre froide jusqu'au printemps suivant", détaille Béatrice Tournier, responsable administrative de la jeune pousse.

Le froid fige le développement des cocons, qui se réactivent à la chaleur. En jouant sur la température, Osmia est capable de programmer le réveil de ses abeilles avec une précision d'une demi-journée.

"Tous les arbres fruitiers ne fleurissent pas à la même période, donc il faut pouvoir échelonner le réveil des osmies", explique-t-elle.

Responsable technique d'Osmia pour le Sud-Ouest, Nicolas Denis a longtemps été arboriculteur, avant de faire faillite. "Je n'ai jamais mis une abeille de ma vie dans mes vergers ! Je me disais : +pourquoi payer pour quelque chose que la nature nous offre+", confie-t-il.

Une erreur selon lui : "on arrive à améliorer les rendements de 10 à 15%. Par rapport aux engrais ce n'est vraiment pas cher", de 250 à 350 euros par hectare.

- Mellifère volage -

Car l'abeille solitaire est bien plus performante que celle à miel.

Pour rapporter le pollen à la ruche, les abeilles mellifères "mouillent le pollen pour en faire des boules qu'elles collent sur leurs pattes arrières, ce qui le dégrade", explique M. Denis.

Les osmies, elles, se couvrent mécaniquement de pollen en entrant dans la fleur grâce à leurs poils fournis qui forment comme une "brosse" sur le ventre. Résultat, un taux de pollinisation exceptionnel : plus de 90% pour l'osmie à chaque visite de fleur, trois fois plus que la mellifère.

Surtout, l'abeille domestique est volage ! Avec un rayon d'action pouvant dépasser trois kilomètres, elle a une fâcheuse tendance à délaisser le verger qu'on lui a assigné pour aller butiner ce si attrayant champ de colza voisin...

Ce fut vraisemblablement le cas dans cette parcelle de cerisiers de Brax, près d'Agen, où Nicolas Denis est venu installer ses boîtes d'osmies. Malgré les ruches, la production plafonnait. Au printemps 2017, l'exploitant s'est tourné vers Osmia et ses pensionnaires. Résultat : une récolte passée de 5 à 10 tonnes par hectare.

Les osmies s'éloignent peu de leur abri, 50 à 100 m au plus, "ce qui permet de cibler les cultures", décrypte M. Denis. Surtout, elles sont spécialisées dans le pollen des rosacées (amandiers, abricotiers, pruniers, pommiers, etc.) qu'elles récoltent afin de constituer une réserve de nourriture hivernale pour leurs larves.

Elles butinent très rapidement (jusqu'à 17 fleurs par minute) et "ne repassent jamais deux fois sur la même fleur car elles les marquent", souligne Nicolas Denis.

Dernier atout, elles ne piquent quasiment jamais, une chance pour Nicolas Denis qui les manipule toute la journée : "j'y suis allergique!".



(©AFP / 17 avril 2018 09h52)

De moins en moins d’insectes : «On ne parle pas seulement d’une espèce mais de toute une communauté animale»

INTERVIEW Une étude scientifique menée sur 27 ans observe de fortes chutes de population d’insectes en Allemagne. Jean-François Sivlain, président de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, la commente pour 20 Minutes...

 
  • La biomasse des insectes volants, essentiels aux écosystèmes, a diminué de plus de 75 % en près de trente ans en Allemagne.
  • La perte de biodiversité végétale est souvent avancée pour expliquer les déclins d’insectes. Mais pour cette étude, réalisée dans des aires naturelles protégées, ce facteur ne tient pas.
  • Il faut donc chercher ailleurs… et regarder du côté de l’intensification des pratiques agricoles ?

« Nos résultats documentent un déclin dramatique des insectes volants, de 76 % en moyenne et jusqu’à 82 % au milieu de l’été, dans les aires protégées allemandes en seulement vingt-sept ans »… Les conclusions de Caspar Hallmann, entomologiste à l’université Radboud (Pays-Bas) et ses coauteurs ont de quoi alarmer.

Leur étude, publiée ce mercredi dans larevue PloS One, laisse entrevoir une chute importante des populations d’insectes sur les trente dernières années en Allemagne, qu’on pourrait très vraisemblablement décliner à d’autres pays d’Europe aux pratiques agricoles semblables. La France en tête. Jean-François Sivlain, directeur de recherche à l’ IRD (Institut de recherche pour le développement) et président de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) commente l’étude pour 20 Minutes.

>> A lire aussi : Allemagne: Plus de 75% des insectes ont disparu depuis 1989

Ces résultats vous surprennent-ils ?

Ils ne me surprennent pas parce que la question du déclin des insectes est un sujet que la communauté scientifique aborde depuis un moment. Des articles scientifiques de qualité, publiés au début de l’été, ont ainsi souligné les fortes menaces qui pesaient sur la biodiversité. Que ce soit l’accroissement démographique ou l’accroissement des consommations des ressources naturelles par l’homme. Par ailleurs, les auteurs de l’étude publiée ce mercredi dans PloS avaient déjà partagé des résultats préliminaires laissant pressentir leurs conclusions alarmantes.

Qu’apporte alors cette nouvelle étude ?

La méthodologie suivie est très intéressante. Les scientifiques ont analysé 1.500 échantillons d’insectes volants capturés sur 27 ans et toujours selon la même technique de la « tente malaise » [une structure en tissu de type mousquetaire dressée dans le milieu naturel]. Ce sont des pièges non-sélectifs. Ils permettent de ne pas se focaliser sur une espèce précise, comme on a pu faire par le passé avec les abeilles ou les papillons, mais d’avoir au contraire une estimation du déclin de toute une communauté biologique, celle des insectes. Cette approche globale, qui rend d’ailleurs les conclusions de l’étude d’autant plus alarmantes encore, est un vrai plus.

>> Lire aussi: Extinction de masse des animaux: «La nature va s'en remettre, mais pas l' homme»

Pourquoi l’agriculture intensive est soupçonnée d’être le premier responsable de ce déclin ?

C’est une autre valeur ajoutée de l’étude. Les 1.500 échantillons ont été capturés sur une longue période (27 ans) dans 63 aires naturelles protégées en Allemagne, dont 37 zones Natura 2000… Il s’agit à chaque fois de zones tampons, préservées de l’incidence de l’anthropisation. Malgré tout, le déclin de population s’est produit. Une des causes habituellement avancées pour expliquer le déclin des insectes est la perte de la biodiversité végétale que provoque un changement d’usages des terres. Typiquement, la transformation d’une forêt en zone agricole. Mais ce facteur ne tient pas lorsque le déclin est observé dans des zones protégées. Il faut chercher ailleurs. Les 63 aires de prélèvement se trouvant pour la plupart au milieu de zones de cultures, les auteurs de l’étude en viennent alors à soupçonner l’intensification des pratiques agricoles. L’étude reste prudente et elle a raison. Mais ce déclin important, qui touche l’ensemble de la communauté des insectes et qui concerne toutes les aires étudiées, nécessite de trouver un facteur de grande échelle. Or l’intensification des pratiques agricoles, notamment le recours accru aux pesticides, est un phénomène marquant des pays développés d’Europe occidentale ces cinquante dernières années. D’autres études scientifiques ont montré que l’utilisation d’ insecticides néonicotinoïdes [agissant sur le système nerveux des insectes] a généré des mortalités importantes chez des populations d’insectes non-ciblés au départ, comme les abeilles.

Les mesures publiées dans PloS One ne concernent que l’Allemagne… Faut-il s’attendre à des résultats semblables en France ?

C’est fort probable oui. Dans Le Monde, Vincent Bretagnolle [chercheur au CNRS] parle ainsi du phénomène « pare-brise ». Il permet en effet, très rapidement, de prendre conscience de la réalité des changements que nous sommes en train de connaître. Dans mon enfance, vous faisiez 300-400 kilomètres en voiture, vous deviez vous arrêter pour nettoyer le pare-brise souillé par les impacts d’insectes. Il n’y a plus besoin de le faire aujourd’hui. En Allemagne, comme en France.

Pourquoi un déclin des populations d’insectes est-il un très mauvais signe ?

Nous vivons dans un monde majoritairement peuplé d’insectes. Ils représentent une large majorité des espèces décrites sur Terre. Or ils ont un rôle crucial dans les réseaux trophiques, c’est-à-dire des systèmes d’alimentation qui se mettent en place entre êtres vivants. Ils sont une source de nourriture importante pour de nombreux animaux, notamment beaucoup d’espèces d’oiseaux, qui sont à leur tour chassés par d’autres prédateurs. Les insectes sont un socle de la chaîne alimentaire. Voilà pourquoi cette baisse de population constatée chez les insectes a de quoi alarmer.

 

Propos recueillis par Fabrice Pouliquen

Météo, contrefaçon, désorganisation... Sale temps pour faire son miel !

Même si les temps sont durs, Thierry et Nathalie Chavand restent passionnés par leur métier.

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Thierry et Nathalie Chavand, apiculteurs à Jasseron, au pied du Revermont ont créé en 2007 Le rucher d’Amédée.

À la tête de 840 colonies, ils font partie des très rares apiculteurs professionnels de l’Ain et vivent «  à 100 % » de la vente de leurs miels.

Un métier «  qu’ils ne changeraient pour rien au monde », même si la filière apicole a toutes les raisons de choper le bourdon.

Conjoncturellement d’abord. Les apiculteurs ont lourdement pâti du printemps 2016, un des plus pluvieux de l’histoire. Les abeilles ont préféré rester à la ruche et le pollen était trop rare pour constituer les réserves. «  15 kg de miel par ruche en moyenne au lieu de 35 kg une année normale et du seuil de rentabilité d’environ 27 kg. En 2011, on a même atteint 50 kg par ruche », se souvient Thierry.

 

Des problèmes de traçabilité

 

Structurellement ensuite. Premier problème : la traçabilité. Aujourd’hui, les rayons des supermarchés sont envahis de produits vendus sous la dénomination “miel” alors qu’il s’agit souvent de miels coupés au sirop. Impossible de détecter ces produits de contrefaçon, en provenance, notamment, d’Inde et de Chine. Et quand bien même le miel serait du «  vrai », rien de permet de garantir la zone de production. « Il peut s’agir de miels de négoce, simplement mis en pots ou de mélanges. »

Une tromperie du consommateur qui pourrait nuire à la filière, qui bénéficie de l’image d’un produit naturel et sain.

« Il est urgent que la profession joue son rôle et s’unisse pour avoir une réaction musclée. Cela passe par un système de certification des exploitations, accompagnée des contrôles nécessaires. Beaucoup de collègues ne semblent pas conscients du problème, notamment ceux qui font beaucoup de vente directe. »

 

Une filière désorganisée

 

Contrairement aux abeilles, le monde apicole peine à travailler de concert. Miné par des enjeux différents, notamment entre les « pros », ultra-minoritaires en nombre et les amateurs. C’est pourtant à ces derniers que les médias tendent le plus volontiers les micros. Image d’Épinal du petit producteur écolo. « J’entends souvent des propos qui relèvent plus de la logique environnementaliste qu’apicole », résume M. Chavant. “Les querelles ne portent pas entre apiculteurs, mais entre les organisations.”

 

 

Surmortalité des abeilles : aucune étude scientifique

 

Thierry Chavant balaye les idées reçues. « Par exemple, la mortalité des abeilles. Scientifiquement, j’attends qu’on me le prouve. Quand j’entends parler de 40 % de mortalité, je me dis qu’il doit y avoir un problème technique dans la pratique de l’apiculteur. Chez nous, on a jamais connu plus de 13 %. Et je peux vous dire que quand le temps est favorable, les abeilles sont présentes en grand nombre. »

Et d’enfoncer le clou : « Si on veut tenir un discours technique, il faut pouvoir se baser sur des données fiables. Or, aucun inventaire précis de la mortalité n’a été réalisé. Il faudrait commencer par cela. » Autre discours battu en brèche : l’impact des pesticides. Non qu’il nie leur potentielle dangerosité pour les abeilles, « mais je n’observe pas de corrélation évidente pour pouvoir affirmer les choses. Comment expliquer que j’ai parfois plus de mortalité dans des coins préservés du Revermont que dans la plaine de l’Ain ? Comment expliquer des pertes de 25 % dans des ruches installées sur une exploitation bio ? »

 

Les pesticides ? Oui, mais ça n’explique pas tout

 

À force de focaliser sur les pesticides, certains apiculteurs en oublieraient l’ennemi numéro 1 des ruches : le varroa, cet acarien qui suce le sang des abeilles jusqu’à affaiblir voir anéantir les colonies. « Aujourd’hui, aucune colonie d’abeilles mellifères ne peut survivre sans traitement ». À ce fléau viendra se greffer un nouveau venu, dont les deux premiers nids ont été identifiés cet automne dans le Val de Saône : le frelon asiatique. « Ce n’est pas le plus grave danger, mais il va venir s’ajouter au reste. La moindre erreur dans la conduite des ruches s’avérera fatale. D’où l’intérêt que la filière gagne en technicité. »

Dans cet esprit, Thierry Chavand milite afin de créer une réelle interprofession apicole, capable d’initier un vrai plan d’étude scientifique et de mener à bien les combats de la traçabilité des miels et la certification des exploitations.

 

 

Étienne Grosjean

Ces poules qui décapitent les frelons asiatiques

 

 

Et si l'arme fatale pour venir à bout du frelon asiatique était la poule noire de Janzé ? La découverte d'un agriculteur breton vient de lui valoir un prix.

 

Introduit par erreur en 2004 dans le sud-ouest de la France, le frelon asiatique n'a cessé depuis de se répandre dans l'Hexagone, dont il colonise désormais les deux tiers du territoire. Cette espèce très invasive raffole des abeilles, dont elle décime les colonies. Christophe Bitauld, qui possède une vingtaine d'hectares de pommiers à cidre bio et une quinzaine de ruches près de Janzé, en Ille-et-Vilaine, a pu s'en rendre compte. « L'année dernière, nous avons perdu 20 % de nos ruches à cause des frelons. Or les abeilles sont essentielles pour polliniser les vergers », observe l'agriculteur. Il pense néanmoins avoir trouvé l'arme fatale pour lutter naturellement contre l'agresseur : la poule noire de Janzé, une race locale en voie de disparition.

 

Elles attrapent le redoutable insecte et le décapitent

 

Cette dernière, qui est restée sauvage, n'est pas du genre à attendre qu'on vienne lui servir sa ration de graines comme nos poules domestiques. Non seulement elle monte aux arbres, mais elle se nourrit aussi d'insectes ravageurs.

 

Dans un premier temps, grâce à l'Ecomusée du pays de Rennes, Christophe Bitauld avait introduit le gallinacé dans ses vergers pour venir à bout des anthonomes, des coléoptères qui s'en prennent aux pommiers. C'est là qu'il a découvert que les petites poules noires de Janzé avaient plus d'une corde à leur arc et s'attaquaient aussi aux redoutables frelons asiatiques. « Elles les attrapent d'un coup de bec quand ils sont en vol stationnaire devant les ruches. Puis elles les décapitent pour ne manger que le corps qui est plein de protéines. »

 

Net et sans bavure... Pour pouvoir déplacer ses poules d'un verger à un autre et les protéger des prédateurs, Christophe Bitauld a eu l'idée d'aménager une remorque routière pour en faire un poulailler mobile. Ce projet baptisé Ty Poul lui a valu de remporter le premier prix d'un concours d'idées agricoles avec une dotation de 5 000 EUR. Séduits, deux agriculteurs normands et costarmoricains l'ont déjà contacté pour acquérir un poulailler et des poules noires de Janzé. L'agriculteur espère développer le concept par le biais de partenariats.

Les frelons asiatiques n'ont qu'à bien se tenir.

 

 

 

Les insectes pollinisateurs, facteur le plus déterminant des rendements agricoles

 

Un tiers de l’alimentation mondiale dépend de la faune pollinisatrice. Cette donnée est souvent rappelée pour déplorer la disparition des abeilles. Mais sait-on ce que celle-ci coûte à l’agriculture ? Une vaste étude publiée dans la revue Science le 22 janvier, permet de s’en faire une idée. Elle révèle que les variations de rendement des récoltes tiennent pour l’essentiel à une équation à trois variables : la densité des insectes pollinisateurs présents, la diversité de leurs populations et la taille des parcelles cultivées.

 

Quelle que soit la latitude, partout dans le monde, l’abondance des pollinisateurs rapportée à la taille des champs explique à elle seule 20 % en moyenne des différences de récoltes (en kilo par hectares), et même 31 % dans les petites fermes de moins de 2 hectares, car ce sont elles qui en tirent le plus de bénéfice. Il s’agit du critère le plus pertinent à 97 %, loin devant d’autres variables comme la date et la densité de semis, la lutte contre les ravageurs, l’eau entre autres. Et que le champ abrite une culture totalement dépendante de la pollinisation comme la courgette ou beaucoup moins comme le tournesol ne change pas grand-chose à l’affaire.

Pour parvenir à ces conclusions – publiées dans la revue Science le 22 janvier –, une équipe internationale de trente-cinq chercheurs a mené une expérimentation de terrain durant cinq ans. Ces derniers répondaient ainsi à un appel d’offres de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, la FAO, qui voulait évaluer les services rendus par la faune pollinisatrice à l’agriculture durable. Dans douze pays, principalement en Afrique, dans le sous-continent indien et en Amérique latine, ils ont appliqué le même protocole très précis sur 344 parcelles et 33 types de cultures : café, cardamome, cachou, coton, fraise, mangue, tomate, tournesol, pomme…

 

Tests à grande échelle

« Les chiffres les plus fantaisistes circulent à propos de l’action des insectes butineurs, ils proviennent de modèles établis à partir d’un rameau, voire juste de quelques plantes en pot isolées… Nous avons, nous, voulu réaliser des tests à grande échelle, afin que nos travaux aient un sens pour les agriculteurs », assure Bernard Vaissière, grand spécialiste des abeilles au sein de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), et l’un des principaux auteurs de cette étude avec Lucas Garibaldi (Conseil national d’investigations scientifiques et techniques d’Argentine).

Lire aussi : Les experts européens aggravent le cas des pesticides tueurs d’abeilles

Dans chaque lieu d’expérimentation, dix parcelles ont été étudiées, dont cinq recevaient un traitement de façon à renforcer la présence de « visiteurs des fleurs », selon les termes de l’étude. Entre les champs qui enregistraient la densité la plus faible (2,5 butineurs pour 100 fleurs) et ceux qui bénéficiaient de la plus forte (5,5), les récoltes varient de 53 %, les chercheurs estiment que ces différences sont dues pour 24 % au déficit d’insectes.

La masse de statistiques accumulées lors de ces années de travail révèle qu’un grand nombre d’insectes ne suffit pas à améliorer les rendements dans les champs supérieurs à 2 hectares. Cette présence peut même avoir un impact presque nul si elle ne s’accompagne pas d’une plus grande diversité. S’ils sont visités par au moins trois espèces différentes, les différences de rendement peuvent alors atteindre 30 % en moyenne.

Biodiversité naturelle performante

Cela s’explique aisément, selon Bernard Vaissière. Autour des petites parcelles, les paysages sont souvent composés de haies, de bocages : autant d’habitat naturel pour les butineurs sauvages. Tandis que les que les grandes cultures sont souvent pollinisées par des abeilles domestiques provenant de ruches alentour. Or, Apis mellifera et son équivalente d’Asie Apis cerana, trop gourmandes en pollen, ne sont pas les meilleures butineuses. « Il existe 977 espèces d’abeilles rien qu’en France, 20 000 dans le monde, rappelle Bernard Vaissière. N’en déplaise aux apiculteurs, l’agriculture ne dépend pas d’une seule espèce, elle a besoin d’insectes sauvages. »

Il n’empêche, cette meilleure connaissance des performances de la biodiversité naturelle peut changer le regard sur celles de l’agrochimie. Les « visiteurs des fleurs » rendent des services essentiels notamment pour les deux milliards de personnes dépendant de la production de petites fermes, notent les auteurs de cette étude qui plaident pour une agriculture « intensivement écologique ». Or le déclin des butineurs est manifeste un peu partout dans le monde, de nombreuses publications scientifiques en témoignent sans que des décisions radicales ne viennent enrayer cette déperdition. Ainsi en France, où est débattu actuellement le projet de loi sur la biodiversité, les parlementaires ne parviennent pas à se mettre d’accord pour mettre fin à l’utilisation d’insecticides néonicotinoïdes, qui contribuent à l’hécatombe des bourdons, des abeilles mellifères comme des solitaires.

Lire aussi : Abeilles et bourdons sont irrésistiblement attirés par les pesticides qui les tuent

 

 

Le frelon asiatique pourrait disparaître

La consanguinité commence à avoir des effets délétères sur ce prédateur des abeilles.

La menace du frelon asiatique pourrait s'éteindre d'elle-même en raison de sa faible diversité génétique. C'est la surprenante -et rassurante- découverte que vient de faire l'entomologiste tourangeau Eric Darrouzet. Les poteries dans lesquelles le principal prédateur des abeilles domestiques est arrivé en France en 2004 n'auraient contenu en fait que quelques reines, peut-être même une seule. Et la consanguinité de leur descendance commence à avoir des effets délétères. "Nous avons constaté dans certains nids jusqu'au deux tiers de mâles au printemps alors que ceux-ci ne naissent habituellement qu'à l'automne", explique le chercheur. Seules les reines survivent en effet en hiver pour, au printemps, pondre des oeufs qui produiront les ouvrières. Ce n'est qu'à la fin de l'été que seront engendrés les individus mâles et femelles pouvant se reproduire. La production de mâles au printemps signerait donc une "dépression de consanguinité". Avec deux effets à la clé. "le premier, c'est que ces mâles ne travaillent pas et sont nourris par les ouvrières, ce qui réduit la productivité de la colonie", raconte le chercheur. Le second, c'est que les mâles de printemps ne peuvent engendrer qu'une descendance stérile.

Sciences et Avenir, décembre 2015

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