Le rejet de l’impôt, prémices d’une révolution

Publié le par ottolilienthal

 

 

 

 

Il ne faut jamais oublier que la Révolution française est née d’une crise de l’impôt. Les finances du royaume étaient exsangues, grevées par la guerre des Amériques. Il fallait trouver de l’argent, vite, mais le tiers état, qui était à l’époque le seul contributeur, ne pouvait plus en fournir parce que, d’impôts et de corvées en tout genre, il en avait déjà jusqu’à la garde. Toute ressemblance avec la situation actuelle est évidemment fortuite, sauf que les psychodrames à répétition autour d’impôts qui sont censés ne plus augmenter, mais qui augmentent tout de même parce qu’il faut boucher les trous et que ce n’est pas si facile, sont une sévère mise en garde : le trop ­plein est atteint.

 

Chaque fois que le gouvernement manque à sa parole, il dévalue le crédit de l’Etat et, plus grave encore, celui de l’administration fiscale, confrontée, cette semaine, à un retournement ubuesque : après avoir envoyé un avis de taxe foncière ou de taxe d’habitation à des retraités modestes, qui n’étaient, jusque ­là, pas imposés, elle les invite à ne pas en tenir compte ! Dangereux. D’ici à ce que tous les contribuables la prennent au mot, c’est un vrai risque, car le rejet de l’impôt est désormais massif, dans un pays qui cumule un taux de dépense publique (56 % du produit intérieur brut) et un taux de prélèvements obligatoires (44,6 %) nettement supérieurs à la moyenne européenne. L’impôt, matière inflammable Tout n’est évidemment pas de la faute des gouvernants, qui ont dû essuyer en 2008 une tornade, la crise des subprimes – les crédits immobiliers à risque –, mais, lorsqu’il a fallu éponger les déficits, ils ont manqué d’une pédagogie élémentaire autour de l’impôt : alors qu’il commençait à remettre massivement en cause les niches fiscales, Nicolas Sarkozy s’est refusé à admettre qu’il serait obligé de faire, en 2010, en 2011 et en 2012, l’inverse de ce qu’il avait promis en 2007 : baisser l’impôt. Et, lorsque François Hollande s’est fait élire en 2012, il a brandi la taxe à 75 % et a fait croire que seuls les riches paieraient. Cela était évidemment faux, puisque les classes moyennes ont été lourdement mises à contribution et que des non ­imposés se sont retrouvés de nouveau imposables.

 

Tous ces non ­dits, toutes ces ruses démasquées ont fini par se retourner contre leurs auteurs. Elles ont miné la notion d’impôt citoyen et ont accru le rejet d’un maquis fiscal devenu tellement opaque et complexe qu’il semble désormais échapper à ses géniteurs. Le résultat est que, pour la première fois depuis l’après­ guerre, le pouvoir politique est acculé. Il ne peut plus toucher à l’impôt, même pour le réformer, tant la matière est devenue inflammable. Il ne lui reste plus qu’un chemin : tailler dans la dépense publique, et massivement, sauf à obtenir le retour rapide d’une forte croissance, ce qui semble aujourd’hui exclu. Le thème des économies s’est imposé dans la campagne des municipales de 2014, prenant à revers des maires socialistes qui pensaient avoir fait prospérer leur ville.

 

Il domine encore nettement celle des régionales de décembre, confirmant qu’une révolution est en marche car, derrière les économies proclamées, c’est tout le système de l’Etat­providence, bétonné depuis l’après ­guerre, qui se trouve aujourd’hui battu en brèche.

 

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