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Menaces sur les barrages...

Publié le par ottolilienthal

EDF demande plus de soutien pour ses… barrages

 L'électricien vient d'inaugurer un ouvrage hydraulique en Isère. L'occasion pour son PDG de demander au gouvernement plus d'égards pour cette énergie propre.

 
 
 
Une centaine de députés refusent de donner les clés des barrages français au privé
 
 

107 élus de toutes étiquettes pressent le gouvernement de s’opposer à l’ouverture à la concurrence des ouvrages hydroélectriques d’EDF exigée par Bruxelles. Ils demandent que les barrages soient considérés comme des services d’intérêt général.

C’est non. Emmenés par le communiste Hubert Wulfranc, 107 députés de tous bords politiques s’opposent aux projets très libéraux de la Commission européenne, qui met à nouveau en demeure la France d’ouvrir à la concurrence ses barrages hydrauliques sur l’air du «il n’y a pas d’alternative». Ces parlementaires, parmi lesquels la socialiste Marie-Noëlle Battistel, l’écologiste non inscrite Delphine Batho, le LR Julien Aubert, la centriste Jeanine Dubié et l’insoumis Loïc Prud’homme, refusent de donner les clés de 150 des 400 concessions hydroélectriques majoritairement détenues par EDF au secteur privé, comme l’exige l’exécutif européen depuis dix ans au nom de l’impératif supposé de concurrence.

Lors d’une conférence de presse ce mercredi, ces députés en première ligne sur le sujet ont présenté à l’Assemblée une «proposition de résolution européenne» pour demander «au gouvernement de prendre ses responsabilités et de défendre à Bruxelles une alternative solide à la mise en concurrence». Les barrages hydroélectriques «sont la première source d’électricité renouvelable, produisent 12% de notre mix électrique et sont le seul outil de stockage de l’électricité», rappellent-ils dans leur résolution. Ils emploient «25 000 personnes et génèrent 1,5 milliard d’euros de recettes publiques» et jouent un rôle essentiel dans la gestion de l’eau potable, de l’irrigation, ou encore dans le refroidissement des centrales nucléaires, rappellent-ils. Les signataires estiment qu'«un large consensus se dessine dans la population comme chez les élus locaux et nationaux pour rejeter comme dangereuse et irrationnelle l’ouverture d’un secteur stratégique» aux intérêts privés. Et ils demandent instamment au gouvernement de placer l’hydroélectricité sous le régime protecteur des «services d’intérêt économique général», comme les traités européens l’y autorisent.

Sept autres pays visés

En pleine bronca contre la privatisation d’ADP, cette initiative politique «transpartisane» ne doit certes rien au hasard. Mais c’est avant tout une réponse à la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, qui a sommé le gouvernement français, le 7 mars, de lui donner «un calendrier précis» pour remettre en jeu les concessions de barrages accordées à EDF après-guerre. Ces dernières arrivent à échéance d’ici 2023. Cette nouvelle mise en demeure, qui fait suite à une première adressée à la France en 2015, exige qu'«un nombre significatif» de barrages soit confiés à des opérateurs privés. Elle vise aussi sept autres pays : l’Allemagne, l’Autriche, le Portugal, l’Italie, la Pologne, la Slovénie et la Suède.

Pour Delphine Batho, c’est évident, «les lobbys sont à la manœuvre pour faire main basse sur la rente hydraulique car c’est l’électricité la plus rentable et la moins chère de France», a dénoncé celle qui, quand elle était ministre de l’Ecologie en 2012-2013, s’était opposée fermement à la mise en concurrence des barrages français. «Le gouvernement doit protéger l’hydroélectricité et la mettre à l’abri des appétits marchands, c’est une question de souveraineté énergétique», a martelé Marie-Noëlle Battistel, députée de l’Isère et spécialiste du sujet. «Les barrages ne sont ni de droite ni de gauche, ils sont d’intérêt stratégique», a renchéri son collègue «gaulliste» Julien Aubert, appelant le Parlement «à aller au bras de fer» avec Bruxelles.

«Un désastre annoncé»

Pour ces députés, «le gouvernement actuel n’est pas clair sur ses intentions». D’ailleurs, seuls deux députés de la majorité ont signé la proposition de résolution : Stéphane Mazars (LREM) et Laurent Garcia (Modem). Marie-Noëlle Battistel ne désespère pas de rallier d’autres marcheurs en appelant à leur liberté de conscience. Mais Loïc Prud’homme (LFI) dénonce par avance le risque d’une capitulation du gouvernement en place «devant l’idéologie de la concurrence», au risque d'«un désastre annoncé» : «Qui va payer la désoptimisation du réseau hydroélectrique au profit du privé ? Comme toujours, les citoyens.»

De fait, toute l’Europe de l’énergie est potentiellement sur les rangs pour s’offrir quelques-uns des plus gros barrages français, comme ceux de Bissorte en Savoie ou de la Dordogne : le suédois Vattenfall, le norvégien Statkraft, l’italien Enel ou l’allemand Eon. Le géant chinois Trois Gorges est aussi à l’affût de la moindre brèche au quasi-monopole d’EDF qui détient 80% des barrages français, contre 15% pour Engie (via la Compagnie nationale du Rhône). Ce dernier, l'ex-GDF Suez, serait ravi d’augmenter son parc hydraulique à la faveur de renouvellement des concessions. Mais c’est sans doute le pétrolier français Total, qui s’est lancé dans l’électricité avec Direct Energie, qui a le plus d’appétit et de chances de rafler les lots les plus intéressants… De là à penser que le pouvoir macronien serait tenté de favoriser ses amis du CAC 40, il n’y a qu’un pas. Mais dans les faits, il semble que le gouvernement d’Edouard Philippe cherche, comme ses prédécesseurs, à gagner du temps… D’autant que dans deux mois, un nouvel exécutif sera en place à Bruxelles, au lendemain des élections européennes.

Le 20 mars à l’Assemblée, en réponse à une question du député LR Eric Straumann, Bruno Le Maire a ainsi reconnu «qu’une ouverture à la concurrence non maîtrisée peut avoir des conséquences dommageables sur notre approvisionnement électrique». Mieux, le ministre de l’Economie a dit que le gouvernement français souhaitait «convaincre la Commission européenne que ce n’est pas forcément la meilleure solution». De fait, EDF, dont l’Etat détient 83%, ne veut évidemment pas entendre parler d’une rétrocession à ses concurrents des barrages dans lesquels il a déjà investi plusieurs milliards d’euros. Et son PDG, Jean-Bernard Lévy, qui vient d’être reconduit pour cinq ans à son poste par Emmanuel Macron, a sans doute fait entendre ses arguments jusqu’à l’Elysée.

Jean-Christophe Féraud
Et si les barrages EDF devenaient privés ?

Bruxelles veut imposer l'ouverture des concessions hydrauliques d'EDF à la concurrence. Plusieurs dizaines de barrages en France seraient concernés.

 
Barrages : un coup de privé dans l’eau

Mouvement de contestation à EDF ce mardi : direction et syndicats sont vent debout contre l’ouverture à la concurrence des concessions de 150 barrages hydrauliques, consentie par l’Etat sous pression bruxelloise.

Après les cheminots, Emmanuel Macron se met à dos la maison EDF. Le Président a accepté l’impensable aux yeux des électriciens : confier les clés d’une partie des barrages hydrauliques français - les plus grands et les plus rentables - à des opérateurs privés. Toute l’Europe de l’énergie est sur les rangs pour s’arroger de gros ouvrages comme ceux de Bissorte (Savoie) ou de la Dordogne : les allemands EON et Vattenfall, l’espagnol Iberdrola, l’italien Enel, le norvégien Statkraft, le suisse Alpiq. Le canadien Hydro-Québec et des chinois sont aussi en embuscade. Mais, selon nos informations, ce sont surtout les français Total et Engie qui espèrent rafler la mise, avec la bénédiction du gouvernement craignant d’être accusé de «brader» ses barrages à l’étranger. Le PDG du pétrolier, Patrick Pouyanné, a mis le cap sur les renouvelables depuis le rachat de l’américain Sunpower. Quant à l’ex-GDF-Suez, aujourd’hui opérateur alternatif, il espère devenir un acteur clé de l’hydraulique.

Inacceptable aux yeux des syndicats de l’électricien, qui mobilisent leurs troupes ce mardi pour faire «barrage à la privatisation des barrages». A l’appel de l’intersyndicale CGT-CFDT-CGC-FO, les hydrauliciens vont multiplier les arrêts de travail et déployer leurs banderoles sur quelques-uns des 433 barrages d’EDF. Une manif est aussi prévue devant le Parlement européen à Strasbourg. Le tout avec la bénédiction de la direction d’EDF, qui voit d’un très mauvais œil l’arrivée de concurrents aux commandes d’ouvrages construits et entretenus sur ses deniers.

Cela fait dix ans que la Commission européenne exige de la France qu’elle ouvre à la concurrence son secteur de l’hydroélectricité historiquement contrôlé à 80 % par EDF et à 15 % par Engie (via la CNR et la Shem). Une bonne part des concessions de 75 ans accordées après-guerre arrivent progressivement à échéance depuis 2011. Et la commissaire européenne Margrethe Vestager veut les voir remises en jeu au nom de «la concurrence libre et non faussée». Problème, la France est le seul pays en Europe à être contraint d’ouvrir ses barrages à la concurrence, Bruxelles pointant la position trop «dominante» d’EDF.

«Une trahison»

Résultat, sur 400 concessions, près de 150 barrages risquent d’échapper à EDF d’ici 2022 ! Peu pressés d’ouvrir au privé les vannes d’une énergie qui concoure pour 12 % (25 GW) de la production électrique et fournit au pays 70 % de son électricité renouvelable, les gouvernements, de gauche comme de droite, avaient jusqu’ici joué la montre. Un appel d’offres annoncé en 2010 sous Sarkozy pour une cinquantaine de barrages était ainsi resté lettre morte. Et sous Hollande, la loi sur la transition énergétique avait ouvert la possibilité de prolonger les concessions d’EDF et Engie contre travaux. Mais fin 2015, la Commission a mis en demeure la France «d’accélérer l’ouverture à la concurrence des concessions hydroélectriques».

Dès lors, «on ne pouvait plus repousser le tas de sable», plaide l’entourage de Nicolas Hulot. Le 14 février, à l’Assemblée, le ministre de la Transition écologique a promis que la France resterait «ferme» et n’accepterait pas de conditions déséquilibrées dans ses négociations avec Bruxelles. Mais les syndicats d’EDF dénoncent «une trahison» : le 7 février, lors d’une réunion à Matignon avec Thibaud Normand et Antoine Peillon, les conseillers énergie de Matignon et de l’Elysée, ils ont appris tout à trac que la France avait cédé aux exigences de la commissaire Vestager par un courrier daté du 31 janvier. «Le gouvernement a manœuvré dans notre dos pour aller dans le sens de l’UE, celle d’une vente à la découpe», tonne Laurent Heredia, secrétaire fédéral de la FNME-CGT. De fait, la NAF (note des autorités françaises) promettrait les premiers appels d’offres pour fin 2018 avec les premiers «lots» remis en concurrence : les barrages de Haute-Dordogne, de Beaufortain en Savoie et Lac Mort en Isère (434 MW), et toujours dans les Alpes, Super Bissorte (882 MW), Motte, Baigts…

Au total, 4,3 GW d’hydraulique - l’équivalent de trois réacteurs EPR - seraient mis aux enchères. Et in fine, 20 GW de barrages EDF sont menacés par cette ouverture à la concurrence d’ici 2050. «Un GW d’hydraulique coûte 1 milliard d’euros à construire, mais tous ces barrages sont déjà amortis, ce sera la poule aux œufs d’or pour le repreneur», pointe Laurent Heredia, de la FNME-CGT.

«Bon élève libéral»

L’Etat ne pourra, lui, compter que sur des recettes limitées : 520 millions d’euros de redevances par an de la part des nouveaux entrants, selon la Cour des comptes. Alors pourquoi céder à Bruxelles alors que la France «aurait pu classer son hydroélectricité comme service d’intérêt général échappant à la concurrence, s’étonne Alexandre Grillat de la CFE-Energies. Macron a voulu être le bon élève libéral de la classe». Contacté par Libération, le gouvernement n’a pas retourné nos appels.

Même si elle est gênée aux entournures (l’Etat est actionnaire à 84 %), la direction d’EDF dénonce, elle, «une mise en demeure infondée et injuste», arguant que le marché français de l’électricité est ouvert. Preuve en est, EDF a perdu 1 million de clients en 2017. D’autant qu’un mécanisme empêchera l’électricien de postuler à plus de 60 % d’un lot hydroélectrique.

Et quid de la sûreté (400 millions d’euros par an investis par EDF) ? Ce qui inquiète aussi, ce sont les autres usages de l’eau : ces millions de mètres cubes bon marché fournis à la collectivité pour l’eau potable, l’irrigation, les canons à neige… «Un opérateur privé cherchera forcément à faire de l’argent sur l’eau», s’alarme Heredia de la CGT. La crainte d’un affaiblissement d’EDF est aussi là : «Tout ce que l’entreprise va perdre, ce sont les Français qui vont le perdre», prévient Grillat de la CFE.

Jean-Christophe Féraud 
Comment sauver les barrages suisses de la faillite

 

 Président des Services industriels de Genève, Michel Balestra estime que la Confédération devrait prendre les choses en main pour éviter un éventuel désastre. Il émet des propositions.

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Le risque de faillite des barrages helvétiques suscite beaucoup d’inquiétude. Malgré le refus du Conseil fédéral de mettre sur pied une task force, certains acteurs économiques et politiques restent persuadés qu’il faut agir. Parmi eux figure Michel Balestra, président du conseil d’administration des SIG (Services industriels de Genève).

«Je préconise la création d’un groupe de surveillance du marché au sein de l’Office fédéral de l’énergie. Celui-ci aurait pour mission de proposer les actions que les collectivités publiques pourraient entreprendre si la situation financière des sociétés exploitantes des barrages devait encore empirer», insiste-t-il en soulignant qu’il s’exprime à titre personnel.

Michel Balestra affirme qu’il faut agir en raison du contexte dans lequel évolue la production hydroélectrique. La situation est en effet sérieuse. Détenteur de participations dans 18 barrages, Alpiq, leader suisse de la branche, subit de plein fouet la politique allemande de l’énergie. En subventionnant massivement le solaire et l’éolien et en recourant aux centrales à charbon, notre voisin a fait plonger les prix de l’électricité à un niveau historiquement bas.

Selon Alpiq, le prix de gros s’élève à 3 ct. le kilowattheure, alors que le coût de la production hydroélectrique se monte à 6,5 ct. Le numéro un du marché perd donc de l’argent d’autant qu’il est obligé de procéder à des amortissements et à des corrections de valeur des infrastructures pour respecter les normes comptables. Afin de remonter la pente, Alpiq veut céder jusqu’à 49% du portefeuille qu’il possède dans les barrages.

Une importance stratégique

 

 

Si Michel Balestra considère qu’il est nécessaire de prendre les choses en main, c’est aussi pour deux raisons au moins. Premièrement, les barrages appartiennent à des collectivités publiques: dans les trente prochaines années, les concessions qu’elles ont accordées arriveront à échéance. «Il faut donc à tout prix veiller à ce que ces infrastructures reviennent à leurs propriétaires en très bon état.

Or, on ne peut pas écarter tout risque de dégradation progressive en raison des difficultés financières des sociétés exploitantes.» Pour Michel Balestra, plusieurs aides étatiques temporaires sont envisageables. Par exemple, soutenir l’entretien des barrages ou octroyer une aide pour compenser les déficits liés à la production hydraulique ou encore renoncer aux redevances. Encore faut-il simultanément définir les modalités de remboursement car il ne s’agit pas d’étatiser des déficits.

Deuxièmement, insiste Michel Balestra, les barrages constituent des actifs stratégiques déterminants pour assurer la sécurité de l’approvisionnement énergétique de la Suisse et ils permettent d’obtenir 60% de la consommation électrique helvétique sous forme modulable et entièrement renouvelable. «De quoi faire pâlir d’envie nos voisins», affirme le Genevois.

Même si Alpiq n’est pas dans une situation désespérée avec un résultat d’exploitation au premier semestre 2016 de 239 millions de francs avant effets exceptionnels, Michel Balestra estime que ses appels au secours doivent alerter les acteurs politiques.

 

 
 

Par Jean-Philippe Buchs

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