Menace sur les barrages...

Publié le par ottolilienthal

Comment sauver les barrages suisses de la faillite

 

 Président des Services industriels de Genève, Michel Balestra estime que la Confédération devrait prendre les choses en main pour éviter un éventuel désastre. Il émet des propositions.

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Le risque de faillite des barrages helvétiques suscite beaucoup d’inquiétude. Malgré le refus du Conseil fédéral de mettre sur pied une task force, certains acteurs économiques et politiques restent persuadés qu’il faut agir. Parmi eux figure Michel Balestra, président du conseil d’administration des SIG (Services industriels de Genève).

«Je préconise la création d’un groupe de surveillance du marché au sein de l’Office fédéral de l’énergie. Celui-ci aurait pour mission de proposer les actions que les collectivités publiques pourraient entreprendre si la situation financière des sociétés exploitantes des barrages devait encore empirer», insiste-t-il en soulignant qu’il s’exprime à titre personnel.

Michel Balestra affirme qu’il faut agir en raison du contexte dans lequel évolue la production hydroélectrique. La situation est en effet sérieuse. Détenteur de participations dans 18 barrages, Alpiq, leader suisse de la branche, subit de plein fouet la politique allemande de l’énergie. En subventionnant massivement le solaire et l’éolien et en recourant aux centrales à charbon, notre voisin a fait plonger les prix de l’électricité à un niveau historiquement bas.

Selon Alpiq, le prix de gros s’élève à 3 ct. le kilowattheure, alors que le coût de la production hydroélectrique se monte à 6,5 ct. Le numéro un du marché perd donc de l’argent d’autant qu’il est obligé de procéder à des amortissements et à des corrections de valeur des infrastructures pour respecter les normes comptables. Afin de remonter la pente, Alpiq veut céder jusqu’à 49% du portefeuille qu’il possède dans les barrages.

Une importance stratégique

 

 

Si Michel Balestra considère qu’il est nécessaire de prendre les choses en main, c’est aussi pour deux raisons au moins. Premièrement, les barrages appartiennent à des collectivités publiques: dans les trente prochaines années, les concessions qu’elles ont accordées arriveront à échéance. «Il faut donc à tout prix veiller à ce que ces infrastructures reviennent à leurs propriétaires en très bon état.

Or, on ne peut pas écarter tout risque de dégradation progressive en raison des difficultés financières des sociétés exploitantes.» Pour Michel Balestra, plusieurs aides étatiques temporaires sont envisageables. Par exemple, soutenir l’entretien des barrages ou octroyer une aide pour compenser les déficits liés à la production hydraulique ou encore renoncer aux redevances. Encore faut-il simultanément définir les modalités de remboursement car il ne s’agit pas d’étatiser des déficits.

Deuxièmement, insiste Michel Balestra, les barrages constituent des actifs stratégiques déterminants pour assurer la sécurité de l’approvisionnement énergétique de la Suisse et ils permettent d’obtenir 60% de la consommation électrique helvétique sous forme modulable et entièrement renouvelable. «De quoi faire pâlir d’envie nos voisins», affirme le Genevois.

Même si Alpiq n’est pas dans une situation désespérée avec un résultat d’exploitation au premier semestre 2016 de 239 millions de francs avant effets exceptionnels, Michel Balestra estime que ses appels au secours doivent alerter les acteurs politiques.

 

 

 

Par Jean-Philippe Buchs

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