Quelques idées simples sur l'Orient compliqué

Publié le par ottolilienthal

 

Nos humanistes et nos responsables prônent l'ingérence dans les affaires compliquées d'Orient. Avec les conséquences désastreuses que l'on sait...

 

 

Marseille étant à la croisée des chemins entre l'Orient et l'Occident, j'ai dans mon laboratoire une expérience particulière avec les étudiants et chercheurs étrangers musulmans – qui sont actuellement 70. Parmi les maîtres de conférences que nous avons nommés se trouvent une Libanaise et un Syrien (devenu français depuis) et nous avons reçu des chercheurs de la plupart des pays arabes, ce qui nous permet d'avoir une vision relativement nuancée des rapports de l'Europe avec ces pays.

L'Orient est compliqué. Tous ceux qui se sont penchés sur la question ont toujours insisté sur la complexité de la situation et l'impossibilité de transposer directement le modèle européen, associant démocratie représentative, multipartisme et économie de marché généralisée à l'ensemble des pays du Golfe, d'Afrique du Nord, du Proche et du Moyen-Orient. Mais une volonté messianique est portée par les néoconservateurs comme George W. Bush, et les Américains en général, suivis par les humanistes français au nom du droit d'ingérence, estimant que notre modèle est l'aboutissement ultime de la civilisation humaine.

De plus en plus, nos responsables épousent ce messianisme post-protestant, cher à Max Weber et son hypothèse de la rationalisation de la société, qui prend l'allure d'une croisade de civilisation. Pendant ce temps, dans les pays arabes, la guerre continue, entre ceux qui veulent une société plus ouverte et ceux qui veulent conserver des traditions, voire comme le voulait Gandhi – un héros improbable ! – revenir à un passé dépassé.

Apothéose

Les querelles intestines des pays musulmans ont fait des centaines de milliers de morts, dont plus de 100 000 en Algérie depuis 1992. Notre capacité à gérer cette évolution s'est montrée à peu près nulle, qu'il s'agisse de l'Afghanistan, de l'Irak (10 000 morts cette année), de la Libye, de l'Égypte ou de la Syrie. La Syrie en est même l'apothéose avec le revirement des Américains et des Français voulant d'abord « détrôner » Bachar el-Assad, puis se battre contre son ennemi Daech. Ce qui donne le sentiment que nous voulons absolument intervenir en Syrie sans que l'on sache très bien quelle est notre légitimité, ni si le bombardement de civils est justifié.

Comme en Libye nous avons investi des pays avec lesquels nous avons peu ou pas de responsabilités historiques. En pratique, l'Orient est compliqué, il a son propre destin, les équilibres des forces se feront en interne, et ce ne seront pas nécessairement les nôtres. Les conséquences dramatiques que nous avons à subir sont souvent le fruit de notre intrusion dans un monde dans lequel il n'est pas raisonnable d'intervenir, sauf à penser que nous avons Dieu pour nous !

 

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