"Le PS est dans une logique d'auto-destruction"

Publié le par ottolilienthal

Affaire Adrien Quatennens : Aurélie Filippetti tacle un célèbre ex-compagnon…

 

Alors qu'Olivier Faure, Premier secrétaire du Parti socialiste, s’est exprimé sur l'affaire de violences conjugales Adrien Quatennens, l'ancienne ministre de la Culture Aurélie Filippetti a mis le PS face à ses contradictions.

Olivier Faure a peut-être parlé un peu vite. Le Premier secrétaire du Parti socialiste a voulu s'engager contre les violences faites aux femmes, dans le contexte de l'affaire Adrien Quatennens. Mais l'ancienne ministre de la Culture Aurélie Filippetti a mis le PS face à ses contradictions, en remettant la lumière sur les violences dont elle a elle-même été victime.

Pour bien comprendre le tacle d'Aurélie Filippetti, il faut avoir en tête deux affaires. L'une très récente, et l'autre un peu plus ancienne. Dans la première, le député insoumis Adrien Quatennens a reconnu les faits de violences conjugales, après une main courante déposée par sa femme, et rendue publique contre son gré. Dans la seconde, Aurélie Filippetti portait plainte en 2009 contre son ex-compagnon Thomas Piketty pour violences conjugales. L'économiste avait reçu un avertissement et un rappel à la loi. Face à ces deux affaires, le PS n'a pas réagi de la même manière. "La mise en retrait d’Adrien Quattenens est la seule décision cohérente avec ce que nous défendons dans la lutte contre les violences faites aux femmes" a tweeté le 18 septembre Olivier Faure. Aurélie Filippetti a repartagé le message en ajoutant un tacle : "Et donc le PS n'invitera plus Piketty ?"

Thomas Piketty condamné pour diffamation

Plus récemment, les anciens compagnons Aurélie Filippetti et Thomas Piketty se sont affronté en justice une nouvelle fois. En mai dernier, l'économiste a été condamné pour diffamation, en raison de propos tenus publiquement au sujet de l'ancienne ministre de la Culture, durant une conférence qui s'était tenue en novembre 2019. Répondant à une question du public, il avait accusé Aurélie Filippetti d'avoir été une mère violente. C'est au sujet de cette accusation que Thomas Piketty a été condamné pour diffamation.

 

 

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Taubira et les gauches: la ronde des mabouls

En envisageant sa candidature à l'élection présidentielle, Christiane Taubira a rajouté de la confusion à la confusion à gauche. Orgueil déplacé? Manque de lucidité ? Ce geste reste incompréhensible pour une bonne partie de l'électorat de gauche, pourtant déjà bien déboussolé. 

A peine la (timide) proposition « présidentielle » de Christiane Taubira était née qu’elle devenait aussitôt morte-née. Ça n’a pas trainé. Il faut dire que l’ex-ministre de la justice, l’un des derniers personnages respectée par toutes les gauches- un exploit!- y est allée au culot, certes une qualité en politique. En trois minutes d’une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, la dernière diva des gauches a tenté, et sans doute perdu, un coup de force: si les quatre autres candidats « de gauche » et celui des Vert acceptent, contraints et forcés, d’en passer par la « primaire populaire » (qu’elle estime pouvoir remporter), alors elle daignera, peut être, participer à cette épreuve sacrément improvisée. Elle exprimera sa position ultime dans… un mois… À quelques encablures du scrutin, la formule utilisée est incroyablement morgueuse: Madame Taubira « envisage » une candidature à l’élection présidentielle. Et cela suffirait à améliorer l’état au moins décrépi des gauches françaises? Si elle le croit, alors Christiane Taubira se ferait une très haute idée d’elle-même et, surtout, de son potentiel électoralo-politique.

Depuis les Antilles où il menait campagne Jean-Luc Mélenchon (8,5% au premier tour de la présidentielle selon le récent sondage Ipsos) exprimait au plus vite et sans détour sa lassitude: "battez-vous entre vous [les Verts et ceux qui, peu ou prou sont proches du PS] et laissez-moi tranquille". Quant à l’écologiste Yannick Jadot (8,5% lui aussi dans la même étude), il ne cherchait même plus à dissimuler son exaspération: " j’en ai un peu assez des candidatures qui s’ajoutent les unes aux autres. Je n’ai pas « envisagé » d’être candidat, je suis candidat. Il faut plus de candidats pour avoir moins de candidats? Faut la faire celle-là". Eh bien, elle est faite, avec cette explication pour le moins tordue et ambiguë de la nouvelle compétitrice: " je ne propose pas une candidature en plus, je mets toutes mes forces dans les dernières chances de l’union ". Allez comprendre cette dialectique! Alors Jadot de " cogner" à son tour Taubira, mais avec prudence, délicatesse presque, car on ne s’en prend pas à une " égérie " sans faire un tant soi peu gaffe: "Je poste une vidéo et je reviens dans un mois….Ce n’est pas totalement à la hauteur des difficultés que rencontre notre pays. Attention à ne pas perdre les Français". À dire vrai, c’est chose faite, ou presque. Comment un sympathisant Vert peut-il seulement comprendre que Sandrine Rousseau, arrivée en seconde position à la primaire écologique et désormais présidente du conseil politique de… Yannick Jadot, puisse saluer et approuver la démarche de Taubira? Serait-ce le plaisir trouble du double jeu en politique? Le goût de la trahison? Ou, plus certainement, la rancune d’avoir perdu?

Démobilisation des électeurs de gauche

Reste toutefois ceux, autour de 20%, oui 20% seulement, qui n’ont pas encore renoncé à voter pour un candidat de gauche. D’épisodes loufoques en déclarations absurdes, ils sont paumés, chaque jour davantage, confrontés à cette ronde des mabouls. Comment ces ultimes convaincus peuvent-ils s’y retrouver alors que les contradictions et les antagonismes n’ont jamais été aussi nombreux, puissants? À l’inverse de Jadot et de Mélenchon, le communiste Fabien Roussel (2% dans le sondage évoqué ci-dessus) a choisi, lui, de ne pas piper mot après la déclaration de Christiane Taubira. Rien, pas le moindre commentaire avant de préciser qu’il poursuivait, bien entendu, son chemin. La socialiste Anne Hidalgo (4,5 points selon Ipsos), elle aussi favorable à une primaire in extremis, a pourtant répliqué à côté, suggérant " un débat télé avant le 15 janvier pour faire des propositions, faire émerger des convergences, montrer les différences". Quand au même moment, les " grands" candidats, eux, battront campagne de façon suractive, les postulants de gauche, eux, débattraient. Sérieux?… En réalité la maire de Paris utilise là une grosse ficelle: elle n’ira elle-même à la primaire que si Jadot s’y plie, elle l’a dit et répété à de multiples reprises. Mais elle sait que ce ne sera pas le cas. Alors exit la primaire des gauches et de l’écologie, cette farce qui n’amuse plus personne. Enfin, ne négligeons pas tout à fait le néo-souverainiste Arnaud Montebourg (1,5% selon Ipsos). Il propose l’élaboration expresse d’un programme commun des gauches, sur le modèle Mitterrand-Marchais. Lunaire. Dans ce contexte foutraque, certains persistent à s’étonner de la démobilisation croissante des électeurs de gauche. C’est pourtant bien le moins. C’est la manière qu’ils ont trouvé pour faire savoir leur peine, leur mécontentement, leur rage. Contre ceux qui sont censés les représenter et qui le font si mal.


À priori pourtant, une candidature Taubira aurait pu avoir fière allure. Il n’est personne d’autre à gauche qui, théoriquement au moins, puisse rassembler les sensibilités multiples. L’ex-députée de la Guyane fait en effet l’unanimité quand, pour première déclaration de pré-campagne, elle met en avant " les idéaux d’émancipation, de justice sociale, de solidarité, d’hospitalité de la gauche", le besoin de " l’égalité réelle" et la nécessité de " trouver des solutions aux bouleversements climatiques". Fort bien, tout cela résonne agréablement aux oreilles de ce qui reste du fameux " peuple de gauche". Mais ces Français là qui apprécient la petite musique Taubira ne sont pas pour autant des niais en politique. Ils savent tout de la détestation entre Mélenchon et les socialistes; ils ont compris que Jadot, qui s’était rangé derrière le socialiste Benoît Hamon en 2017, ira cette fois jusqu’aux urnes; ils constatent que la campagne d’Anne Hidalgo est catastrophique; ils ne doutent pas que sur des sujets essentiels- dans le désordre la conception de la République et de la laïcité, la sécurité, l’immigration, la lutte contre l’islamisme, la dette et le déficit, la relation à l’Europe, le protectionnisme, l’école, etc, etc- les divergences sont multiples, les contradictions profondes, les antagonismes essentiels, et non pas de pacotille. Ces gens là ne veulent pas s’entendre mais, plus important encore, ne peuvent pas s’entendre s’ils entendent rester un tant soi peu honnêtes au plan intellectuel et idéologique. Ils n’ont plus grand chose à partager. Ce constat là, Jean-Luc Mélenchon a eu le mérite de l’établir depuis fort longtemps déjà. Rien n’a changé et ce n’est pas Christiane Taubira qui enrayera cette mécanique infernale de destruction politique et électorale. Elle s’en doute d’ailleurs, l’union et le rassemblement reconnaît-elle, ne sont guère à l’ordre du jour même s’il s’agit d’une « obligation morale: " ce n’est pas en vingt-quatre heures que je vais faire des miracles et faire aboutir ce qui, depuis dix-huit mois piétine ".
Bien vu, bien dit, comme à l’accoutumée. Et après?

 

 

Au lendemain des élections régionales, le chercheur Rémi Lefebvre dépeint un Parti socialiste qui ne séduit plus les milieux populaires, enfermé dans des “luttes stériles” et un “entre-soi groupusculaire”.

Rémi Lefebvre, Professeur de Sciences politiques à l’université Lille 2 et chercheur au CNRS, revient sur le “déclin du PS”, pris dans une “logique d’autodestruction”. Spécialiste du Parti socialiste et militant depuis 1995 dans ce mouvement, il a notamment écrit Les Primaires socialistes, la fin du parti militant (Raisons d’agir, 2011).

A l’issue du premier tour, le Parti socialiste arrive troisième au niveau national mais obtient de meilleurs scores qu’aux élections européennes et départementales. Comment expliquer cette situation paradoxale, entre défaite et soulagement ?

Rémi Lefebvre – Le PS a une sociologie électorale très particulière. Il conserve des régions où il est très fort (Bretagne et Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes.), et qui constituent aujourd’hui le cœur de l’électorat du Parti socialiste. Mais dans ses terres d’implantation historique comme le Nord-Pas-de-Calais ou dans les milieux populaires, il s’effondre. Le PS est devenu un parti de bobos, de diplômés, d’urbains, de fonctionnaires ouverts sur la mondialisation. Le rôle du FN est intéressant à scruter. Il y a des endroits où le FN condamne le PS (et donc où il s’effondre) et d’autres endroits où le FN le favorise, en condamnant au contraire la droite.

 

Face à ses résultats en Provence-Alpes-Côte d’Azur, dans le Nord, et à l’Est, le PS a-t-il perdu le contact avec les classes populaires dont il se veut le représentant ?

Ça fait bien longtemps ! Ça ne cesse de se dégrader. Ça fait 15 ans que cette dynamique est en route. Le PS n’est plus du tout un parti des milieux populaires. On est aujourd’hui arrivé au stade ultime de cette fracture.

Comment expliquer le déracinement territorial de la gauche, en particulier dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie ? Est-ce la liquidation définitive de l’héritage de Gaston Defferre et de Pierre Mauroy ?

Oui, ça fait longtemps. C’est la conjonction dans le Nord d’un contexte économique très favorable (augmentation du chômage, un territoire qui souffre terriblement) et du drame des migrants, qui a terriblement joué à Calais. Au-delà de cette toile de fond, le personnel politique n’est pas du tout à la hauteur. Il se replie sur ses postes. Des bisbilles entre Martine Aubry et Patrick Kanner à la catastrophe du dernier congrès à Poitiers, les élus socialistes ont donné une image lamentable. Enfin, le modèle partisan est complètement épuisé : il n’y a plus de militants, il n’y a plus de travail politique ; les milieux populaires sont abandonnés.

Le PS se désiste dans trois régions. Ne pas avoir de conseillers régionaux pendant six ans, est-ce un danger pour le maillage territorial du PS ?

 

Evidemment. C’est une spirale, une logique d’auto-destruction. Mais le PS ne peut pas faire autrement. Il n’y a que des mauvaises solutions, des dilemmes. Se maintenir est impossible car cela favoriserait le FN mais se retirer c’est également prendre le risque d’une catastrophe sur le long terme. La situation est tragique pour le PS.

Jean-Pierre Masseret, tête de liste PS en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, refuse de se retirer. Il déclare que la stratégie du barrage républicain est une “stratégie dénuée de résultats : quand on se retire, le FN est plus fort”. Qu’en pensez-vous ?

Il n’a pas tort. Le piège du FN est en train de se refermer sur le PS. Vous vous retirez, vous empêchez à court terme la victoire du FN, mais au long terme vous l’amplifiez.

Alors que les résultats du PS sont meilleurs qu’attendus, le reste de la gauche a de faibles résultats. Comment expliquer cette défaite des écologistes et de l’extrême-gauche ?

Le reste de la gauche ne tire pas du tout profit du déclin du PS et de sa droitisation. L’aile gauche du PS a à peu près les mêmes syndromes que le PS: repliée sur des stratégies et des luttes stériles, dans un entre-soi groupusculaire. Ce sont aussi des partis très déconnectés de la société. Ils ne sont pas du tout représentatifs sociologiquement. Ce qui est dramatique, c’est qu’ils tiennent un discours radical qui ne séduit plus du tout les milieux populaires. La seule rupture qui marque les esprits, c’est le Front National. Aujourd’hui, ce qui est terrible, c’est que l’extrême-gauche et l’aile gauche du PS ne peuvent plus imputer uniquement la faute à François Hollande. C’est la question de l’utilité politique de la gauche de manière plus générale qui est posée.

Propos recueillis par Gaëlle Lebourg

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