Les fausses idées sur la mortalité

Publié le par ottolilienthal

 

La revue "The Lancet" dresse une sorte de "hit-parade" des causes de mortalité pour mettre en perspective nos peurs et la réalité.

 

La criminalité agite beaucoup à présent l'ensemble des partis politiques, de l'extrême gauche à l'extrême droite. Or les décès par meurtre - 678 selon des chiffres de 2013 - sont au niveau le plus bas qu'ait connu la France. Le suicide, au contraire, a fait 12 000 victimes cette année-là. Si on parlait vingt fois plus des suicides que des meurtres, peut-être arriverions-nous à sensibiliser sur la question et à faire reculer cette terrible "épidémie".

Une analyse exhaustive publiée dans le Lancet permet de dresser une sorte de "hit-parade" des causes de mortalité, et de mettre ainsi en perspective nos peurs et la réalité. En effet, l'émotion et le sensationnalisme nous écartent d'une perception raisonnable des risques. Par exemple, quel est le problème de santé le plus important ? L'anorexie mentale, pour laquelle on fait des lois ad hoc, ou l'obésité et la consommation de sucre ? Sur les 600 000 décès enregistrés en 2013 en France, il y a eu 9 morts liées à l'anorexie mentale, plus de 12 000 provoquées par le diabète et plusieurs dizaines de milliers directement ou indirectement dues à l'obésité (cancers et affections cardiovasculaires). Notre priorité devrait donc être d'abord la lutte contre l'obésité et la surconsommation de sucre.

Les médicaments diminuant la vigilance montrés du doigt

Une des causes principales de décès chez les sujets âgés est la prise de médicaments diminuant la vigilance : calmants, somnifères et psychotropes. Ceux-ci sont d'une efficacité médicale modeste et devraient faire l'objet d'une campagne pour arrêter leur surconsommation, et freiner leur prescription. Ce n'est pas le cas. Ils sont pourtant associés d'une manière très significative à deux causes de mortalité majeures que sont les chutes (16 000 morts) et le fait d'avaler de travers son dentier, ses aliments ou ses vomissements (6 000 morts). Il est à noter qu'aux États-Unis ou en Angleterre le rôle spécifique des calmants et des antidouleurs est considéré, après analyse, comme l'une des dix premières causes de mortalité.

Le feu et les brûlures, qui suscitent des réactions médiatiques fortes, tuent un peu plus de 800 personnes par an, sans variation visible depuis une vingtaine d'années.

Pour les plus jeunes, avant 5 ans, on meurt surtout de maladies congénitales, ensuite de tumeurs au cerveau (62 parmi 698 morts) et d'accidents de la route (deux-roues motorisés et voitures : 62 morts), d'anomalies congénitales (55 morts), de leucémie (53), de maladies métaboliques (39), de noyades (32), de maladie neurologique (30), d'accidents de la route en tant que piéton (27), par suicide (21) et d'accidents de la route à vélo (20), et enfin de meurtres (17).

Voilà la hiérarchie des risques que l'on doit avoir en tête si l'on veut vraiment lutter contre les principales causes de mortalité.

 

Didier Raoult

 

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