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Algérie..

Publié le par ottolilienthal

Archivophobie : pourquoi les Algériens ont-ils peur de leurs archives ?
 
 
 

Archivophobie est une maladie purement algérienne ! Quand ils entendent le mot “archives”, ils ont la peur au ventre ! Cela est le sentiment des Algériens qui ont vécu la guerre de libération, ceux qui ont regardé, en spectateurs, passer la révolution algérienne, ceux qui ont pris le train dans sa dernière station, ceux qui ont pris le maquis après la déclaration du cessez-le-feu, ceux qui ont profité de la révolution, ceux… Le passé est une ombre gardienne !  L’Histoire est un paradis pour les uns et elle est une géhenne pour d’autres, bien qu’ils soient, les uns et les autres, dans l’Algérie aujourd’hui, peut-être, ensemble, dans le même sac politique, dans le même train de vie, usant du même discours ! Il n’y a pas d’écriture propre de l’Histoire, une écriture transparente, équitable, dans l’absence des archives. Les archives sont un caillou dans la chaussure  pour les pseudo-architectes de l’Histoire ! Une amertume chronique. Nos archives sont enterrées ailleurs, chez les autres. Et avec l’enterrement des archives la discorde, elle aussi, est enterrée! Différée. Et les pseudo-révolutionnaires dorment paisiblement !  
À leurs yeux, les archives sont le bois du feu de la discorde. Ainsi, il ne faut jamais déterrer les archives : laissez le puits avec son couvercle (khalli el bir bghtah). Beaucoup de nos responsables décideurs dès qu’il s’agit de la récupération des archives, ils crient fort mais sans faire du bruit : “Maudit celui qui réveille la discorde, laissez la fitna endormie”! Si l’absence des archives fait le malheur de l’historien honnête, elle fait, de l’autre côté, le bonheur des autres. Le bonheur de ceux qui se prétendent les bâtisseurs de l’Histoire. Ceux qui désirent que leur discours mensonger et erroné reste une sorte de prière pour les générations suicidaires.  Depuis cinquante ans, les Algériens ne veulent pas de leurs archives. Ils ne le disent pas franchement, mais ils activent énergiquement, sur le terrain, pour jeter une autre épaisse couche de terre sur sa tombe ! Ils détestent se regarder dans leur miroir-archives ! Ce miroir leur reflète une autre image qui les dérange, les tourmente et leur dépoussière la mémoire blessée.  Quand ils entendent le mot “archives”, ils ont la peur au ventre ! Il ne craint le feu que celui qui a de la paille au ventre (Elli fi karchou tben khaf nar), dit l’adage ! En 1962, une fois l’indépendance proclamée,  acquise, les responsables de la radio de la révolution algérienne installée à Nador sur le territoire marocain, ont chargé toutes les archives sonores de la radio dans des camions, envoyés vers l’Algérie nouvellement indépendante. Mais jusqu’au jour d’aujourd’hui, soixante ans après ou presque, les camions n’ont jamais atteint Alger, n’ont jamais atteint leur bonne destination ! Comment et pourquoi ? Encore, un autre exemple, après l’indépendance, les responsables tunisiens ont demandé  aux autorités algériennes de procéder à la récupération de leurs archives radiophoniques très riches entassées à la Maison de la radio tunisienne en échange des bobines d’enregistrement vierges. Les autorités algériennes n’ont pas répondu favorablement aux Tunisiens. Et par manque de moyens, nos frères tunisiens se trouvaient, malgré eux, dans l’obligation d’effacer des enregistrements algériens afin de pouvoir réutiliser les mêmes bobines.
Faire la sourde oreille, fermer l’œil, envers les archives, est un acte politique délibéré et bien réfléchi, tentant d’enterrer vivante toute une période de l’Histoire. Apposer une grosse tache noire sur une écriture claire. Effacer une trace gênante. Masquer un visage qui trouble la mémoire.

Malheur pour les uns bonheur pour les autres !
Que les archives soient encore chez les autres, en France, chez l’ennemi d’hier, est-elle une chose positive ?  D’abord ces archives, entre les mains de l’ennemi d’hier, ils sont en bonne santé, scientifiquement parlant. Avec amertume et colère, il faut avoir le courage de dire : nous n’avons même pas su comment sauvegarder le peu d’archives qui est resté entre nos mains, après le départ de l’administration coloniale.
Dans la période postcoloniale, beaucoup de documents ont été détruits volontairement, disparus intentionnellement, par la complicité des mains algériennes, par peur de découvrir la fausse monnaie révolutionnaire glissée entre  les véritables visages de la Révolution. Récupérer les archives par les Algériens d’aujourd’hui cela signifie déclencher une deuxième guerre plus féroce que la première, et qui, sans doute, finira par détruire les archives récupérées, ruiner ce qui reste du pays, et tuer le frère ! C’est regrettable de le dire, mais il faut oser le dire : heureusement que nos archives sont toujours entre les mains de notre ennemi d’hier, au moins, de l’autre côté, elles sont bien conservées. En attendant de jours meilleurs où les faux-monnayeurs d’Histoire ne seront plus de ce monde.  

 

Amin Zaoui

le 27-09-2018

A. Z.
aminzaoui@yahoo.fr

Les incroyables prévisions économiques du Premier ministre algérien
 

Emprunter à la Banque centrale pour renflouer les caisses de l’État : le gouvernement n’a de cesse de défendre cette stratégie pour maintenir ses dépenses, alors que ses recettes accusent un net recul. Mais les économistes algériens s’inquiètent et craignent une flambée des prix. 

Les affirmations du Premier ministre Ahmed Ouyahia, samedi 14 avril, en conférence de presse, quant à l’inflation et à la planche à billets, sont contestées par des experts. Du moins, ceux qui ont accepté de s’exprimer sur le sujet ont remis en cause les chiffres de l’inflation communiqués. Le premier responsable de l’exécutif avait, en effet, affirmé que la tendance de l’inflation est à la baisse : elle serait établie à 4,9 % en février 2018, à 5,5 % en 2017 et janvier 2018, contre 6,4 % en 2016. “Cette tendance à la baisse de l’inflation montre que la planche à billets, contrairement à l’avis des experts, n’est pas inflationniste. Ils se sont trompés”, a-t-il soutenu [début octobre, le Parlement algérien a adopté un texte autorisant le Trésor public à emprunter à la Banque centrale pendant cinq ans et à recourir ainsi à la planche à billets pour financer les dépenses de l’État].

Une sortie qui a fait réagir certains auteurs de ces prévisions inflationnistes. Ces derniers, en premier lieu, remettent en cause la méthode de l’exécutif dans le calcul de l’inflation. Il faut savoir que l’indice des prix du Grand Alger sert de base de calcul pour la détermination du taux d’inflation du pays par l’Office national des statistiques (ONS). Or, pour ces spécialistes, cet indice des prix est calculé à partir du panier de la ménagère qui n’est pas actualisé.

De ce fait, la perception de la majorité des citoyens est que la hausse des prix enregistrée est beaucoup plus importante que celle affichée par le gouvernement. “Quand on prend en considération les produits de large consommation, on n’est pas à 5 %, mais à 10, voire 15 % d’inflation. Il ne faut pas oublier que l’augmentation des carburants a fait boule de neige : augmentation des tarifs de transport urbain, augmentation des prix des grossistes et des détaillants, laquelle n’est guère proportionnelle au niveau des hausses des carburants ou du ticket de bus”, commente Zoheir Boudehri, consultant.

Du coup, la baisse du pouvoir d’achat d’une grande partie de la population est beaucoup plus significative. Il y a lieu de rappeler que différents experts avaient sonné l’alerte : la mise en œuvre de la planche à billets va générer une inflation à deux chiffres, avaient-ils averti. Ils ont prévu que ses effets commenceront à être sensibles à partir de juin prochain, voire en 2019.

Détérioration du pouvoir d’achat du dinar

La mécanique économique, qui permet cette déduction, est simple : une augmentation significative de la masse monétaire sans hausse de la productivité ou de l’offre entraîne une inflation importante. Lies Kerrar, spécialiste financier, émet également des réserves sur la composition du panier de la ménagère. Le spécialiste pointe du doigt la proportion de produits subventionnés dans le panier, alors que, par exemple, le sachet de lait, dont le prix est fixé à 25 dinars algériens [DA, soit 0,18 euro] reste inaccessible [régulièrement en pénurie provoquée notamment par des problèmes de distribution] pour beaucoup de consommateurs, qui se rabattent sur les laits Candia, Soummam ou Hodna, beaucoup plus chers. M. Kerrar cite aussi l’exemple des télécommunications, où la consommation des services de téléphonie mobile ou Internet aujourd’hui est devenue beaucoup plus importante qu’il y a dix ans, et donc plus significative dans le budget des ménages. Selon lui, cet élément, qui compose le panier de la ménagère, est sous-pondéré.

Par ailleurs, la valeur du dinar sur le marché parallèle donne un indice sur le pouvoir d’achat de la monnaie nationale. À plus de 190 DA pour 1 euro en 2016, l’euro est passé à plus de 210 DA actuellement. Sur le marché officiel, le dinar s’échange entre 140 et 150 DA pour 1 euro, contre plus de 90 DA il y a quelques années. Cette détérioration du pouvoir d’achat du dinar, au cours de ces dernières années, n’est pas sans conséquence sur le pouvoir d’achat des citoyens. En un mot, le pouvoir d’achat est en chute libre depuis la baisse des prix du baril. D’autant qu’avec la crise financière qui secoue l’Algérie depuis juin 2014 [le début de l’effondrement des prix du pétrole], les salaires des Algériens – pour leur grande majorité – ont stagné.

À cela s’ajoute le risque d’une manipulation des chiffres encore plus grande avec ces limites du système statistique national, observe un autre spécialiste. D’où la nécessité d’émergence d’organismes indépendants ou d’une structure indépendante qui puisse nous dire si ces indicateurs officiels reflètent en particulier l’inflation réelle ou le taux de chômage réel.

Khaled Remouche
Lire l'article original
Algérie, France, Repentance : Et vous, M. Bouteflika, qui vous pardonnera ?

Nous devînmes pauvres, par inadvertance, un jour d’été particulièrement chaud où l’on commémorait le cinquante-cinquième anniversaire de l’indépendance, la fin d’une guerre dont personne ne se rappelait plus si elle avait été gagnée ou perdue et que le président nous apprit que les caisses de l’État étaient vides.

Ce jour-là, on revint sur terre : nous voilà pauvres pour longtemps ! Au 55è anniversaire de l'indépendance, nous apprîmes que notre pain, nous l'achetions auprès de l'ancienne puissance colonisatrice ! Celle-là à qui le président algérien, expert en matière de diversion, vient d'exiger la repentance pour les crimes coloniaux.

C'est toujours utile de sortir la carte de la mémoire et du patriotisme, quand on veut noyer le poisson dans l'eau. Bouteflika sait que les peuples sont incorrigibles : il succombent au premier serment venu. Il suffit de poser la main sur le Livre ou de parler d’une voix étranglée par l’émotion. C’est gagné ! Ça marche à tous les coups. Ainsi se gouvernent les hommes.

Il convient de savoir faire semblant. Simuler est le seul lien qui unit la base et le sommet. Simuler le bonheur, la démocratie, la sérénité, l'amour de la patrie, la piété...Ou, comme sait si bien le faire le président, invoquer Dieu, le Coran, les martyrs, la nation en danger...

Ce 55è anniversaire de l'indépendance, Bouteflika a préféré parler de "crise économique grave", d'appeler le peuple à la "résistance" et d'exiger des dirigeants français qu'il se repentent de leurs actes de colonisateurs. Oui, mais cela ne résout pas la question, la seule question qui n'a jamais rencontré de réponse : comment est-on passé d'exportateur de céréales à importateur de pain ?

En 1962, la part des hydrocarbures dans les ventes à l'étranger n'était que de 53 pour cent ! Cela veut dire ce que cela veut dire : 47 pour cent de nos recettes provenaient de produits hors-hydrocarbures. Aujourd'hui, ce taux est passé à 3 pour cent ! L'Algérie ne produit plus rien, n'exporte plus rien. Et ce n'est ni la faute de Bigeard ni celle de Massu ! C'est la responsabilité des "libérateurs" qui ont pris le pouvoir en 1962, et dont notre président est un échantillon fort représentatif.

Aucune vision, aucune stratégie, rien que l'exercice absolu du pouvoir. La gouvernance ? Plus tard !En près de 19 ans de règne, Bouteflika n'aura pas diminué d'un seul dinar la facture alimentaire du pays, bien que les caisses de l'Etat n'ont cessé de déborder de dollars. Huit mille milliards de dollars plus exactement, de quoi devenir un pays quasi-développé, capable, en tout cas, de se passer de pétrole.

A l'échelle des crimes historiques, condamner 40 millions d'Algériens à la précarité est-il plus pardonnable que le crime de les avoir colonisés ?

Aucun président n'a bénéficié d'une si généreuse manne financière. Ce 5 juillet, un président digne de ce nom aurait annoncé à son peuple la fin de la dépendance pétrolière, la fin du chômage et des incertitudes. Au lieu de cela, il leur apprend qu'ils seront plus pauvres et sans aucune politique de rechange.

Parce qu'il n'a pas diversifié l'économie nationale malgré un afflux financier sans précédent, Bouteflika laisse une Algérie à l'agonie : dès cet automne, les subventions seront supprimées, nous connaîtrons le temps des licenciements de fonctionnaires, des produits de première nécessité inaccessibles de même que l'électricité, le temps du retour à la bougie et au charbon de bois, de la réduction des budgets santé et de l'éducation. mais aussi de l’incertitude sur les versements des retraites et des prestations sociales.

Vous attendez repentance des dirigeants français pour les crimes du passé.

Et vous, M. Bouteflika, qui vous pardonnera les crimes d'aujourd'hui et de demain ?

La rédaction du "Matin d'Algérie"

 
Les inquiétudes de la classe politique
 

 

L’explosion que tout le monde redoute, notamment les partis de l’opposition, est-elle un sérieux risque ou juste une vue de l’esprit ? Il faut le dire, la chute brutale des prix du pétrole et ses lourdes conséquences sur l’économie nationale inquiètent au plus haut point.

La secrétaire générale du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune, ne cesse de prévenir sur les incidences de la politique du gouvernement en considérant que «la politique d’austérité est meurtrière». Pour elle, «ceux qui décident ne savent pas qu’ils réunissent les conditions pour que la majorité du peuple se soulève». La pasionaria du PT craint une explosion sociale qui risque de se produire.

Au Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), les responsables nourrissent les mêmes inquiétudes. Dans un communiqué publié à l’issue de la réunion du dernier conseil national, le parti indiquait que «l’érosion continue du pouvoir d’achat de larges couches de la population — sous l’effet conjugué d’une dévaluation du dinar, de l’augmentation des prix de la plupart des produits et des services et de la stagnation des salaires — est annonciatrice de graves troubles sociaux».

Pour le RCD, «l’austérité organisée autour des investissements structurants dans la loi de finances 2016, reconduite avec plus de rigueur dans le projet de LF 2017, ne peut que faire le lit d’une révolte aux conséquences incalculables». «Notre pays se trouve dans une situation périlleuse du fait des déviations enregistrées, la propagation de la corruption, le népotisme, le crime, le chômage, l’injustice, les atteintes aux acquis sociaux, la marginalisation, le bradage continu des richesses», estime le Front des forces socialistes (FSS) dans une déclaration faite récemment par son premier secrétaire, Abdelmalek Bouchafa.

Le président de Talaie El Houriat, Ali Benflis, parle lui d’«une impasse politique dont il importe de sortir la nation, d’une crise économique d’une exceptionnelle acuité qu’il faut savoir surmonter et des prémices d’une déstabilisation sociale qu’il importe de réussir à conjurer». L’Instance de concertation de suivi de l’opposition (Icso) fait le même diagnostic et décrit «une situation d’effondrement et de faillite de l’économie nationale qui a exacerbé la tension sociale en raison de la dégradation du pouvoir d’achat et de la non-tenue par le pouvoir de ses promesses de réaliser un développement global et la fin de l’Etat social».

Elle a affirmé que «le large fossé qui existe entre les citoyens et les institutions de l’Etat détruit l’esprit de citoyenneté et amplifie la fracture nationale avec l’apparition de facteurs de démantèlement du tissu de la nation, porteurs de risque d’effondrement des institutions de l’Etat». 

« Panama papers » : comment l’élite algérienne a détourné l’argent du pétrole

 

Le diamantaire Laurent Bloch ne se doutait pas, en ce mois de décembre 2006, que ses retrouvailles avec le frère de son ami d’enfance allaient l’amener, huit ans plus tard, à témoigner devant la justice italienne. Dans les années 1970, l’actuel gérant du diamantaire parisien Raymond Bloch SA fréquentait la même école primaire à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) que Ryad, frère cadet de Farid Bedjaoui. C’était avant que la famille Bedjaoui n’émigre au Canada au début des années 1990, avant que les frères Bedjaoui ne fassent fortune et que l’aîné vienne lui acheter, pour son épouse, deux diamants pour près de 1 million de dollars (environ 900 000 euros).

« Le prix payé par Farid correspondait à la valeur de ces diamants sur le marché », a affirmé Laurent Bloch devant le tribunal de Milan, pour justifier deux virements effectués par Farid Bedjaoui sur le compte à Genève (à l’Union bancaire privée) d’une compagnie offshore, Bexhill International Inc., dont la famille Bloch était bénéficiaire économique.

Le Consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ), dont Le Monde est partenaire, publie dès lundi 25 juillet une nouvelle série d’articles à partir des documents « Panama papers » sur l’évaporation des ressources en Afrique.

La présentation (en anglais) de cette série est à trouver ici.

Les 11,5 millions de documents issus du cabinet panaméen Mossack Fonseca mettent en lumière le rôle des sociétés offshore dans le pillage du continent, qu’il s’agisse de l’industrie du diamant en Sierra Leone, des structures de dissimulations du milliardaire nigérian Kolawole Aluko, propriétaire d’un yacht sur lequel Beyonce a passé des vacances et lié à l’ancienne ministre du pétrole nigériane Diezani Alison-Madueke, ou le recours systématique aux paradis fiscaux par l’industrie extractive.

Selon l’ICIJ, des sociétés issues de 52 des 54 pays africains ont recouru à des structures offshore, participant à l’évaporation de 50 milliards de dollars d’Afrique chaque année. ICIJ, pour cette nouvelle série, s’est appuyé sur ses partenaires habituels ainsi que sur des journalistes en Algérie, au Ghana, en Tanzanie, au Niger, au Mozambique, à Maurice, au Burkina Faso et au Togo, coordonnés par le réseau indépendant ANCIR.

En l’occurrence, ce n’est pas la structure offshore des Bloch qui intéressait la justice, mais le train de vie de Farid Bedjaoui, neveu de l’ancien ministre algérien des affaires étrangères, Mohammed Bedjaoui. Farid, personnage flamboyant aujourd’hui âgé de 47 ans, est poursuivi pour corruption et blanchiment d’argent dans l’affaire Sonatrach-Saipem.

Lire aussi : Algérie: les dessous de l’ascension fulgurante de l’industriel Issad Rebrab

L’affaire éclate en 2009. L’ancien PDG de la Sonatrach, Mohamed Meziane, ses deux fils, ainsi que de nombreux hauts responsables de la compagnie nationale algérienne de pétrole ont été condamnés en février 2016 au terme du procès algérien dit « Sonatrach 1 ». La filiale algérienne de Saipem, elle-même filiale d’ENI, le grand groupe pétrolier italien, a également été jugée coupable de corruption et de blanchiment d’argent.

« Schéma corruptif »

Une deuxième procédure a été ouverte en Italie, dans le sillage des commissions rogatoires envoyées par l’Algérie. Cette fois, les pistes mènent à Farid Bedjaoui, en fuite et aperçu pour la dernière fois à Dubaï, et à l’entourage du ministre de l’énergie de l’époque, Chakib Khelil. Les magistrats italiens accusent Bedjaoui d’avoir touché de la Saipem l’équivalent de 205 millions de dollars par l’intermédiaire de la compagnie Pearl Partners Ltd, domiciliée à Hongkong. Et le soupçonnent d’avoir arrosé de nombreux responsables algériens afin de faciliter l’obtention, par la Saipem, de huit contrats entre 2006 et 2009, pour 10 milliards de dollars : des centaines de kilomètres de pipelines et plusieurs usines de traitement.

Lire aussi : « Panama Papers » : ces safaris africains qui se terminent dans les paradis fiscaux

« Le rôle d’intermédiaire joué par Farid Bedjaoui dans le schéma corruptif (…) aurait été imposé à Saipem par le ministre Khelil. (…) Les magistrats algériens ont identifié des versements qui ont profité à Najat Arafat, épouse de Chakib Khelil », indique le Tribunal pénal fédéral suisse, le 14 janvier 2015, sollicité par une demande algérienne d’entraide judiciaire.

En 2013, « Docteur Chakib », comme aimaient l’appeler ses collaborateurs au ministère de l’énergie et à la Sonatrach, a été brièvement placé par Interpol sur la liste des personnes recherchées avant que le mandat d’arrêt émis à son encontre par le parquet d’Alger ne soit frappé de nullité. Réfugié aux Etats-Unis, il est revenu triomphalement en Algérie en 2016. Joint par téléphone, Chakib Khelil a indiqué qu’il n’avait pas le temps de parler de ce sujet.

La quasi-totalité des montages offshore ayant servi de lessiveuse à ces commissions et rétrocommissions ont été lancés par la fiduciaire suisse Multi Group Finance, à Lausanne, pour le compte de Farid Bedjaoui et exécutés entre 2007 et 2010 par le cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca. Les documents obtenus par le biais du Consortium international des journalistes d’investigation et le journal allemand Süddeutsche Zeitung révèlent les ramifications de ce réseau que les magistrats italiens et algériens tentent d’élucider.

Lire aussi : « Panama Papers » : en Algérie, l’argent du pétrole passe par l’offshore

Farid Bedjaoui, surnommé « M. 3 % », avait ainsi un mandat de gestion sur Girnwood International Engineering Ltd. et Cardell Capital S.A., qui disposent de comptes domiciliés à la banque Edmond de Rothschild à Nassau (Bahamas). Il a fait constituer Sorung Associates Inc. pour gérer des portefeuilles placés à la banque Mirabaud, en Suisse et à Dubaï. Justin Invest Developments SA gère pour lui un portefeuille placé en 2008 à la banque genevoise BLOM Bank. Il a aussi hérité des pouvoirs de Pietro Varone, ancien directeur des opérations de Saipem, également cité dans l’affaire Sonatrach, sur la société Farnworth Consultants Inc., laquelle a servi à l’achat d’un bateau.

Myriade de sociétés offshore

Farid Bedjaoui nie les faits qui lui sont reprochés. Ses avocats affirment qu’il n’a jamais exercé une quelconque influence sur les élites politiques en Algérie pour organiser une entreprise de corruption d’une telle ampleur. Tout comme Saipem, qui dément tout versement de pots-de-vin à des responsables algériens. « L’expertise externe que l’entreprise a commandée pour examiner les livres comptables de l’entreprise n’a trouvé aucune trace prouvant les présumés paiements effectués au profit de responsables algériens à travers des contrats d’intermédiation ou de sous-traitance », a-t-elle fait savoir.

Et aussi : Essayez le jeu interactif de l’ICIJ sur l’offshore africain

Si ENI a toujours entretenu de bons rapports avec l’Etat algérien depuis que son fondateur, Enrico Mattei, a fourni dès 1959 au FLN l’assistance technique nécessaire à ses négociations avec la France coloniale, c’est lorsqu’elle a engagé Farid Bedjaoui comme consultant, en 2003, qu’elle a réussi une ascension fulgurante, décrochant quantité de contrats en quelques années. Les magistrats italiens sont convaincus que les prix de ces contrats entre Sonatrach et Saipem ont été majorés d’un commun accord afin de pouvoir dégager des « marges » au profit des responsables des deux compagnies.

Lire aussi : Les Africains du Panama (2) : ces ministres en Algérie et en Angola clients de Mossack Fonseca

Diplômé de HEC Montréal et jouissant des nationalités algérienne, française et canadienne, Farid Bedjaoui gagnait sa vie dans le négoce alimentaire avant de se lancer dans les affaires au début des années 2000 avec ses beaux-frères libanais du groupe Ouais. En 2002, à Beyrouth, l’homme d’affaires franco-algérien Omar Habour lui présente Chakib Khelil, alors ministre algérien de l’énergie et des mines. Ce dernier n’allait pas tarder à le traiter « comme un fils », a déclaré un témoin au procès de Milan.

Cette même année, Farid Bedjaoui recourt pour la première fois aux services du cabinet Mossack Fonseca. Il s’agissait d’ouvrir un compte suisse pour sa société de courtage Rayan Asset Management. Une tâche qu’il a confiée à son gestionnaire de fortune, Ludovic Guignet, de la fiduciaire suisse Multi Group Finance, basée à Lausanne. C’est ce même homme qui aura à gérer la frénésie d’achats de compagnies offshore préexistantes qui s’empare de Farid Bedjaoui à partir de 2006. Une myriade de sociétés domiciliées au Panama et aux Iles vierges britanniques.

  • Le Monde et 108 autres rédactions dans 76 pays, coordonnées par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), ont eu accès à une masse d’informations inédites qui jettent une lumière crue sur le monde opaque de la finance offshore et des paradis fiscaux.
  • Les 11,5 millions de fichiers proviennent des archives du cabinet panaméen Mossack Fonseca, spécialiste de la domiciliation de sociétés offshore, entre 1977 et 2015. Il s’agit de la plus grosse fuite d’informations jamais exploitée par des médias.
  • Les « Panama papers » révèlent qu’outre des milliers d’anonymes de nombreux chefs d’Etat, des milliardaires, des grands noms du sport, des célébrités ou des personnalités sous le coup de sanctions internationales ont recouru à des montages offshore pour dissimuler leurs actifs.

 

Désormais, Farid Bedjaoui et son mode de vie princier sont devenus emblématiques d’une élite algérienne corrompue, et cela alors que l’Algérie, qui souffre aujourd’hui de la chute des cours du pétrole, aurait perdu chaque année entre 2004 et 2013, selon l’ONG Global Financial Integrity, près d’1,5 milliard de dollars de recettes en raison de l’évasion fiscale, de la corruption et du vol de ressources publiques.

Et pourtant, les vérifications diligentées en interne par le cabinet Mossack Fonseca n’ont rien détecté de suspect. Bedjaoui ayant utilisé son passeport canadien pour ouvrir certains comptes et sa carte d’identité algérienne pour d’autres. Des montages qui permettent une redistribution des actifs à près d’une dizaine de membres de sa famille, d’amis et associés de ce réseau offshore : son épouse libanaise Rania Dalloul, son beau-frère Ziad Dalloul, l’épouse du ministre de l’énergie Chakib Khelil, Najat Arafat, et son fils, Khaldoun, la fille de l’actuel premier ministre algérien Abdelmalek Sellal, Rym, l’homme d’affaires franco-algérien Omar Habour, et le directeur des opérations de Saipem, l’Italien Pietro Varone, ainsi que son épouse.

Des tableaux de Warhol, Miro et Dali saisis

Selon les magistrats italiens, les pistes sont brouillées par des comptes éparpillés dans plusieurs pays, à Dubaï, Singapour, Londres, Hongkong, en Suisse et au Liban. Minkle Consultants SA, par exemple, qualifiée de « carrefour des flux financiers illicites » par les enquêteurs italiens, a servi pour l’acheminement de près de 15 millions de dollars de pots-de-vin. Elle a bénéficié à un éventail de destinataires qui ne sont toujours pas identifiés par l’enquête judiciaire. Le capital social des sociétés créées par Mossack Fonseca est constitué d’actions au porteur (anonymes), ce qui rend difficile la remontée de la chaîne des bénéficiaires finaux.

Les soupçons au sujet de Farid Bedjaoui pour son rôle dans les transactions entre Sonatrach et Saipem ont fait les gros titres de la presse d’Algérie et d’ailleurs dès février 2013. Quelques mois plus tard, la police canadienne a saisi ses actifs à Montréal ; les autorités françaises ont perquisitionné son appartement parisien et saisi de nombreux tableaux signés Andy Warhol, Joan Miro et Salvador Dali. Son yacht de 43 mètres a également été saisi.

Ce n’est pourtant qu’en septembre 2013 que Mossack Fonseca semble prendre conscience qu’il y a un problème avec Farid Bedjaoui. Et cela un peu par hasard : ce mois-là, les autorités des îles Vierges britanniques exigent du cabinet panaméen les documents de la compagnie Abode Finance Services Corporation dont le bénéficiaire économique, Omar Habour, lié à Farid Bedjaoui, est activement recherché par les justices italienne et algérienne dans le cadre de l’affaire Sonatrach-Saipem.

« Embarrassant », dit une employée de Mossack Fonseca

Or, cela fait des années que Mossack Fonseca n’a pas eu de contact avec M. Habour. Dans l’un de ses courriels, la directrice de Mossack Fonseca aux îles Vierges britanniques, Rosemarie Flax, estime que cela est « embarrassant » et expose le cabinet à une amende. Par ailleurs, Mossack Fonseca a continué de s’occuper de Rayan Asset Management, la société de Farid Bedjaoui, jusqu’au moins en novembre 2015.

M. Habour, qui n’a pas répondu à nos appels, tout comme ses avocats du cabinet suisse Chabrier, est accusé, lui aussi, de corruption et de blanchiment d’argent. Il disposait de mandats sur six compagnies offshore créées par Mossack Fonseca à travers Ludovic Guignet, dont certaines ont changé de main entre-temps pour bénéficier notamment à l’épouse de Chakib Khelil, Najat Arafat, à la fille d’Abdelmalek Sellal, Rym. Cette dernière apparaît comme l’ayant droit de la société Teampart Capital Holdings Limited (TCH). Elle en est devenue la bénéficiaire quatre mois après sa constitution, le 26 octobre 2004, par Multi Group Finance et son inscription aux îles Vierges britanniques par Mossack Fonseca en faveur d’Omar Habour.

Najat Arafat, elle, a disposé en 2005 de deux sociétés offshore au Panama dans le cadre de ce montage. Deux sociétés servant de paravent à des comptes bancaires en Suisse : Carnelian Group Inc., créée en mai 2005, et Parkford Consulting Inc., en octobre de la même année. Les pouvoirs de Mme Khelil ont été transmis deux ans plus tard, les 26 et 27 novembre 2007 à Omar Habour.

« Tu veux 10 millions de dollars ? »

Collingdale Consultants Inc. a bénéficié respectivement à Khaldoun, fils cadet de Chakib Khelil, et à Regina Picano, épouse de Pietro Varone. Cette compagnie gérait un « patrimoine » de près de 15 millions de dollars.

Quant aux biens immobiliers acquis durant cette période par Farid Bedjaoui, les autorités américaines ont diligenté une enquête au sujet de trois appartements à New York dont deux à Manhattan, d’une valeur totale de plus de 50 millions de dollars. L’un de ces appartements est un condominium situé au 5, Central Park Avenue, acheté pour 28,5 millions de dollars. Selon les documents fournis aux enquêteurs italiens par le département américain de la Justice, le paiement a surtout été effectué, par le biais d’une compagnie domiciliée au Delaware.

En Italie, le tribunal de Milan a prononcé des peines de prison à l’encontre d’anciens dirigeants d’ENI, à l’image de Tullio Orsi, ancien directeur de la filiale algérienne de Saipem, qui a plaidé coupable en échange d’une remise de peine. Orsi, qui a désormais purgé deux ans et dix mois en prison, a raconté aux enquêteurs ses rencontres avec Farid Bedjaoui à l’Hôtel Bulgari de Milan, où la facture du neveu de l’ancien ministre algérien des affaires étrangères s’est élevée à plus de 100 000 euros en cinq ans. Il a indiqué que Bedjaoui l’avait aussi invité à une soirée organisée sur son yacht amarré au large des côtes espagnoles et qu’il lui a offert 10 millions de dollars. « Il l’a fait avec d’autres qu’il a aidés financièrement et il l’a fait avec plaisir », a témoigné Orsi, ajoutant avoir refusé cette somme.

Cette enquête de Lyas Hallas, Will Fitzgibbon et Leo Sisti a été coordonnée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), dont Le Monde est partenaire, sur la base des documents « Panama papers » obtenus par la Sueddeutsche Zeitung.

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