Ces juifs que Genève a renvoyés vers les camps de la mort

Publié le par ottolilienthal

 

 

Depuis les révélations sur l’or volé aux juifs par les nazis et accepté par les banquiers helvètes, le mythe d’une Suisse à l’écart des horreurs de la Seconde Guerre mondiale n’est plus. Hier en fin d’après-midi, près de l’école des Cropettes, « c’est Genève qui a pris sa part de devoir de mémoire », ainsi que l’a dit le magistrat Rémy Pagani devant une foule nombreuse. Lors d’une cérémonie empreinte d’une grande émotion, la ville a en effet dévoilé une plaque rappelant un moment sombre de l’histoire helvète : l’expulsion de réfugiés qui les a parfois amenés directement à la mort.

« Une partie de ceux qui cherchaient refuge n’ont pas trouvé le salut qu’ils espéraient » expliquait le magistrat. Comme aux Charmilles, à Champel, à Varembé, à Claparède et à la Plaine, l’école des Cropettes a été réquisitionnée par l’armée et a servi de centre de triage. 2 526 personnes, dont au moins 1 622 juifs, y sont passées, 80 ont été refoulées et 17 déportées vers les camps de la mort. Notamment, un enfant de 5 ans ou Rosette Wolczak, jeune fille de 15 ans, arrêtée par la milice à Grenoble et qui a péri à Auschwitz après s’être crue sauvée de l’horreur en atteignant la Suisse…

À l’échelle de Genève, qui a vu passer 42 % des juifs qui ont fui vers la Suisse grâce à ses 100 kilomètres de frontières avec l’Hexagone (contre à peine 5 avec le reste de la Confédération), 850 réfugiés ont été reconduits vers la France occupée, dont 117 « qui ont été déportés, fusillés ou portés disparus » aussitôt après. Ce n’était pas une politique d’État puisque 25 000 autres réfugiés ont été accueillis dans la Confédération helvétique qui avait fermé ses frontières, mais acceptait dans la plupart des cas ceux qui l’avaient franchie.

« Il y avait trois Suisses à l’époque. L’officielle qui était fermée, l’officieuse qui était bien plus ouverte. Et puis une Suisse ultra, qui comprenait une partie des gardes-frontières et de l’armée, ouvertement antisémites » rappelait Claire Luchetta-Rentchnik, initiatrice du projet concrétisé par la Ville hier. C’est cette Suisse “ultra” qui gérait les Cropettes. « Les conditions étaient très dures. Les réfugiés dormaient sur des châlits en bois avec un peu de paille. Tous leurs biens étaient confisqués et ils n’avaient pas de contact avec l’extérieur. »

Hier soir, la présence d’Edmond Richemond, né Reichmann, Parisien de 13 ans qui était arrivé avec d’autres enfants, témoignait heureusement du fait que la Suisse avait été un réel refuge pour d’autres. « Celui qui sauve un homme sauve l’humanité dit la Torah. Édouard a eu 4 enfants, 13 petits-enfants et 20 arrière-petits-enfants et ce n’est pas fini ! » se réjouissait Claire Luchetta-Rentchnik.

En tout cas, avec cette cérémonie, Genève montre qu’elle sait regarder son passé en face, même dans ses quelques pages sombres…

La Suisse a fait un examen de conscienceLongtemps, le credo a été de dire que la Suisse encerclée par le Reich allemand et l’Italie fasciste était restée dans sa rassurante neutralité lors de la Seconde Guerre mondiale, très à l’écart de tout ce qui touchait le reste du continent. Et puis les révélations de gens comme Jean Ziegler ont ébranlé cette bonne conscience dans les années 90. au point qu’une commission a été établie, la commission Bergier. Politique en matière d’asile, politique économique, le rôle de la place financière suisse et l’or de la Banque nationale… tout a été passé au crible dans les 11 000 pages rendues par les parlementaires au bout d’un travail qui a duré de 1996 à 2002.

 

Par Sébastien COLSON

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