Pourquoi l'état du monde est devenu très inquiétant

Publié le par ottolilienthal

 

Les implosions se multiplient au Proche-Orient. Les crises économiques s’étendent. Les États-Unis sont plus que jamais en rivalité avec la Chine. Le nationalisme se propage à l’international quand l’Europe, elle, stagne à petite échelle malgré les menaces orientales et méridionales…

 

Cherchons. Cherchons un pays, une région, une figure politique qui puisse inspirer un espoir et le constat s’impose: il n’y en a pas. L’état du monde est inquiétant car, partout, des conflits s’exacerbent et l’économie des grandes ou moyennes puissances marque le pas tandis que l’Europe paraît se défaire et que les États-Unis, fatigués de l’interventionnisme, ne veulent plus se charger seuls du maintien de l’ordre international

 

Détaillons.

 

Comme si les implosions proche-orientales ne suffisaient pas, l’Asie entre en zone de tempête. Thermonucléaire ou pas, le nouvel et quatrième essai nucléaire auquel la Corée du Nord a procédé la semaine dernière incite le Japon et la Corée du Sud à se rapprocher plus encore des États-Unis et à se doter de systèmes de défense anti-missiles qui viendraient modifier tout l’équilibre stratégique de la région. On n’y est pas mais on n’en est plus loin et la Chine l’accepterait mal car elle ne tolère déjà pas que l’Amérique cherche à lui faire contrepoids en organisant ses voisins autour d’elle.

La tension monte en Asie, et d’autant plus fortement que les Bourses chinoises ne cessent de dévisser car le plus peuplé des pays du monde, celui qui tirait la croissance mondiale depuis trois décennies, ne sait plus quoi faire pour freiner le ralentissement de son économie. Entre la baisse organisée de sa monnaie visant à soutenir ses exportations et la volonté de se réorienter vers la consommation intérieure et la haute technologie, la Chine ne sait pas vraiment choisir.

En mauvaise passe, la Chine bégaie et des tensions politiques pourraient bientôt s’ajouter à ses difficultés économiques car sa stabilité intérieure repose sur un pacte implicite aux termes duquel c’est en échange de la progression de leur niveau de vie que les Chinois laissent au parti unique le monopole des affaires publiques. Si l’oligarchie dirigeante commençait à perdre la main, la seule carte qui lui resterait serait celle du nationalisme et les tensions asiatiques deviendraient alors plus que sérieuses.

Trop de fragilités pour laisser croire à de rapides compromis

Au Proche-Orient, tout n’est pas totalement sombre puisqu’en un an Daech a perdu 30% des territoires syriens et irakiens passés sous son contrôle mais, outre que les djihadistes progressent parallèlement en Libye, les trois plus grandes puissances de la région sont entrées en période d’incertitude. La Turquie a rallumé le conflit avec ses Kurdes. Saoudiens et Iraniens sont en plein bras de fer et cela ne facilitera pas la recherche d’un compromis en Syrie malgré les négociations que le pouvoir et l’opposition devraient ouvrir à la fin de la semaine prochaine, sous l’égide de l’ONU.

Jusqu’à présent préservé des chaos du Machrek, le Maghreb ne l’est plus car les laïcs tunisiens se divisent tandis que l’effondrement des cours du pétrole plonge l’Algérie dans l’austérité alors même que le vieillissement de son président pose l’épineuse question de sa succession et suscite de violentes guerres de clans au sommet.

Durable en raison de la baisse de la demande mondiale, le recul des cours pétroliers affecte également la Russie. Après avoir affirmé jour et nuit que tout allait bien, Vladimir Poutine doit couper dans les dépenses publiques. En pleine crise de confiance depuis le début de la crise ukrainienne, l’argent russe s’expatrie toujours plus. Le mécontentement des classes moyennes urbaines pourrait bientôt atteindre les milieux les plus défavorisés. Le réalisme devrait normalement conduire Vladimir Poutine à chercher à se sortir du piège syrien et de son aventure ukrainienne pour réduire ses dépenses militaires et obtenir la levée des sanctions occidentales. Cela pourrait permettre de sceller un rapprochement avec les Occidentaux. Ce serait une excellente chose car le monde a besoin de l’unité des grandes puissances mais ce choix, il n’est pas encore prouvé que le président russe veuille ou sache le faire.

Avec les crises économiques et politiques du Brésil et du Venezuela, de ses deux géants, l’Amérique latine voit son horizon s’assombrir. Quant à l’Europe, malheureuse Europe, son unité est désormais menacée par cinq défis simultanés: la possibilité d’un Brexit ; la montée des extrêmes-droites ; l’afflux des réfugiés proche-orientaux ; les lois liberticides adoptées en Pologne par la nouvelle majorité nationaliste et la complète panne d’idées sur les moyens de faire rebondir l’Union.

On pourrait allonger la liste avec les fragilités africaines mais nul besoin d’elles pour que le monde ne sache plus où il va.

Aucun de ses dirigeants ne sait où même tenter de le conduire parce que l’éclatement de l’Union soviétique a réveillé une multitude de conflits provisoirement éteints par la Guerre froide et que les États-Unis sont tout entiers concentrés sur leur rivalité avec la Chine, que la contagion nationaliste gagne la planète et que l’Europe ne parvient pas à s’affirmer en acteur de la scène internationale alors que tout la menace à ses marches orientales et méridionales.

Or tout le problème est que tout cela va durer, de longues années ou plusieurs décennies. Il y eut une période de l’histoire de la Russie qu’on appelle « le temps des troubles » et ce temps est maintenant celui du monde.

 

Bernard Guetta

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