Chine : craquements

Publié le par ottolilienthal

 

Chine, l'empire des dettes

 

 

Il va falloir s’y habituer. La Chine, ce n’est pas seulement un taux de croissance à faire rêver, c’est aussi une montagne de dettes. Depuis des années, le phénomène inquiète, mais à la mi-septembre, à Bâle, la Banque des règlements internationaux a sonné le tocsin. Selon elle, le "credit gap", indicateur de stress financier, affiche un niveau record. Le sujet n’est pas tant la dette publique, qui reste autour de 60% du PIB, que la dette privée, dont l’accélération laisse entrevoir une bulle de crédit. Secteurs public et privé confondus, la dette dépasserait 255% du PIB. Deux fois plus qu’avant 2008. Ces derniers jours, le FMI a enfoncé le clou. La Chine est sur un "chemin dangereux", juge l’institution, et doit se désendetter pour éviter un krach bancaire.

Outre la spéculation immobilière délirante, cette situation résulte du ralentissement de la croissance, avec pour premières victimes (et coupables) les vieilles entreprises d’État. Étroitement liées au pouvoir, elles sont des éléments clés de la stabilité sociale dans les provinces qui les soutiennent avec des crédits à bon compte, même si certaines, les "entreprises zombies", n’ont plus de clients. Un système à bout de souffle. Ce 20 septembre, le métallurgiste Guangxi Nonferrous Metals a été la première entreprise d’État de l’histoire récente liquidée après plusieurs défauts de crédit. Une forme de leçon donnée depuis Pékin ? Pas sûr. Le pouvoir chinois assure vouloir poursuivre les réformes et réorienter le pays vers les services et la consommation. Mais il ne peut abandonner des pans entiers de l’économie. Depuis deux ans, oscillant entre ces contradictions, sa stratégie est à peu près illisible. Faut-il craindre un "Lehman moment" pouvant s’étendre à la planète ? Pas forcément. Des canaux de contagion, notamment via Hongkong, existent, mais à la différence des gouvernements occidentaux en 2008, Pékin détient tous les leviers du pouvoir et de grandes réserves de change (3 170 milliards de dollars).

Le problème, c’est peut-être que ce syndrome chinois ne fait qu’illustrer un mal plus global. L’économie mondiale croule, selon le FMI, sous 152 000 milliards de dollars de dettes, un record et 2,2 fois le PIB global. Sans pour autant briller en matière de croissance ni de productivité. Vous avez dit stagnation séculaire ?

Pierre-Olivier Rouaud 16/10/2016

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