dissuasion nucleaire, son coût, sa fiabilité..

Publié le par ottolilienthal

le futur hôte de l’Elysée est au pied d’un mur financier 

La modernisation de la dissuasion nucléaire française sera l’un des grands dossiers du prochain chef de l’Etat. Les dépenses devraient augmenter de 2,5 milliards chaque année. Pendant une vingtaine d’années…

 
 

Le général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées, demande, dans Les Echos, que le budget de la défense atteigne 2 % du PIB « avant la fin du prochain quinquennat ». Il s’agit notamment « d’assurer l’indispensable crédibilité de la dissuasion nucléaire par le renouvellement de ses deux composantes, océanique et aérienne. Différer cette décision acterait un véritable renoncement. »

Imaginez un escalier très raide avec des marches hautes de plusieurs milliards. C’est ainsi que se présentent les perspectives budgétaires sur la modernisation de la dissuasion nucléaire de la France. Elles donnent le vertige aux candidats à la présidentielle et sont l’objet de batailles feutrées en coulisses. « Nous consacrons aujourd’hui 3,5 milliards à la dissuasion. Selon les hypothèses, il faudrait passer à au moins 6 milliards par an à partir de 2020 », explique ainsi le député (PS) Jean-Jacques Bridey, auteur avec Jacques Lamblin (LR) d’un récent rapport sur les enjeux industriels et technologiques du renouvellement de la dissuasion. C’est-à-dire trouver, chaque année, 2,5 milliards de plus pour les forces nucléaires. « Un effort budgétaire conséquent », reconnaît le parlementaire, qui risque de se heurter à l’état dégradé des finances publiques, surtout en cas de remontée des taux d’intérêt.

L’augmentation des crédits du nucléaire militaire s’inscrit sur le long terme. Progressive durant le prochain quinquennat, elle devrait atteindre un rythme de croisière durant le suivant (2022-27). En fonction des arbitrages du futur président de la République, la modernisation de la force de frappe durera entre quinze et vingt-cinq ans… Les estimations les plus prudentes, sans doute sous-évaluées, évoquent un surcoût de trente milliards alors que certains experts tablent même sur « environ 75 milliards entre 2017 et 2042. »

Ce « renouvellement » de la dissuasion porte sur les deux composantes, océanique et aéroportée. Pour la première, il s’agit de construire quatre nouveaux sous-marins lanceur d’engins de troisième génération (SNLE-3G) qui remplaceront les actuels Triomphant. Ils seront équipés d’une version modernisée des missiles stratégiques M-51. Alors que les premières « études de conception » de ces sous-marins sont lancées cette année, le calendrier prévoit que le dernier d’entre eux sera retiré de service… en 2080 ! Ces bateaux sont infiniment complexes. Construits à Cherbourg, ils nécessitent chacun 12 millions d’heures de travail. Leur discrétion doit être renforcée afin d’échapper aux systèmes de détection adverses.

Hypervélocité et furtivité. La composante aéroportée se présente sous la forme d’un missile tiré depuis un avion, comme l’actuel ASMPA mis en œuvre par le Rafale. Elle fait l’objet de très vifs débats au sein du complexe militaro-industriel, non sur son maintien, mais sur les choix techniques pour l’avenir. « Des études sont menées par la Direction générale de l’armement pour identifier la meilleure option entre l’hypervélocité et la furtivité », lit-on dans le rapport parlementaire.

Dans les deux cas, il s’agit d’échapper à ce que pourraient être les défenses antimissiles ennemies à partir de 2035. La furtivité consiste à rendre l’engin quasiment indétectable par les radars alors que l’hypervélocité lui confère une vitesse de Mach 6 ou 7, rendant l’interception impossible. L’organisme de recherche Onera et l’industriel MBDA ont élaboré deux projets de missiles hypervéloces baptisés Camosis et Prométhée, utilisant la technique du statoréacteur. Le choix de l’engin conditionne aussi celui du porteur : avion de chasse comme le Rafale, drone de combat furtif développé à partir du Neuron ou gros porteur de type Airbus. Les options sont ouvertes et font, évidemment, l’objet de désaccords - et de concurrence - entre les industriels concernés.

Tous ces systèmes font appel à des technologies de pointe qui jouent un rôle « structurant » dans l’industrie aérospatiale, navale et nucléaire. Elles reposent sur des compétences « longues à acquérir, rapides à perdre et impossible à récupérer », selon Patrick Boissier, ancien président de DCNS. Le maintien de ces compétences est une priorité stratégique, assurent les deux parlementaires, qui expliquent que pour certains domaines particuliers, il n’existe qu’une seule PME en France. Ou que les entreprises ont du mal à recruter des soudeurs ou des câbleurs. Selon le rapport, l’activité industrielle de dissuasion représente aujourd’hui 12 600 emplois ; et elle devrait dépasser les 17 000 dans la phase du renouvellement. Pour des raisons de sécurité nationale, 90 % de la valeur ajoutée est créée en France, uniquement dans de la très haute technologie.

Réalisme budgétaire. Face à ce mur budgétaire, les militaires prennent les devants, comme vient de le faire le chef d’état-major des armées, Pierre de Villiers. Dans une tribune publiée par Les Echos, il demande une hausse du budget de la défense, pour atteindre 2 % du PIB au cours du prochain quinquennat. Ce que François Fillon, par exemple, refuse jusqu’à présent par réalisme budgétaire. Pour les armées, le problème, c’est qu’il n’y a pas que le nucléaire… Les forces conventionnelles, suremployées en opérations extérieures et sur le territoire national, sont fragilisées. Dans un entretien à l’hebdomadaire Air et Cosmos, le chef d’état-major de l’armée de l’air met ainsi en garde contre un « épuisement organique. »

Prudents, les politiques font leurs comptes. Parallèlement au renouvellement de la dissuasion, ils voient également les difficultés de la filière civile, avec l’entretien du parc de centrales d’EDF (50 milliards à 2025…) ou le sauvetage d’Areva qui se chiffre lui aussi en milliards. Une chose est sûre : le nucléaire sera l’un des grands dossiers du prochain Président. Ses choix engageront la France sur plusieurs décennies et se mesureront en dizaines de milliards.

 

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