Afrique, un autre regard

Publié le par ottolilienthal

République Centrafricaine

Une tutelle qui ne dit pas son nom

 

Après avoir « fait » l’actualité en 2013 et 2014, la République Centrafricaine est en train de retomber dans l’oubli. En décembre 2013, c’est le risque d’un « génocide » qui a justifié l’intervention militaire française sous mandat onusien (Sangaris), puis le déploiement d’une force internationale, la Minusca 1, qui atteint désormais officiellement 12 790 éléments, venus de 50 pays.

Causes plus structurelles du conflit

Il s’agissait de mettre un terme aux affrontements entre les miliciens de la Séléka, qui avaient pris le pouvoir par la force en mars 2013, et les miliciens dits antibalaka. Les uns étant musulmans, les autres pas, on a pu aisément adopter une lecture confessionnelle du conflit. Mais s’en tenir à une telle lecture risque d’obérer les causes plus structurelles du chaos actuel, que sont l’extrême pauvreté, la marginalité, le sentiment d’abandon de certaines régions, et leur instrumentalisation par des politiciens nationaux et des chefs de bandes armées.

Le relèvement, vraiment ?

En mars 2017, l’opération Sangaris est terminée, le président Faustin-Archange Touadera, démocratiquement élu en février 2016, dirige le pays depuis plus d’un an, et les bailleurs de l’urgence se tournent vers d’autres priorités, notamment la famine qui menace de nouveau la Corne de l’Afrique. Désormais en RCA, c’est la thématique de l’après-crise, du « relèvement », qui domine. La Banque Mondiale a ainsi piloté la rédaction du « Plan National de Relèvement et de Consolidation de la Paix 2017-2021 »… Quatre ans après la chute de Bangui aux mains des pillards de la Séléka, peut-on donc parler d’un retour à la normalité et d’une sortie de crise ?

La majeure partie du territoire est encore mise en coupe réglée par des groupes armés

 
 La réponse est non, clairement non.

La situation sécuritaire est tout sauf stabilisée, 15 groupes armés (clairement identifiés) sont actuellement actifs dans le pays, la menace d’une partition entre l’Est (tenu par des Ex-Séléka) et l’Ouest du pays demeure. La colère et la désespérance gagnent certains camps de déplacés et de réfugiés (au Cameroun par exemple). Quant à la « réconciliation entre Chrétiens et Musulmans », elle est dans tous les discours, mais encore rarement ni dans les têtes, ni dans les actes.

Pillage

La majeure partie du territoire (de 70 à 80%) échappe à tout contrôle gouvernemental - bien qu’on y ait quand même organisé des élections dites « libres ». Elle est encore « administrée » (entendez : mise en coupe réglée) par des groupes armés n’ayant d’autre légitimité que la violence de leurs kalachnikovs. Des villages sont régulièrement pillés, par exemple en ce début 2017 autour de Bambari, deuxième ville du pays, dont des factions de l’ex-Séléka et des anti-Balaka se disputent le contrôle. Sous le regard, bien souvent trop passif, des forces de la Minusca.

Agriculteurs contre éleveurs

Un retour à la normalité ? Répondre à cette question s’avère plus complexe qu’il n’y paraît. Cela oblige à se pencher sur ce qu’était ce pays avant la guerre de 2012-2013 : une population vivant essentiellement d’une agriculture de subsistance, très peu appuyée, enclavée, n’ayant souvent plus accès (si elle ne l’avait jamais eu) aux services essentiels que sont la santé et l’éducation primaires. La guerre a certes accru les difficultés de nombreux Centrafricains, les empêchant de cultiver leurs champs, les privant de leur bétail, empêchant les flux commerciaux, accroissant la sous-nutrition, etc.

C’est le manque de perspectives économiques qui a constitué une cause majeure du conflit récent

 

Mais l’extrême pauvreté prévalait avant la guerre, et il est bon de rappeler que c’est le manque de perspectives économiques qui a constitué une cause majeure du conflit récent, et de l’insécurité généralisée actuelle. Il faut donc que les populations aient d’autres perspectives que celles d’intégrer un groupe armé ou de travailler sur les chantiers de diamant si l’on veut stabiliser le pays à moyen terme. Par ailleurs, les tensions entre agriculteurs, chrétiens souvent, et les éleveurs, musulmans, existent depuis fort longtemps et n’ont pas de racine religieuse, elles sont liées à des conflits pour l’usage de l’espace utile : accès aux pâturages pour les uns, protection des champs pour les autres.

Contradiction

La pacification du pays passe donc prioritairement par un véritable développement agricole, qui devra d’une part être diffusé jusque dans les zones les plus périphériques, dont le Nord majoritairement musulman, d’où émergent les principaux groupes « rebelles », d’autre part promouvoir une meilleure articulation entre agriculture et élevage. La RCA est donc en proie à une contradiction fondamentale : pour construire la paix future, il faut penser et mettre rapidement en œuvre des programmes de développement, mais dans un contexte sécuritaire qui pour l’heure ne s’y prête guère sur une large partie du territoire. Face à cette contradiction, le système onusien peine à changer ses modes de pensée et d’action. Considérons deux exemples.

Le Conseil de Sécurité donne mandat à des forces de stabiliser un pays sans leur donner la capacité de neutraliser les fomenteurs d’instabilité

Le premier tient en l’acronyme bien connu de DDR (Désarmement Démilitarisation et Réinsertion des combattants). Ce processus de « peace building » a, par le passé, fait la preuve de son remarquable inefficacité 2 : frustrations des combattants face à la médiocrité des sommes reçues (quand elles le sont) ; encouragement des chefs de guerre et brigands de tous poils à s’ériger en « Général » pour être de la distribution ; sentiment d’impunité, alors qu’aux yeux de tous, victimes comme miliciens, ces dispositifs s’apparentent à des primes de départ (temporaire, le plus souvent) pour pillards.

Méthode Coué

Les instances onusiennes persistent pourtant dans ce dispositif, en espérant que peut-être cette fois, cela fonctionnera… Une telle méthode Coué semble peu à même de stabiliser le pays. D’autres pistes sont avancées : montrer plus de fermeté vis-à-vis des bandes armées, contrôler les zones diamantifères, qui permettent aux chefs de guerre de se financer (bien mieux que n’importe quel DDR !). Mais cela revient, soyons clair, à faire la guerre.

La passivité des forces de la Minusca exaspère de plus en plus la population centrafricaine

Tel n’est que très peu le cas actuellement, et au contraire, la passivité des forces de la Minusca exaspère de plus en plus la population centrafricaine. On a là l’usuelle contradiction des forces armées dites de pacification, à qui le Conseil de Sécurité des Nations Unis donne mandat de stabiliser un pays sans leur donner la capacité de neutraliser les principaux fomenteurs d’instabilité. En privé, des officiers français de Sangaris ont parfois amèrement regretté de ne pas pouvoir réellement montrer leur force aux milices, et de devoir se contenter de ramasser les cadavres. Beaucoup à Bangui doutent aussi de la capacité d’action de cet ensemble hétéroclite qu’est la Minusca, souffrant de lourdeurs bureaucratiques, disposant d’une infime minorité de forces spéciales réellement prêtes au combat, et d’un appui aérien très insuffisant.

Eviter la dépendance

Le second exemple des atermoiements de la « communauté internationale » tient aux modalités de l’appui à apporter aux populations. Un petit détour de présentation du système humanitaire s’avère ici nécessaire. Usuellement, au sein de ce système, on s’efforce de distinguer trois modalités d’actions et de coordination. La phase d’urgence tout d’abord, où il s’agit surtout de sauver des vies par des distributions de vivres, l’accueil de populations déplacées, etc. Vient ensuite la phase de relèvement, durant laquelle on appuie la reconstitution des moyens d’existence des populations (par exemple : distributions d’outillages, de semences). Durant cette phase, les organisations d’aide encouragent la relance économique locale, par exemple par le biais de programmes à « haute intensité de main d’œuvre » (qui ont le double objectif de distribuer du pouvoir d’achat et d’occuper les jeunes dits « désœuvrés »).

Phase de développement

Puis, lorsque la situation est stabilisée, que l’Etat retrouve une capacité d’action, que l’activité économique est relancée, on entre dans la phase du développement. La crise est alors considérée comme terminée, et les bailleurs de l’aide d’urgence (tels OCHA, la coordination Humanitaire des Nations Unies, ECHO, le financeur européen, ou encore le Programme Alimentaire Mondial), cèdent la place aux bailleurs du développement (Banque Mondiale, PNUD, FAO, etc.). Le débat sur la manière de passer au mieux d’une phase à l’autre est ancien, se focalisant en particulier sur les dangers de prolonger trop longtemps l’aide d’urgence, créant ainsi des phénomènes d’assistanat et de dépendance. Mais ce débat se pose avec plus d’acuité encore en RCA, où les trois situations coexistent, où des territoires passent régulièrement de l’une à l’autre, au gré des exactions des groupes armés, et où l’Etat est pour l’heure incapable de relayer les acteurs extérieurs.

Les bailleurs affirment vouloir appuyer la « résilience » des populations, une notion qui est devenue le mot-éponge du monde de l’aide

Cette complexité centrafricaine exige que le système humanitaire puisse faire preuve de flexibilité et de réactivité, sache dépasser ses logiques bureaucratiques et ses querelles de légitimité, parvienne à bien coordonner ses acteurs et ses bailleurs, et à allonger ses horizons de financement. Nous en sommes assez loin en RCA. Pourtant ce pays a durant un temps été présenté comme un champ d’expérimentation de nouvelles approches, tant pour le financement que pour l’action. En termes de financement, le fonds Bêkou, créé par l’Union Européenne, visait à regrouper les financements de bailleurs publics ou même privés, décaissés plus rapidement, plus « intégrés » (c’est-à-dire moins spécialisés qu’à l’accoutumée). Aujourd’hui en réalité, les thématiques financées par le Bêkou sont relativement classiques, et beaucoup d’humanitaires à Bangui en déplorent la lenteur (on parle de plus de 12 mois entre les soumissions de projets et leurs mises en œuvre).

Résilience

Plus généralement, en termes de programmes, les principaux bailleurs affirment vouloir appuyer la résilience des populations. Ce recours à la résilience n’est pas une spécificité centrafricaine, tant cette notion est devenue le mot-éponge du monde de l’aide ces dernières années. La résilience, nous dit-on, c’est appuyer les capacités des populations à se relever des chocs, à les anticiper, voire à s’y adapter à long terme, permettant de relier ces trois phases décrites ci-dessus, de l’urgence, du relèvement et du développement. Cela passe par un appui plus intégré, mieux coordonné, sur des durées plus longues.

Hégémonie et inefficacité

Mais on se heurte en RCA à de grandes difficultés lorsqu’il s’agit de faire de la résilience autre chose d’un slogan mobilisateur. La difficulté de l’action intégrée tout d’abord, alors que le monde de l’aide reste très sectorialisé : chaque acteur « fait » de la sécurité alimentaire, ou bien de l’assainissement, ou bien de la protection, en assumant, c’est ce qu’a porté l’ONU depuis 10 ans, que la spécialisation rend plus efficace. L’approche « caisses de résilience » de la FAO (Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture) constitue certes une tentative intéressante de décloisonnement, en liant pratiques agricoles, accès au crédit et cohésion sociale via l’appui à des groupements villageois, mais elle est encore limitée. La difficulté de la coordination ensuite.

En principe, chaque secteur technique (abris, sécurité alimentaire, éducation…) est géré par un « cluster », regroupant tous les acteurs concernés, les ONG notamment, sous l’égide d’une agence onusienne. Dans les faits ces clusters fonctionnent peu et mal, beaucoup d’ONG se plaignant en particulier de l’attitude à la fois hégémonique et inefficace des personnels onusiens.

Les provinces où des villages ne sont pas détruits et des habitants massacrés ne reçoivent rien, parce qu’elles n’entrent pas dans le radar humanitaire.

Enfin, la troisième difficulté est celle d’allonger les temporalités de financement, et de maintenir un appui effectif lorsque l’on quitte le temps de l’urgence. Plusieurs humanitaires dénoncent le fait que « les provinces où rien ne se passe [entendez : où des villages ne sont pas détruits et des habitants massacrés] n’ont rien », parce qu’elles n’entrent pas dans le radar humanitaire. Autre exemple, paradoxalement, l’afflux humanitaire a permis à certaines populations de (re)trouver un accès à des services de base, tels l’école, les soins primaires. Mais tout ceci n’est que temporaire : MSF (Médecins Sans Frontières) installe un hôpital dans une zone en crise, proposant des soins d’une qualité inédite pour les populations bénéficiaires, mais, en tant qu’ONG urgentiste, elle n’a pas vocation à rester durablement. Qu’adviendra-t-il alors lorsque l’on décrétera la fin de la crise, mais que l’Etat n’aura pas encore les capacités à prendre le relais des humanitaires ? Le retour à l’urgence sanitaire permanente, très probablement.

Contre « tous ceux qui ont de l’argent »

La RCA est aujourd’hui, disons-le simplement, un pays qui est de de fait sous tutelle onusienne, mais une tutelle dont on peine à identifier un véritable leadership (un rôle que ne souhaite plus jouer la France, ancienne puissance coloniale), et de claires perspectives pour les prochaines années. On relève d’ailleurs en 2017 une restriction drastique des budgets de l’aide, européens comme internationaux. Les promesses de dons (2,4 milliards de dollars) faites au sommet de Bruxelles sur la RCA, en novembre 2016, peinent à se concrétiser. Pourtant l’Etat centrafricain demeure aujourd’hui incapable d’assumer la moindre de ses fonctions régaliennes sans appui de quelque bailleur extérieur, et peine à s’extraire des vieilles habitudes de prédation développées depuis des décennies par les pouvoirs successifs.

Déception

La situation des populations, même dans les zones stabilisées, s’améliore trop lentement. Cela crée une déception vis-à-vis du pouvoir de Bangui élu en 2016. Mais plus encore, cela induit une hostilité croissante vis-à-vis des Nations Unies et des ONG internationales, bref contre « tous ceux qui ont l’argent », une hostilité là encore parfois instrumentalisée par des politiciens locaux. La tentation du désengagement de la communauté internationale est donc lourde de menaces pour l’avenir du pays. Cette tentation reflète une incapacité du système onusien à s’adapter aux complexes réalités centrafricaines, à assumer les exigences d’une tutelle internationale de fait, et appelée à durer.

Benoît Lallau, maître de conférences à Université de Lille, Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques

Perrine Benoist-Laissus, doctorante

 

  • 1. Mission multidimensionnelle intégrée de stabilisation des Nations unies en Centrafrique.
  • 2. Voir les travaux de l’anthropologue Louisa Lombard, de Yale University, notamment Making sense of the Central African Republic, dirigé avec T. Carayannis et publié aux éditions Zed Books en 2015.

Les Africains ont une responsabilité dans la traite des Noirs

L’écrivain congolais Alain Mabanckou s’attaque à un tabou de l’Afrique contemporaine concernant l'esclavage et la traite négrière.

«Il fait beau, il fait triste. Il y a Gorée, où saigne mon cœur, mes cœurs », clamait le poète-président Léopold Sédar Senghor dans ses «Lettres d’hivernage». «Je refuse de me définir par les larmes et le ressentiment», lui répond le Congolais Alain Mabanckou près de 40 ans plus tard. Lieu de mémoire de la traite sur les côtes occidentales de l’Afrique, l’île de Gorée sera-t-elle à jamais la larme qui coule sur la joue balafrée du continent?

Dans son dernier ouvrage «Le sanglot de l’Homme noir»Mabanckou assume un ton volontiers provocateur:

«je ne conteste pas les souffrances qu’ont subies et que subissent encore les Noirs. Je conteste la tendance à ériger ces souffrances en signe d’identité».

La traite des Noirs est une honte pour l’humanité. Un crime contre l’humanité. Qu’elle soit le fait des Européens, via l’Atlantique. Ou des Arabes, via le Sahara ou Zanzibar.

«Pourtant, il serait inexact d’affirmer que le Blanc capturait tout seul le Noir pour le réduire en esclavage. La part de responsabilité des Noirs dans la traite négrière reste un tabou parmi les Africains, qui refusent d’ordinaire de se regarder dans un miroir», assure Mabanckou.

Ce passage, extrait du chapitre «Le devoir de violence», constitue un des piliers de l’ouvrage. Il a pourtant été peu remarqué par les commentateurs à l’heure pourtant où l’Histoire (avec un grand H) des Noirs de France s’écrit, où les ouvrages et les articles se multiplient sur l’esclavage et la traite. A l’heure où la nouvelle Afrique émergente est moins encline à jouer le rôle de victime (de la traite, de la colonisation ou du capitalisme occidental) pour devenir un acteur incontournable dans le monde.

Des «négriers» noirs?

L’Afrique compte un milliard d’habitants aujourd’hui et en aura deux milliards en 2050. Que le monde le veuille ou non, il faudra compter avec le continent. Jamais l’humanité n’aura connu une telle explosion démographique dans un laps de temps aussi court.

Avec un habitant sur deux ayant moins de 20 ans, l’Afrique doit-elle toujours ressasser le passé de la traite et de l’esclavage? Ou mettre l’accent sur des figures plus positives, de résistants à la traite, aux colonisateurs (européens) et aux dictateurs (africains)?

L’Afrique peut-elle également  accepter avoir eu en son sein des «négriers»? Mabanckou pose la question:

«Faut-il sans cesse nier que pendant ce trafic les esclaves noirs étaient rassemblés puis conduits vers les côtes par d’autres Noirs ou par des Arabes?».

L’écrivain congolais, qui vit entre la France et les Etats-Unis, où il est professeur, n’est pas le premier à pointer du doigt la responsabilité africaine dans l’horreur de la traite.

Le Malien Yambo Ouologuen avait en 1968 revisité l’histoire africaine, soulignant que les horreurs de l’esclavage existaient sur le continent bien avant l’arrivée des Blancs. Et Mabanckou s’inscrit dans sa lignée, reprenant même le titre de son ouvrage «le devoir de mémoire» dans ce chapitre essentiel. Mais aujourd’hui, en France comme en Afrique, qui connaît Ouologuen? Qui le lit encore?

Mabanckou est, pour sa part, un des écrivains d’origine africaine les plus connus en France. Sinon le plus connu. Il est désormais un habitué des plateaux de la télévision tricolore. Sa voix porte.

Devoir de mémoire

En appelant les Africains à faire leur «devoir de mémoire», Mabanckou va sûrement heurter les bonnes consciences. La traite négrière constitue un sujet sensible. En France, l’esclavage a été supprimé une première fois en 1794, après la Révolution. Mais n’a été définitivement aboli qu’en 1848. L’esclavage et la traite n’ont été reconnus par la France comme crimes contre l’humanité que depuis une loi du 10 mai 2001.

Dix ans plus tard, le président français Nicolas Sarkozy, qui a des choses à se faire pardonner en Afrique après son calamiteux discours de Dakar, déclarait: «la traite et l’esclavage furent les premiers crimes contre l’humanité. Cet esclavage fut pire que celui de l’Antiquité car il ne trouva pas seulement sa justification dans l’appât du gain mais aussi et même d’abord dans le racisme».

La même année, la traite négrière a pour la première fois été officiellement commémorée en Afrique. Une cérémonie baptisée «Atlantique noir» s’est déroulée sur un bateau faisant la traversée entre Dakar et Gorée. Tout un symbole.

«Il faut se rappeler du passé pour comprendre les racines du présent, mais il est également important de construire un discours de prospective et de dépassement», avait à cette occasion souligné le directeur du patrimoine culturel du ministère sénégalais de la Culture Hamady Bocoum.

Lors d’une table-ronde en 2007 à Gorée, il s’était déjà demandé «pourquoi cette traite a eu pour cadre l’Afrique et a duré si longtemps, pourquoi l’Afrique n’a pas su bien résister?». Avant de donner un élément de réponse: «Quand un peuple est vaincu, il y a forcément des collaborateurs».

Maison des esclaves

Dans la «Maison des esclaves» de Gorée, Boubacar Joseph Ndiaye a pendant quatre décennies été le défenseur de la mémoire des victimes de la traite. S’il prenait parfois quelques libertés avec la réalité historique, il n’avait pas son pareil pour faire revivre les heures sombres de l’île. Il avait accueilli les grands de ce monde, du président américain Bill Clinton au Pape Jean-Paul II.

Disparu en février 2009, le conservateur avait publié trois ans plus tôt «Il fut un jour à Gorée, l’esclavage racontée à nos enfants». Il racontait notamment comment des «guerriers» africains vendaient leurs captifs aux négriers européens.

Cette figure de la mémoire africaine, ancien tirailleur, concluait ainsi son ouvrage:

«mon intention n’est pas de perpétuer les rancunes et encore moins la haine, mais de vous expliquer, à vous les enfants du monde, qu’il faut rester vigilants. Les combats pour la liberté humaine n’ont pas de fin».

Comme le disait l’écrivain martiniquais Edouard Glissant: «l’esclave de l’esclavage est celui qui ne veut pas savoir».

Adrien Hart

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Adrien Hart

Adrien Hart est journaliste, spécialiste de l'Afrique.

En un demi-siècle, l’Afrique a dilapidé son héritage colonial

 

Nous assistons à un effondrement de l’Afrique et du Moyen Orient, lesquels retournent à leurs démons ancestraux. C’est le retour de la barbarie et des atrocités en tout genre. La chute des despotes arabes, qui n’étaient pas des saints certes, mais qui avaient l’immense mérite d’être un rempart contre les islamistes, a conduit l’ensemble du Moyen Orient au chaos absolu, avec persécution des chrétiens, des minorités et des femmes qui ont perdu toute liberté. C’est un bond en arrière de mille ans auquel nous assistons. La sauvagerie des islamistes n’a plus de limite, allant même jusqu’à détruire les joyaux du patrimoine culturel mondial.

Quant à l’Afrique, elle a dilapidé en un demi siècle l’héritage colonial, sombrant dans les guerres ethniques, la corruption et l’insécurité généralisées. Rappelons qu’en 1960 les pays africains avaient un niveau de vie supérieur à toute l’Asie, Japon excepté. Aujourd’hui, la Corée du Sud ou Taïwan ont un niveau de vie trente fois supérieur à celui de la Côte d’Ivoire ou du Kenya. Selon une étude de l’organisation humanitaire Oxfam, les guerres en Afrique ont englouti la totalité des aides internationales. Depuis l’indépendance ce sont plus de cent conflits armés qui ont ensanglanté le continent. Toujours selon l’Oxfam, l’Afrique perd 18 milliards de dollars par an dans ces conflits multiples. Le naufrage est quasi général. En Somalie et en Centrafrique il n’y a plus d’Etat. Au Zimbabwe, jadis grenier à blé du continent, l’indétrônable despote Mugabe a affamé son peuple en chassant les 4000 fermiers blancs et en redistribuant leurs terres à des incapables de son clan qui les ont laissées en friche. Une thèse de doctorat ne suffirait pas pour énumérer les turpitudes de certains dirigeants africains qui ont saigné leur peuple et rempli leurs comptes en Suisse. Malgré son pétrole et ses immenses ressources géologiques, l’Afrique s’appauvrit tout en ayant reçu la plus grande partie de l’aide mondiale aux pays pauvres. Aider l’Afrique, c’est donc mission impossible. Avec son milliard d’habitants, celle ci produit la moitié du PIB français, c’est tout dire. L’essentiel provenant du pétrole et des matières premières qui profitent à une minorité. Sur le plus riche continent de la planète au plan géologique, un habitant vit avec 4 dollars par jour en moyenne.

Par conséquent, les obsédés de la repentance qui font l’éternel procès de la colonisation seraient bien avisés de faire aussi le bilan d’un demi siècle d’indépendance. J’ajoute, au cas où ces donneurs de leçon l’ignoreraient, qu’en arrivant en Afrique nous avons trouvé l’esclavage, le cannibalisme, les sacrifices humains, les guerres tribales, les famines et les épidémies. Et je note que si la traite atlantique fut un crime contre l’humanité que la France a officiellement reconnu en 2005, la traite inter africaine et la traite arabo-islamique n’ont jamais suscité la moindre émotion chez nos bonnes âmes de la bien-pensance, bien qu’elles aient fait tout autant de victimes et que l’esclavage perdure de nos jours dans certaines contrées. Repentance à sens unique comme toujours, puisque les Occidentaux ont le monopole du mal comme chacun sait. Mais c’est pourtant chez les abominables racistes et esclavagistes que nous sommes, que déferlent des dizaines de milliers de déshérités venus d’Afrique et du Moyen Orient.

Cette nouvelle immigration de masse qui laisse l’Europe complètement désemparée, illustre à merveille l’irresponsabilité des dirigeants européens qui ont imaginé l’espace Schengen et ses frontières passoire. Il est grand temps que la France récupère la maîtrise de ses frontières et repense sa politique d’immigration, loin des délires bruxellois qui nous mènent à la catastrophe en accueillant toute la misère du monde. Il y a bien longtemps que l’immigration n’est plus une chance pour la France. En quoi un pauvre sans aucune qualification, souvent illettré, serait un atout pour une économie moderne et performante ? N’en déplaise aux tiers-mondistes, il y a bien longtemps que les emplois non qualifiés sont occupés par les précédentes vagues d’immigration. Les Français le savent, et si les autorités durcissent encore la législation pour interdire tout débat sur ce sujet tabou, au mépris le plus total de la liberté d’expression, c’est tout simplement parce qu’elles ont perdu le contrôle de la situation. Il faudra bientôt consulter son avocat avant de débattre sur l’immigration, de son incidence sur le terrorisme, l’insécurité ou le chômage, mais aucune loi ne pourra empêcher les citoyens d’exprimer leur sentiment dans les urnes….

Et une loi ça peut s’abroger afin de rendre la parole au peuple !

 

Jacques Guillemain

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