Afrique..

Publié le par ottolilienthal

« Si l’Afrique veut se décoloniser, elle doit sortir de la tutelle dans laquelle elle s’est installée »

 

 

 

 

Tribune. Dans la grande majorité des pays d’Afrique, le droit à l’autodétermination des peuples, autour duquel s’est mobilisé le mouvement des indépendances, n’a pas affranchi les structures de la gouvernance de l’imaginaire colonial. Soixante ans après les indépendances, la précarisation, la violence et la domination structurent toujours le rapport entre les Etats et leurs populations. Ce qui non seulement confine les Etats dans une inefficacité structurelle et normative, mais surtout érige la procuration et l’extraversion comme les modalités privilégiées de l’exercice de la souveraineté.

Par procuration, il faut entendre que les gouvernements africains passent, pour gérer les questions liées à la justice sociale, à la santé et à la sécurité, par l’intermédiaire de la communauté internationale ou des politiques d’aide au développement des gouvernements occidentaux. L’extraversion consiste dans le fait de solliciter constamment l’aide extérieure. C’est une forme de gouvernance tournée exclusivement vers le soutien des pays riches.

 

C’est très exactement cette dynamique contradictoire de la souveraineté, qui allie dans une même logique la souveraineté et la dépendance, que manifestent les problématiques soulevées par l’opération « Barkhane », le franc CFA, l’aide au développement ou encore la lutte contre l’épidémie Ebola. Mais comment expliquer que les prérogatives qui définissent véritablement l’institution de la souveraineté font l’objet de troc entre les gouvernements africains et les puissances qui dominent l’environnement international ?

Généalogie de la souveraineté en Afrique

Pour comprendre, il importe tout d’abord de relever que l’institution de la souveraineté de l’Etat en Afrique n’a aucun fondement endogène. Loin d’être le résultat d’une interrogation sur les principes normatifs censés garantir l’existence d’un peuple pensé comme une communauté d’intérêts, l’idée d’un Etat souverain y est juste la conséquence d’une transformation de l’ordre légal international. C’est en effet l’instauration du régime de la souveraineté « négative » au niveau international qui a obligé à reconnaître comme Etats souverains les pays décolonisés. Alors que traditionnellement, c’est la souveraineté « positive », c’est-à-dire la capacité de gouvernance et l’indépendance effective qui déterminaient l’acquisition de la souveraineté au niveau international, le droit à l’autodétermination des peuples allait faire de la non-soumission à une entité extérieure une condition essentielle à la reconnaissance internationale des Etats.

Ainsi, sous l’effet de la décolonisation de l’après-guerre, l’instauration de ce nouveau régime de la souveraineté « négative » a conduit à la création d’Etats, souverains au regard du droit international, mais en réalité lourdement amputés de la dimension positive de la souveraineté. En fait, le droit à l’autodétermination des peuples a donné naissance à ce que Robert Jackson a admirablement appelé les « quasi-States » : des Etats qui existent légalement, mais dont la réalité empirique demeure une illusion, car ces dits Etats sont structurellement incapables d’assumer les prérogatives liées entre autres à la justice sociale, à la sécurité et à l’unité nationale. Paradoxalement donc, l’indépendance s’est traduite par l’institution d’Etats souverains dépendants, sous perfusion internationale, consacrant une forme de souveraineté assujettie. Le philosophe politique allemand Thomas Pogge a déjà analysé, dans World Poverty and Human Rights, les conséquences négatives sur les populations africaines et le système international lui-même de cette dynamique contradictoire de la souveraineté des Etats africains.

Lire aussi Le « Y’en a marre de la France » des mouvements citoyens africains

Mais ce qui interpelle davantage aujourd’hui, c’est l’entretien et la longévité de cette forme de souveraineté assujettie de l’Etat en Afrique. Nous y sommes encore, soixante ans après les indépendances. Ainsi, au-delà des considérations liées au rapport de pouvoir au niveau international, c’est tout d’abord les idéologies des indépendances et les pratiques de gouvernance auxquelles celles-ci ont donné lieu qu’il faudrait interroger. Comment expliquer que le panafricanisme et le socialisme africain n’aient pas favorisé l’émergence d’un Etat effectif et représentatif ? Comment comprendre cette étrange cohabitation entre ces idéologies et les pratiques du pouvoir qui ont démembré structurellement et normativement l’Etat en Afrique ?

En effet, les idéologies de l’indépendance n’ont pas pris au sérieux les problèmes éthiques et politiques de la vie commune. L’erreur a été de croire que la contestation du colonialisme et le rappel incessant de la nécessité de valoriser la culture africaine suffisaient à fonder une communauté d’intérêts mue par le désir de vivre ensemble selon des principes normatifs discutés et acceptés par tous.

Continuité des pratiques

Derrière, c’est toute la question du politique, en tant qu’elle s’apparente à une mise en ordre des interactions humaines d’une manière qui rende possible l’institution d’un espace public régi par une morale minimale commune, qui a été oblitérée par le panafricanisme et le socialisme des indépendances. Cette négation du politique a eu son lieu d’expression privilégié dans la conception d’une nation et d’une unité nationale véhiculée par les tenants du panafricanisme et du socialisme.

La définition de la nation impliquait a priori le rejet du pluralisme et une suspicion à l’égard des dispositifs de contestation publique : la nation, c’était exclusivement le chef. Or cette identification entre la personne du chef et celle de la nation a non seulement dépossédé le peuple de son pouvoir symbolique, mais elle a enraciné des modes de gouvernance contraires à l’épanouissement d’un Etat souverain : néopatrimonialisme, criminalité, recours à l’aide au développement et tripatouillage constitutionnel.

 

A bien des égards, l’Afrique contemporaine s’inscrit dans la continuité de ces pratiques de la gouvernance qui ne se maintiennent qu’à la faveur de l’inefficacité et donc de l’assujettissement de l’Etat.

C’est pourquoi la lucidité à l’égard de soi-même exigerait que la jeunesse africaine ne se trompe pas en s’enlisant dans une éternelle dénonciation de la « Françafrique ». Si l’Afrique n’est pas encore souveraine, c’est parce qu’elle refuse, politiquement, de sortir de cet état de minorité, de tutelle, dans laquelle elle s’est volontairement installée. Le temps est venu de savoir ce que peut l’Afrique pour elle-même, indépendamment du monde. Ainsi s’amorcera le début de la décolonisation de l’Afrique par elle-même.

Amadou Sadjo Barry est professeur de philosophie au Collège d’enseignement général et professionnel de Saint-Hyacinthe, au Québec.

Expropriations forcées en Afrique du Sud : un air de Zimbabwe ?

 

En Afrique du Sud, depuis un an, l’épineuse question de redistribution des terres revient sur le devant de la scène en cette période électorale.

 


Un article de Libre Afrique

Le 23 mars 2019, alors qu’il remettait les titres de propriété aux descendants des membres de la tribu des Griquas, expropriés dans les années 1920, le président Cyril Ramaphosa a annoncé l’accélération du processus de la réforme agraire promettant des expropriations sans compensations pour redistribuer les terres aux Noirs.

Depuis un an, l’épineuse question de redistribution des terres revient sur le devant de la scène en cette période marquée par la campagne pour les élections du 8 mai prochain. En se référant au cas du Zimbabwe, que risque la nation arc-en-ciel en instaurant une telle politique ?

Des motivations politiques au détriment de la logique économique

Officiellement, le gouvernement sud-africain envisage l’expropriation des terres sans compensations pour accroître la productivité et assurer la sécurité alimentaire. Du déjà vu avec le Zimbabwe de Mugabe qui a fait de ces réformes agraires son cheval de bataille durant tout son règne.

Ceci étant, déconstruire un système qui génère plus de 10 milliards de rands par an pour le remplacer serait une folie. L’échec du Zimbabwe est là pour en témoigner. Le projet d’expropriation des terres ne date pas d’aujourd’hui mais le moment choisi et la procédure respirent le détournement politique.

Comme Mugabe, l’ANC instrumentalise la réforme agraire pour redorer son blason auprès de ses électeurs, surtout après les scandales de corruption (cas de Jacob Zuma) qui ont terni l’image du vieux parti noir. L’ANC tente également de se positionner pour contrer la montée en puissance du parti radical Economic Freedom Figthers, grand défenseur de cette cause. Autrement dit, ce n’est pas l’accès des Noirs à la propriété foncière qui préoccupe les dirigeants de l’ANC, mais bel et bien la sauvegarde de leur pouvoir.

Le risque de chute de la production agricole en Afrique du Sud

Les fermiers blancs, qui détiennent environ 73 % des terres, assurent à eux seuls plus de 80 % de la production agricole en Afrique du Sud. Ils permettent à l’État, grâce à l’agriculture commerciale, de générer plusieurs milliards de rands mais aussi de faire vivre plus de 160 000 ouvriers noirs et leurs familles.

Retirer les terres à ces hommes qui nourrissent les Sud-Africains grâce à leur productivité et qui assurent l’essentiel des matières premières agricoles aux industries revient à déséquilibrer tout cet écosystème avec un réel risque de déstabilisation de l’économie sud-africaine.

Au Zimbabwe, suite à des mesures similaires prises par le gouvernement de Mugabe, la production agricole n’avait pas tardé à chuter. Les revenus du tabac, par exemple, sont passés de 400 millions à 105 millions de dollars en seulement trois ans (2000 à 2003). En termes d’alimentation le Zimbabwe était le grenier de l’Afrique, mais en seulement dix ans (1998 à 2008), environ 5 millions de citoyens, soit la moitié de la population, ont désormais besoin d’aide alimentaire.

Cette crise était étroitement liée à la baisse de production céréalière, notamment le maïs et le blé qui ont enregistré respectivement des baisses de 28 % et 40 % en 2007. Ce déficit de production s’explique par plusieurs autres facteurs connexes que le projet d’expropriation des terres n’a pas pris en compte.

Manque de compétences des producteurs noirs

Au Zimbabwe, les réformes agraires enclenchées ont mis à nu l’incapacité des producteurs noirs à prendre la relève des fermiers blancs qui à eux seuls produisaient environ 70 % de la production agricole annuelle. Pis, les réformes consistaient en réalité à arracher aux Blancs les terres pour les redistribuer, non pas aux pauvres, mais – et plus particulièrement les meilleurs lots – aux leaders politiques proches du pouvoir, généralement anciens combattants de la guerre d’indépendance, et à une petite minorité de paysans noirs sans ressources suffisantes pour faire mieux que les Blancs.

Finalement, les terres sont restées inexploitées, causant le recul de la production. Tout comme le Zimbabwe, l’Afrique du Sud risque de subir le même sort. Tous les Noirs revendiquent ces terres alors qu’ils n’ont pas les compétences et encore moins la volonté nécessaire pour se substituer aux producteurs blancs.

Au Zimbabwe, les terres ont été redistribuées aux Noirs, mais ils n’avaient ni les infrastructures adéquates ni de financement et encore moins de l’eau pour produire. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils ont tous revendu ces terres qui ne valaient pas grand-chose pour eux.

Violation antisociale des droits de propriété

Arracher les terres de force sans verser des compensations aux propriétaires constitue une violation grave des droits fondamentaux de propriété reconnus aux fermiers blancs depuis les indépendances. Avec une telle réforme, le signal envoyé aux futurs investisseurs est négatif car ils n’auront aucune garantie que leurs biens et capitaux seront sécurisés.

Or, faire fuir les investisseurs aussi bien locaux qu’étrangers compromettra la création de richesse et d’emplois en Afrique du Sud. Pour rappel, leur retrait lors des réformes au Zimbabwe a précipité l’effondrement de l’économie agricole. Plus de 35 000 ouvriers agricoles sont envoyés en chômage suite à la ruine des fermes agricoles autrefois productives. Au total ce sont plus de 800 000 personnes dépendant directement des fermiers blancs qui se sont retrouvées sans sources de revenus.

L’économie a pris un coup fatal avec une chute de 40 % du PIB en dix ans (1998 à 2008). Une réforme sensée résoudre les problèmes de la masse devient ainsi pire que le problème de départ. L’insécurité alimentaire et le chômage sont deux risques plausibles qui pourraient contraindre les Sud-Africains à l’exil, comme ce fut le cas pour la majorité des Zimbabwéens.

Bref, le projet d’expropriation des terres en Afrique du Sud est une manipulation politique et non une réforme socio-économique.  L’effondrement de l’économie zimbabwéenne doit servir d’exemple à la classe dirigeante sud-africaine. Si une réforme agraire est nécessaire, celle-ci ne doit pas être implémentée au détriment du respect des droits de propriétés, lesquels constituent les fondations de toute économie. Leur non-respect conduit fatalement à l’effondrement de toute l’économie, à l’image du Zimbabwe.

Sur le web

 
  1. Narcisse Oredje est un blogueur tchadien.

Le scandale des carburants pour l’Afrique

Editorial. Il n’y a aucune fatalité à ce que l’Afrique soit condamnée à utiliser des carburants nocifs fabriqués par des groupes peu scrupuleux, encouragés par des normes laxistes.

 

Editorial du « Monde ». Le scandale dure depuis des dizaines d’années. Des multinationales du négoce de produits pétroliers livrent en toute légalité un poison invisible en Afrique. Il s’agit de carburants de basse qualité volontairement mélangés à des produits chimiques à la toxicité bien connue. Il en ressort un sinistre cocktail de diesel et d’essence extrêmement polluant, émettant de grandes qualités de particules fines et à la teneur en soufre parfois 1 000 fois supérieure aux normes européennes.

La police environnementale des Pays-Bas vient de publier un rapport d’enquête sur le « dirty diesel », confirmant les résultats d’une étude rigoureuse publiée par l’Organisation non gouvernementale (ONG) suisse Public Eye, deux ans plus tôt. Le business des carburants toxiques tourne à plein régime et est pratiqué sans retenue par des grands groupes pétroliers et des mastodontes du négoce, aussi discrets qu’impitoyables dans leurs pratiques commerciales dépourvues d’éthique. C’est l’Afrique, se disent-ils sans doute. Le fait que les courtiers utilisent les termes de « qualité africaine » n’a rien d’anodin.

Un poison qui se répand partout en Afrique de l’Ouest

 

Leurs firmes ne se contentent pas de produire ce « dirty diesel » à quai ou en pleine mer, pour être plus discrètes. Elles l’exportent à bord de leurs tankers les plus vétustes, le distribuent à travers leurs réseaux de stations essence, parfois mis en place à l’issue de négociations opaques avec les dirigeants, de qui elles ont obtenu des parts dans des champs pétroliers et des pipelines.

Ce poison se répand ensuite partout en Afrique de l’Ouest, car il est recraché sous forme d’émissions polluantes par des voitures hors d’âge dont l’Europe se débarrasse, parce qu’elles ne sont plus aux normes occidentales. Ce scandale s’ajoute à d’autres fléaux : guerres, coups d’Etat, affaires de corruption, tragédies environnementales, dont l’or noir est systématiquement à l’origine. C’est, par exemple, ce qui se déroule au sud du Nigeria, dans la région du delta du Niger, ravagée par le pétrole, source de richesse potentielle devenue venin. Des milliers de fuites des exploitations du géant anglo-néerlandais Shell ont souillé peut-être à jamais l’un des écosystèmes les plus fragiles et précieux du continent.

Derrière le business du « dirty diesel », des grandes sociétés qui n’ont cure de l’environnement et de la santé des populations et tirent un maximum de profit de la faiblesse des normes en vigueur en Afrique. Ici s’applique la loi cynique de l’offre, qui s’adapte à une demande peu exigeante, parce que moins solvable. Rien d’illégal dans tout cela, car, jusqu’à présent, il n’est pas interdit d’exporter des carburants hautement soufrés.

Lire aussi :   Des géants du pétrole livrent de l’essence toxique à l’Afrique de l’Ouest

Toutefois, les choses commencent enfin à bouger. La plupart des Etats d’Afrique de l’Ouest, incités par le Programme des Nations unies pour l’environnement, se sont engagés à réduire drastiquement la teneur en soufre autorisée dans le diesel et appliquent peu à peu des standards internationaux. Mais ce mouvement est encore trop timide, car il se heurte à la pression des lobbys pétroliers et au renchérissement du prix à la pompe qu’il implique.

Du côté européen, il faut miser sur la crainte d’une mauvaise publicité pour que les acteurs pétroliers arrêtent de se livrer à ces pratiques peu reluisantes et pour que les gouvernements cessent de fermer les yeux. Il n’y a aucune fatalité à ce que l’Afrique soit condamnée à utiliser des carburants nocifs fabriqués par des groupes peu scrupuleux, encouragés par des normes laxistes.

 

LE MONDE |

Les Africains ont une responsabilité dans la traite des Noirs

L’écrivain congolais Alain Mabanckou s’attaque à un tabou de l’Afrique contemporaine concernant l'esclavage et la traite négrière.

«Il fait beau, il fait triste. Il y a Gorée, où saigne mon cœur, mes cœurs », clamait le poète-président Léopold Sédar Senghor dans ses «Lettres d’hivernage». «Je refuse de me définir par les larmes et le ressentiment», lui répond le Congolais Alain Mabanckou près de 40 ans plus tard. Lieu de mémoire de la traite sur les côtes occidentales de l’Afrique, l’île de Gorée sera-t-elle à jamais la larme qui coule sur la joue balafrée du continent?

Dans son dernier ouvrage «Le sanglot de l’Homme noir»Mabanckou assume un ton volontiers provocateur:

«je ne conteste pas les souffrances qu’ont subies et que subissent encore les Noirs. Je conteste la tendance à ériger ces souffrances en signe d’identité».

La traite des Noirs est une honte pour l’humanité. Un crime contre l’humanité. Qu’elle soit le fait des Européens, via l’Atlantique. Ou des Arabes, via le Sahara ou Zanzibar.

«Pourtant, il serait inexact d’affirmer que le Blanc capturait tout seul le Noir pour le réduire en esclavage. La part de responsabilité des Noirs dans la traite négrière reste un tabou parmi les Africains, qui refusent d’ordinaire de se regarder dans un miroir», assure Mabanckou.

Ce passage, extrait du chapitre «Le devoir de violence», constitue un des piliers de l’ouvrage. Il a pourtant été peu remarqué par les commentateurs à l’heure pourtant où l’Histoire (avec un grand H) des Noirs de France s’écrit, où les ouvrages et les articles se multiplient sur l’esclavage et la traite. A l’heure où la nouvelle Afrique émergente est moins encline à jouer le rôle de victime (de la traite, de la colonisation ou du capitalisme occidental) pour devenir un acteur incontournable dans le monde.

Des «négriers» noirs?

L’Afrique compte un milliard d’habitants aujourd’hui et en aura deux milliards en 2050. Que le monde le veuille ou non, il faudra compter avec le continent. Jamais l’humanité n’aura connu une telle explosion démographique dans un laps de temps aussi court.

Avec un habitant sur deux ayant moins de 20 ans, l’Afrique doit-elle toujours ressasser le passé de la traite et de l’esclavage? Ou mettre l’accent sur des figures plus positives, de résistants à la traite, aux colonisateurs (européens) et aux dictateurs (africains)?

L’Afrique peut-elle également  accepter avoir eu en son sein des «négriers»? Mabanckou pose la question:

«Faut-il sans cesse nier que pendant ce trafic les esclaves noirs étaient rassemblés puis conduits vers les côtes par d’autres Noirs ou par des Arabes?».

L’écrivain congolais, qui vit entre la France et les Etats-Unis, où il est professeur, n’est pas le premier à pointer du doigt la responsabilité africaine dans l’horreur de la traite.

Le Malien Yambo Ouologuen avait en 1968 revisité l’histoire africaine, soulignant que les horreurs de l’esclavage existaient sur le continent bien avant l’arrivée des Blancs. Et Mabanckou s’inscrit dans sa lignée, reprenant même le titre de son ouvrage «le devoir de mémoire» dans ce chapitre essentiel. Mais aujourd’hui, en France comme en Afrique, qui connaît Ouologuen? Qui le lit encore?

Mabanckou est, pour sa part, un des écrivains d’origine africaine les plus connus en France. Sinon le plus connu. Il est désormais un habitué des plateaux de la télévision tricolore. Sa voix porte.

Devoir de mémoire

En appelant les Africains à faire leur «devoir de mémoire», Mabanckou va sûrement heurter les bonnes consciences. La traite négrière constitue un sujet sensible. En France, l’esclavage a été supprimé une première fois en 1794, après la Révolution. Mais n’a été définitivement aboli qu’en 1848. L’esclavage et la traite n’ont été reconnus par la France comme crimes contre l’humanité que depuis une loi du 10 mai 2001.

Dix ans plus tard, le président français Nicolas Sarkozy, qui a des choses à se faire pardonner en Afrique après son calamiteux discours de Dakar, déclarait: «la traite et l’esclavage furent les premiers crimes contre l’humanité. Cet esclavage fut pire que celui de l’Antiquité car il ne trouva pas seulement sa justification dans l’appât du gain mais aussi et même d’abord dans le racisme».

La même année, la traite négrière a pour la première fois été officiellement commémorée en Afrique. Une cérémonie baptisée «Atlantique noir» s’est déroulée sur un bateau faisant la traversée entre Dakar et Gorée. Tout un symbole.

«Il faut se rappeler du passé pour comprendre les racines du présent, mais il est également important de construire un discours de prospective et de dépassement», avait à cette occasion souligné le directeur du patrimoine culturel du ministère sénégalais de la Culture Hamady Bocoum.

Lors d’une table-ronde en 2007 à Gorée, il s’était déjà demandé «pourquoi cette traite a eu pour cadre l’Afrique et a duré si longtemps, pourquoi l’Afrique n’a pas su bien résister?». Avant de donner un élément de réponse: «Quand un peuple est vaincu, il y a forcément des collaborateurs».

Maison des esclaves

Dans la «Maison des esclaves» de Gorée, Boubacar Joseph Ndiaye a pendant quatre décennies été le défenseur de la mémoire des victimes de la traite. S’il prenait parfois quelques libertés avec la réalité historique, il n’avait pas son pareil pour faire revivre les heures sombres de l’île. Il avait accueilli les grands de ce monde, du président américain Bill Clinton au Pape Jean-Paul II.

Disparu en février 2009, le conservateur avait publié trois ans plus tôt «Il fut un jour à Gorée, l’esclavage racontée à nos enfants». Il racontait notamment comment des «guerriers» africains vendaient leurs captifs aux négriers européens.

Cette figure de la mémoire africaine, ancien tirailleur, concluait ainsi son ouvrage:

«mon intention n’est pas de perpétuer les rancunes et encore moins la haine, mais de vous expliquer, à vous les enfants du monde, qu’il faut rester vigilants. Les combats pour la liberté humaine n’ont pas de fin».

Comme le disait l’écrivain martiniquais Edouard Glissant: «l’esclave de l’esclavage est celui qui ne veut pas savoir».

Adrien Hart

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Adrien Hart

Adrien Hart est journaliste, spécialiste de l'Afrique.

En un demi-siècle, l’Afrique a dilapidé son héritage colonial

 

Nous assistons à un effondrement de l’Afrique et du Moyen Orient, lesquels retournent à leurs démons ancestraux. C’est le retour de la barbarie et des atrocités en tout genre. La chute des despotes arabes, qui n’étaient pas des saints certes, mais qui avaient l’immense mérite d’être un rempart contre les islamistes, a conduit l’ensemble du Moyen Orient au chaos absolu, avec persécution des chrétiens, des minorités et des femmes qui ont perdu toute liberté. C’est un bond en arrière de mille ans auquel nous assistons. La sauvagerie des islamistes n’a plus de limite, allant même jusqu’à détruire les joyaux du patrimoine culturel mondial.

Quant à l’Afrique, elle a dilapidé en un demi siècle l’héritage colonial, sombrant dans les guerres ethniques, la corruption et l’insécurité généralisées. Rappelons qu’en 1960 les pays africains avaient un niveau de vie supérieur à toute l’Asie, Japon excepté. Aujourd’hui, la Corée du Sud ou Taïwan ont un niveau de vie trente fois supérieur à celui de la Côte d’Ivoire ou du Kenya. Selon une étude de l’organisation humanitaire Oxfam, les guerres en Afrique ont englouti la totalité des aides internationales. Depuis l’indépendance ce sont plus de cent conflits armés qui ont ensanglanté le continent. Toujours selon l’Oxfam, l’Afrique perd 18 milliards de dollars par an dans ces conflits multiples. Le naufrage est quasi général. En Somalie et en Centrafrique il n’y a plus d’Etat. Au Zimbabwe, jadis grenier à blé du continent, l’indétrônable despote Mugabe a affamé son peuple en chassant les 4000 fermiers blancs et en redistribuant leurs terres à des incapables de son clan qui les ont laissées en friche. Une thèse de doctorat ne suffirait pas pour énumérer les turpitudes de certains dirigeants africains qui ont saigné leur peuple et rempli leurs comptes en Suisse. Malgré son pétrole et ses immenses ressources géologiques, l’Afrique s’appauvrit tout en ayant reçu la plus grande partie de l’aide mondiale aux pays pauvres. Aider l’Afrique, c’est donc mission impossible. Avec son milliard d’habitants, celle ci produit la moitié du PIB français, c’est tout dire. L’essentiel provenant du pétrole et des matières premières qui profitent à une minorité. Sur le plus riche continent de la planète au plan géologique, un habitant vit avec 4 dollars par jour en moyenne.

Par conséquent, les obsédés de la repentance qui font l’éternel procès de la colonisation seraient bien avisés de faire aussi le bilan d’un demi siècle d’indépendance. J’ajoute, au cas où ces donneurs de leçon l’ignoreraient, qu’en arrivant en Afrique nous avons trouvé l’esclavage, le cannibalisme, les sacrifices humains, les guerres tribales, les famines et les épidémies. Et je note que si la traite atlantique fut un crime contre l’humanité que la France a officiellement reconnu en 2005, la traite inter africaine et la traite arabo-islamique n’ont jamais suscité la moindre émotion chez nos bonnes âmes de la bien-pensance, bien qu’elles aient fait tout autant de victimes et que l’esclavage perdure de nos jours dans certaines contrées. Repentance à sens unique comme toujours, puisque les Occidentaux ont le monopole du mal comme chacun sait. Mais c’est pourtant chez les abominables racistes et esclavagistes que nous sommes, que déferlent des dizaines de milliers de déshérités venus d’Afrique et du Moyen Orient.

Cette nouvelle immigration de masse qui laisse l’Europe complètement désemparée, illustre à merveille l’irresponsabilité des dirigeants européens qui ont imaginé l’espace Schengen et ses frontières passoire. Il est grand temps que la France récupère la maîtrise de ses frontières et repense sa politique d’immigration, loin des délires bruxellois qui nous mènent à la catastrophe en accueillant toute la misère du monde. Il y a bien longtemps que l’immigration n’est plus une chance pour la France. En quoi un pauvre sans aucune qualification, souvent illettré, serait un atout pour une économie moderne et performante ? N’en déplaise aux tiers-mondistes, il y a bien longtemps que les emplois non qualifiés sont occupés par les précédentes vagues d’immigration. Les Français le savent, et si les autorités durcissent encore la législation pour interdire tout débat sur ce sujet tabou, au mépris le plus total de la liberté d’expression, c’est tout simplement parce qu’elles ont perdu le contrôle de la situation. Il faudra bientôt consulter son avocat avant de débattre sur l’immigration, de son incidence sur le terrorisme, l’insécurité ou le chômage, mais aucune loi ne pourra empêcher les citoyens d’exprimer leur sentiment dans les urnes….

Et une loi ça peut s’abroger afin de rendre la parole au peuple !

 

Jacques Guillemain

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