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croissance et décroissance sont dans un bateau..

Publié le par ottolilienthal

La surconsommation et l'économie de croissance sont les principaux moteurs des crises environnementales


: "54 ans après l'article de Kenneth Boulding "The Economics of the coming spaceship Earth" (https://lnkd.in/ejMCc_A ), où l'on pouvait déjà lire que dans un système fermé la croissance de la production deviendrait un problème et non une solution, et 48 ans après The Limits to Growth (https://lnkd.in/ev4N-EA ), qui a quantifié les propos du précédent d'une certaine manière, un groupe de chercheurs publie dans Nature un article pour dire que la croissance verte, c'est comme une fourmi de dix-huit mètres avec un chapeau sur la tête, ca n'existe pas.

Nos chercheurs montrent en effet que la technologie ne fait au mieux que réduire la croissance des impacts quand l'activité économique augmente, mais ne les "annule" pas.

Il est intéressant de noter que l'expression de cette incompatibilité entre croissance économique et baisse des impacts vient de physiciens, chimistes (Meadows et Boulding) et ingénieurs (une partie des auteurs du papier de Nature), mais pas d'économistes "classiques", qui, une fois qu'ils comprennent que leurs raisonnements sont basés sur des prérequis qui n'existent nulle part dans la vraie vie (dont l'absence de limites physiques), deviennent "prisonniers de leurs rentes" (comme nous tous !) et sont extrêmement rarement capables d'en sortir."

Jean Marc Jancovici
(publié par Joëlle Leconte)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10159445875197281

https://phys.org/news/2020-06-overconsumption-growth-economy-key-drivers.html

Bientôt la fin de la croissance

 
 
 

 

 La contraction énergétique, due à l'épuisement des ressources fossiles et à l'augmentation de la demande dans le monde, risque d'entraîner une diminution de la croissance du PIB par habitant dans les pays occidentaux.

La croissance… De nombreuses personnalités politiques font de ce terme le but à atteindre, comme l’espoir d’une ère d’abondance. Pourtant, pour des raisons purement physiques, et donc indépendantes des politiques menées, nous nous dirigeons vers une récession structurelle. Pourquoi ?

Quelques définitions

Le PIB, produit intérieur brut, mesure la production économique d'un pays. Ici, nous parlerons de PIB par personne (soit le PIB divisé par le nombre d'habitants) qui permet de se concentrer sur ce que ressent un habitant. Si le PIB/personne augmente, on parlera de croissance et la population s'enrichit (en moyenne). Sinon, c'est la récession et elle s'appauvrit.

 

En physique, l'outil qui mesure le changement est l'énergie. Quand quelque chose s'échauffe, se déplace, rayonne, change de forme, de composition chimique ou atomique, de l'énergie est transférée. Si peu d'énergie intervient, le changement est faible, si beaucoup d'énergie est mise en jeu, il est important. Cela vaut également pour la production humaine. Tous les objets qui nous entourent sont fabriqués avec des matières premières naturelles transformées grâce à de l'énergie. Ainsi, plus l'énergie consommée par habitant est importante, plus le PIB par habitant sera élevé.

 

Le PIB, c'est de l'énergie qu'on consomme

De la maîtrise du feu à nos jours, l'être humain a cherché à contrôler des sources d'énergie toujours plus concentrées et efficaces pour modeler son environnement, afin de le rendre plus sûr et confortable : réduire les risques de famine, d'attaques d'animaux ou d'ennemis, améliorer notre hygiène pour repousser les maladies, développer les moyens de transport, le confort domestique, etc.

Jusqu'au XIXe siècle, les sources d'énergie (force animale, biomasse, moulins à eau et à vent...) étaient très limitées, c'est pourquoi la croissance par personne l'était aussi. Cependant, elles ont permis de libérer des paires de bras qui pouvaient se consacrer à autre chose qu'à produire ce qui était directement nécessaire à notre survie. L'artisanat, les services sont ainsi apparus et les villes ont commencé à croître (exode rural).

 

L'invention de la machine à vapeur au XVIIIe siècle, qui permet de convertir de l'énergie thermique en mouvement, constitua une révolution. Ses applications étaient immenses : la mécanisation des usines, les transports, plus tard, la production d'électricité... Un kilogramme de charbon brûlé dans une machine à vapeur délivre autant d'énergie qu'une centaine de travailleurs en une journée ! Et le charbon ne coûte presque rien. Il faut beaucoup moins d'énergie pour en extraire que pour nourrir, loger et encadrer les ouvriers qu'il remplace.

Avec le charbon, le pétrole et le gaz, la quantité d'énergie accessible par personne a crû exponentiellement, entraînant le PIB/habitant, donc notre richesse. Notre niveau de vie est bien supérieur à celui de nos parents et grands-parents. Les périodes de disette sont lointaines, de même que les grandes épidémies. Cela, nous le devons à l'énergie (fossile) abondante qui a permis de libérer des bras qui ont pu se consacrer à la recherche, à l'ingénierie, aux services. Cette énergie nous a permis d'extraire des matières premières dans des proportions inédites dans l'histoire humaine, et de les transformer en objets de plus en plus complexes (avions, médicaments, ordinateurs…).

La fin de la croissance

Les énergies fossiles sur lesquelles repose tout le système sont présentes en quantités finies (bien qu'importantes) sur terre et nous commençons à en toucher les limites. L'Europe a passé son pic de production de charbon dans les années 80 et de gaz et de pétrole dans les années 2000 .

Depuis, notre production domestique d'énergies fossiles diminue d'année en année et les importations de gaz et pétrole ne suffisent pas à compenser cette baisse [pour un coût raisonnable, NDLR]. La contraction énergétique qui en résulte, alliée à l'augmentation de la population européenne, entraîne une réduction de la croissance économique par personne. Nous risquons ainsi d'entrer en récession (durable) dans les prochaines années.

Lire aussi :
> En sept mois, l'humanité aurait épuisé un an de ressources terrestres
> Electricité : la France forcée de s'appuyer sur le gaz et le charbon

Si nous ne voulons pas que nos sociétés souffrent d'une récession subie, il est urgent de reconsidérer notre modèle économique (notamment la répartition des richesses) afin de conserver la paix sociale. La réduction des inégalités peut ainsi atténuer les effets de l'appauvrissement moyen inhérent à une récession.

Nous devons également améliorer l'efficacité énergétique et réduire notre consommation. La sobriété mènera aussi à une récession, mais dans laquelle nous pourrons choisir ce que nous sommes prêts à abandonner et ce que nous souhaitons conserver. Sinon, c'est la pénurie énergétique qui réduira de façon forcée notre consommation par un autre mécanisme : la pauvreté. Dans ce cas, nous subirons cette pénurie et il sera trop tard pour choisir ce que nous souhaitons garder. Une fois engagés sur cette voie, il sera difficile de faire machine arrière.

Maxence Cordiez est ingénieur dans le secteur de l'énergie

Croissance, un culte en voie de disparition

Quand bien même la croissance reviendrait dans les pays développés, elle empêcherait d’atteindre les objectifs climatiques. D’autres chemins vers le progrès humain méritent d’être explorés.

 

Il existe de multiples explications à la « baisse tendancielle du taux de croissance (1) » observée depuis plusieurs décennies dans les pays riches, et plus récemment dans les pays émergents. Même des économistes médiatiques commencent timidement à envisager l’hypothèse d’un monde sans croissance, du moins dans les pays dits avancés. C’est le cas, aux Etats-Unis, de Paul Krugman et de Larry Summers, pour qui « une stagnation séculaire est plausible (2) ». En France, Thomas Piketty nous met lui aussi en garde : « Est-il bien raisonnable de miser sur le retour de la croissance pour régler tous nos problèmes ? Cela ne résoudra pas l’essentiel des défis auxquels les pays riches doivent faire face (3). » A son tour, Daniel Cohen nous exhorte : « Affranchissons-nous de notre dépendance à la croissance (4). »

Quelques hirondelles ne font pas le printemps, mais ces exemples ne sont pas insignifiants, bien qu’aucun ne fasse intervenir un facteur explicatif essentiel : l’épuisement, déjà en cours, de la plupart des ressources naturelles de la croissance. Matthieu Auzanneau, spécialiste du pic pétrolier, et Philippe Bihouix, expert des ressources fossiles et des minerais, en ont livré des constats rigoureux (5).

Pourtant, le culte de la croissance est à ce point ancré dans l’esprit des dirigeants politiques que, même lorsqu’ils tiennent des discours enflammés sur la lutte contre le changement climatique, ils s’empressent de rappeler qu’elle demeure un impératif. M. François Hollande a donné le ton lors de son intervention à Sassenage, en Isère, en août 2015 : « Vous savez que la France va accueillir la Conférence sur le climat ; elle doit donc être exemplaire. En même temps, la transition énergétique, l’enjeu climatique, est aussi un défi pour la croissance. La croissance, nous voulons la soutenir, la stimuler. En définitive, elle est là dès lors que nous utilisons les outils de la transition énergétique. » Le président français a ensuite prononcé le mot « croissance » quatorze fois en deux minutes, en particulier dans cette séquence : « Mon objectif est la baisse du chômage, et la baisse d’impôts est aussi une façon d’atteindre plus de croissance. Car s’il y a plus de consommation, s’il y a plus de confiance, il y aura plus de croissance. Tout est donc lié à la croissance ; la croissance peut aussi nous permettre d’avoir des baisses d’impôts, et les baisses d’impôts, d’avoir plus de croissance » (6).

Comment prétendre être exemplaire sur le climat en liant tout à la croissance ? Cette contradiction ne dérange pas nombre de dirigeants, qui partagent une nouvelle religion : la « croissance verte », cette transition censée stimuler la croissance, laquelle facilitera la transition. L’ancien président américain George W. Bush avait résumé son credo en matière d’environnement par cette formule : « La croissance économique n’est pas le problème, c’est la solution (7). »

Une « croissance verte » compatible avec la finitude des ressources est un mythe

Assurément, face au changement climatique et à d’autres manifestations de la crise écologique, il faudrait investir massivement dans les énergies renouvelables, l’isolation des bâtiments, l’efficacité énergétique, l’agroécologie, la mobilité douce, etc., et donc organiser leur croissance. Mais en mettant l’accent sur des secteurs spécifiques dont l’expansion serait souhaitable, on ignore les questions les plus gênantes. Quelles activités et productions doivent nécessairement décroître compte tenu de leur impact négatif sur le climat, la biodiversité, la santé humaine, etc. ? Par ailleurs, quelle proportion de combustibles fossiles faut-il impérativement laisser dans le sol pour limiter le réchauffement ? Et si c’est entre 60 % et 80 %, comme l’affirment les évaluations les plus récentes, quelles conséquences cela peut-il avoir sur une croissance mondiale encore très largement propulsée par ces combustibles ? Plus généralement, la croissance économique, même faible, est-elle compatible avec les taux de réduction des émissions de gaz à effet de serre aujourd’hui exigés pour ne pas franchir des seuils critiques de concentration dans l’atmosphère ?

On doit à l’économiste Michel Husson (8) des projections assez simples permettant de déterminer d’ici à 2050 le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) mondial — ou du PIB par tête — compatible avec les différents scénarios du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Il les a établies en fonction d’hypothèses sur le rythme de réduction de l’« intensité CO2 du PIB mondial » (9). Conclusion : « L’objectif plancher du GIEC [une division par deux des émissions globales entre 2010 et 2050] ne peut être atteint que par une combinaison d’hypothèses très optimistes sur le rythme de réduction de l’intensité CO2 du PIB [— 3 % par an, soit le double du rythme observé depuis vingt ans] et l’acceptation d’un ralentissement marqué de la croissance du PIB par tête [0,6 % par an en moyenne dans le monde]. Quant à l’objectif le plus ambitieux — une baisse des émissions de CO2 de 85 % d’ici à 2050 —, il semble complètement hors d’atteinte. » Il exigerait en effet une réduction drastique de l’intensité CO2, et une réduction absolue du PIB par tête.

Autant dire que la « croissance verte » est un mythe si l’on postule, en accolant ces deux termes, une croissance compatible avec la finitude des ressources matérielles (combustibles fossiles, minerais, terres arables, forêts, eau...) et avec une stricte limitation des risques climatiques et autres dommages causés aux océans, à la biodiversité, etc. Mais, alors, comment penser un monde débarrassé de ce culte ? Faut-il se résoudre à accepter une régression sociale au nom de l’écologie ?

Les dévots de la croissance sont enfermés dans des schémas de pensée où l’avenir ne peut ressembler qu’à une réactivation du passé. Ils n’imaginent pas que l’on puisse « relancer » autre chose que des quantités produites et consommées à grand renfort de campagnes publicitaires, d’obsolescence programmée et de vie à crédit. Et ils ressassent leur argument favori : sans une croissance suffisamment forte et continue, pas de créations d’emplois, pas de réduction du chômage ! Le triangle idéologique du libéral-croissancisme — la compétitivité des entreprises fait la croissance, qui fait l’emploi — est d’un simplisme affligeant. Pourtant, il continue d’orienter les décisions politiques.

En réalité, les acteurs dominants du capitalisme néolibéral adorent le chômage comme dispositif disciplinaire les autorisant, d’une part, à freiner les revendications salariales et, de l’autre, à intensifier et précariser le travail pour accroître les profits. Aucun projet post-croissance n’aboutira s’il ne convainc pas que la « relance » du bien-vivre dans un environnement préservé est nettement plus efficace pour vaincre le chômage que les recettes éculées du libéral-croissancisme.

Et pourtant, la croissance n’est nécessaire à la création d’emplois que dans le modèle actuel, qui repose sur la quête perpétuelle de gains de productivité : produire toujours plus avec le même volume de travail. Dans ce modèle, une croissance nulle ou faible, plus faible que les gains de productivité, mène à la régression du volume de travail, et donc du volume d’emplois si le temps de travail moyen par personne reste inchangé. On peut certes alors revendiquer des mesures de réduction ou de partage du temps de travail — c’est même la réponse la plus efficace à la montée du chômage à court et moyen terme ; mais on ne sort pas pour autant du productivisme.

Pour cela, il faut plutôt troquer le vieux logiciel du « partage des gains de productivité », héritage des « trente glorieuses » ou du fordisme, contre celui du partage des gains de qualité et de soutenabilité. Orienter le système de production et de consommation selon une logique qualitative du « prendre soin » (des personnes, du lien social, des objets, de la biosphère...), en plaçant la qualité des biens communs sociaux et écologiques au cœur des activités humaines et de la politique : sobriété dans la quantité, prospérité dans la qualité. Cela implique aussi de s’attaquer aux inégalités pour que les nouveaux modes de consommation soient accessibles à tous. C’est même la principale condition pour que les milieux populaires ne voient pas dans cette transition la marque d’une écologie punitive.

Une économie plus douce offre bien plus d’emplois riches de sens

On constaterait alors que cette économie plus douce avec les humains, avec la nature et avec le travail, privilégiant les low tech (les « basses technologies », par opposition aux « hautes technologies », et qui n’exigent pas moins d’innovation), offre bien plus d’emplois riches de sens que l’économie productiviste actuelle. Pour une raison simple : à quantités identiques, donc sans croissance, il faut nettement plus de travail humain pour produire propre, vert et sain, dans de bonnes conditions de travail et d’emploi. L’agriculture biologique, par exemple, requiert environ 30 % à 40 % plus de travail que l’agriculture industrielle et chimique pour produire les mêmes quantités de fruits, légumes, céréales, etc.

Cette vision d’une autre « grande transformation » est-elle irréaliste ? Non, car de telles solutions sont déjà mises en œuvre un peu partout dans le monde. Elles fonctionnent, et elles tendent même à se diffuser, en dépit des tirs de barrage des thuriféraires du vieux modèle, qui sont encore aux manettes. On en trouve de nombreux exemples probants — en Inde, en Amérique latine, en Afrique, aux Etats-Unis et en Europe — dans plusieurs ouvrages ou documentaires récents (10), sans parler des expériences locales portées par le réseau Alternatiba et par son association fondatrice au Pays basque, Bizi ! (« Vivre ! » en basque).

Il appartient aux citoyens, le plus souvent en contournant les responsables politiques, et plus rarement avec leur appui, de s’insurger et de généraliser ces logiques où la triade compétitivité-croissance/consumérisme/emplois indécents-chômage cède la place à une autre : coopération-bien vivre/sobriété matérielle/emplois décents-activités utiles...

Jean Gadrey

Economiste.

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