Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

"L'homme est de glace aux vérités ; Il est de feu pour les mensonges." (Jean de la Fontaine)

Publié le par ottolilienthal

Alex Jones, le conspirationniste qui murmure à l'oreille de Donald Trump

L'animateur de radio dirige le site Infowars, qui diffuse de fausses informations et dont le nouveau président des États-Unis raffole.

 

La désinformation, ce nouveau fléau du net

Le partage massif de fausses informations sur les réseaux sociaux a marqué toute la campagne présidentielle américaine. Mais qui se cache derrière ?

 
 

Les médias traditionnels ont longtemps été le seul moyen d’information. Internet a depuis permis à tout un chacun de s’exprimer : pour le meilleur, mais aussi pour le pire. Photo d’illustration CC-By Sean Davis

Le pape François soutient Donald Trump. L’un des médecins d’Hillary Clinton retrouvé mort dans des circonstances troublantes. Une pizzeria sert de couverture à un réseau pédophile impliquant des huiles de Washington… Si vous n’en croyez pas un mot, vous avez raison. Mais auriez-vous partagé ces articles sur Facebook ? C’est pourtant ce qu’ont fait des millions d’Américains, au point de noyer les réseaux sociaux sous un déluge de fausses informations.

Le scandale des « fake news » fait depuis boule de neige. Et si ces ragots avaient fait pencher la balance en faveur de Donald Trump ? La question n’est pas absurde. Colportés de blog en tweet, de site en post, ils ne semblaient guère avoir qu’un seul point commun : la volonté de discréditer Hillary Clinton dans la course à la présidentielle.

Canulars et propagande

Dans un certain nombre de cas, ces fausses informations étaient des canulars pris pour argent comptant. Et ce ne sont pas les lecteurs du Denver Guardian qui diront le contraire : plus d’un million de lecteurs se sont précipités sur son article relatant le « suicide » suspect d’un agent du FBI enquêtant sur les mails d’Hillary Clinton. Problème : le Denver Guardian n’existe pas, l’article concerné était l’unique page du site… « Les gens sont de plus en plus bêtes. Ils partagent n’importe quoi. Plus personne ne vérifie quoique ce soit », avait déploré dans les colonnes du Washington Post un auteur de site parodique.

Combinant à des degrés divers pures inventions, théories du complot et interprétations biaisées, la plupart semblent toutefois relever d’une classique propagande d’extrême droite – phénomène de fond qui n’épargne d’ailleurs ni la France, ni l’Europe.

Plus troublant, certaines de ces informations provenaient… de l’étranger. Depuis l’été dernier, plus de 140 blogs pro-Trump ont ainsi émergé dans la ville de Vélès, en Macédoine. Passion soudaine pour la politique américaine ? Appât du gain, plutôt : beaucoup de ces sites, pillant copieusement des contenus publiés ailleurs, avaient été créés afin d’engranger des revenus publicitaires. C’était d’ailleurs aussi le cas du Denver Guardian.

Moscou pointé du doigt

Les auteurs de « fake news » seraient donc des plaisantins, des agitateurs néoconservateurs ou des mercenaires de la pub ? Pas seulement, affirment plusieurs équipes de chercheurs américains. selon lesquels Moscou serait aussi à la manœuvre. « Le désir de la Russie de saper la confiance dans la démocratie américaine n’est pas nouveau. C’est un objectif que Moscou poursuit depuis le début de la Guerre froide. Ce qui est nouveau, ce sont les méthodes utilisées », accusent les experts du site War on the rocks , dénonçant l’action combinée d’une armée de trolls, d’influenceurs, de hackers, de médias pseudo-indépendants et d’« idiots utiles ». Le Parlement européen a d’ailleurs enfoncé le clou, en adoptant fin novembre une proposition de résolution condamnant « la désinformation et la manipulation » orchestrées par la Russie.

Les médias russes ont évidemment démenti toute ingérence, dénonçant une propagande occidentale…

J-M.-L

8,7 millions : c’est le nombre de partages et de commentaires qu’ont suscité les 20 fausses informations majeures publiées sur Facebook lors des trois derniers mois de la campagne américaine, selon le site Buzzfeed. À titre de comparaison, les 20 titres de la presse américaine les plus lus n’ont suscité que 7,3 millions de réactions.

Le constat d’un auteur de fausses infos sur Facebook : « Personne ne vérifie. C’est effrayant ! »

Paul Horner possède un petit empire de sites qui lancent des canulars en ligne. Il pense que la différence, après l’apparition du catalyseur Trump, est que les gens croient tout ce qu’ils lisent, même quand on leur prouve que c’est faux.

 

On a beaucoup parlé ces dernières semaines des « fake news », de faux articles contenant de fausses informations publiés sur des sites obscurs qui sont partagés sur Facebook autant, voire parfois plus, que les articles de médias traditionnels.

On sait que de plus en plus de gens partagent ces articles, ce qui ne veut pas forcément dire qu’ils y croient ou même qu’ils les lisent. Leur véritable influence est sujette à caution, mais leur prolifération est indéniable.

Qui écrit ces articles ? Qui perd son temps à inventer des canulars dans l’espoir qu’ils se retrouvent sur le mur d’un inconnu ? Des trolls, évidemment, à la recherche d’un profit rapide mais pas forcément avec des arrière-pensées politiques.

Le Washington Post en a rencontré un. Paul Horner, présenté comme « un imprésario de l’empire des fake news de Facebook », possède dix sites qui lancent des informations totalement fausses et se voulant humoristiques (il se sent plus proche de The Onion que de Breitbart). Il revendique « 10 000 dollars par mois », uniquement grâce au service de Google AdSense. Il y a toujours de l’argent à se faire avec du trafic, peu importe le contenu, tant qu’il est aveuglément partagé sur les réseaux ou repris par d’autres sites.

Paul Horner est un ancien du milieu. Il s’y est intéressé bien avant que le business des fausses infos n’explose pendant la campagne présidentielle américaine (il s’était notamment fait passer deux fois pour Banksy). Mais quelque chose a changé en 2016. Ses faux articles, qu’il considère foncièrement comme des blagues, ont commencé à être pris au sérieux. Par une partie bien définie d’internautes – les gens susceptibles d’être convaincus par les arguments de Donald Trump – et parfois par la famille Trump elle-même.

« Les gens sont clairement plus bêtes »

Qu’est-ce qui a changé pour que les faux articles de Horner – comme « les manifestants anti-Trump à ses meetings sont payés » – soient maintenant pris pour argent comptant ? « Honnêtement, les gens sont clairement plus bêtes », répond-t-il très simplement.

« Ils ne font que partager des trucs. Personne ne vérifie. C’est comme ça que Trump a été élu. Il a dit ce qu’il voulait, et les gens ont tout cru, et quand les choses qu’il a dites se sont révélées fausses, les gens s’en foutaient parce qu’ils l’avaient déjà accepté. C’est effrayant. Je n’ai jamais vu ça. »

Horner se présente comme quelqu’un qui « déteste Trump » mais reconnaît que les choses fausses qu’ils balançaient sur les réseaux, parfois dans le but de se moquer du républicain, « ont fini par aider la campagne de Trump ».

Jusqu’ici, il était habitué à une dynamique de publication qui s’était mise en place au fur et à mesure des années :

– publication d’un canular ;

– diffusion du canular sur les réseaux ;

– reprise par certains médias et personnalités ;

– démenti par les médias qui ne l’ont pas repris ;

– mea culpa de ceux qui l’ont repris.

Cette dynamique s’est cassée car ceux qui diffusent le canular ne prennent plus le temps de lire le démenti ou le fact-checking (ou n’y sont pas confrontés sur leurs murs Facebook) et restent sur leur première impression. Ils y croient. L’exemple type est un article intitulé « Le pape François choque la planète en soutenant Trump ». Il a « atteint » 960 000 sur Facebook, bien plus que ceux qui ont pu lire par la suite que c’était totalement faux.

« Ils ne vérifiaient rien »

Paul Horner raconte au Washington Post comment il s’est progressivement rendu compte que quelque chose ne tournait plus rond dans sa boutique de mensonges humoristiques :

« Mes sites étaient tout le temps repris par les partisans de Trump. Ils ne vérifiaient rien. Ils postaient tout, croyaient tout. Je pensais qu’après qu’ils ont vérifié, ils auraient l’air bêtes. Ça a toujours fonctionné comme ça : quelqu’un reprend ce que j’ai écrit, ils découvrent que c’est faux et ils ont l’air bêtes. Mais les partisans de Trump… ils n’arrêtaient pas. »

On sent que Paul Horner a quelque chose à se reprocher. Au détour d’une réponse, loin de la vantardise habituelle du troll qui a réussi son coup, il dit croire que « Trump est à la Maison Blanche à cause de [lui] ».

Lire aussi :   Une extension pour repérer les fausses informations qui circulent en ligne

 

 

Science, fais-moi peur !

Pourquoi les nouvelles scientifiques alarmistes, mais non fondées, prennent souvent le pas sur des informations positives et fiables.

 

L'actualité nous fournit régulièrement l'exemple de dérives de l'information en matière de santé. The Lancet a ainsi raconté le traitement par les médias d'une découverte concernant la maladie de la vache folle et d'Alzheimer, qualifiée par la revue scientifique d'« Alzheimergate ».

Un travail original publié dans le journal Nature rapportait la découverte de traces d'Alzheimer par des chercheurs qui analysaient les autopsies de cerveaux de patients morts d'une encéphalite. La maladie de Creutzfeldt-Jakob est identique à celle dite « de la vache folle », sauf qu'elle est due à l'injection de glandes humaines (hypophyse), prescrite pour fournir de l'hormone de croissance. Ces cerveaux présentent des lésions, comparables à celles de l'Alzheimer, ce qui pose la question d'une cotransmission des deux maladies, hypothèse qui ouvre une piste de recherche. Mais ce travail a fait l'objet en Grande-Bretagne d'un emballement médiatique, « la bombe Alzheimer », démesuré vu l'état de nos connaissances.

Le « hit-parade » des morts

Il est facile de trouver de quoi se faire peur dans les articles médicaux et scientifiques pour des histoires sans lendemain, alors qu'il ne se produit heureusement pas tous les jours quelque chose de nouveau et de significatif qui représente un danger. L'éclairage médiatique trie peu ou pas les informations en fonction de leur fiabilité ou de leur degré de certitude. Il s'agit plus souvent d'une avalanche de données invérifiées, qui, à force d'être souvent répétées, finissent par passer pour certaines. Les scientifiques qui émettent un doute contre le consensus sont inaudibles ou lapidés.

De même, le hit-parade des morts par telle ou telle cause fait fureur. La plupart des décès étant multifactoriels, plusieurs causes se partagent les responsabilités dans des proportions impossibles à déterminer. En effet, l'âge, le sexe, la saison, les maladies sous-jacentes, le niveau de vie, l'obésité, les toxicomanies (tabac, alcool, autres) jouent un rôle dans une mortalité associée à une maladie précise. Mais chacun « revendique » un nombre de morts dans sa spécialité, et la somme des morts finit par représenter 5 à 10 fois plus que le nombre total de décès mesurés ! Malheureusement, cette épidémie de mauvaises nouvelles non vérifiées ne rencontre aucun facteur de pondération, et cette mode du « fais-moi peur » fait négliger les vrais risques au profit de fantasmes. Le seul contre-pouvoir est « la déconnexion ». Le public ne croit plus en ce qu'on lui dit et se « débranche ». Avec des cas extrêmes, comme à Londres durant l'été 2008, où, en pleine alerte de pandémie H1N1, des « fêtes de la grippe » étaient organisées par des jeunes qui se transmettaient sciemment leurs infections respiratoires. Pour ridiculiser les catastrophistes : « Même pas peur ! »

 

 

Les modèles mathématiques censés prédire le climat ou les futures épidémies ne sont pas scientifiques. Invérifiables, ils sont de l'ordre de la prophétie.

 

 

 

Les frontières sont relativement nettes entre ce qu'est la science et ce qu'est la religion. Dans la science, le doute et le scepticisme sont essentiels à la pratique de la recherche. Nous n'avons aucun exemple de lois ou de théories qui résistent à long terme à l'apport de données nouvelles. Dans une contribution majeure du XXe siècle, Karl Popper a montré qu'une théorie scientifique doit pouvoir faire l'objet d'une expérience démontrant qu'elle est fausse. Sinon c'est un phénomène de nature religieuse. Dans son premier ouvrage, le marxisme, la psychanalyse et le darwinisme étaient reclassés comme des religions.

Pour savoir si nous ne sommes plus dans un contexte scientifique mais dans un contexte religieux, il suffit de voir comment sont traités ceux qui ne croient pas à la théorie dominante, les sceptiques : s'ils sont considérés comme des hérétiques, cela signifie que l'on a quitté le champ scientifique. En effet, le doute est à la base de la recherche scientifique.

 

 

Personnellement, je ne crois pas que la modélisation mathématique prédictive soit de nature scientifique, je pense qu'il s'agit d'une prophétie moderne comme l'a été l'astrologie à un moment donné, utilisant les données de l'astrophysique. Elles sont invérifiables, ne se confirment jamais, et on ne peut jamais les contredire, car les données scientifiques contradictoires sont cachées ou alors elles génèrent la création de nouveaux modèles.

Tous les modèles se sont révélés faux

On ne peut faire de prédictions fiables que si l'on est certain que les choses continuent à se dérouler comme elles se sont déroulées ces dernières années, avec très peu de variables, pas d'événement chaotique et à condition de connaître tous les facteurs. J'ai beaucoup lutté, sur le plan universitaire, contre les modèles mathématiques censés prédire les épidémies futures. Les meilleurs journaux de maladies infectieuses ont banni les modèles prédictifs, parce qu'il s'agit de croyance, pas de science. Bien entendu, tous les modélisateurs croient en leur religion et il est facile d'obtenir une quasi-unanimité dans ce domaine. D'une manière intéressante, alors que les biologistes et les physiciens sont majoritairement athées, les mathématiciens qui créent les modèles sont plus religieux que les autres scientifiques.

Les deux religions pseudoscientifiques dominantes reprises par les médias sont d'une part l'adhésion stricte à la vision darwinienne de l'évolution qui est pourtant biologiquement dépassée, et la prédiction du futur climatique.

En pratique, si personne ne conteste que la planète s'est réchauffée au XXe siècle, et que tout le monde est d'accord pour penser que l'émission à haut niveau de gaz dans l'atmosphère terrestre entraine des modifications de notre écosystème – c'est l'anthropocène, la modification de la terre par l'homme qu'il faut limiter –, ceci ne justifie pas de prophétiser des catastrophes. Jusqu'à ce jour, tous les modèles climatiques, économiques, infectieux ou politiques sans exception se sont révélés faux. Les prophéties ne font pas partie de la science. Nietzsche disait : « C'est une idée d'enfant de penser que tout ce qui a été fait l'a été pour que nous puissions le comprendre. »

 

Didier Raoult

Commenter cet article