racisme et esclavage, un autre regard

Publié le par ottolilienthal

Attentat de Manchester : un vigile n'a pas interpellé le terroriste par peur d'être accusé de racisme

L'agent de sécurité avait un « mauvais pressentiment » après avoir repéré le kamikaze, dont l'action avait fait 22 morts en 2017, relate le « Guardian ».

 J'avais peur d'avoir tort. » Le 22 mai 2017, le terroriste Salman Abedi avait fait exploser sa bombe à Manchester, dans le nord de l'Angleterre, à la sortie d'un concert de la chanteuse Ariana Grande. L'attentat avait fait 22 morts et plusieurs centaines de blessés. Comme le rapporte le quotidien britannique Guardian mardi 27 octobre, le kamikaze d'origine libyenne avait été repéré par un vigile avant qu'il ne passe à l'acte. Mais l'agent de sécurité avait préféré ne pas s'approcher de lui, par peur d'être taxé de racisme.

Kyle Lawler, âgé de 18 ans l'année de l'attaque à la Manchester Arena, a indiqué aux enquêteurs avoir eu un « mauvais pressentiment » lorsqu'il avait vu le terroriste, signalé à la sécurité par un membre du public qui le trouvait « louche ». « Je ne savais pas quoi faire. Il est très difficile de définir un terroriste. Je ne voulais pas que les gens pensent que je le stéréotypais à cause de sa race. J'avais peur d'être stigmatisé en tant que raciste. Cela m'a fait hésiter », a-t-il confié.

 
 
 
 
 

« Agité et en sueur »

Kyle Lawler a été alerté de l'attitude suspicieuse de Salman Abedi environ huit minutes avant que ce dernier ne fasse exploser sa bombe. Aux côtés d'un autre agent, le vigile avait alors commencé à l'observer. « Il avait remarqué que nous le regardions. Il était devenu agité avec ses mains, mais sans faire de mouvements brusques. » Dans sa déclaration à la police, Lawler affirme par ailleurs qu'Abedi était « agité et en sueur ». Le vigile déclare avoir tout de même tenté par la suite d'utiliser sa radio pour alerter la salle de contrôle de sécurité, mais sans succès. Abedi s'était dirigé quelques minutes plus tard vers la foule à la sortie du concert. Selon l'enquête, il a souri pendant plusieurs secondes avant de faire exploser sa bombe artisanale.

 

 
 

En août dernier, la justice britannique a condamné à la perpétuité, avec un minimum de 55 ans en prison, le frère de Salman Abedi, qui l'avait aidé à préparer l'attentat. Dans son verdict, le juge avait déclaré que l'accusé, Hashem Abedi, est « autant coupable » que son frère des « crimes atroces » commis. « Ce n'est pas un événement fortuit, mais le produit d'une planification attentive et complète », avait-il expliqué.

Publié le | Le Point.fr

 

Le racisme anti-Blancs, un impensé

La LICRA a porté plainte pour racisme anti-Blancs contre le rappeur Nick Conrad. Cette initiative lui vaut d’ores et déjà au moins deux catégories d’attaques. Les premières font entendre les sarcasmes de ceux qui estiment que l’organisation antiraciste, fondée en 1927, découvre bien tardivement le « problème ». À ceux-là, il faut rappeler que l’association n’en est pas à son coup d’essai, s’étant déjà portée partie civile à deux reprises ces dernières années dans des affaires d’agressions, et n’ayant pas hésité à intégrer la problématique dans ses discours et dans ses campagnes de sensibilisation. Ces critiques viennent pour beaucoup de la droite nationale populiste qui, historiquement hostile à la LICRA, considère que son antiracisme a toujours été odieusement sélectif.

Les secondes attaques proviennent de ceux pour qui le simple fait d’envisager la possibilité d’un racisme anti-Blancs relève de l’imposture, de l’idéologie et de l’infamie. En ces temps de violente et stérile cristallisation des débats, efforçons-nous de rappeler ce qui en fait d’abord un impensé.

L’enjeu de la définition

La notion de racisme anti-blanc est très controversée. Rien ne semble pourtant interdire de lui donner une définition inspirée de celles des autres racismes, du type : « Le racisme anti-blancs définit les attitudes, comportements et discours d’hostilité à l’égard des ‘Blancs’. » Le terme « Blancs » est ici à considérer dans toute sa subjectivité et dans l’hétérogénéité des réalités auxquelles il se réfère. Ainsi la définition pourrait-elle être simple et susciter l’adhésion collective. Pourtant, elle soulève habituellement bien des protestations et se voit opposer une contre-définition du type : « On appelle, à tort, ‘racisme anti-blancs’, des formes marginales d’hostilité qui se manifestent à l’égard du groupe majoritaire, abusivement qualifié de ‘blancs’, motivées par la volonté de contester un rapport de force historiquement inégalitaire fondé sur la domination raciale. Inventée et promue par l’extrême droite, cette notion permet aux dominants de qualifier de ‘réaction défensive’ leur propre racisme à l’égard des minorités visibles, c’est-à-dire des racisé.e.s. »

Un paradigme restrictif

Cette contre-définition, inspirée de commentaires réels, n’est pas sans poser problème. Elle repose d’abord sur l’idée que le racisme est une invention des Blancs, un moyen d’asservissement, comme si le monde extra-européen n’avait pas, au fil de l’histoire, engendré ses propres formes de racisme. Comme si l’Occident, du fait de sa contribution fondamentale à la théorisation du racisme, ainsi qu’à sa mise en œuvre à travers l’esclavage, la ségrégation, l’Apartheid, les crimes de masses et les génocides, éclipsait toutes les autres sources d’offenses et de violences raciales. La dimension monstrueuse de ces événements historiques commande-t-elle d’ignorer les délits ou les crimes de moindre intensité où intervient le préjugé racial ? La réponse est évidemment négative.

Lorsque l’on admet du bout des lèvres, dans certains milieux militants ou universitaires, la possibilité du racisme anti-Blancs, on ajoute rapidement qu’il ne fait pas système. Parce que les faits observables ne seraient ni répétitifs, ni discriminatoires, ils seraient d’une portée négligeable et d’une importance toute relative. Il faut pourtant admettre que le racisme peut exister, par des discours ou par des actes, sans qu’un rapport de domination soit nécessairement à l’œuvre. Le fléau des discriminations, pour important qu’il soit, ne rend pas obsolètes les autres modes d’expression du racisme. Prétendre le contraire conduirait à regarder l’antisémitisme actuel comme un phénomène anecdotique, qu’il n’est aucunement. Cela reviendrait à ne pas établir de continuité entre l’action idéologique des nazis avant 1933 d’une part, et leur institution d’une persécution d’État à partir de cette date de l’autre. Il faudrait en somme tenir l’idéologie pour secondaire voire sans effets sociaux.

Un ordre des responsabilités ?

Il pourrait être rétorqué que les mots et les actes hostiles aux Blancs ne sont qu’une réponse à un primo-racisme. L’argument est recevable dans une certaine configuration, lorsqu’il est question de répondre à une situation de domination ou d’humiliation. Lors de la décolonisation, on a pu ainsi parler d’un phénomène de « racisme à rebours », d’un « contre-racisme » ou d’un « racisme inversé ». Mais quelles qu’en soient les raisons et l’ordre des responsabilités, les attaques à raison de l’appartenance raciale réelle ou supposée des individus ont reçu un nom générique auquel il paraît difficile de déroger. Il appartient aux spécialistes des différentes disciplines d’en préciser la teneur et la généalogie. Il serait au contraire curieux que toutes manifestations de racisme ramènent, en toutes circonstances et à toutes époques, au principe d’un crime originellement blanc.

Assignations préjudiciables

Il existe en outre un mécanisme de pensée qui encombre les esprits et assigne aux individus un rôle historique en fonction de leur couleur. Le monde se diviserait entre oppresseurs et opprimés, la couleur de l’oppression étant le blanc, renvoyant les autres au statut de victimes nées et éternelles. Curieusement, une telle pensée, en vogue dans certains milieux universitaires, n’a rien d’émancipateur, puisqu’elle substitue à l’étude objective de la place des individus dans la société, des rôles prédestinés et figés. La pensée antiraciste, y compris celle de la LICA (qui précédait la LICRA) dans les années 1930, a contribué à poser les bases de cette grille de lecture. En travaillant à asseoir la légitimité du concept de « racisé », la pensée « décoloniale » indigéniste a délibérément racialisé les termes du sujet, remettant en cause la valeur de l’antiracisme universaliste, jouant sur l’essentialisation et la justification de formes de séparatisme. Or, sauf à porter des lunettes teintées idéologiquement, la couleur ne saurait déterminer un degré de culpabilité, pas plus que l’histoire ou encore l’attachement à une culture ou à un pays. Ce qui n’interdit pas de réfléchir aux crimes du colonialisme et à ses héritages dans la société.

La diabolisation de la question

La notion de racisme anti-Blancs n’est pas une imposture au motif qu’elle est, incontestablement, un mécanisme utilisé par les racistes à l’encontre des minorités qu’ils honnissent : criminaliser l’objet de sa haine est un classique. L’instrumentalisation des données du problème est ancienne ; le fait qu’elle ait de tout temps fonctionné à plein régime et servi à justifier bien des postures de haine ne clôt pas le sujet pour autant. Ou alors, là aussi, il faudrait renoncer à analyser les faits dans leur singularité et leur nouveauté pour s’en tenir à un modèle de compréhension unique et ahistorique.

Quant au Front national, non, il n’est pas l’inventeur de la notion de racisme anti-Blancs qui émerge dans le débat public au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans le contexte de décolonisation. On parle de « blancophobie » aux Antilles dès la fin du XIXe siècle, on s’interroge sur la xénophobie de Marcus Garvey dans les années 1920 et la LICA met très officiellement en garde contre « néoracisme antiblanc » à partir de 1960. Les contextes diffèrent, ainsi que les acteurs et leurs motivations, même s’il est vrai que la notion devient rapidement un des chevaux de bataille de l’extrême droite. Diaboliser la notion parce que l’extrême droite puis la droite nationale populiste s’en est emparée, en en brouillant les contours, l’instrumentalisant et la servant à tout bout de champ, n’est pas non plus un argument sérieux.

Sortir de l’idéologie

Que vaut enfin l’argument selon lequel l’impossible quantification du racisme anti-Blancs serait la preuve même de sa non existence ? Ce n’est pas parce que les statistiques font défaut que les faits n’existent pas. Quant à parler ou non d’un « phénomène », c’est une autre histoire puisqu’il s’agit déjà, dans un premier temps, de nommer et de qualifier au plan juridique l’injure raciale ou l’appel au meurtre.

L’honnêteté intellectuelle suggère le fait d’accepter l’idée que le fait de nommer n’ouvre pas la porte à toutes les dérives. Ces dernières obéissent à d’autres logiques : elles existent, quoi que l’on dise, quoi que l’on fasse, et en prendre prétexte pour taire ne relève pas de l’attitude la plus courageuse face aux défis actuels.

Rien ne s’oppose au fait de concevoir une définition objective du racisme anti-Blancs, conforme aux autres définitions du racisme. De même que l’antisémitisme, le racisme anti-Arabes, anti-Noirs ou anti-Asiatiques se caractérisent par des histoires et obéissent à des dynamiques spécifiques, cette définition a sa propre généalogie. Elle doit être étayée par une observation du réel et s’abstraire des polémiques. La démarche serait de nature à renvoyer dos à dos les empoisonneurs de débat : ceux d’un côté qui voient du racisme anti-Blancs partout, jusque dans la moindre critique émise au sujet de la France, pourvu qu’elle soit formulée par un « non Blancs », et ceux, de l’autre, qui font entendre des cris d’orfraie à la moindre de ses évocations.

Emmanuel Debono

Les Castro bénis par Obama

Castro & Obama - Credits : Osvaldo Montero (CC BY-NC 2.0)

Remplacer le castrisme par une démocratie imposée de l’extérieur ne ferait pas sens, mais où doit s’arrêter la tolérance de la dictature castriste ?

Par Guy Sorman

Les frères Castro n’ont pu que célébrer avec jubilation la visite du Président Obama à Cuba, le 22 mars, et le rétablissement des relations diplomatiques et économiques avec les États-Unis. L’embargo n’était pas parvenu à terrasser leur régime, mais la reconnaissance en garantit certainement la consolidation.

Les deux compères viennent d’acquérir une assurance sur leur survie et un blanc-seing pour leurs successeurs qu’ils choisiront et, probablement, leur ressembleront. Car Obama, non content de légitimer la dictature des Castro, s’est engagé à ne pas interférer dans les affaires intérieures cubaines, à ne pas tenter d’en changer le régime, à ne pas imposer la démocratie ni le respect des droits de l’homme. Trahissant ainsi toutes les valeurs de l’Occident, Obama est allé jusqu’à admettre qu’il pouvait exister plusieurs types de régimes politiques selon les nations, plongeant dans un relativisme moral absolu. Dans sa défense bien molle des droits de l’homme et du droit à la dissidence, Obama a déclaré à La Havane qu’il s’agissait là de valeurs propres aux États-Unis, mais qu’il n’envisageait pas de les exporter.

Ce réalisme ultime d’un Président, qui, il y a huit ans, fut élu comme idéaliste, rejoint les positions les plus pessimistes de la Realpolitik telles qu’elles furent incarnées par la Présidence de Richard Nixon et de son maître à penser Henry Kissinger.

On admettra avec Obama, que remplacer la dictature castriste par une démocratie imposée de l’extérieur ne ferait pas sens, mais où s’arrête le relativisme ? Tout régime est-il tolérable parce qu’il est différent ? On comprend combien les exilés cubains, les démocrates restés dans l’île sont aujourd’hui démoralisés par la démission morale d’Obama. Quant aux millions de victimes de la révolution castriste, eh bien ils auront eu le tort de se tromper de combat.

En conférant la légitimité aux vainqueurs, Obama accrédite aussi toute la mystification castriste. Ce régime n’a jamais été et ne reste qu’une dictature militaire dans la tradition caudilliste latino-américaine mais en plus totalitaire, se drapant dans l’idéologie communiste. Ce qui a permis aux Castro de faire croire à tous les “idiots utiles”, expression de Lénine pour désigner ses soutiens occidentaux, que leur révolution avait fondé une société nouvelle et apporté au peuple cubain, à défaut de la prospérité, le bonheur incontestable de l’éducation et de la santé pour tous.

Pas de prisonniers politiques à Cuba ?

 

Un argument que Raul Castro a réitéré lors de la conférence de presse conjointe qu’il a tenue avec Barack Obama ; au cours de cette même représentation, Castro junior a affirmé sans ciller qu’il n’y avait pas de prisonnier “politique” à Cuba. Ce qui est juridiquement exact, puisque les dissidents, comme dans tous les pays totalitaires, sont incarcérés pour d’autres motifs, comme désordre sur la voie publique ou atteinte à la sécurité de l’État. Parce que tous les Cubains bénéficieraient de l’éducation et de la santé pour tous – contrairement aux Américains – dit Raul Castro, il n’aurait pas de leçons à recevoir des États-Unis beaucoup plus mal lotis. Répétez un mensonge et il finira par devenir la vérité, voici une technique éprouvée dans tout régime totalitaire : les Castro le démontrent, puisque ce mensonge-là, éducation et santé pour tous, est souvent accepté comme vrai en Europe, et aux États-Unis. Or il est faux.

Cuba, avant la Révolution castriste, était le pays d’Amérique latine bénéficiant déjà du plus haut degré d’alphabétisation et de la plus longue espérance de vie : la dictature n’a que perpétué ce qui préexistait sans aucunement l’améliorer. Aux statistiques froides, que l’on me permette d’ajouter ma modeste expérience personnelle. Pour avoir visité Cuba à plusieurs reprises dans les années 1980 et 1990, j’ai pris la mesure de manière pragmatique de que l’on appelle éducation, santé et culture à Cuba. La santé de base y est maintenue par un réseau de dispensaires frustes, dignes des années 1960.

Il s’y ajoute quelques rares hôpitaux vraiment modernes, réservés aux dignitaires du régime, aux officiers supérieurs et aux étrangers de passage que l’on souhaite impressionner : c’est le vieux principe du village Potemkine. L’éducation obéit à la même dichotomie : des écoles de base pour le peuple, quelques universités de pointe pour les élites du régime. J’ai constaté que ces élites étaient toujours Blanches dans une nation où les Métis et les Noirs restent relégués dans les bas-fonds de la société. Nul ne dit que règne, à Cuba, la discrimination raciale et que seuls les Blancs parviennent aux sommets de la dictature et ont accès à ses prébendes.

Cuba, terre de culture ? La visite des rares librairies de La Havane est édifiante : on ne trouve en rayons que des ouvrages de propagande marxiste et les œuvres complètes de Fidel Castro. Et bien, cette imposture sur la vraie nature du castrisme est aujourd’hui bénie par Obama. Pour la défense du Président américain, les optimistes avanceront que les échanges commerciaux vont gangrener le régime castriste et conduire à la démocratie, là où l’embargo a échoué. Peut-être, mais ce n’est pas ce qui se produit en Chine ou au Viet Nam, dont les gouvernements s’avèrent plus répressifs que jamais. Plus probablement, les Castro vont disparaître, tandis que le castrisme est loin d’agoniser.

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