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Publié le par ottolilienthal

Les autorités fédérales aux US ont décidé du premier rationnement de l'eau du fleuve Colorado, alimentant 40 millions d'Américains. Une mesure "historique" mais guère surprenante, qui couvait depuis quelques années. Une revue de presse non-exhaustive mais illustrative indique que le coupable serait tout désigné : le "changement climatique". Cela peut laisser perplexe pour 2 raisons :

* On n'est qu'à +1C et certes ça commence à devenir "visible", mais en matière de gestion de l'eau, à vouloir à tout prix attribuer les problèmes au changement climatique (ex. pour sensibiliser à l'urgence d'agir), on en oublie parfois les autres facteurs. Certes le changement climatique est très probablement amené à avoir de plus en plus d'impact, mais en attendant, il y a généralement autre chose en jeu.

* Le "changement climatique" commence à être employé comme excuse par certains acteurs (dont certains dans des pays pas forcément très démocratiques) pour masquer leurs propres erreurs de gestion, incompétence, et gaspillages, et rejeter la responsabilité sur un problème qui est "la faute à tout le monde".

Sur cette histoire de fleuve Colorado, il a été nécessaire de remonter à deux articles un peu plus recherchés datant de 2015 (référence de la NOAA à l'appui), qui confirment ce point. A ce jour, le changement climatique amplifierait légèrement le problème, mais avec une bonne gestion (dans l'ouest américain comme ailleurs), il n'y aurait guère de problème d'eau. Les éléments suivants sont notamment en cause :

1) Dès 1922, une allocation de quotas entre les 7 Etats concernés qui surestimait largement la quantité d'eau que le fleuve pouvait fournir. Et cela n'a pas cessé depuis 100 ans.

2) Des cultures très consommatrices d'eau et lourdement subventionnées, comme le coton en Arizona (le blé serait par exemple beaucoup plus adapté aux niveaux d'eau disponibles)

3) Des lois archaïques favorisant l'usage de l'eau par les premiers acteurs venus criant le plus fort, et les incitant à utiliser leurs quotas même s'ils n'en ont pas besoin.

4) Des cultures d'alfalfa en Californie du sud (dont certaines sous la propriété des Émirats Arabes Unies) également très consommatrices d'eau, reflétant à nouveau une déconnexion entre l'économie et la réalité physique du terrain

5) Un détournement massif de l'eau du fleuve vers des terres arides de l'Ouest sur un dénivelé de plus de 900m (nécessitant au passage une quantité colossale d'énergie, fournie par l'une des plus grosses centrales à charbon du pays... on marche sur la tête)

6) Une urbanisation complètement délirante et hors-sol (ex. Las Vegas) et des gaspillages en tous genres par les villes, comme si elles avaient le luxe de se le permettre.

(publié et commenté par C Farhangi)

https://www.npr.org/…/how-a-historical-blunder-helped-creat…

https://www.propublica.org/…/california-drought-colorado-ri…

Valérie Masson-Delmotte : «Les vagues de chaleur vont s'intensifier»
 

Parmi de nombreux invités de la 8e édition de Futurapolis, salon des grandes innovations qui se tient encore aujourd'hui au Quai des savoirs à Toulouse, la vice-présidente du GIEC nous livre son analyse du climat du futur.

Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue, directrice de recherche au CEA et coprésidente du groupe des scientifiques au sein du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), présente hier à Futurapolis au Quai des savoirs à Toulouse. Elle répond à nos questions sur l'état du réchauffement climatique.

 
 

Hier, vous participiez à une conférence nommée «Dans 20, 30 ans, y aura-t-il encore de l'eau ?», au côté de Frédéric Van Heems, PDG de Veolia Eau. Est-ce un scénario probable ?

 
 

Nous ne le voyons pas comme cela. Nous explorons les futurs possibles sur la base d'hypothèses de ce qu'on va produire en matière de gaz à effet de serre, mais aussi sur la base de la modélisation du climat. Dans lequel l'eau, la vapeur d'eau, le cycle de l'eau joue un rôle fondamental en réalité. La question de l'abondance de l'eau dépend aussi de ces usages pour l'agriculture, les particuliers, l'industrie. Les tensions sur l'eau ne viennent pas que du climat, elles viennent des usages.

Justement, quel est l'état de ces usagers aujourd'hui ?

On observe des usages croissants en particulier concernant l'irrigation agricole dans le monde comme en France. Ce sont des tendances pour lesquelles il faut poser la question de la soutenabilité dans un climat qui change. La question de savoir s'il y aura de l'eau dans 20 ou 30 ans est importante, mais à certains endroits il n'y a déjà plus d'eau. En Australie après des sécheresses importantes, en Inde, en Afrique du Sud ou dans la Creuse, il n'y a pas si longtemps. Il y avait des difficultés à approvisionner certaines villes, malgré des travaux de captage réalisés pour l'alimentation en eau. Quand on est dans des situations de déficit de pluie pendant longtemps, des vagues de chaleur, ça pèse bien sûr sur l'abondance de l'eau.

Toutes ces conditions étaient réunies cette année ?

Il y a eu en effet des sécheresses exceptionnelles en France qui ont touché plus de quatre-vingts départements pendant des mois. On est sur une augmentation de la fréquence et de l'intensité des vagues de chaleur sur tous les continents, ça fait partie du réchauffement.

Sur le pourtour méditerranéen, on voit d'ailleurs une intensité de la sévérité des sécheresses et cela va se poursuivre durant les prochaines décennies. C'est même le hot spot du réchauffement climatique, avec les zones de montagne et le littoral en raison de la montée du niveau des mers. Bien sûr, il faut connaître les événements rares du passé pour savoir à quoi s'attendre, mais il y a aussi un climat qui change et c'est pour cela qu'il est important d'envisager tous ces futurs possibles pour prendre les bonnes décisions.

Les chercheurs du GIEC ont-ils l'impression d'être entendus par les dirigeants ?

Il y a clairement une prise de conscience. Ceux qui sont aux avant-postes ce sont les agences de l'eau. Il y a une prise de conscience partout dans le monde, mais elle peine à se traduire en actions efficaces.


Recueilli par Gérald Camier
 
Publié le
Inde, Qatar, Saint-Marin... Près d'un quart de la population mondiale menacée par une pénurie en eau

CRISE Dix-sept pays sont en situation de pénurie hydrique grave, selon un rapport de l'institut World resources

 
 

Près d’un quart de la population mondiale, vivant dans 17 pays, est en situation de pénurie hydrique grave, proche du « jour zéro » lors duquel plus aucune eau ne sortira du robinet, selon un rapport rendu public mardi.

La carte établie par l’institut World resources mesure les risques de pénurie en eau, de sécheresse et d’ inondations fluviales. « L’agriculture, l’industrie, et les municipalités absorbent 80 % de la surface disponible et des eaux souterraines lors d’une année moyenne » dans les 17 pays concernés, principalement situés au Moyen-Orient et au nord de l’Afrique, a écrit l’institut.

Grande crise

Ceux-ci sont le Qatar, Israël, le Liban, l’Iran, la Jordanie, la Libye, le Koweït, l’Arabie saoudite, l’Erythrée, les Emirats arabes unis, Saint-Marin, Bahreïn, le Pakistan, le Turkménistan, Oman, le Botswana et l’Inde, deuxième pays le plus peuplé du monde. « La pénurie en eau est la plus grande crise, dont personne ne parle. Ses conséquences prennent la forme d’insécurité alimentaire, de conflit, de migration, et d’instabilité financière », a indiqué Andrew Steer, PDG de WRI.

« Lorsque la demande rivalise avec les réserves, même de petits épisodes de sécheresse – qui vont augmenter avec le changement climatique – peuvent provoquer de terribles conséquences », comme les récentes crises à Cape Town, Sao Paulo ou Chennai, détaille l’institut. Vingt-sept autres pays figurent sur la liste des pays présentant une « pénurie hydrique élevée ». Une liste complète peut être consultée sur le site de l'institut​.

 

20 Minutes avec AFP

La facture salée de l’eau

 

 

L’eau douce est une ressource infiniment précieuse sur notre petite planète bleue. Sous sa forme liquide et disponible, elle ne représente pourtant que 1 % de toutes les eaux de la planète. Soit l’équivalent d’une sphère d’environ 56,2 km de diamètre, à comparer à celle de notre planète qui en fait 12 700 km. Avec la croissance démographique en cours, on estime à près de 2 milliards de personnes qui manquent régulièrement d’accès à des sources d’eau potable. Le défi humanitaire pour l’avenir est donc colossal.

Une étude scientifique récente soutenue par les Nations unies (1) apporte un éclairage original sur la question. Réalisant un état des lieux des usines de dessalement qui se sont multipliées à travers le monde ces dernières années pour le relever, l’enquête a voulu savoir ce qu’il en coûtait vraiment de produire cette précieuse eau potable à partir des eaux salées océaniques.

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1,5 litre de saumure pour un litre d’eau potable

On estime actuellement à environ 16 000 le nombre d’usines de ce genre, dont les plus grandes sont concentrées essentiellement au Moyen-Orient et en Afrique de l’Est. Ces installations traitent en tout près de 95 millions de mètres cubes par jour, grâce à des techniques de dessalinisation souvent coûteuses en énergies fossiles, ou parfois plus intégrées en utilisant des sources d’énergie solaire ou des membranes sélectives.

Mais reste un défi important à relever : pour chaque litre d’eau potable produite à grands coûts, en effet, ces installations produisent en même temps, en moyenne, 1,5 litre d’eaux saumâtres. Soit, au total, près de 142 millions de mètres cubes d’eau hypersalée chaque jour. Bien plus que ce qu’avaient estimé des études ­préalables. À titre d’exemple, en une année, ce volume d’eau permettrait de recouvrir toute la Floride sous une couche de 30 cm de saumure.

Rejeter dans la mer ou dans des puits profonds

Or, quel est le devenir de ces eaux usées très salées ? Pour les usines situées à moins de 10 km du rivage (qui sont majoritaires), la « solution » la plus simple est de les rejeter dans l’océan, avec cette naïveté assumée par de nombreux industriels que la pollution qui ne se voit pas n’existe pas. D’autres, situées loin des mers, préfèrent les rejeter dans des bassins d’eaux salés, dans des puits profonds par injection ou dans des bassins de décantation à ciel ouvert.

Dans tous les cas, ces rejets sont bien une importante pollution de plus en plus inquiétante. Dans les océans, par exemple, la salinisation forcée des eaux des mers met à mal les écosystèmes existants. D’autant plus que ces liquides contiennent aussi des produits chimiques à base de cuivre et de chlore qui ont été ajoutés pour lutter contre le tartre et l’encrassement des installations industrielles. Résultat ? Les eaux marines où sont dissoutes ces eaux usées se vident peu à peu de leur oxygène.

 

 

Transformer ces saumures en ressources ?

De quoi impacter durablement toute la chaîne alimentaire pélagique. Quant aux usines installées loin de la mer, les dégâts sont encore plus visibles. Les autorités chinoises, américaines et espagnoles, qui sont les premières concernées par cette réalité, en volume à traiter chaque jour, se trouvent confronter à un problème de taille.

Les scientifiques, jamais à court d’idées optimistes, envisagent bien de profiter de ces eaux comme d’une ressource pour récupérer les métaux qui y sont dissous (sodium, potassium et même de l’uranium dans certains cas) ou pour améliorer la productivité d’installations voisines d’aquaculture.

Mais les technologies sont encore coûteuses et les promesses bien théoriques. En attendant, le rejet de ces eaux hypersalées représente près de 33 % des coûts industriels de ces usines. De quoi rappeler à chacun le coût inestimable de la préservation des sources d’eau naturellement potable. Notre plus précieux patrimoine naturel commun.

Dominique Lang

 

(1) E. Jones, M. Qadir, M. T.H. van Vliet, V. Smakhtin, S.-M. Kang, The State of desalination and brine production : a global outlook, dans Science of the total environment, 657, p. 1343-1356, 2019.

 

https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Environnement/facture-salee-leau-2019-01-22-1200997145

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