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Publié le par ottolilienthal

Darknet : l'Internet parallèle, pas si intouchable

La fermeture des plateformes de vente AlphaBay et Hansa montre que l'Internet parallèle est loin d'être la zone de non-droit que l'on croit.

 

"C'est l'une des plus importantes enquêtes criminelles résolues cette année", s'est vanté jeudi dernier le ministre américain de la Justice, Jeff Sessions. Le FBI et la DEA (l'agence antidrogue américaine), en coopération avec Europol, confirmaient la fermeture d'AlphaBay et Hansa, respectivement première et troisième plus grosses plateformes de vente du darknet, réseau internet parallèle. Depuis plusieurs années, AlphaBay était devenu le plus gros marché noir en ligne, mettant en lien environ 40 000 vendeurs avec 200 000 utilisateurs à la recherche de drogues, armes et autres contenus illégaux, tout en préservant l'anonymat des échanges. Cette grande opération de police met une nouvelle fois en lumière les aspects les moins reluisants du darknet, lieu de trafics en tout genre, au cœur de fantasmes tenaces.

Mais qu'est vraiment le darknet ? Ce réseau parallèle est souvent présenté comme une partie d'Internet, cachée, voire invisible. Il est souvent confondu avec le deep web, qui est la partie d'Internet non répertoriée par les moteurs de recherche. En réalité, le darknet correspond à un ensemble de réseaux privés, autonomes, dont une partie est accessible via les passerelles comme TOR (The Onion Router), qui anonymisent les données de l'utilisateur. Les adresses IP des connectés, c'est-à-dire leur numéro d'immatriculation numérique, ne sont pas rendues publiques : un anonymat qui a favorisé le développement du commerce illégal. Drogues, armes, fausses pièces d'identité, codes de cartes de crédit, virus informatiques : tout ceci peut se trouver sur le darknet, via des plateformes du type AlphaBay, en ayant recours à des paiements en monnaie virtuelle, comme le Bitcoin.

Le lieu du crime ?

Le darknet est-il pour autant le lieu privilégié du crime ? D'après les estimations d'Europol , les transactions effectuées sur AlphaBay s'élevaient à au moins un milliard de dollars depuis 2014. En comparaison, le marché annuel du trafic de stupéfiants représentait au moins 2,3 milliards d'euros en 2010  rien qu'en France, et plusieurs centaines de milliards à l'échelle mondiale. Le trafic d'armes reste, quant à lui, marginal sur le darknet, selon les chiffres de l'institution américaine Rand . Il faut également prendre en compte que de nombreuses annonces publiées sur le réseau parallèle sont des escroqueries.

Les accusations des pouvoirs politiques faisant du darknet le paradis des pédophiles ou des terroristes sont par ailleurs impossibles à démontrer. Et les derniers attentats en Europe montrent que les terroristes privilégient des moyens de communication plus faciles d'accès et d'utilisation : des téléphones jetables, les réseaux sociaux ou des applications comme Telegram.

Accusé de nombreux maux, le darknet prend néanmoins tout son sens dans les pays où la liberté d'expression est menacée. Il permet d'échapper à la censure et constitue un moyen de communication précieux pour les opposants aux dictatures. Mais aussi toute personne souhaitant échapper au traçage de ses données, ce qui ne constitue pas un crime. De nombreux médias y ont créé des coffres-forts numériques, où les lanceurs d'alerte peuvent déposer des documents sensibles sans être identifiés. Celui du New Yorker par exemple, Strongbox, nécessite l'utilisation de TOR pour y accéder.

Policiers infiltrés

Comme le prouve la récente fermeture d'AlphaBay, utiliser le darknet ne signifie pas être à l'abri des lois. Le créateur présumé de la plateforme de vente, le Canadien Alexandre Cazes, aurait été trahi… par sa propre adresse mail, permettant de l'identifier puis de le localiser en Thaïlande. Intitulée Pimp_Alex_91@hotmail.com, son adresse était présente dans un mail de bienvenue d'un forum d'AlphaBay envoyé à ses utilisateurs, explique le département américain de la Justice.

 

Avant AlphaBay, la fermeture de Silk Road, en 2013, avait déjà fait grand bruit. À l'époque la plus grande plateforme de vente du darknet, Silk Road était tombée en même temps que son créateur, Ross Ulbricht. Là encore, la découverte de son adresse mail personnelle avait grandement aidé à son identification puis son arrestation.

Tout en révélant la fermeture d'AlphaBay, Europol a également indiqué la fin d'Hansa, numéro 3 de la vente sur le darknet. De nombreux utilisateurs d'AlphaBay s'étaient réfugiés dessus après la fermeture inopinée de leur hypermarché, sans savoir que la police néerlandaise s'y était infiltrée depuis un mois, et en profitait pour recueillir leurs adresses postales... Le mythe du darknet comme paradis des criminels en prend un coup.

 

Publié le | Le Point.fr
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