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Publié le par ottolilienthal

"Une cicatrice que je garderai à vie" : au procès des attentats du 13-Novembre, "Sonia" raconte comment elle a dénoncé Abdelhamid Abaaoud

Cette femme a permis en 2015 à la police de localiser le coordinateur des attaques menées à Paris et à Saint-Denis. Son témoignage était très attendu.

Une voix modifiée, une silhouette sombre floutée, un prénom d'emprunt... La femme qui a dénoncé Abdelhamid Abaaoud, le coordinateur des attentats du 13-Novembre, a témoigné, vendredi 8 avril, devant la cour d'assises spéciale de Paris, avec toutes les précautions de mise pour préserver son anonymat. Témoin-clé de l'enquête, la première de France à être protégée par décret, "Sonia", comme nous l'appellerons, a raconté sa rencontre avec le terroriste et sa décision de prévenir la police par la suite. Un "sacrifice" qui a fait basculer sa vie, ainsi que celle de ses enfants et de son compagnon, mais qu'elle ne regrette pas. "Je préfère donner ma vie que de cautionner la mort d'autres personnes", a lâché cette femme de 48 ans, au 109e jour d'audience.

Sonia a commencé par se replonger dans la funeste soirée du 13 novembre 2015. Comme de nombreux Français, elle regarde, dans son appartement en Seine-Saint-Denis, le match amical de football entre la France et l'Allemagne, qui a lieu au Stade de France. Trois terroristes se font exploser autour de l'enceinte, mais le match n'est pas interrompu. Soudain un message s'affiche sur l'écran : il alerte sur les attentats qui sont en cours. Sonia voit alors Hasna Aït Boulahcene, une jeune femme de 26 ans à la dérive que cette bénévole héberge pour lui "redonner une seconde chance", passer devant la télévision "en rigolant, en disant que c'était normal car c'étaient des mécréants".

Deux jours plus tard, Hasna, "surexcitée", reçoit un appel téléphonique et une adresse pour se rendre à un mystérieux rendez-vous. "Un monsieur lui demandait d'aller chercher son cousin de 17 ans qui avait des problèmes", rapporte Sonia à l'audience. En réalité, il s'agit d'Abdelhamid Abaaoud. Hasna lui saute dans les bras lorsqu'il sort d'un buisson près d'un talus, en contrebas de l'autoroute, à Aubervilliers. Puis il se dirige vers Sonia, qui a accompagné la jeune femme. "Il est arrivé, il m'a serré la main, il s'est présenté", se remémore-t-elle. D'après son témoignage, elle fait vite le rapprochement. 

"Je lui ai dit : 'Est-ce que vous avez participé aux attentats ?' Il m'a dit : 'Oui, les terrasses c'est moi.' Je me suis figée. J'avais envie de me couper la main."

Sonia, témoin

lors de l'audience

Sonia engage la conversation et tente de convaincre Abdelhamid Abaaoud "qu’il a tué des innocents, que l'islam, ce n'est pas ça". "Il m'a dit qu'on était des morceaux de pain blanc, qu'il veut nous faire sauter le matin quand il se lève." Le coordinateur des attentats des terrasses et du Bataclan la menace de représailles si elle dit quelque chose.

"J'ai très bien reconnu Abaaoud"

"Toute la nuit, on n'a pas dormi", poursuit Sonia. Sa voix modifiée, aux accents métalliques de robot, résonne dans la salle. Sa silhouette sombre, en double, bouge légèrement sur l'écran. Elle raconte sa décision d'appeler le numéro vert dédié aux attentats. "J'ai expliqué qui j'avais vu. On ne m'a pas crue. J'ai été menaçante, j'ai insisté", relate-t-elle.

Finalement, elle est entendue par les enquêteurs de la Sous-direction antiterroriste (Sdat) et leur donne un détail décisif. "On m'a demandé si quelque chose m'avait marquée. J'ai dit : 'Oui, ses baskets orange'. On m'a amené une planche photos. J'ai très bien reconnu Abaaoud", explique Sonia. Cette paire de baskets orange fluo est loin d'être anodine : ce sont les chaussures que porte Abdelhamid Abaaoud sur les images de vidéosurveillance du métro, le 13 novembre 2015, alors qu'il vient de participer aux attaques sur les terrasses parisiennes. Elles seront retrouvées cinq jours plus tard, lors de l'assaut du Raid dans un immeuble à Saint-Denis où s'était réfugié le chef des commandos. 

Une "planque" que les enquêteurs localisent grâce à Sonia. Cette dernière réussit à convaincre Hasna Aït Boulahcene de lui donner l'adresse. "Le monsieur de la Sdat m'a dit d'aller chercher une bouteille pour la faire parler et c'est vrai que ça a marché", dévoile Sonia, qui décrit Hasna comme une jeune femme "à l'histoire chaotique", qui "portait le niqab et en même temps buvait de l'alcool et fumait". L'anecdote fait sourire au milieu de son récit effarant. Car c'est aussi lors de cette conversation qu'Hasna révèle que son cousin prépare des attentats dans un centre commercial de La Défense (Hauts-de-Seine). Sonia tremble de peur, mais elle rappelle les enquêteurs : "Je dis à la Sdat : 'Ça va se passer très bientôt, c'est jeudi qu'ils vont attaquer'." "Votre geste a pu éviter d’autres attentats", salue le président de la cour d'assises spéciale. 

"Je me suis sentie sale"

Le ton est le même du côté des avocats des parties civiles, qui la félicitent pour son courage. Mais la témoin apparaît comme une femme meurtrie. Alors que Samia Maktouf, avocate de plusieurs victimes des attentats, révèle que Sonia "s'est lavée les mains à l'eau de Javel" après sa rencontre avec Abdelhamid Abaaoud, cette dernière confie encore reproduire ce geste. "Je me suis sentie trahie, je me suis sentie sale. Vous savez, quand vous serrez les mains d'un assassin… C'est comme si c'était moi qui avais tué ces innocents, c'était une honte, une cicatrice que je garderai à vie", souffle-t-elle.

Bien que suivie par une professionnelle de santé, Sonia témoigne de la difficulté à mener une vie normale. Elle évoque des insomnies et le souvenir douloureux des attentats, ravivé chaque année. 

"Ma psychiatre me fait prendre conscience que je suis victime aussi, mais je ne veux pas être victime, je ne veux pas prendre la place des victimes."

Sonia, témoin

lors de l'audience

Les victimes tiennent pourtant à rendre hommage à cette femme. A la fin de son témoignage, quelques applaudissements retentissent du côté des parties civiles. "Ce n'est pas l'endroit pour se manifester", les reprend le président de la cour d'assises spéciale de Paris. Le calme revenu, il suspend l'audience.

France Télévisions
 
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Procès des attentats du 13-Novembre : l'amertume des victimes et des avocats face aux auditions des enquêteurs belges

Les enquêteurs de l'unité antiterroriste de la police judiciaire fédérale de Bruxelles (Belgique) témoignent en visioconférence et de manière anonyme au procès des attentats du 13-Novembre, ce qui a fait polémique. Face à eux, les avocats français, comme les victimes, dénoncent une stratégie d'esquive.

Une dizaine d'enquêteurs belges doivent venir témoigner jusqu'à mardi 7 décembre au procès des attentats du 13-Novembre, en visioconférence et anonymes. Plusieurs ont déjà parlé la semaine dernière en détaillant le parcours des terroristes en Belgique. Des enquêteurs mis sur le grill après les ratés de l'enquête, mais qui n'ont guère envie de s'étaler.

 

>> Procès du 13-Novembre : le journal de bord d'un ex-otage du Bataclan

Ces auditions des enquêteurs belges étaient pourtant très attendues des victimes et de leurs proches, avides de réponses sur les failles du dossier. Mais elles propagent surtout un sentiment de frustration et de colère. "Une honte", s'emporte Arthur Dénouveaux, le porte-parole de l'association de rescapés Life for Paris. "C'est une énorme déception, il y a une forme de tristesse aussi, lâche-t-il. Nous, on est venus raconter notre douleur, se mettre à nu, raconter des choses pas faciles."

"On a juste un système belge qui essaie de ne pas être mis en accusation en France, de ne pas donner d'informations qui pourraient incriminer la manière dont la lutte antiterroriste s'effectuait en 2015 en Belgique."

Arthur Dénouveaux, porte-parole de l'association Life for Paris

à franceinfo

Même colère sur le banc de la défense. "On a une absence de réponse, dénonce Me Martin Méchin qui défend l'un des accusés. C'est valable à la fois pour la partie civile et c'est valable aussi pour la défense qui est très frustrée." L'avocat estime qu'il y a "des témoignages qui ne correspondent pas vraiment à la réalité du dossier et puis il y a des parjures, clairement. Quand un policier dit 'non, nous n'étions pas au courant de tel élément', je vous rappelle que le policier prête serment de dire toute la vérité. Clairement, ça n'a pas été le cas."

Depuis la semaine dernière, cinq accusés, Salah Abdeslam, Mohamed Abrini, Sofien Ayari, Osama Krayem et Mohamed Bakkali, refusent de prendre place dans le box pour contester l'absence en personne à la barre des enquêteurs belges et leur anonymisation.

Radio France
 
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Attentats du 13-Novembre :

Un rapport de la police des polices belge révèle des failles importantes dans la surveillance des frères Abdeslam, membres du commando des attentats du 13 novembre 2015. "L'Œil du 20 heures" a pu consulter ce rapport confidentiel, qui n'a jamais été publié, ni communiqué à la justice française.

Ce sont 82 pages confidentielles, classifiées, rédigées par le Comité P (comité permanent de contrôle des services de police), la police des polices belges. Un rapport sur les attentats du 13-Novembre, jamais transmis à la justice française, qui l’a pourtant demandé. "L’Œil du 20 heures" a pu le consulter. Il révèle de nombreux dysfonctionnements dans la surveillance des frères Abdeslam, plusieurs mois avant les attentats de 2015.

Dès juillet 2014, dix-sept mois avant les attentats, un policier belge reçoit un signalement d’un informateur, qu’il dit avoir transmis à sa hiérarchie. Cela concerne les frères Abdeslam, et leur lien avec celui qui sera le coordinateur des attentats, Abdelhamid Abaaoud. "Les frères en question auraient déclaré vouloir commettre un 'acte irréparable' et se rendre en Syrie", résume le rapport. Mais aucune suite n’est donnée. L’information n’est consignée nulle part, selon le Comité P.

En janvier 2015, dix mois avant les attentats, un autre signalement sur la radicalisation des deux frères conduit cette fois la police bruxelloise à rédiger deux procès-verbaux. Salah et Brahim Abdeslam sont entendus l’un après l’autre, mais ils nient toute radicalisation et velléité de départ en Syrie, alors même que Brahim en revient.

"Je travaille pour rien", déplore un policier

L’enquête ne va pas beaucoup plus loin. "Les dossiers des frères Abdeslam n’ont jamais été effectivement attribués à quelqu’un, de sorte qu’il n’y a pas eu de responsable d’enquête", s'étonne le rapport confidentiel. Un policier belge que nous avons contacté déplore lui-même l’inertie de l’enquête, alors qu’il aurait transmis des documents attestant de la radicalisation préoccupante de Salah Abdeslam : "Il y a plein de choses que j’ai dites, que j’ai mises en avant, j’ai tiré la sonnette d’alarme : c’est tombé aux oubliettes. Ça m’est arrivé plein de fois de me dire 'mais putain je travaille pour rien, en fait !'"

"Des menaces d’attentat, de radicalisation sévère, des contacts avec des gars partis en Syrie, ce n’est quand même pas rien ! Ils auraient dû procéder à une arrestation beaucoup plus rapidement", ajoute, amer, le policier.

Des investigations téléphoniques inexploitées

Aucun responsable d’enquête n'est désigné et les investigations sur les deux frères Abdeslam sont laissées en suspens, faute de moyens, selon les investigations du Comité P : "Dans les deux cas, il est décidé de procéder à des repérages téléphoniques, mais d’en geler les résultats, c’est-à-dire de ne pas les exploiter." Même le matériel informatique de Brahim Abdeslam, saisi lors d’une perquisition, restera inexploité jusqu’aux attentats. En juin 2015, cinq mois avant les attentats, après une enquête inaboutie, un magistrat fédéral classe le dossier sans suite.

Les services belges continuent de recevoir des signalements de déplacements suspects, trois mois avant les attentats : le 5 août 2015, Salah Abdeslam est contrôlé à la frontière grecque où il embarque pour l’Italie. Puis le 9 septembre, en Autriche. Enfin, le 23 octobre, trois semaines avant les attentats, il arbore même un drapeau de l’organisation Etat islamique sur les réseaux sociaux.

Un responsable de la sûreté de l'Etat belge reconnaît "être passé à côté"

La police belge n’exploitera pas ces éléments, le dossier ayant été classé. Pour Gérard Chemla, avocat de 137 victimes, ce rapport, jamais déclassifié depuis 2016, est accablant. Il demande à ce qu’il soit rendu public, et cité au procès. “Quand on maintient quelque chose secret, c’est qu’on a des choses à cacher. C’est absolument invraisemblable que l’on ne s’incline pas devant tous ces morts en leur disant qu'on a fait des bêtises, qu'il y a des choses qui ont fonctionné et d’autres qui n’ont pas fonctionné, et de présenter ses excuses pour ses erreurs. C’est honteux."

Contacté, un responsable de la sûreté de l'Etat belge à l’époque reconnaît être “passé à côté”. Quant au gouvernement belge, il invoque la sûreté nationale pour expliquer la non-diffusion de ce rapport.

Parmi nos sources : rapport final du Comité P. Liste non exhaustive.

 

 

https://www.francetvinfo.fr/societe/justice/proces-des-attentats-de-janvier-2015/enquete-l-oeil-du-20h-attentats-du-13-novembre-revelations-sur-un-rapport-confidentiel-qui-denonce-des-failles-dans-l-enquete-belge_4770091.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20210914-[lestitres-colgauche/titre2]

Gérard Chaliand : "L'impact du terrorisme est surévalué"

Aux yeux du chercheur, expert ès conflits depuis un demi-siècle, le terrorisme est "surévalué", et son impact moindre que celui du fléau de la drogue.

 

 

 

Gérard Chaliand analyse et décortique les guerres et les conflits armés internationaux depuis plus d'un demi-siècle. Les conflagrations des deux dernières décennies et leurs sinistres enchaînements sont l'objet de son dernier livre : Pourquoi perd-on la guerre ? Un nouvel art occidental*. Interview.

Le Point.fr : Vous évoquez dans votre livre un « phénomène terroriste surévalué ». Pourquoi « surévalué » ?

Gérard Chaliand : Si on se reporte en 2001, Oussama Ben Laden avait promis l'apocalypse pour l'Occident. Nous avons connu des attaques en Espagne en 2004, Londres en 2005. En France, il ne s'est rien passé entre 1996 et 2011. Et depuis, nous déplorons deux tragédies à Paris en 2015, Charlie Hebdo et le 13 novembre. Puis Bruxelles, le 22 mars dernier. Statistiquement, depuis 2001, l'Occident au sens large a subi 2 % des attentats mondiaux. C'est la raison pour laquelle je parle de surévaluation. Le terrorisme a beaucoup tué en Asie et en Afrique. Mais beaucoup moins que la drogue. C'est pourquoi, notamment, je pense qu'il s'agit d'un phénomène mineur. Largement amplifié par les réseaux sociaux, mais aussi par la propagande des groupes djihadistes, ces enfants d'Hollywood qui nous connaissent parfaitement. Nos médias relaient leur propagande à gogo, en relayant l'angoisse et en participant allègrement à la psychose.

Vous écrivez que l'Afghanistan, l'Irak, la Libye sont des guerres « sans victoire ». Pourtant, depuis 2001, toutes les armées justifient leurs missions par ce type d'opérations…

Certaines guerres ne doivent pas être menées. Celle de 2003 en Irak s'est faite sans la France et l'Allemagne qui, très intelligemment, n'y ont pas consenti. Les néoconservateurs se sont crus omnipotents et se sont lancés dans cette aventure sans préparation ni connaissance du terrain, contrairement à Bush senior qui, en 1991, s'était bien gardé de déloger Saddam Hussein. Les Américains ont ensuite voulu tordre le bras de Bachar el-Assad pour qu'il cesse d'aider le Hamas et le Hezbollah, pensant ainsi rendre service à leur allié principal, Israël. Ils n'auraient donc pas dû faire cette guerre en 2003, ou bien alors la préparer de façon intelligente. En Irak, c'est une caricature. Paul Bremer, qui ne connaissait rien au dossier irakien, a multiplié les bêtises. Le seul qui avait compris quelque chose, c'est le général David Petraeus, nommé trop tard. Quant à la Libye, l'ONU était d'accord pour protéger la population de Benghazi, mais c'est une guerre pour un changement de régime qui a été conduite. Il a fallu sept mois pour venir à bout d'un dictateur de troisième ordre et il faudrait que ce soit un succès ? Si les Russes avaient agi ainsi, on aurait hurlé au scandale, nous l'avons fait la main sur le cœur. En Afghanistan, j'ai très bien compris l'opération punitive après le coup du 11 septembre. Mais à partir de 2002, on a laissé les Pakistanais renforcer les talibans… Obama a été élu pour se dégager de ces bourbiers. Nous restons militairement excellents pour les guerres classiques. Pour les guerres irrégulières, c'est moins vrai.

Pourquoi écrivez-vous que l'État islamique est un « mouvement révolutionnaire condamné à perdre » ?

En Syrie, ce mouvement implanté à l'extrême est, à Raqqa, demeure marginal. Tous ses cadres importants sont irakiens et tous les volontaires qui l'ont rejoint depuis l'été 2014 sont des étrangers. Ce ne sont pas des Syriens, ils ne parlent pas la langue et s'il est possible de les utiliser pour faire la guerre, c'est impossible pour la mobilisation et le travail politique. C'est une autre paire de manches en Irak, il sera difficile de les déloger de la zone sunnite avec des troupes kurdes, donc pas arabes, et des chiites dont on sait très bien qu'ils n'ont cessé depuis dix ans de brider les sunnites. Leur problème, c'est qu'ils ont trop d'adversaires. Les bombardements les ont initialement contenus, mais ils les font désormais reculer.

Vous n'êtes pas seul à penser que la France n'est pas « en guerre » contre l'État islamique, ce serait leur faire « trop d'honneur ». Dès lors qu'elle répond aux attaques avec des moyens militaires et ses forces armées, ne jouez-vous pas sur les mots ?

Nous sommes partie intégrante d'un conflit qui nous concerne fort peu. Si nous étions en guerre, connaissant le fabuleux impact psychologique du terrorisme, la France suggérerait aux moyens d'information continue de se censurer. Que les chaînes d'information permanente arrêtent de relayer sans arrêt la propagande de l'autre ! La guerre imposerait une mobilisation, alors que la nôtre est nulle, inexistante. Nous avons une nuisance face à nous, c'est certes désagréable, mais nous ne sommes pas en danger. Les risques de mort par attentat terroriste sont inférieurs à un sur un million. C'est plus dangereux de traverser la rue. Le phénomène de la drogue sur le plan économique et social est autrement important que celui du terrorisme ! Sauf dans sa dimension psychologique, son impact est tout à fait mineur. Le monde des trente dernières années a changé grâce à la croissance économique réalisée par les États dits émergents, c'est-à-dire par ceux qui travaillent tels la Chine, l'Inde, la Corée (du Sud), la Turquie, le Vietnam entre autres…

 

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