Verdun sans Black M, Barenboïm ni Pétain

Publié le par ottolilienthal

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Verdun sans Black M, Barenboïm ni Pétain

 

La commémoration de la bataille, dimanche 29 mai, accumule les couacs.

 

 

 

 

Tel que voulu par l’Élysée, le centenaire de la bataille de Verdun est en train de faire pschitt… Dernier épisode en date : l’absence de l’orchestre symphonique de Daniel Barenboïm, qui réunit des jeunes musiciens arabes et israéliens. Alors que sa venue était évoquée depuis des mois, il a été décommandé fin avril. Sa présence aurait pourtant constitué un beau symbole de la réconciliation possible entre les nations, sur le lieu même de la grande bataille franco-allemande.

« C’est un regret », assure-t-on à l’Élysée où l’on avance « les contraintes du site » de Verdun. La France n’aurait donc pas été « capable de fournir les conditions techniques » pour accueillir ceWest-Eastern Divan Orchestra. « On a été contraint de renoncer », reconnaît-on. À la place, c’est l’orchestre de la Garde républicaine, présenté comme « tout-terrain », qui assurera la partie musicale des cérémonies du 29 mai.

Verdun n’a guère de chance avec la musique, comme on l’a vu avec la récente polémique sur la venue du rappeur Black M pour un concert en marge des commémorations. Sous la pression de la « fachosphère », le maire socialiste de Verdun a fini par renoncer à inviter ce chanteur, sans que l’on comprenne très bien la position du gouvernement sur cette affaire. Les textes provocateurs de l’artiste n’étaient pas forcément les plus adaptés à l’événement mais ils étaient dans le domaine public quand les autorités politiques, y compris au secrétariat d’État aux Anciens combattants, ont approuvé l’idée de ce concert.

« On s’est ridiculisé, reconnaît une source proche du dossier. Le monde combattant est aujourd’hui furieux et certains pourraient bouder la cérémonie ». De son côté, Black M - de son vrai nom Alpha Diallo - a expliqué avoir « ressenti une immense fierté lorsque l’on a fait appel à moi pour participer à un concert pour l’ensemble des jeunes Français et Allemands réunis ce jour-là. Éduqué par la France, terre d’accueil de mes parents (...) pour laquelle mon grand-père Alpha Mamoudou Diallo, d’origine guinéenne, a combattu lors de la guerre 1939-45 au sein des Tirailleurs Sénégalais ».

 

 

Ni Barenboïm, ni Black M. Et pas non plus l’ensemble des Prix Nobel de la paix que l’Élysée aurait aimé rassembler à Verdun, comme il en avait eu l’idée l’an dernier. Là encore, le projet a dû être remisé. Au final, outre la chancelière Angela Merkel - difficile de faire sans elle ! - la liste des personnalités invitées est maigre : le président du Parlement européen Martin Schulz et celui de la Commission Jean-Claude Juncker. La scénographie de la cérémonie à l’Ossuaire de Douaumont a été confiée au cinéaste allemand Volker Schlöndorff.

Commémorer Verdun, c’est aborder la question de celui qui y commanda les troupes françaises, le futur maréchal Pétain. Exercice délicat pour un chef de l’État, auquel le général De Gaulle ne s’était pas soustrait lors de la commémoration du cinquantenaire en 1966 : « Si, par malheur, en d’autres temps, dans l’extrême hiver de sa vie et au milieu d’événements excessifs, l’usure de l’âge mena le maréchal Pétain à des défaillances condamnables, la gloire que, vingt-cinq ans plus tôt, il avait acquise à Verdun, puis gardée en conduisant ensuite l’armée française à la victoire, ne saurait être contestée, ni méconnue par la patrie. »

Si l’historien Antoine Prost estime qu’il n’y a « pas une virgule à changer », les milieux officiels estiment que parler de Pétain « est un message qui n’est pas d’une très grande actualité ».

 

 

Par Jean-Dominique Merchet

 

 

Commenter cet article