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Energies niouzes

Publié le par ottolilienthal

Prix de l'énergie : l'aciérie Ascoval diminue de moitié sa production

Pour faire face à la flambée des prix de l'électricité, l'aciérie de Saint-Saulve, dans le Nord, va réduire de "50 % maximum" sa production d'octobre à décembre.

L'aciérie française Ascoval va réduire de "50 % maximum" sa production d'acier d'octobre à décembre en raison de la flambée du coût de l'énergie, a annoncé jeudi 22 septembre la direction du groupe allemand Saarstahl, qui l'a acquise en 2021 et assure vouloir continuer à y investir. "Ascoval réduira sa production d'acier de 50 % maximum d'octobre à décembre 2022. Les coûts élevés de l'énergie obligent Ascoval à franchir cette étape", a indiqué Saarstahl à l'AFP, confirmant une information du Monde.

"Alors que d'autres ferment ou suspendent temporairement la production, nous agissons de manière responsable", souligne le groupe, qui emploie quelque 300 salariés à Saint-Saulve (Nord), un site tournant avec des fours électriques. En octobre, les fours seront éteints le lundi, puis en novembre et décembre, ils fonctionneront du mercredi au dimanche matin, selon Saarstahl. Les syndicats ont également "accepté le travail de nuit et les heures supplémentaires pour réduire les coûts".

"Comme les prix de l'électricité malheureusement sont indexés au gaz, aux tarifs actuels on ne peut pas se permettre de continuer à travailler, sinon on vend à perte", a déploré auprès de l'AFP le délégué syndical CGT Nacim Bardi, décrivant une "situation inédite". "Les Allemands voient loin, ils voient la transition écologique. Ils nous ont récupérés parce qu'on est un four électrique et ils mettent la main à la poche pour l'instant, mais pour combien de temps ?", s'est-il inquiété.

Il constate pour l'instant que recrutements et formations sont maintenus, de même que "le processus d'homologation pour les clients automobiles allemands qui veulent de l'acier vert", alors que le site produit actuellement surtout des barres d'acier destinées à la fabrication de rails.

Investissement dans l'acier vert

"L'entreprise continuera d'investir dans la production d'acier vert. 350.000 tonnes seront produites cette année, jusqu'à 600.000 tonnes sont envisageables dans les années à venir", a assuré Saarstahl. Si "le chemin de fer représente actuellement 80 % du marché des ventes", "l'industrie automobile allemande peut représenter 50 % de la production à l'avenir".

À la suite des déboires financiers de Liberty Steel et de son patron, le magnat britannique Sanjeev Gupta, Saarstahl a acquis en juin 2021 les deux sites français du groupe, Ascoval (Nord) et Hayange (Moselle). Mais en novembre 2021, Saarstahl avait annoncé vouloir transférer outre-Rhin, où les hauts fourneaux tournent au charbon, 40% de la production de Saint-Saulve pour faire face à la hausse des prix de l'électricité, avant d'y renoncer, devant une levée de bouclier du gouvernement français.

 

https://www.capital.fr/entreprises-marches/prix-de-lenergie-lacerie-ascoval-diminue-de-moitie-sa-production-1446973

Crise de l'énergie : pourquoi les coupures d'électricité sont un sujet explosif pour le gouvernement

Les listes de clients prioritaires, les risques pour certains patients ou l'impact sur la production des entreprises sont autant de questions épineuses sur lesquelles l'exécutif va devoir trancher en prévision d'éventuels délestages cet hiver. 

Emmanuel Macron appelle les Français à "être au rendez-vous de la sobriété". En encourageant la population et les entreprises à faire des efforts pour baisser leur consommation d'énergie, le gouvernement espère éviter le pire des scénarios pour cet hiver : les coupures d'électricité. Mais l'exécutif n'écarte plus cette possibilité. Franceinfo vous explique pourquoi le sujet est politiquement sensible.

Comment les Français vont-ils passer l'hiver ? Les prévisions ont rarement été aussi maussades sur le front de la production électrique dans le pays. Pas moins de 32 des 56 réacteurs nucléaires du parc EDF sont à l'arrêt, les approvisionnements en gaz sont menacés par le conflit en Ukraine et l'arrivée d'une vague de froid hivernale ne peut être exclue. "Nous avons perdu toutes nos marges pour répondre à la demande d'électricité", a averti Xavier Piechaczyk, le président du directoire de RTE (gestionnaire du réseau de transport électrique) vendredi 2 septembre, dans une interview aux Echos.

La Première ministre, Elisabeth Borne, n'a pas exclu le scénario de "délestages tournants". "C'est-à-dire qu'on coupe sur une courte période de moins de deux heures, par quartier", a détaillé jeudi 1er septembre la cheffe du gouvernement au micro de France Inter. Pour y échapper, il faudrait que "la consommation française baisse de 15% aux heures les plus tendues", a évalué Xavier Piechaczyk. 

Des délestages "là où c'est le plus efficace"

"Si les planètes se désalignent (hiver rigoureux, Français pas assez disciplinés sur les écogestes) et si on n'arrive pas à compenser le déficit d'électricité, il va falloir recourir à ce délestage et peut-être de manière régulière", prévient Clément Le Roy, associé en charge de l'énergie chez Wavestone. Le ministère de la Transition énergétique assume d'exiger des efforts aux entreprises, avant d'en demander aux ménages, "qui participent déjà à l'effort de sobriété"

"Le sujet est par nature explosif", analyse Nicolas Goldberg, expert énergie chez Colombus Consulting. "S'il y a des coupures, ça va générer des débats et une grogne sociale difficile à gérer". La fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim en juin 2020, jugée par certains prématurée mais assumée par Emmanuel Macron ces derniers jours, fait notamment partie des sujets qui sont d'ores et déjà revenus sur la table.

Signe que la question de possibles coupures hivernales est épineuse, les critères de classement des usagers en vue d'éventuels délestages sont difficiles à trouver. "La population peut comprendre, à condition que le débat ait lieu", estime Julien Bayou, secrétaire national d'Europe Ecologie-Les Verts. Le député EELV ajoute cependant : "Mais on a l'impression que les choix difficiles se font dans le secret." Les interruptions auront lieu "là où c'est le plus efficace pour le réseau et le maintien d'alimentation du système et de manière à toucher les usagers les moins prioritaires", assure le ministère de la Transition énergétique, sans davantage de précisions. RTE est chargé de planifier ces délestages pour l'Etat français. 

"C'est un plan organisé, maîtrisé et ciblé. On répartit l'effort sur l'ensemble du territoire."

RTE

à franceinfo

La procédure est encadrée. Il revient d'abord à chaque préfecture d'établir la liste des sites prioritaires, non délestables. Ils sont définis par un arrêté de 1990 : hôpitaux, signalisation, éclairage, sites industriels qui présentent un enjeu de sécurité... "Par défaut, tous les autres peuvent être intégrés au plan de coupure, précise RTE. Mais parmi ceux-ci, seule une faible partie serait effectivement privée d'électricité". Des lignes électriques, représentant des blocs d'environ 100 mégawatts (environ 100 000 foyers selon RTE), peuvent ensuite être coupées pendant deux heures maximum, sur des plages horaires précises : entre 8 heures et 13 heures, puis entre 17h30 et 20h30.

 

Le principe du "délestage" expliqué en infographie.  (MONECOWATT.FR)

 

Sur le terrain, ce sont 500 "aiguilleurs de l'électricité", salariés d'Enedis (gestionnaire du réseau de distribution d'électricité), qui vont télecommander les coupures depuis des tours de contrôle qui observent l'équilibre du réseau 24h/24. Un dispositif "ajusté au plus près des besoins en électricité de chaque territoire", affirme un document d'Enedis envoyé aux entreprises et que franceinfo s'est procuré. Mais le détail de cet ajustement soulève des questions épineuses pour le gouvernement.  

Des entreprises "qui ne peuvent pas s'arrêter"

Quelles entreprises figureront parmi les clients prioritaires ? L'article 2 de l'arrêté du 5 juillet 1990 précise qu'en cas de coupures, il faut préserver les "installations industrielles qui ne sauraient souffrir, sans subir de dommages, d'interruption dans leur fonctionnement, particulièrement celles d'entre elles qui intéressent la défense nationale"Une phrase soumise à interprétation. "Ce qu'on est en train de regarder, c'est d'abord les entreprises qui ne peuvent pas s'arrêter : les hôpitaux, les entreprises de défense, un certain nombre d'entreprises agroalimentaires", a détaillé le ministre délégué en charge de l'Industrie, Roland Lescure, lundi 5 septembre sur franceinfo

"Ça rappelle les débats que l'on a eus sur le Covid", souligne Thomas Pellerin-Carlin, directeur du Centre Energie de l'Institut Jacques-Delors. "Toute l'alimentation n'est pas essentielle. Comment catégorise-t-on une usine de confiserie par exemple ?" Si des directives précises vont être envoyées aux préfectures, elles n'ont pas vocation à être rendues publiques, confirme le ministère de la Transition énergétique. 

De leur côté, certains opposants de droite posent une autre question : pourquoi favoriser les ménages plutôt que les entreprises ? "Pour qu'on puisse jouer à la PlayStation en hiver à 19 heures, on va sacrifier les outils de production. Je trouve ça inacceptable", regrette Raphaël Schellenberger, député du Haut-Rhin et secrétaire général adjoint Les Républicains.

"On a besoin d'un vrai débat pour savoir qui est prioritaire."

Raphaël Schellenberger, député LR

à franceinfo

Mêmes interrogations pour les particuliers : certaines aires géographiques seront-elles préservées et d'autres sacrifiées ? "Le risque, c'est que les délestages concernent la France des 'gilets jaunes', et pas le 10e arrondissement de Paris, alerte Thomas Pellerin-Carlin. Il y a un enjeu essentiel de justice sociale." Si des délestages devenaient nécessaires, leur répartition dépendrait d'abord des caractéristiques techniques du réseau électrique, assure RTE. "On choisit la zone la plus à même de soulager le réseau", détaille Clément Le Roy, associé en charge de l'énergie chez Wavestone.

Les campagnes plutôt que les villes ?

Certaines régions françaises sont effectivement plus fragiles. "Historiquement, la Bretagne et la région Paca sont des 'péninsules énergétiques', car elles sont moins interconnectées au réseau et n'ont quasiment pas de moyen de production propre", poursuit Clément Le Roy. Elles sont donc plus exposées aux risques de coupures. Et il faut aussi répartir l'effort pour que le réseau reste stable. "On ne peut pas, par exemple, concentrer toutes les coupures sur une partie de la France. Il faut équilibrer l'ensemble", précise RTE. 

Mais au-delà des contraintes techniques, les villes peuvent-elles être privilégiées par rapport aux campagnes ? "Ce serait la pire des solutions. On ne peut pas traiter différemment les urbains et les non urbains", s'inquiète Bruno Millienne, député MoDem des Yvelines et vice-président de la commission développement durable à l'Assemblée nationale. Si les scénarios sont communiqués, "ils seront étudiés de manière très attentive", affirme l'élu, persuadé que la France échappera à cette situation extrême.

"Aujourd'hui, les gens attendent une égalité de traitement absolue entre tout le monde. Ce serait compliqué d'expliquer seulement à certains qu'ils sont pénalisés."

Bruno Millienne, député MoDem

à franceinfo

Les coupures pourraient même concerner "les patients à haut risque vital". "Des personnes avec respirateur à la maison, il n'est même pas interdit de leur couper le courant", déplore le député LR Raphaël Schellenberger qui voudrait qu'on utilise le réseau de compteurs électriques intelligents Linky pour procéder à des coupures plus ciblées chez les particuliers.

Pour l'heure, Enedis prévoit "une communication graduelle, à mesure que les hypothèses se confirment" pour ces 4 800 patients sensibles. En cas de délestages, ils recevront un SMS leur indiquant l'heure et la date à laquelle ils seront privés d'électricité. "En France, on n'a pas connu ça depuis tellement longtemps que ça paraît impensable", relève Nicolas Goldberg, expert énergie chez Colombus Consulting. "Ça peut créer un sentiment de déclassement". 

France Télévisions
 
Publié

 

 

https://www.francetvinfo.fr/economie/energie/crise-de-l-energie-pourquoi-les-coupures-d-electricite-sont-un-sujet-explosif-pour-le-gouvernement_5322196.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20220911-[lestitres-coldroite/titre4]

La France n’aurait jamais dû subir une telle crise énergétique

TRIBUNE. Pour Bernard Accoyer, la vulnérabilité énergétique de la France est imputable aux antinucléaires qui ont exercé le pouvoir ces dernières années.

Selon la formule prêtée à Albert Einstein, « On ne résout pas les problèmes avec ceux qui les ont créés. » Pourquoi cela ne vaudrait-il pas pour la crise énergétique française ? La crise ukrainienne a révélé la vulnérabilité stratégique de la France en matière d'approvisionnement énergétique. Tout n'est cependant pas imputable à Vladimir Poutine. Dans les faits, notre dépendance au gaz russe est minime et la crise énergétique va se produire là où nous devrions aujourd'hui régner en maître et n'avoir aucune inquiétude : la production électrique. La France entre dans une crise énergétique à laquelle elle aurait dû échapper, si des décisions courageuses et raisonnables avaient été prises en temps utile.

L'exécutif incite à regarder ailleurs, se défausse ou invoque le contexte mondial. Personne n'est dupe : lui, ses conseillers, et les responsables de son administration, notamment RTE (gestionnaire du réseau de transport d'électricité) et la Commission de régulation de l'énergie (CRE), sont bien les coresponsables de ce qui est en train de nous arriver. Depuis l'élection présidentielle de 2012, des décisions politiques malheureuses ont été prises en oubliant les lois de la physique et en occultant les conséquences de ces choix, malgré les mises en garde de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Ainsi, ce sont 12 gigawatts (GW) de capacités de production d'électricité pilotables qui ont été supprimés depuis dix ans, avec notamment la fermeture avancée de la centrale nucléaire de Fessenheim (Alsace) – pourtant en parfait état de fonctionnement –, une véritable faute industrielle exigée par l'écologie politique, une trahison énergétique.

Plusieurs mises en garde

La fermeture de ce qui représente plus de 10 % des capacités de production comme le désinvestissement dans le nucléaire sont la cause de la crise française, en dépit des recommandations de tous les présidents de l'ASN, depuis 2007, alertant sur la nécessité de disposer de capacités de production de réserve pour pouvoir faire face à un incident générique sur le parc nucléaire. L'arrêt d'une partie de ce parc pour des phénomènes de corrosion sous contrainte constitue un tel incident, toujours possible dans tout système industriel. Les décisions de fermetures ont été le choix de politiques restés sourds aux avis techniques compétents. Se défausser sur le seul parc n'est pas recevable.

De nombreuses voix, en leur temps, avaient aussi mis en garde les gouvernements en 2014, 2017, 2019, sans être entendues. Hélas, les administrations chargées d'alerter les autorités sur les risques évidents résultant de ces décisions sont restées muettes. Un tel entêtement n'aurait pas été possible si la consanguinité entre le politique et les instances de régulation ou de production du secteur, particulièrement perverse, n'avait accouché d'un discours officiel reposant sur des analyses totalement biaisées.

Aveuglement idéologique

Sur le plan gouvernemental, la nomination de ministres militants antinucléaires à la tête du ministère chargé de l'Énergie a fait de la politique énergétique la monnaie d'échange successivement utilisée par François Hollande puis par Emmanuel Macron pour s'allier avec les décroissants et les antinucléaires.

Leurs desseins n'auraient cependant pas été rendus possibles si les agences de l'État n'avaient pas été idéologiquement détournées de leur mission de prospective, de conseil et d'alerte des pouvoirs publics, par des nominations à leur présidence de personnalités politiques, ainsi récompensées pour leur ralliement, en lieu et place de nominations de techniciens reconnus et politiquement non engagés

C'est le cas, par exemple, de l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), pilote de la pensée antinucléaire, présidée par Arnaud Leroy, ancien député socialiste, qui a publié un scénario « Vers un mix électrique 100 % renouvelable » (2018) ; ou de la nomination de l'ancien député François Brottes (socialiste), pivot de la loi Royal de 2015, à la tête de RTE, prescrivant la fermeture de 14 réacteurs en 2025, échéance repoussée ensuite à 2035, échéance tout aussi utopique. Puis son remplacement par Xavier Piechaczyk, en 2020, un proche du président de la République qui avait copiloté la rédaction de la loi de 2015.

RTE, instance responsable de l'équilibre du système électrique, chargée de transmettre les informations prospectives aux pouvoirs publics afin qu'il anticipe sa politique énergétique, n'a cessé de se contorsionner pour justifier des plans « zéro nucléaire » totalement inapplicables, au risque de se discréditer (janvier 2021), puis de produire des scénarios de stratégie électrique sur commande totalement inverses pour justifier le virage macronien de l'automne 2021. La Commission de régulation de l'énergie n'a pas échappé à cette « déprofessionnalisation » politique, contraire à l'indépendance indispensable des autorités « indépendantes » censées par définition conseiller ou trancher à distance des pressions politiques.

En finir avec le dogmatisme

Si l'on veut hâter la sortie de crise et le retour à une meilleure situation, il faut nommer à ces responsabilités des personnalités techniquement qualifiées sans lien avec l'exécutif ni engagement politique patent. Pour la sélection du meilleur candidat, la seule question qui vaille est : « Quelle compétence détient cette personne pour justifier son ambition d'exercer cette responsabilité hautement stratégique, au service de la France et des Français ? » Cela vaut notamment pour les grands acteurs du secteur – CRE, EDF, RTE…

Sur ce point, la proposition de nomination avancée par le président de la République à la présidence de la CRE est un continuum qui, si elle se concrétisait, placerait cette personnalité entre les mains des conseillers de l'exécutif, ceux-là mêmes qui portent en partage la responsabilité de la crise énergétique à laquelle la France aurait dû échapper.

Dans tous les scénarios, la sortie de crise sera longue. Il faut maintenant sortir des errements qui ont provoqué cette crise, oublier les positions dogmatiques, s'en tenir à la raison et engager sans plus attendre les mesures de redressement qui s'imposent.

 
 

* Bernard Accoyer est le président de PNC-France, une association pronucléaire. Il a été le président (UMP) de l'Assemblée nationale de 2007 à 2012

 

Marché de l'électricité : la Cour des comptes demande des évolutions rapides

La Cour des Comptes pointe du doigt les dysfonctionnements croissants du marché de l'électricité en France depuis dix ans et demande une évolution rapide des outils de régulation.

La Cour des Comptes publiera mardi 5 juillet un rapport sévère sur les dysfonctionnements croissants du marché de l'électricité en France depuis dix ans, demandant au gouvernement une évolution rapide, d'ici dix-huit mois, des outils de régulation mis en place depuis la libéralisation du marché européen de l'électricité. La Cour s'est lancée dans une rare et unique évaluation de la politique publique complexe mise en place depuis dix ans pour essayer de se conformer aux exigences bruxelloises d'introduire de la concurrence sur les marchés de l'électricité, tout en tentant de préserver pour les consommateurs des tarifs bas, issus du nucléaire depuis longtemps amorti de l'opérateur public historique EDF.

Son verdict est sans appel : l'organisation du marché de l'électricité en France "n'est plus ni lisible, ni pilotable", souligne la Cour dans ce rapport de 268 pages qui sera publié mardi par les magistrats de la rue Cambon, après plus d'un an de travail. Il incite les pouvoirs publics à négocier avant "au plus tard fin 2023" un nouveau moyen de régulation. Pour parvenir à son constat, la Cour a décortiqué le fonctionnement et le dérapage progressif des trois principaux dispositifs d'intervention mis en place par la loi Nome (nouvelle organisation du marché de l'électricité) du 7 décembre 2010 pour réguler le marché.

Trois principaux dispositifs remis en question

Il s'agit du Tarif réglementé de vente (TRV), dont bénéficient près de 70 % des ménages, de l'Accès régulé au nucléaire historique (Arenh) qui accorde jusqu'à fin 2025 un prix réduit sur un quota annuel d'électricité nucléaire vendue aux industriels consommateurs d'énergie et aux distributeurs alternatifs d'électricité et enfin du "mécanisme de capacité". Ce "gentleman's agreement", très rémunérateur entre gros industriels consommateurs, permet de hiérarchiser les besoins pour éviter les blackouts durant les pics de consommation hivernale. La Commission européenne ne l'a accepté que jusqu'en 2026.

La Cour note que les TRV, censés protéger les consommateurs des brusques variations des marchés de gros, et acceptés à titre dérogatoire par Bruxelles, sont depuis 2019 "de plus en plus exposés aux variations des prix de marché". Le système institué autour de l'opérateur historique pour instiller mécaniquement une sorte de concurrence a de facto créé une inflation des prix de l'électricité, souligne la Cour. De fait, EDF n'est plus en capacité de garantir que les prix des consommateurs seront alignés sur ses coûts de production, ce qui était l'objectif visé, remarquent les magistrats.

La Cour souligne par ailleurs que le dispositif Arenh "ne s'est pas déroulé comme prévu" mais qu'il a permis "la couverture des coûts d'EDF complets" sur les dix ans, soulignant même que les "revenus globalement tirés de la production nucléaire ont été supérieurs de 1,75 milliards d'euros aux coûts comptables de cette production entre 2011 et 2021", contrairement à ce qu'assurent EDF et ses syndicats.

Politique énergétique européenne : un échec climatique absolu

 

 

 

 

Face à la baisse massive des livraisons de gaz russe, l’Europe se retrouve en situation de précarité énergétique dès maintenant : il faut coûte que coûte remplir les stockages de gaz avant le 1er novembre, c’est une obligation légale qui a pour but de sécuriser le passage des pointes hivernales. En France, ces stockages représentent un peu plus du quart de la consommation annuelle, leur remplissage ne signifiera donc pas l’arrêt des importations qui devront se poursuivre à un rythme élevé, durant l’hiver prochain et au-delà.

 

 

La réponse de plusieurs pays européens vient de tomber : elle consiste à se retourner massivement vers le... charbon, en rouvrant des capacités de production d’électricité utilisant ce combustible, de loin le plus émetteur de CO2 et le plus polluant de tous. C’est le cas notamment de l’Allemagne, de l’Autriche, du Danemark, des Pays-Bas et bientôt d’autres pays ; l’Italie se retrouve également en situation très précaire et va devoir augmenter sa production d’électricité à partir de charbon et de fioul. Quant à la France, tout laisse à penser que ses deux dernières centrales au charbon ne sont pas près de pouvoir fermer.

 

 

Le résultat est catastrophique pour le climat : les objectifs de réduction des émissions de CO2 sont remis en cause de façon certaine pour 2030 (« Fit for 55 », objectif déjà très largement irréaliste) et très probablement pour 2050 (neutralité carbone) car le retard sera très difficile à rattraper. La crise actuelle du gaz est en effet probablement appelée à durer au moins jusqu’en 2025, avec de grandes incertitudes au-delà.

 

 

Mais la cause profonde de cette situation est ailleurs : elle résulte de la politique idéologique et illusoire du « tout éolien et photovoltaïque » de la Commission, inspirée par l’Allemagne et d’autres pays anti-nucléaires. Cette politique a eu pour corollaire l’asservissement massif au gaz, russe en l’occurrence, pour assurer la stabilité des réseaux face à l’intermittence du vent et du soleil. Comment a-t-on pu croire que l’on pourrait se passer de la source d’électricité pilotable la moins émettrice de CO2 de toutes et seule capable de produire massivement et en permanence de l’électricité, le nucléaire ? La mainmise de la Commission et de ses inspirateurs promouvant cette politique a été totale, leur échec est total et signe leur incompétence stratégique abyssale.

 

 

Cette leçon de choses va-t-elle enfin ouvrir les yeux de l’Europe, particulièrement à court terme ceux du Parlement européen qui doit se prononcer début juillet sur l’acte délégué complémentaire relatif à l’inclusion du nucléaire et du gaz dans la Taxonomie ? Un résultat de vote qui apparaît incertain tant le lobbying des pays antinucléaires est toujours à la manœuvre pour rejeter cet acte.

 

 

Un tel rejet, qui serait synonyme de fuite confirmée dans l’illusion d’une politique magique ignorante du réel, disqualifierait définitivement les institutions européennes en matière énergétique, et viendrait s’ajouter au fiasco du marché européen de l’électricité. Ce dernier dysfonctionne gravement pour des raisons purement artificielles en indexant le prix de gros de l’électricité sur le seul prix du gaz, sans tenir compte du reste du mix électrique : un comble pour un marché censé faire baisser les prix... et les fait en réalité s’envoler. Il est donc également urgent de réformer les règles de ce marché eu égard à ses effets dévastateurs pour l’économie européenne et ses consommateurs.

 

 

L’Europe de l’énergie, en fait l’Europe tout court compte tenu de l’urgence climatique et du caractère vital de l’énergie, doit opérer un aggiornamento complet de sa politique énergétique en revenant à la science et au réel, loin des illusions qui ont conduit à la situation actuelle. Elle est au pied du mur des réalités, ignorées depuis des années malgré les alertes de nombreux scientifiques, ceux de Sauvons Le Climat notamment.

 

 

La poursuite de cette politique qui a pour but essentiel l’exclusion du nucléaire du paysage européen serait un suicide énergétique et climatique pour le continent : il manquerait massivement d’électricité bien avant le milieu du siècle et cette dernière serait en outre très coûteuse, les importations massives d’hydrogène « vert » depuis les pays ensoleillés, dernier avatar d’une utopie incertaine et ruineuse, conduisant tout droit à la continuation du recours prolongé aux énergies fossiles. Situation inacceptable pour le climat et pour l’avenir de l’Europe.

 

 

 

 Copyright © 2022 Association Sauvons Le Climat

 

« La crise ukrainienne est la goutte qui fait déborder le vase »

La crise des matières premières énergétiques risque de durer, prévient Philippe Vié, conseiller de la direction de Capgemini.

La Russie est un mastodonte de l'énergie. Le géant possède tout en masse : du pétrole, du gaz, du charbon, des minerais aussi. La crise ukrainienne a chamboulé l'équilibre, souvent précaire, du marché de l'énergie en Europe et dans le monde. Aucune des matières premières utilisées pour produire de l'énergie n'est épargnée. Le prix du baril d'or noir s'envole, celui du gaz flambe, et les métaux rares présents dans les panneaux photovoltaïques ou les rotors des éoliennes viennent à sérieusement manquer. Philippe Vié, conseiller de la direction de Capgemini et coordinateur du World Energy Market Observatory (WEMO), un document de référence, analyse les secteurs frappés par les effets secondaires de la guerre en Ukraine.

Le Point :L'Union européenne prépare un embargo sur le pétrole russeLa pénurie en or noir menace-t-elle l'Europe ?

Philippe Vié : D'abord, il faut rappeler que la Russie est le premier producteur mondial de pétrole, avec 11 millions de barils par jour, à égalité avec les États-Unis. La Russie fournit 25 % du pétrole consommé en Europe. La proportion est moindre en France. Mais, au-delà du pétrole, il y a des produits dérivés et des produits raffinés comme le gasoil. Et 20 à 25 % du gasoil français est importé de Russie !

On pourrait plus facilement se passer des 5 millions de barils que la Russie exporte chaque jour vers l'Europe, parce que ce sont des marchés mondiaux. Les moyens de se ravitailler ailleurs qu'en Russie existent, par pipelines ou par bateaux. Mais essayer de le faire rapidement aurait un impact important sur le prix. Pour l'éviter, il faudrait que les pays de l'Opep ouvrent un peu les vannes, afin que les pays européens parviennent plus facilement à s'alimenter. L'Opep a la capacité de produire plus, mais l'organisation a adopté une politique destinée à soutenir les cours. Donc l'hypothèse d'une relance de la production serait envisageable, mais dépendrait de la volonté des grands producteurs. D'où la position prudente de l'Europe au sujet des sanctions à l'encontre du pétrole russe, avec l'annonce d'un désengagement très progressif.

L'inquiétude, en France, concerne donc plutôt le marché du gasoil ?

Oui, puisque ce carburant alimente la moitié du parc routier français, et 25 % vient de Russie. Si on se privait de cette source d'approvisionnement par le jeu des sanctions, il serait nécessaire de nouer des accords avec d'autres pays qui ont les capacités de raffinage pour renforcer les nôtres, mais ces pays sont peu nombreux. De plus, si on arrêtait brutalement les importations, les prix exploseraient. En ce qui concerne le pétrole comme ses produits dérivés, l'important est d'y aller prudemment. Vous remarquerez que, dans les produits frappés par les sanctions, l'énergie est venue tout en dernier.

La situation est d'autant plus tendue que les stocks d'or noir sont bas…

Aux États-Unis, les stocks sont effectivement assez bas. Joe Biden a d'ailleurs puisé dans les stocks stratégiques pour limiter la hausse des prix. Ces stocks représentent 2 à 3 mois de consommation en général, et tous les pays sont très vigilants à maintenir des stocks stratégiques pour amortir justement des conséquences de crise.

Le gaz est une autre matière première au cœur des sanctions visant la Russie.

Entre 41 et 45 % du gaz consommé en Europe vient de Russie, à travers principalement les gazoducs NordStream I, qui traverse l'Ukraine, et NordStream II, qui est prêt à être opéré. Mais se passer du gaz russe est beaucoup plus compliqué que se priver du pétrole. En France, on pourrait y arriver en augmentant les capacités de nos terminaux de gazéification, qui tournent à peu près à 25 % de leur capacité aujourd'hui. Mais l'Allemagne, en revanche, n'a pas de terminal de gazéification. Le pays est alimenté directement par la Russie, pour l'essentiel. Et la consommation de gaz y est beaucoup plus importante que chez nous.

En France, pour compenser, il faudrait importer plus de gaz naturel liquéfié. Les pays producteurs de GNL, les États-Unis, le Qatar, l'Algérie ou d'autres, devraient donc produire davantage. Le problème, c'est que cet effort ne se fait évidemment pas d'un claquement de doigts. Les terminaux de liquéfaction des États-Unis, par exemple, sont totalement utilisés. Il faudrait en construire de nouveaux. Or, il faut deux à trois ans pour construire ces actifs. Par ailleurs, dans d'autres pays importateurs, il serait nécessaire d'implanter de nouveaux terminaux de gazéification, de façon fixe ou flottante. La situation est donc complexe, avec des conséquences potentiellement importantes pour certains pays comme la Pologne, si la Russie confirme les sanctions.

Grâce au nucléaire, la France n'importe et n'utilise plus de charbon, ou presque. Les tensions sur ce marché, qui ne sont pas liées à une pénurie, ne l'affectent donc pas ?

Déjà, le charbon s'achemine facilement d'autres pays, par train ou par bateau. En France, de toute façon, on ne consomme quasiment plus de charbon, ni pour produire de l'énergie ni dans le secteur de la sidérurgie, qui n'existe presque plus. Et le peu de charbon consommé aujourd'hui vient par bateau d'Australie. Les Allemands, en revanche, sont très dépendants du charbon russe pour produire de l'électricité. De façon plus générale, 50 % environ de la houille qu'on utilise en Europe vient de Russie.

L'uranium, utilisé pour l'essentiel dans les réacteurs nucléaires français pour produire de l'électricité, peut-il être affecté par les tensions géopolitiques ?

On n'y pense pas toujours quand on évoque les conséquences de la crise actuelle sur le secteur de l'énergie, mais l'uranium est effectivement touché. Quarante-cinq pour cent de l'uranium que nous utilisons en France vient du Kazakhstan, une république proche de la Russie. La France possède des stocks, qui nous permettent de tenir plusieurs mois. Si le Kazakhstan prenait la décision de limiter la fourniture d'uranium, Rosatom, l'entreprise russe qui travaille sur ces actifs nucléaires, se trouverait potentiellement en difficulté. Elle a en effet noué de nombreux accords technologiques stratégiques avec des entreprises françaises de la filière.

De plus, la France se fournit en uranium auprès d'autres pays amis. Le premier pays après le Kazakhstan est le Canada, puis l'Australie, ce qui est plutôt rassurant…

Oui, la France peut se tourner vers d'autres fournisseurs, qui pourraient peut-être compenser un certain temps. Mais, là encore, il faut du temps pour mettre en place des accords, afin de s'assurer de la qualité de l'uranium fourni, notamment. Ce minerai est raffiné pour partie en France et pour partie dans les pays producteurs. Il n'est jamais facile de changer de fournisseur quand près de la moitié de l'uranium vient d'un même pays.

D'autres minerais interviennent indirectement dans la production d'énergie, comme le lithium ou le cobalt. Comment sont-ils touchés par la crise ukrainienne ?

Ils sont en effet importants parce qu'ils participent à la fourniture d'énergie, dans les batteries ou les aimants des éoliennes, par exemple. Les pénuries étaient présentes avant la crise ukrainienne, elles ont même conduit les industriels à reconsidérer les technologies. Par exemple, aujourd'hui, toutes les batteries des véhicules électriques ou de nos smartphones sont des batteries lithium-ion, alors qu'au départ la technologie du sodium dominait. Or, la technologie au sodium revient en grâce. Le sodium est en effet une molécule très disponible sur la Terre. Il y en a partout. La situation est similaire pour le nickel ou le cobalt, qui entrent dans la composition des panneaux photovoltaïques, et sont aussi utilisés dans les éoliennes et dans le secteur de la mobilité. Les réserves sont importantes, mais la pénurie est là, à cause de la demande. Elon Musk a d'ailleurs annoncé qu'il allait produire des véhicules à hydrogène, à cause du manque de nickel. Cette décision en a surpris plus d'un et provoqué une prise de conscience de la fragilité de l'approvisionnement de ces métaux rares.

La Russie est, là encore, à une place de fournisseur de choix ?

 
 

Oui, elle est le premier producteur de nickel dans le monde. Le jour du début des hostilités en Ukraine, le prix du nickel est passé de 30 000 à 100 000 dollars la tonne ! Mais, de façon générale, la crise ukrainienne s'ajoute à des crises précédentes. Il y en a plusieurs, qui se sont accumulées. Le marché du prix de l'énergie en Europe doit ainsi être revu, puisque le prix sur les marchés spot [au comptant, NDLR] est établi en fonction du prix du gaz. La Chine a aussi un rôle primordial : la crise du Covid a ralenti sa production, elle ne peut plus fournir autant qu'avant la crise sanitaire. Aujourd'hui, la Chine détient le marché des panneaux photovoltaïques, par exemple. Cette crise des matières premières résulte donc d'une combinaison de facteurs qui amènent à ces situations tendues. La guerre russo-ukrainienne n'est que le dernier des événements. C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase !

Propos recueillis par

Guerre en Ukraine : l’Europe face au spectre d’un choc énergétique

Afin de limiter les dégâts collatéraux sur son économie, l’Europe évite pour le moment les sanctions sur les hydrocarbures russes, quitte à financer le régime de Vladimir Poutine.
 

Dans les vingt-quatre heures qui ont suivi la reconnaissance des républiques séparatistes de l’est de l’Ukraine par Moscou, lundi 21 février, l’Union européenne (UE), le Royaume-Uni et les Etats-Unis ont acheté un peu plus de 700 millions de dollars (622 millions d’euros) à la Russie en pétrole, gaz et métaux, selon les calculs de l’agence de presse Bloomberg. « C’est 700 millions de dollars par jour », souligne Javier Blas, un éditorialiste de Bloomberg, spécialiste de l’énergie.

Depuis, alors que l’invasion sur le terrain est en cours, les livraisons de gaz russe passant par l’Ukraine à destination de l’Europe ont… accéléré, et non pas ralenti, note-t-il. Samedi 26 février, les livraisons de gaz par ce chemin devaient être à leur plus haut niveau depuis deux mois.

Face à cette crise géopolitique majeure, les puissances européennes sont confrontées à un choix impossible : soit elles réduisent les importations d’hydrocarbures russes pour contrer le président russe, Vladimir Poutine, et s’exposent alors à un choc énergétique majeur, soit elles limitent les sanctions et réduisent la casse économique. Dans ces premiers jours de conflit, elles ont pour l’instant choisi la seconde option. Pourtant, rappelle la députée européenne Aurore Lalucq (Place publique), « financer le gaz, c’est financer la guerre de Poutine ».

Les sanctions prises par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’UE ont dans l’ensemble calmé les marchés de l’énergie. Le prix du baril de brent, qui avait atteint 105 dollars jeudi, est redescendu à 96 dollars vendredi. Les Bourses, après une violente correction jeudi, étaient toutes en hausse vendredi. Le CAC 40, en progression de 3,55 %, avait presque effacé l’intégralité des pertes de la veille.

« La demande d’hydrocarbures est très forte »

Les Etats-Unis ne s’en cachent pas : ils n’ont pas voulu attaquer les hydrocarbures russes. Sinon, Vladimir Poutine en « vendrait moitié moins mais à deux fois le prix. Il n’en subirait pas les conséquences, alors que les Etats-Unis et leurs alliés souffriraient », explique Amos Hochstein, conseiller à la sécurité énergétique pour l’administration de Joe Biden. Les Occidentaux n’ont de même pas osé retirer la Russie du système Swift, qui permet les paiements internationaux. L’Allemagne et l’Italie, notamment, s’y opposaient, tandis que la France et le Royaume-Uni y sont favorables.

Pour autant, l’impact macroéconomique de la guerre en Ukraine n’est pas neutre. Les prix du pétrole, de l’électricité et du gaz, malgré leur reflux de vendredi, restent en forte augmentation. Gilles Moëc, chef économiste d’Axa, table sur une inflation d’un point supplémentaire. « Et il ne s’agit que de mauvaise inflation, qui ronge le pouvoir d’achat des ménages », précise-t-il. D’après la banque UBS, un tel scénario pendant deux trimestres réduirait la croissance mondiale d’un demi-point. Le cabinet Oxford Economics mise plutôt sur 0,2 point de croissance mondiale en moins, mais environ 0,5 point en moins pour la zone euro, qui est plus exposée. « Cela peut ressembler au choc pétrolier du milieu des années 2000 [quand le baril avait atteint 150 dollars] », avertit Helen Thompson, de l’université de Cambridge.

Le problème est que ce nouveau choc survient alors que l’indice des prix s’affole déjà depuis neuf mois. En zone euro, l’inflation était de 5,1 % en janvier (sur douze mois). La moitié était le fruit des tensions sur les marchés de l’énergie. « Les investissements dans de nouveaux projets de pétrole et de gaz sont bas, les stocks sont au plus bas depuis 2014, alors que la demande [d’hydrocarbures] est très forte », relève Giovanni Staunovo, analyste en matières premières chez UBS. Le cocktail pour une explosion des prix est là.

Le choc se produit cependant dans une conjoncture solide, avec une forte reprise en cette apparente sortie de pandémie de Covid-19. Axa anticipe désormais une croissance mondiale autour de 3,6 % en 2022. C’est un peu moins bien que les 4 % espérés jusqu’à présent, mais c’est loin d’une récession. De plus, après deux années sous perfusion financière, les ménages disposent d’un surplus d’épargne.

38 % du gaz de l’UE vient de Russie

Il s’agit cependant du scénario « optimiste », celui dans lequel pétrole et gaz russes continuent d’être vendus sans limites. « Mais je pense que nous en sommes qu’au début d’une guerre économique qui pourrait durer longtemps », déclare Jonathan Hackenbroich, du groupe de réflexion European Council on Foreign Relations. Il avertit qu’une spirale de sanctions pourrait pousser les Russes à répliquer : « Ils peuvent utiliser l’arme énergétique, en réduisant leurs livraisons. » Sachant que 38 % du gaz de l’UE vient de Russie, mais que ce niveau atteint 55 % pour l’Allemagne et 100 % dans plusieurs pays de l’est de l’Europe, les répercussions peuvent être violentes. Dans le pire des cas, des coupures d’électricité ou la fermeture temporaire d’usines pourraient être inévitables.

La Banque centrale européenne a tenté de modéliser l’impact d’un rationnement de 10 % du gaz. Elle en conclut que l’économie subirait un choc négatif de 0,7 %. Là encore, étant donné la croissance actuelle, une récession devrait être évitée.

Pour l’instant, chacun espère que la Russie comme l’Europe éviteront un tel scénario. « Des sanctions sur le flot du gaz russe semblent prohibitives pour l’UE, estime une note du cabinet Wood Mackenzie. Mais la Russie aussi aurait trop à y perdre. Aux prix actuels, elle abandonnerait 7,5 milliards de dollars de revenus par mois, peut-être plus. »

Eric Albert(Londres, correspondance)

(posté par J-Pierre Dieterlen)

Énergie : ne tardons plus à lancer l’énorme chantier de l’électrification

La décarbonation de notre économie va conduire à une électrification massive de nos usages. La forte augmentation de la demande va nécessiter de très gros investissements dans les infrastructures de production et de transport de l’électricité. Un chantier qu’il est urgent de lancer, juge Greg de Temmerman, docteur en physique expérimentale et directeur général du think tank Zenon Research.

Tribune libre

Le 4 février 2022, ArcelorMittal annonçait le projet, avec l’aide de l’Etat, de remplacer trois de ses hauts-fourneaux fonctionnant au charbon par des fours électriques et un four à hydrogène. La sidérurgie représente 25% des émissions de CO2 de l’industrie en France (chiffres 2016), et environ 4% du total des émissions françaises. Ces développements sont donc une contribution appréciable à la baisse des émissions, mais ils illustrent surtout une tendance lourde pour les décennies à venir : nous allons être beaucoup plus dépendants de l’électricité.

Des vecteurs énergétiques qui vont devenir plus importants

S’il existe des sources d’hydrogène naturel, il y a beaucoup d’incertitudes sur les réserves réelles et l’intérêt économique de son extraction – il doit donc être produit. A l’heure actuelle, 98% de l’hydrogène utilisé dans le monde, environ 70 millions de tonnes, est produit à partir de combustibles fossiles et notamment en faisant réagir du gaz fossile (méthane) avec de la vapeur d’eau, un procédé qui forme de l’hydrogène et du CO2. L’hydrogène peut également être formé via l’électrolyse de l’eau, un procédé réalisé pour la première fois en 1800 et utilisant de l’électricité pour dissocier les molécules d’eau (constituées de 2 atomes d’hydrogène et d’un atome d’oxygène) pour former de l’hydrogène et de l’oxygène). Le rendement dépend de la méthode utilisée mais est typiquement supérieur à 60% (ce qui signifie une perte maximale de 40% lors du passage de l’électricité à l’hydrogène). La France a lancé en 2020 un plan hydrogène de 7 milliards d’euros d’ici 2030, pour “faire de ce gaz l’énergie d’avenir de la France”. La production d’hydrogène demandera de grandes quantités d’électricité. Pour la France, RTE le gestionnaire du réseau électrique français, prévoit dans son rapport de prospective “Futurs énergétiques 2050”, que la production d’hydrogène pourrait consommer jusqu'à 50 TWh d’électricité, soit l’équivalent de 11% de la consommation électrique française en 2019.

L’électricité, justement, est la forme d’énergie dont nous avons peut-être le plus conscience car c’est celle qui est le plus directement visible dans une maison. La plupart de nos appareils électroniques ou électroménagers fonctionnent avec de l’électricité. Si elle a pris autant de place dans nos vies, c’est qu’elle offre une flexibilité d’usage inégalée. Un appareil auditif consomme une puissance de l’ordre du millième de watts, quand une centrale électrique produit une puissance de l’ordre du milliard de watts : une gamme d’utilisation couvrant plus de 12 ordres de grandeur !

L’électricité n’est pas une source d’énergie mais un vecteur énergétique (tout comme l’hydrogène), c’est-à-dire une méthode pour transporter de l’énergie d’un point à un autre. Mis à part la foudre qui est une forme de décharge électrique relativement peu pratique à utiliser, l’électricité n’est pas disponible directement dans la nature mais doit être produite par des méthodes plus ou moins émettrices de CO2. Ainsi, 37% de l’électricité dans le monde est encore produite à partir de charbon. La production d'électricité au charbon a d’ailleurs atteint un niveau record en 2021, comme l’observait récemment l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

L’électricité va devenir une part majeure de notre énergie

Si l’électricité représente aujourd’hui moins de 25% de notre énergie finale (la quantité d’énergie réellement consommée et facturée aux utilisateurs), la décarbonation de nos économies va faire fortement augmenter cette part via l’électrification massive de nombreux usages. L’Agence internationale de l’énergie, dans son scénario “Net Zero by 2050” prévoit que l’électricité représentera plus de 50% de l’énergie finale en 2050. Pour la France, RTE voit l’électricité compter pour 55% de l’énergie finale en 2050, une hausse portée entre autres par l’électrification des transports et de procédés industriels, et la production d’hydrogène. Selon les choix faits, notamment en termes de réindustrialisation, la consommation d’électricité pourrait connaître une augmentation allant jusqu’à près de 60% par rapport à son niveau de 2019.

 

 

https://www.capital.fr/economie-politique/energie-ne-tardons-plus-a-lancer-lenorme-chantier-de-lelectrification-1428521

Gaz et électricité : la crise fait ses premières victimes chez les fournisseurs français

Alors qu’en Europe, les faillites de fournisseurs d’énergie se sont succédé depuis l’été dernier, la France semblait jusqu’ici épargnée. Mais la flambée des prix de gros commence à faire ses premières victimes dans l’Hexagone. Un fournisseur commercialisant des offres aux particuliers vient d’être placé en redressement judiciaire et deux autres annoncent cesser leurs activités.

La flambée des prix de l’énergie fait petit à petit ses premières victimes en France. En 2021, les prix du gaz et de l’électricité ont explosé sur les marchés de gros, entraînant des faillites de fournisseurs en cascade dans toute l’Europe. La crise a notamment fait des ravages sur le marché britannique, où près d'un tiers des distributeurs ont mis la clé sous la porte l’an dernier. En France, seul Hydroption a pour l’heure été placé en liquidation judiciaire et s’est vu retirer son agrément dans la foulée. Il ne comptait parmi ses clients que des professionnels et des collectivités. Globalement, les fournisseurs alternatifs français ont jusqu’ici réussi à sauver leur peau en augmentant drastiquement leurs prix, parfois au détriment de leurs engagements contractuels. Certains ont même fermé les vannes et ont décidé de refuser toutes nouvelles souscriptions à leurs offres, que ce soit pour des clients particuliers ou professionnels. Une situation rarissime : en novembre dernier, les services du Médiateur national de l’énergie recensaient moitié moins d’offres commerciales qu’en temps normal.

“Quand ils débranchent, ils débranchent tout”

D’autres ont tout bonnement décidé de quitter la partie. Ce fut d’abord le cas de E. Leclerc énergies qui, au beau milieu de l’été 2021, a annoncé par mail à ses 140.000 clients que leur contrat prendrait fin en octobre. Ces derniers étaient donc priés de changer de crémerie. En ce début d’année 2022, c’est au tour de Casino de sortir du jeu. Le groupe, qui avait développé des activités de fourniture d’énergie via son site de e-commerce Cdiscount et sa filiale GreenYellow, vient d’avertir ses 38.000 clients particuliers que leur contrat de fourniture de gaz prendra fin le 6 avril 2022. “Parmi eux, certains avaient signé des contrats à prix bloqués sur deux ans, près de 10% moins chers que les tarifs réglementés de vente. Pour eux, la facture va donc s'envoler ! En conséquence de quoi GreenYellow leur propose un dédommagement ridicule de 30 euros”, déclare une source proche du dossier.

Contacté, le groupe confirme cette information. Il dément en revanche les affirmations du Figaro, qui annonçait il y a quelques jours la fin prochaine de ses activités de fourniture d’électricité. “Nous n’arrêtons que la fourniture de gaz pour les particuliers. Nous continuons d’approvisionner nos clients gaz professionnels et, à date, nous n’avons pas encore pris de décision quant à notre activité de fourniture d’électricité”, précise GreenYellow. Mais selon plusieurs observateurs interrogés, le fournisseur devrait bientôt aussi mettre fin à ses offres d’électricité. “Quand ils débranchent, ils débranchent tout”, glisse l’un d’eux.

Deux fournisseurs entre les mains de la justice

Ces situations traduisent une nouvelle fois la mauvaise anticipation de certains fournisseurs alternatifs, qui sont très dépendants des fluctuations des prix de gros de l’énergie, car n’ayant pas (ou très peu) de capacités de production. “C’est toujours le même problème : certains se sont peut-être couverts à hauteur de 70% de leurs volumes. Mais s’ils n’ont pas la trésorerie pour couvrir les 30% restants, ils se retrouvent en grande difficulté”, analyse François Carlier, le délégué général de l’association de consommateurs CLCV. Deux fournisseurs viennent d’ailleurs de se placer entre les mains de la justice et pourraient bientôt faire faillite…

Le premier, Bulb Energy, est un distributeur britannique. Outre-Manche, il a été placé sous tutelle de l’Etat, mais avait jusqu’ici maintenu ses activités en France. Il vient finalement de jeter l’éponge. “En novembre, Simple Energy, la société mère de Bulb, a été placée sous tutelle au Royaume-Uni. Nous avons alors tout mis en œuvre pour sauver notre entreprise en France et avons épuisé toutes les options possibles, y compris une vente de l’entreprise. En raison des augmentations spectaculaires de l’énergie de gros, il est apparu évident que la poursuite de l’activité en l’état n’était pas une option viable”, expose la filiale française dans un communiqué. La société, qui revendiquait quelque 19.000 clients français, pourrait bientôt être placée en liquidation judiciaire. Ses clients sont progressivement transférés à EDF, qui a récemment été désigné fournisseur de secours par le ministère de la Transition écologique.

Quelques jours plus tôt, un autre fournisseur a lui été placé en procédure de redressement judiciaire. Il s’agit de OUI Energy, qui commercialise des offres sous le nom de Planète OUI. L’opérateur, pionnier de la fourniture d’électricité 100% renouvelable et de biogaz, compte 125.000 clients particuliers en électricité, 22.000 clients gaz et 10.000 clients professionnels. “Subissant un contexte marché très complexe, avec la hausse mondiale et spectaculaire des cours de l’énergie, les besoins en trésorerie de OUI Energy ont augmenté en 2021. De ce fait, l’entreprise a activé une procédure de sauvegarde accélérée, qui n’a pas abouti. Le tribunal a donc décidé de placer OUI Energy en procédure de redressement jusqu’au 1er mars, afin de lui laisser la possibilité de trouver une issue favorable à la continuité de son activité et de préserver ses salariés”, précise l’entreprise à Capital. Dans l’intervalle, OUI Energy continue d’approvisionner ses clients. La société ajoute en outre que la procédure ne concerne que son activité de fourniture, et que ses activités de gestion et de production sont préservées. Reste à savoir si la vente de détail pourra reprendre d’ici quelques mois… Ou si l’opérateur devra lui aussi mettre la clé sous la porte.

 

 

 

https://www.capital.fr/entreprises-marches/gaz-et-electricite-le-crise-fait-ses-premieres-victimes-chez-les-fournisseurs-francais-1426236

L'ère des perturbations énergétiques
 

Ces derniers mois, le monde a été plongé dans une crise énergétique mondiale qui semble avoir pris les observateurs et les dirigeants mondiaux par surprise. En septembre et octobre, les prix de gros du gaz naturel et de l'électricité ont brutalement augmenté en Europe, plusieurs fournisseurs d'énergie ont fait faillite au Royaume-Uni, la Chine puis l'Inde ont connu des pénuries de charbon généralisées et des pannes d'électricité à grande échelle, et les prix des carburants ont rapidement augmenté dans le monde entier. Tous ces événements semblaient d'abord n'avoir qu'une faible corrélation, mais leur simultanéité suggère qu'ils pourraient en fait être les différentes facettes d'un événement qui se déroule en même temps dans le monde entier. Nous nous trouvons soudain au milieu d'une crise énergétique mondiale, ou même face à un "choc énergétique" mondial, comme l'a récemment titré The Economist...

Selon l'indice mensuel des coûts de l'énergie (pétrole, gaz naturel, charbon et propane) publié par le Fonds monétaire international (FMI), le choc énergétique mondial d'octobre 2021 est en fait le plus grave depuis 2008, lorsque le prix du pétrole avait atteint près de 150 USD juste avant le début de la "grande crise financière" (GFC). À l'époque, le prix du pétrole s'était toutefois rapidement effondré dans les mois suivants, le monde étant entraîné dans une spirale financière descendante. Aujourd'hui, certains signes indiquent que les prix de l'énergie pourraient continuer à grimper, plus encore que lors de la flambée de 2008. Notre situation nous rappelle donc ce qui reste "la" crise énergétique par excellence de mémoire d'homme, celle des années 1970.

Toutefois, il est peu probable que ce à quoi nous sommes confrontés aujourd'hui soit une simple répétition de ce qui s'est passé il y a 50 ans. Le monde est très différent aujourd'hui de ce qu'il était à l'époque. Les causes de notre crise énergétique sont également différentes, tout comme ses conséquences.

Pas la même chose que dans les années 1970

La crise énergétique des années 1970 était principalement due à des événements et des tensions géopolitiques. Les États-Unis, qui étaient devenus de plus en plus dépendants du pétrole au cours des décennies précédentes, venaient de dépasser leur pic national de production de pétrole "conventionnel", mais il y avait encore beaucoup de pétrole disponible et facilement récupérable au niveau mondial - les champs géants du Moyen-Orient étaient encore en train d'augmenter leur production, et de nouvelles découvertes majeures étaient encore faites. Les chocs pétroliers ont eu lieu parce que les principaux pays producteurs ont décidé de punir les États-Unis - et l'Occident en général - pour des raisons géopolitiques, et de tirer parti de cette ressource qu'ils possédaient et dont l'Occident avait tant besoin pour accroître ses revenus et son pouvoir. Les brusques flambées de prix d'aujourd'hui, en revanche, ne sont pas principalement motivées par des tensions géopolitiques, même si celles-ci sont toujours présentes dans le domaine énergétique. À première vue, elles résultent d'un décalage soudain et important entre une demande de "produits" qui connaît un rebond plus important que prévu depuis les creux de la pandémie, et une offre qui peine à augmenter aussi rapidement.

Ces derniers mois, on a beaucoup parlé d'un "choc de l'offre" dans l'économie mondiale en raison des nombreuses perturbations cumulées des chaînes d'approvisionnement mondiales causées par la pandémie de COVID-19. Cependant, plus qu'une perturbation de l'offre, l'aspect vraiment remarquable de ce qui s'est passé récemment est une poussée de la demande beaucoup plus forte que ce que l'on attendait il y a un an, lorsque l'économie mondiale peinait à sortir d'un marasme historique. La combinaison de mesures de relance monétaire et budgétaire à grande échelle, qui devait amortir le choc de la pandémie, a en fait déclenché une hausse rapide de la demande de biens matériels que l'offre ne peut suivre. Une analyse intéressante publiée récemment par la société de gestion d'investissements Bridgewater Associates montre que la production de biens matériels s'est en fait rétablie remarquablement vite après la pandémie, mais qu'il n'y a tout simplement pas assez de matières premières, d'énergie, de capacité de production, de capacités d'expédition, de stocks ou même de travailleurs disponibles pour répondre à une demande qui, dans les économies développées, a bondi bien au-delà des niveaux d'avant le COVID. C'est pourquoi les prix augmentent partout pour toutes ces choses...

En ce qui concerne l'énergie, les prix du gaz naturel, du charbon et du pétrole s'envolent tous en même temps, partout dans le monde, parce que la demande explose, et parce que, comme le note Bridgewater, cette demande "ronge les stocks malgré des niveaux de production raisonnables". Étant donné que le gaz naturel et le charbon représentent toujours l'essentiel de la production d'électricité dans le monde, la flambée de leurs prix a également entraîné une hausse du prix de l'électricité là où les marchés de l'électricité sont conçus de manière à amplifier les variations de prix des combustibles utilisés pour répondre aux besoins marginaux de production (comme en Europe), ou des pénuries et des pannes d'électricité là où, pour des raisons réglementaires, la hausse des coûts de production ne peut pas être facilement répercutée par les producteurs sur les consommateurs (comme en Chine).

Une autre différence essentielle avec les années 1970 est donc que la pénurie d'énergie et la flambée des prix d'aujourd'hui touchent toutes les principales sources d'énergie, alors qu'à l'époque, les contraintes d'approvisionnement et les chocs de prix ne touchaient qu'une seule d'entre elles. C'était la source d'énergie dominante, bien sûr, et c'est pourquoi les chocs pétroliers de l'époque ont été si conséquents. Pourtant, dans les années 1970, le monde pouvait encore se tourner vers d'autres sources d'énergie moins soumises à des contraintes d'approvisionnement et/ou de prix que le pétrole. Par exemple, l'utilisation du pétrole pour la production d'électricité a diminué après la crise pétrolière, le secteur de l'électricité s'étant tourné vers le charbon, le gaz naturel et le nucléaire. L'utilisation du pétrole pour le chauffage a également atteint un pic dans les années 1970 et a diminué à partir de ce moment-là, étant remplacée par le gaz naturel ou l'électricité. L'utilisation du charbon dans le monde a donc continué à augmenter dans les années 1970 et au cours des décennies suivantes, et celle du gaz naturel s'est accrue avec le déploiement des infrastructures de distribution et de consommation. L'énergie nucléaire a également pris une part croissante dans le mix électrique mondial au cours des décennies suivantes.

Aujourd'hui, les contraintes d'approvisionnement et les chocs de prix ne se limitent pas au pétrole, mais touchent toutes les sources d'énergie fossile, ce qui explique que nous soyons confrontés à un véritable "choc énergétique", et pas seulement à un "choc pétrolier" comme dans les années 1970. Les combustibles fossiles représentent encore environ 80 % de la consommation finale d'énergie dans le monde, une part qui n'a pratiquement pas changé au cours des dernières décennies malgré la croissance des "énergies renouvelables modernes" (solaire et éolienne), et toutes sont englouties dans la crise énergétique actuelle. L'Asie se bat pour obtenir autant de charbon qu'elle en a besoin, l'Europe autant de gaz naturel qu'elle en a besoin, et le monde entier autant de pétrole qu'il en a besoin. Où que l'on regarde, il semble qu'il n'y ait pas assez de combustibles fossiles à brûler dans le monde pour le moment. L'offre de tous ces combustibles est soumise à des contraintes croissantes et la capacité de production disponible diminue partout. Il ne semble donc pas y avoir de véritable marge de manœuvre pour changer d'utilisation entre les sources d'énergie fossiles, comme cela était encore possible dans une certaine mesure dans les années 1970.

L'énergie nucléaire a d'ailleurs pris de l'ampleur ces derniers mois, certains pays ayant annoncé des plans d'investissement dans des réacteurs de nouvelle génération ou des petits réacteurs modulaires. Pourtant, le nucléaire ne peut être qu'une option à long terme, qui ne semble pas vraiment répondre à l'urgence de la situation ni à l'ampleur du défi, et qui véhicule en elle-même des problèmes et des questions graves et plutôt gênants.

Ce qui se cache derrière

Le choc énergétique d'aujourd'hui résulte donc d'un décalage soudain et important entre une demande en forte hausse et une offre limitée, mais ce décalage n'est probablement que le déclencheur de la crise plutôt que sa cause profonde. Si notre crise énergétique se résumait à cela, nous pourrions espérer que la perturbation serait temporaire, et que la situation s'apaiserait et se "normaliserait" après une période d'ajustement de l'offre et de la demande. Mais il y a des raisons de penser que les causes profondes de notre crise sont plus profondes, beaucoup plus profondes, et donc qu'elle pourrait être là pour rester.

Une cause sous-jacente souvent mentionnée est le déficit d'investissement dans l'exploration et la production d'énergie, qui dure depuis de nombreuses années déjà. Les investissements dans de nouveaux développements pétroliers ont chuté après l'effondrement du prix du pétrole en 2014, et n'ont jamais vraiment repris - au contraire, ils ont à nouveau chuté en 2020 en raison de la pandémie. Un grand nombre de ces investissements n'étaient tout simplement pas suffisamment rentables compte tenu du niveau des prix du pétrole, ainsi que de la pression exercée par le mouvement de "désinvestissement" des combustibles fossiles et de l'incertitude croissante concernant la demande future. Les investissements dans le développement du gaz naturel ont également été affectés parce que les industries du pétrole et du gaz sont étroitement liées et parce que le pétrole a historiquement été le plus rentable des deux, fournissant la plupart des fonds pour les investissements. En outre, les prix du gaz naturel eux-mêmes sont bas depuis plus d'une décennie, en particulier aux États-Unis après la "révolution du schiste", qui a créé une offre excédentaire pendant une décennie et a encore affaibli la rentabilité et la capacité d'investissement du secteur. En ce qui concerne le charbon, les investissements ont également diminué, même si c'est surtout en raison des préoccupations environnementales croissantes et de la pression réglementaire et sociale grandissante.

Le résultat est que, comme le montrent clairement les "Perspectives énergétiques mondiales" 2021 publiées en octobre par l'Agence internationale de l'énergie (AIE), le monde n'investit pas suffisamment pour répondre à ses besoins énergétiques, sans parler de ses besoins futurs. Les investissements dans les combustibles fossiles sont en baisse, mais cette baisse n'est pas - ou pas encore - compensée par les investissements dans les énergies renouvelables. En fait, les investissements dans le pétrole et le gaz ont tellement diminué que, selon l'AIE, c'est paradoxalement l'un des rares domaines où ils sont raisonnablement en phase avec les ambitions affichées par la planète d'atteindre des émissions "nettes nulles" de gaz à effet de serre d'ici le milieu du siècle, mais les investissements dans les énergies renouvelables sont encore loin de ce qui serait nécessaire pour assurer une véritable transition.

Des récits concurrents sur notre avenir énergétique

Comment en sommes-nous arrivés à cette situation et que devons-nous faire ? Il existe, en gros, deux points de vue principaux sur les causes sous-jacentes de notre crise, qui conduisent à la formulation de deux types de "solutions".

Le premier point de vue consiste à considérer la crise comme une "crise des combustibles fossiles", résultant de notre dépendance excessive à l'égard de sources d'énergie sales, néfastes pour le climat et de moins en moins fiables, qui pourrait donc être surmontée en accélérant la transition vers les énergies renouvelables modernes. La plupart des réserves restantes de charbon, de pétrole et de gaz doivent en effet être "laissées dans le sol" si l'on veut éviter que le changement climatique ne franchisse des seuils dangereux, et donc, plus tôt les énergies renouvelables les remplaceront, mieux ce sera. À cette fin, nous devrions investir davantage dans les projets d'énergie renouvelable, bien plus que ce que nous avons fait jusqu'à présent. Comme l'indique l'AIE, "pour que le monde soit sur la bonne voie pour atteindre 1,5 °C, il faut que les investissements annuels dans les projets et les infrastructures d'énergie propre augmentent de près de 4 000 milliards de dollars d'ici à 2030". Les partisans de ce point de vue affirment généralement qu'une transition accélérée vers les énergies renouvelables pour répondre à tous les besoins énergétiques de la planète est techniquement possible et que, si elle est bien menée, elle pourrait même ouvrir une période de croissance économique renouvelée, de prospérité partagée et d'égalité accrue dans le monde entier. La seule chose qui s'y oppose, selon eux, est un manque de "volonté politique".

Le second point de vue consiste à considérer la crise comme une "crise de la transition énergétique", résultant de nos paris malavisés, prématurés ou excessifs sur des sources d'énergie dites "propres" qui ne sont pas encore prêtes à prendre le relais des combustibles fossiles sales - et qui, selon certains, ne le seront jamais. Le résultat de ces paris, selon les tenants de ce point de vue, est un manque d'investissement dans les sources d'énergie qui soutiennent encore l'économie mondiale et alimentent nos maisons, nos usines, nos voitures, nos avions et nos navires, et une ruée ruineuse vers des sources d'énergie intermittentes (et saisonnières) qui restent trop peu fiables pour alimenter une économie moderne. Regardez la Chine, disent-ils, où les investissements massifs dans l'énergie solaire et éolienne ces dernières années n'ont manifestement pas réussi à réduire de manière significative les besoins gigantesques du pays en charbon. Regardez l'Europe, poursuivent-ils, où un manque persistant de vent au cours des derniers mois a provoqué une hausse de la demande de gaz naturel pour la production d'électricité, ce qui a fait grimper en flèche les prix du gaz et de l'électricité. Les partisans de ce récit suggèrent généralement que ce dont nous avons besoin maintenant, c'est de ralentir les investissements et le déploiement des énergies renouvelables et de réorienter notre attention et nos efforts vers la sécurité énergétique en réinvestissant massivement dans les combustibles fossiles, même si c'est temporairement.

Ces deux récits dominent actuellement la conversation sur la situation et l'avenir énergétique du monde, mais ils sont intrinsèquement partiels et trompeurs, et les "solutions" qui sont communément préconisées sont donc largement erronées.

Le premier récit - nous pouvons passer rapidement des combustibles fossiles aux énergies renouvelables si nous en avons la volonté politique, et nous nous en porterons tous mieux ! - est malheureusement "aveugle à l'énergie", pour reprendre un terme inventé par le systémicien américain Nate Hagens. Elle repose sur une foi bien intentionnée, mais erronée, dans l'action humaine, et sur une mauvaise compréhension, voire une ignorance, de la manière dont l'énergie façonne et conditionne le développement de la civilisation humaine. Le moteur déterminant de ce développement est en effet la quête sans fin de formes plus nombreuses et/ou meilleures d'intrants énergétiques, qui nous permet d'étendre et d'améliorer les résultats que nous obtenons de notre utilisation de l'énergie "exosomatique" (hors du corps) - qui, à son tour, permet aux sociétés humaines d'acquérir du pouvoir sur les autres et de dominer leur environnement, mais aussi de "croître" et de "progresser".

Dans cette quête sans fin, trois schémas clés peuvent être observés jusqu'à présent. Le premier est que la civilisation humaine engloutit toujours plus d'énergie pour continuer à croître et à s'étendre. Notre consommation d'énergie n'a cessé d'augmenter depuis que nous avons découvert et maîtrisé le feu et développé l'agriculture, mais surtout depuis que nous avons eu accès à un approvisionnement énergétique considérablement accru en extrayant de la croûte terrestre, sous forme de combustibles fossiles, des millions d'années d'énergie solaire stockée et concentrée. Combinée au développement de nouvelles techniques de conversion de l'énergie, cette manne énergétique a permis de lever les barrières séculaires à la croissance de la population et de la production humaines. Les nouvelles sources d'énergie, les nouvelles formes et les nouvelles utilisations qui ont vu le jour depuis le début du 19e siècle nous ont donné accès à davantage de matériaux et ont permis l'invention de nouveaux instruments exosomatiques de plus en plus sophistiqués (c'est-à-dire des machines), qui ont à leur tour permis d'accéder à toujours plus d'énergie et de matière et de les transformer de manière toujours plus efficace et efficiente. Il en est résulté une augmentation rapide de notre "débit" total d'énergie et de matière (c'est-à-dire le flux de matières premières et d'énergie provenant des sources de la biosphère, passant par l'écosystème humain et retournant aux puits de la biosphère), ce que nous mesurons communément par le concept indirect de "croissance économique". Cette hausse ne s'est jamais arrêtée depuis, même si la répartition mondiale des flux d'énergie et de matières entrantes, sortantes et résiduelles a évolué au fil du temps. Les efforts que nous avons déployés pour accroître l'"efficacité énergétique" de nos machines et de nos processus (c'est-à-dire pour réduire la quantité d'énergie nécessaire à l'exécution de certaines tâches) n'ont jamais abouti à une réduction de l'énergie totale que nous utilisons, mais n'ont au contraire contribué qu'à créer davantage de marge pour augmenter le taux de notre consommation.

Le deuxième schéma historique que l'on peut observer est qu'à mesure qu'ils augmentent leur consommation d'énergie, les humains ne font jamais vraiment de "transition" d'une source d'énergie à une autre - du moins jusqu'à présent. Historiquement, de nouvelles sources d'énergie ont pu remplacer des sources préexistantes, mais elles ne les ont jamais vraiment remplacées, elles les ont simplement complétées. En fait, en termes absolus, nous utilisons aujourd'hui plus de sources d'énergie que jamais dans l'histoire de l'humanité, y compris l'eau, l'énergie éolienne et la biomasse, qui étaient les sources d'énergie dominantes avant l'ère des combustibles fossiles. Seule la composition relative de notre bouquet énergétique a évolué au fil du temps.

Le troisième schéma historique est que les nouvelles sources d'énergie ne supplantent les sources préexistantes en termes relatifs que lorsque et parce qu'elles sont "supérieures" aux précédentes en termes de qualité énergétique (c'est-à-dire la capacité à être convertie en "travail utile" par des dispositifs et infrastructures exosomatiques) et de productivité énergétique (c'est-à-dire la capacité à fournir de l'énergie utilisable en plus de l'énergie consommée dans le processus d'extraction/transformation/transport et livraison). Si les combustibles fossiles ont fini par dominer à ce point nos systèmes énergétiques, ce n'est pas seulement en raison de leur abondance, mais parce qu'ils étaient incomparablement "supérieurs" en termes énergétiques (c'est-à-dire plus denses en énergie, plus puissants, plus économiques, plus pratiques et plus polyvalents) à tout ce que nous avions pu utiliser avant eux, et la raison pour laquelle ils dominent encore si outrageusement nos systèmes énergétiques est qu'ils sont encore largement "supérieurs" en termes énergétiques à tout ce que nous avons découvert depuis lors (et cela inclut le nucléaire ainsi que les énergies renouvelables).

Cette "supériorité" est la raison pour laquelle les combustibles fossiles ont constitué le fondement sur lequel le monde moderne a été construit, la base essentielle pour le développement et la croissance de l'économie humaine moderne, mais aussi pour l'avancement du "progrès" humain dans toutes ses dimensions - ce qui inclut, entre autres, le fait que nous serons bientôt 8 milliards sur la planète, qu'une part importante d'entre nous peut jouir d'un niveau de prospérité et de sécurité matérielles qui aurait semblé inimaginable il y a seulement quelques générations, et que certains d'entre nous peuvent même bénéficier d'un degré de liberté physique, psychologique et politique sans précédent dans l'histoire de l'humanité. Tout cela n'aurait pas été possible, ou du moins pas à une telle échelle, s'il n'y avait pas eu de charbon, de gaz et surtout de pétrole dans la croûte terrestre. Le progrès humain contemporain, fondamentalement, a été un processus alimenté par les fossiles.

Sur tous les aspects qui déterminent ou influencent la qualité et la productivité énergétiques (densité énergétique, densité de puissance, fongibilité, stockabilité, transportabilité, disponibilité immédiate, commodité et polyvalence d'utilisation, convertibilité...), l'énergie solaire et l'énergie éolienne ne semblent pas être "supérieures" aux combustibles fossiles de la même manière que les combustibles fossiles l'étaient aux sources d'énergie préexistantes - en fait, elles semblent plutôt être nettement "inférieures". L'examen biophysique ainsi que les preuves empiriques montrent jusqu'à présent que la capture des flux d'énergie diffus et intermittents et leur conversion en électricité par des dispositifs artificiels est, par nature, un substitut imparfait à l'extraction et à la combustion de l'énergie concentrée enfermée dans le charbon, le pétrole et le gaz, et qu'elle pourrait donc ne pas être en mesure de fournir les mêmes services et la même valeur à la société, ou pas à la même échelle. Malheureusement, aucune "innovation" ne semble pouvoir changer fondamentalement cette situation.

À la lumière des modèles qui ont défini notre parcours énergétique et civilisationnel sur cette planète jusqu'à présent, le remplacement total ou partiel des combustibles fossiles par des sources d'énergie renouvelables, prévu pour ce siècle, constituerait un changement systémique sans précédent dans l'histoire de l'humanité. Plus encore, il s'agirait d'un renversement fondamental de la trajectoire énergétique de l'humanité. D'un point de vue énergétique mais aussi économique, il ne s'agirait pas d'une transition vers le haut, mais plutôt vers le bas, c'est-à-dire vers un système énergétique de moindre qualité et de moindre productivité, uniquement capable de soutenir une population et une empreinte économique considérablement réduites. Nombreux sont ceux qui espèrent que nous pourrons compenser cette transition vers le bas en "découplant" d'une manière ou d'une autre la croissance économique, ou du moins la prospérité et le bien-être, de la consommation d'énergie et de matières premières, en augmentant l'efficacité énergétique et le recyclage des matières premières.
Dans les sociétés occidentales, nous avons atteint un point où nous voulons croire au pouvoir débridé de l'agence humaine, tant au niveau individuel ("je peux être ce que je veux être") qu'au niveau collectif ("nous pouvons faire ce que nous voulons"). La réalisation de soi et la "volonté politique" sont devenues les mythes modernes de la psyché occidentale... Pourtant, même avec une grande foi dans le pouvoir de la volonté politique, il serait assez extraordinaire que nous puissions en fait décider, collectivement et au niveau mondial, de mettre en œuvre en quelques décennies seulement un changement systémique sans précédent dans l'histoire de l'humanité et qui inverserait fondamentalement le cours énergétique et économique de notre espèce. Si nous faisions ce choix, nous nous apercevrions rapidement que nous ne nous débarrasserions pas seulement des inconvénients de l'énergie fossile, mais aussi de la plupart de ses avantages - ce qui rendrait probablement extrêmement difficile de maintenir notre choix dans le temps.

Si le premier discours sur notre crise énergétique est donc "aveugle à l'énergie", le second - nous devrions ralentir la transition coûteuse vers des énergies renouvelables peu fiables et plutôt investir davantage dans la garantie d'un approvisionnement adéquat en combustibles fossiles pour alimenter notre croissance économique avant que des solutions alternatives réalistes ne soient disponibles - est "aveugle à l'écologie". Elle saisit quelque peu les limites physiques des énergies renouvelables, mais elle ignore les conséquences pour le climat mondial - et l'environnement en général - d'une tentative de maintenir notre dépendance aux combustibles fossiles un peu plus longtemps, mais aussi les risques économiques et sociaux inhérents au fait de s'accrocher à des sources d'énergie en voie d'épuisement. En effet, bien plus que les effets d'une transition trop lente ou trop rapide vers les énergies renouvelables, c'est l'épuisement des combustibles fossiles qui constitue la toile de fond de notre crise énergétique et la raison pour laquelle elle est probablement là pour rester.

Comme toutes les ressources naturelles non renouvelables, les combustibles fossiles sont stockés, épuisables et susceptibles de s'épuiser. À mesure que leur utilisation augmente, leurs réserves s'épuisent, ce qui tend à imposer des contraintes croissantes sur les quantités et les coûts des ressources pouvant être obtenues, mais aussi à dégrader leur qualité. En fait, l'épuisement signifie qu'au fil du temps, il devient inévitablement de plus en plus difficile, coûteux, gourmand en ressources et polluant d'extraire les combustibles fossiles du sol, et que la qualité énergétique et la productivité de ce qui est extrait tend à diminuer, ce qui se traduit par une capacité décroissante à fournir un "surplus d'énergie" à la société et à alimenter un travail utile et productif.

Bien sûr, les effets de l'épuisement peuvent être contrebalancés par le progrès technologique, mais seulement dans une certaine mesure et pendant un certain temps. Par exemple, la "révolution du schiste" aux États-Unis, rendue possible par des techniques nouvelles ou améliorées (fracturation hydraulique et forage horizontal), a permis à la production mondiale de pétrole de continuer à augmenter après que le pic mondial de la production de pétrole "conventionnel" a été atteint vers 2008, mais elle s'est déjà largement épuisée et il est peu probable qu'elle suffise à compenser l'épuisement du pétrole brut conventionnel à l'avenir - en particulier lorsque les champs géants du Moyen-Orient entreront en déclin, ce qui pourrait se produire au cours de la prochaine décennie. Les effets de l'épuisement peuvent bien sûr aussi être contrés par une hausse du prix des ressources énergétiques et une augmentation concomitante de l'efficacité de leur utilisation, mais là encore seulement jusqu'à un certain niveau et pendant une certaine période, au-delà de laquelle elle écrase la demande et entraîne un effondrement des prix. L'épuisement, au fur et à mesure de son déroulement, dégrade inévitablement dans le temps le retour sur investissement de l'exploration et de la production de nouvelles énergies, et donc déprime progressivement les investissements. L'épuisement, et pas seulement l'effet de la politique climatique ou des variations de prix, est fondamentalement la raison pour laquelle les investissements dans les combustibles fossiles ont tendance à diminuer et continueront à le faire à l'avenir. Comme l'a souligné l'analyste énergétique et auteur américain Richard Heinberg, l'épuisement persistant et accéléré des combustibles fossiles est en réalité ce qui se cache derrière les gros titres sur l'aggravation de notre crise énergétique. Même en mettant de côté l'urgence climatique, il n'est certainement pas dans notre intérêt d'essayer de maintenir notre dépendance aux combustibles fossiles, ou nous risquons de les voir nous quitter bien avant que nous soyons prêts à les quitter.

Les deux récits concurrents qui dominent actuellement la conversation sur notre situation et notre avenir énergétiques sont donc, chacun à leur manière, "aveugles à la réalité", dans le sens où ils sont incapables de saisir la réalité de notre situation, dans toutes ses dimensions et sa complexité.

Une transition ? Quelle transition ?

Où cela nous mène-t-il et que signifie-t-il pour notre avenir énergétique ? La crise énergétique qui se profile va-t-elle déclencher une accélération de la transition vers l'abandon des combustibles fossiles - ou au contraire l'entraver ? Seul l'avenir nous le dira, bien sûr, mais certains signes indiquent que la crise pourrait ralentir le rythme du déploiement des énergies renouvelables plutôt que de l'accélérer. En effet, l'augmentation du prix de l'énergie fossile entraîne une hausse importante des coûts de production des cellules solaires et des éoliennes, ce qui met en péril de nombreux projets de déploiement. Les combustibles fossiles sont en effet largement utilisés tout au long de la chaîne de valeur du solaire et de l'éolien, à la fois directement (pour la fabrication, le transport et le déploiement des panneaux solaires et des éoliennes) et indirectement (pour l'extraction, le traitement, le raffinage et le transport de tous les éléments et la production de tous les composants nécessaires), et jusqu'à présent, il n'existe absolument aucune preuve empirique que les panneaux solaires et les éoliennes modernes pourraient être produits et déployés sans ces fondements et ces apports en combustibles fossiles. Cela montre clairement que non seulement il n'y a pas encore de "transition" des combustibles fossiles vers les énergies renouvelables, mais que les énergies renouvelables modernes n'existent jusqu'à présent que comme une extension - ou un ajout - de la société industrielle et technologique alimentée par des combustibles fossiles. Cela signifie aussi, bien sûr, que lorsque l'énergie fossile se raréfie et devient plus chère, l'énergie renouvelable devient elle aussi plus chère - c'est exactement ce qui semble se produire actuellement avec l'augmentation du prix des panneaux solaires et des éoliennes.

Ces dernières années, on a beaucoup parlé de la chute rapide des coûts de l'énergie solaire et éolienne et de la manière dont cette chute était le résultat d'une "courbe d'apprentissage" technologique qui se poursuivrait très longtemps et rendrait leur croissance impossible à arrêter. Ce qui se passe actuellement avec l'augmentation soudaine des coûts de production des énergies renouvelables montre que cette baisse était en fait essentiellement le résultat de la mondialisation alimentée par les combustibles fossiles (c'est-à-dire du transfert de la fabrication vers les pays à faibles coûts, rendu possible par la grande disponibilité d'énergie et d'intrants matériels bon marché et entraînant une concentration et une intensification massives de la production). Lorsque cette mondialisation fondée sur les combustibles fossiles rencontre un problème, la courbe des coûts des énergies renouvelables s'inverse. Bien sûr, il y a encore beaucoup d'analystes qui prétendent que les énergies renouvelables rendront l'énergie de moins en moins chère, mais ces affirmations seront de plus en plus difficiles à concilier avec la réalité dans les années à venir.

En fait, la croyance selon laquelle le fait de rendre le solaire et l'éolien moins chers que les combustibles fossiles pour la production d'électricité rendrait la transition énergétique imparable était probablement toujours erronée au départ. Tout d'abord parce que toute comparaison entre le coût relatif d'un système de production d'énergie renouvelable et celui d'un système de production d'énergie à partir de combustibles fossiles ne peut être significative qu'au niveau du système, c'est-à-dire si elle inclut tous les coûts encourus pour fournir un même produit final, c'est-à-dire non pas un peu d'électricité, mais une électricité disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, sans interruption ni variabilité, 365 jours par an - ce que les utilisateurs finaux exigent et ce que les combustibles fossiles peuvent fournir. Pour ce faire, la comparaison devrait inclure, du côté des énergies renouvelables, et en plus du coût de la production proprement dite, le coût du stockage nécessaire, plus le coût des mises à niveau et des adaptations nécessaires du réseau de transport, plus éventuellement le coût des mesures nécessaires de "gestion de la demande", le cas échéant. Il faudrait également tenir compte de l'évolution éventuellement non linéaire de ces coûts à différentes échelles et à différents taux de pénétration, ainsi que des coûts résultant de la complexité croissante d'un système énergétique de plus en plus électrifié et décentralisé. Si l'on adopte une telle vision systémique, la production d'électricité à partir de combustibles fossiles conserve probablement un avantage de coût important par rapport aux énergies renouvelables, ce qui explique pourquoi les coûts de l'électricité pour les utilisateurs finaux ont jusqu'à présent tendance à augmenter lorsque et où la pénétration de l'énergie solaire et éolienne augmente.

En outre, l'idée même que le coût puisse être le principal moteur de l'investissement est erronée - dans une économie capitaliste, il ne l'a jamais été et ne le sera jamais. Comme l'a souligné l'économiste politique et géographe économique Brett Christophers, le cœur de l'investissement dans une économie de marché n'est pas le coût mais le profit, et ce qui importe le plus pour stimuler l'investissement dans les énergies renouvelables n'est donc pas tant leur coût relatif par rapport aux combustibles fossiles que leur rentabilité relative. Les investissements typiques dans les projets pétroliers et gaziers continuent d'obtenir des rendements nettement supérieurs à ceux des projets d'énergies renouvelables, en raison du fait que les barrières à l'entrée sont beaucoup plus élevées pour les combustibles fossiles, mais surtout parce que la qualité énergétique et la productivité des énergies renouvelables sont intrinsèquement "inférieures". Le désavantage relatif des énergies renouvelables en termes de rentabilité peut bien sûr être partiellement compensé par des mesures politiques et réglementaires, mais seulement dans une certaine mesure, et à un coût global important pour l'économie.

Il est donc peu probable que les énergies renouvelables deviennent de moins en moins chères, comme on ne cesse de l'entendre, et même si c'était le cas, ce serait encore insuffisant pour que le monde tourne le dos aux combustibles fossiles. Par conséquent, il est peu probable que notre avenir énergétique soit marqué par une surabondance d'énergie propre et bon marché, comme le prétendent aujourd'hui certains techno-optimistes. Au contraire, il sera probablement marqué par une pénurie croissante et des coûts de plus en plus élevés. Pénurie croissante et augmentation des coûts de l'énergie fossile - en raison des impacts incessants, inéluctables et croissants de l'épuisement et de ses conséquences (c'est-à-dire le manque d'investissement, l'érosion des capacités de production disponibles, l'affaiblissement et la rupture des chaînes d'approvisionnement). La raréfaction et l'augmentation des coûts de l'énergie en général, car l'ajout incessant d'alternatives supposées moins chères aux combustibles fossiles ne cesse en fait d'accroître le coût global et la complexité de nos systèmes énergétiques.

L'énergie étant utilisée pour tout faire et tout produire, ces coûts croissants vont probablement se répercuter sur l'économie et alimenter les pressions inflationnistes dans les années à venir. Toutefois, un retour de la "stagflation" des années 1970 (c'est-à-dire une combinaison prolongée de faible croissance économique et de forte inflation) semble peu probable à ce stade. Dans les années 1970, la hausse des prix de l'énergie a généré un cycle inflationniste soutenu, essentiellement parce que le pouvoir de négociation des travailleurs était plus élevé qu'il ne l'avait jamais été et qu'une puissante spirale salaires-prix a donc été déclenchée à la suite des chocs pétroliers. Dans le même temps, la hausse des prix a ralenti l'économie pendant une période prolongée sans vraiment la faire s'effondrer, en partie parce que l'expansion fondée sur les combustibles fossiles des décennies précédentes avait encore de la vigueur, et aussi parce que son remplacement par un modèle de croissance fondé sur la dette ne faisait que commencer et que le crédit commençait à exploser. Aujourd'hui, le pouvoir de négociation de la main-d'œuvre a été écrasé, et même si les pénuries de personnel alimentent actuellement des hausses de salaires dans certains secteurs, il est peu probable que cela se traduise par une spirale salaires-prix durable. Déjà, la croissance de la demande semble ralentir et des fissures apparaissent dans la reprise mondiale.

En outre, la hausse des prix, si elle devait persister pendant une période prolongée, ne se contenterait pas de ralentir l'économie, mais risquerait de l'écraser par destruction de la demande, car l'économie mondiale n'a plus de vapeur réelle pour compenser ses effets. Après cinq décennies d'expansion incessante du crédit, le modèle de croissance mondiale fondé sur l'endettement a largement fait son temps et il reste peu de place pour une nouvelle croissance du crédit. En fait, l'ensemble de l'édifice financier mondial fondé sur l'endettement ne tient vraiment que parce que les plus grandes banques centrales du monde se livrent depuis des années à un exercice de dissimulation perpétuelle de la faillite. Si l'inflation devait continuer à augmenter et s'avérer persistante, ces banques centrales devraient probablement relever les taux d'intérêt pour tenter de la maîtriser, ce qui, dans un monde surchargé de dettes, risquerait inévitablement de déclencher un mécanisme de déflation par la dette qui ferait rapidement entrer l'économie en récession et stopperait la spirale inflationniste dans son élan, voire l'inverserait.

Par conséquent, si la tendance générale des prix de l'énergie est très certainement à la hausse dans les années à venir, il est peu probable que cette hausse soit continue et ininterrompue. Au contraire, les périodes d'augmentation rapide des prix pourraient être suivies de chutes soudaines, ce qui signifie que ce qui risque de dominer, c'est la volatilité des prix plutôt qu'une inflation soutenue, et l'instabilité économique plutôt que la stagnation. Nous sommes entrés dans l'ère des perturbations énergétiques mondiales, et il est fort probable que nous n'en sortirons jamais vraiment.

Le monde, notre monde, se trouve pris entre le marteau et l'enclume. La relation que nous, les humains, avons développée avec l'énergie fossile au cours des 250 dernières années est une définition classique de la dépendance et ressemble de plus en plus à un pacte faustien : nous savons qu'elle nous tue à petit feu, nous savons que nous devrions la laisser dans le sol et nous savons également que nous devrons un jour vivre sans elle de toute façon, mais nous ne pouvons tout simplement pas nous arrêter de la brûler et nous ne pouvons pas nous en passer, parce que nous avons multiplié nos effectifs et construit notre monde entier autour d'elle. Les "médicaments de remplacement" de la désintoxication que nous utilisons ne semblent pas fonctionner jusqu'à présent, même si nous continuons à augmenter leurs doses. Nous nous engageons bien sûr à faire de plus en plus d'efforts à l'avenir, mais nous continuons à retomber dans notre dépendance aux fossiles, année après année, jour après jour, un vol à la fois, un trajet en voiture à la fois, un achat à la fois, un degré de confort ou de commodité à la fois. Ce faisant, nous continuons à détourner nos yeux et nos esprits de la véritable nature de la "transition énergétique" à venir et inévitable, la seule qui soit en fait susceptible de se produire de notre vivant, et qui, comme l'a dit Richard Heinberg, sera presque certainement une transition "de l'utilisation de beaucoup à l'utilisation de beaucoup moins".

 

Par François-Xavier Chevallerau, initialement publié par The FAN Initiative
17 décembre 2021 (traduction DeepL)

Ce document a été commandé par le Nexus d'analyse prospective de Crans avec le financement d'Omega Resources for Resilience.

https://www.resilience.org/…/the-age-of-energy-disruptions/…

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/465919294891625

(posté par J-Pierre Dieterlen)

On pourrait prendre des gants, être poétique voire politiquement correct. Mais trois mots caractérisent à la perfection la situation énergétique mondiale actuelle : c’est le Bordel ! 

La situation a toutes les cartes en main pour déraper dans le mois à venir avec le potentiel de faire reléguer le covid aux oubliettes, comme quoi il y toujours du positif dans le négatif.

Le baril de pétrole grimpe à 80$ avec un objectif à 90$. Les prix du gaz sautent de 20 ct à 80 centimes le m3.

Le prix du charbon: multiplié par 4 avec de grosses pénuries en Chine où des industries doivent fermer pour cause de manque d’électricité.

L’uranium est poussé par les spéculateurs et passe de 20 à 50$ la livre.

En Europe, les prix spots de la bourse de l'électricité sont passés de 3,7 à 10 ct le kWh avec un spot de 15 centimes pour février 2022!  Il va en falloir des cierges et des prières pour qu'il n'y ait pas un blackout cet hiver.

Même le silicium, des panneaux solaires, se détraque de $2'000 la tonne à 4'000 !

Les prix de la nourriture ont augmenté de +33% depuis août 2020 et le papier toilette a grimpé de 20% au niveau mondial.

Sur le marché européen, le prix du carbone a atteint un record de €65 la tonne.

Ben, si le printemps et l'été ont été marqués par le climat, l'automne et l'hiver auront le stempel "energie en folie".

Corolaire à ces hausses, l’inflation pointe le bout de son nez. Le PIB mondial devrait grimper de plus de 5% en 2021 et 2022 afin de battre les records de 2019.

(extrait de https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/peak-oil/1226-energies-economie-petrole-et-peak-oil-revue-mondiale-septembre-2021.html

Flambée des prix de l’énergie : les Occidentaux demandent aux Russes d’ouvrir les vannes
 

L’Agence internationale de l’énergie « pense que la Russie pourrait faire plus pour augmenter la disponibilité du gaz en Europe ». Et donc pour réduire, par là même, la pression sur les cours.

L’heure est aux appels à l’aide. Face à la flambée des prix du gaz, et par glissement, de ceux de l’électricité, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) se tourne vers la Russie. Porte-voix des pays importateurs, l’organisation intergouvernementale « pense que la Russie pourrait faire plus pour augmenter la disponibilité du gaz en Europe », selon un communiqué diffusé le 21 septembre. Et donc pour réduire, par là même, la pression sur les cours. Autre enjeu, aujourd’hui incertain : il s’agit d’« assurer que les stocks soient remplis à des niveaux adéquats en préparation de la saison hivernale ». La situation est d’autant plus critique que les pays de l’Union européenne importent majoritairement leur gaz de Russie (près de 40 %), puis de Norvège, d’Algérie et du Qatar.

En France, par exemple, l’un des 30 membres de l’AIE, qui est rattachée à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les tarifs réglementés ont bondi de 8,7 % en septembre, après presque 10 % en juillet et plus de 5 % en août. En cause, des éléments structurels : la reprise de l’économie à travers le monde – notamment en Asie – ainsi que la hausse du prix des quotas de CO2, ces permis de polluer payés par les industriels.

S’agissant du gaz, certes, « sur la base des informations disponibles, la Russie remplit ses contrats de long terme vis-à-vis des pays européens ». Mais il y a un « mais » : « Ses exportations vers l’Europe sont en baisse par rapport à leurs niveaux de 2019 », précise le communiqué de l’AIE.

Encore plus tributaire

La ministre américaine de l’énergie, Jennifer Granholm, s’est également invitée dans le débat. Jusqu’à considérer que la Russie, sans toutefois la nommer, pourrait tirer quelque avantage à la situation. « Nous et nos partenaires devons être prêts à continuer à nous interposer lorsqu’il y a des acteurs qui peut-être manipulent l’offre afin d’en bénéficier », a-t-elle considéré, le 22 septembre, dans le cadre d’un déplacement en Pologne.

Comment expliquer la position actuelle de la Russie ? Pour certains observateurs, la Russie cherche à rendre l’Europe encore plus tributaire de son nouveau gazoduc vers l’Allemagne, Nord Stream 2, dont les Etats-Unis ont d’abord voulu empêcher l’installation. Le tuyau attend l’aval du régulateur allemand pour sa mise en service effective, prévue pour la fin de l’année. Il permettra aux Russes d’éviter de passer par l’Ukraine, avec laquelle les relations diplomatiques sont au plus bas. « Pour la Russie, la logique n’est pas tant celle de l’économie de marché que celle de la géopolitique d’Etat. Elle n’a jamais envisagé le gaz sous l’angle uniquement économique », estime Nicolas Goldberg, spécialiste énergie pour le cabinet de conseil Colombus Consulting.

Autre interprétation : la Russie chercherait ainsi à « montrer un mécontentement vis-à-vis du “narratif” [récit] de la transition énergétique », selon Thierry Bros, professeur associé à Sciences Po, spécialiste des questions gazières. Le discours général autour de la lutte contre le réchauffement climatique fait du gaz « l’un des éléments du problème », estime-t-il, plutôt qu’« une solution ». En mai, l’AIE marquait les esprits : son rapport préconisait de ne plus explorer non seulement les gisements de pétrole, mais non plus ceux de gaz.

Cette situation acte les limites de la stratégie européenne de diversification de ses approvisionnements, des pays européens ayant désormais recours au gaz naturel liquéfié, qui se transporte par navire. Problème : les méthaniers suivent surtout la demande, et privilégient aujourd’hui l’Asie. « Quel intérêt aurait la Russie à augmenter ses exportations de gaz vers l’Europe, alors justement que l’Europe a essayé de s’affranchir de sa dépendance à la Russie ?, demande M. Goldberg. La Russie n’a pas vocation à être un “swing supplier” [fournisseur de remplacement]. »

L’Europe aurait surtout gagné à s’exprimer plus clairement et plus tôt, selon Thierry Bros : « Les Européens n’ont pas été capables d’avoir un discours aussi clair que Joe Biden. » En août, le président américain soulignait le besoin de son pays en « or noir », manière de faire pression sur les tarifs adoptés par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole.


Adrien Pécout

https://www.lemonde.fr/…/flambee-des-prix-de-l-energie-les-…

(publié par J-Pierre Dieterlen)

Prix de l’électricité : « C’est un yo-yo dangereux »

L’envolée des prix de l’énergie pèse sur les ménages mais aussi sur les entreprises. L’analyse de Nicolas Goldberg de Colombus Consulting.

Depuis quelques semaines, les cours des matières premières, donc de l’énergie, s’envolent. La facture d’électricité des ménages va subir une hausse importante, au point que l’association UFC Que choisir met en garde contre un « risque d’explosion ». La facture, selon ses calculs, pourrait atteindre 1 700 euros en moyenne en 2022, contre 1 550 euros au début de l’année. Pour réduire la note, le gouvernement affirme « regarder toutes les options », dont un élargissement du dispositif qui offre aux opérateurs alternatifs comme CDiscount ou Plüm Energie de se fournir à un tarif fixe auprès d’EDF. Nicolas Goldberg, senior manager « Energy » au sein du cabinet de conseil Colombus Consulting, estime qu’il faut aller encore plus loin.

Le Point : Comment expliquer la hausse subite et importante des prix de l’énergie ?

Nicolas Goldberg : Comme pour les matières premières, qui connaissent une augmentation sévère de leurs cours, les prix de l’énergie s’envolent à cause de la reprise économique. Le gaz, les quotas de CO2, mais aussi l’uranium sont concernés, partout dans le monde. L’ensemble des matières premières a par ailleurs été l’objet de spéculation, ce qui a tiré les prix à la hausse.

Quel mécanisme est en œuvre pour que la facture d’électricité des foyers français soit touchée ?

Les prix de gros sur les marchés sont fixés à partir des tarifs du dernier moyen de production d’énergie appelé, afin que lui aussi fasse un bénéfice. Si ce n’était pas le cas, il ne pourrait pas y avoir un équilibre entre l’offre et la demande d’électricité. Les deux doivent être égaux à tout moment si on ne veut pas que le réseau s’écroule. Les premiers modes de production, ce sont les énergies renouvelables, qui ne peuvent stocker d’énergie ; les derniers, ce sont les centrales à gaz ou à charbon. Or, comme le coût de ces matières premières augmente, le prix de gros de l’électricité suit la même voie.

Par ailleurs, on a souhaité augmenter le prix du carbone, qui était très bas ces dernières années. Il était tombé à 5 euros la tonne de CO2, c’est ridicule, sans effet sur les entreprises. En 2019, pour faire remonter le prix du carbone, l’Union européenne a réduit les quotas. La tonne de CO2 est aujourd’hui à environ 60 euros, ce qui pèse sur le prix des produits carbonés et des énergies fossiles. L’augmentation des prix de l’énergie est donc la conséquence de ce qu’on voulait !

Quelles sont les perspectives ?

Les prix sur les marchés sont très volatils, il faudra trouver une solution. Le mégawattheure coûtait 50 euros environ il y a quelques mois, il est passé à 100 euros il y a une semaine, il est à 120 aujourd’hui ! C’est un yo-yo dangereux. Je ne vois pas d’amélioration avant mars. Tout dépendra du passage de l’hiver. Les particuliers sont touchés, mais aussi les entreprises. Cette envolée des prix rogne leurs marges, elle peut même les supprimer. On parle beaucoup de réindustrialiser la France, mais, pour relocaliser des usines, les prix des matières premières, donc ceux de l’énergie, doivent être stables et prévisibles. C’est nécessaire à l’activité.

Un dispositif particulier à la France, l’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique (ARENH), permet aux fournisseurs alternatifs comme TotalEnergies de se fournir auprès d’EDF à un prix fixe. C’est donc insuffisant ?

Oui. Ce dispositif est limité à 25 % de la production d’électricité d’origine nucléaire produite par EDF, soit 100 TWh. Or, l’an dernier, les demandes des fournisseurs ont excédé ce plafond de 50 TWh, pour atteindre 150 TWh ! En novembre, lors du prochain « guichet », on peut imaginer que la demande atteindra 175 TWh. À 42 euros le MWh quand le prix sur les marchés approche les 120 euros, l’ARENH est évidemment un dispositif très intéressant ! On pourrait donc augmenter le plafond de 25 % pour satisfaire les fournisseurs alternatifs et les consommateurs, mais ce serait au détriment d’EDF et sans garantie d’investissement dans de nouveaux moyens de production. Il faudrait revoir aussi les conditions d’accès. EDF pourrait vendre l’intégralité de son électricité nucléaire à un tarif fixe, si ce prix était relevé en échange, mais Bruxelles exige une réforme en profondeur de l’entreprise. On n’évitera pas le débat sur le relèvement de l’ARENH.

Quels sont les effets pour les ménages ? Le chèque énergie de 100 euros peut-il compenser cette envolée des prix ?

J’ai chiffré l’effet sur la facture d’électricité entre 7 et 8 % d’augmentation pour un ménage, et l’UFC Que choisir à 10 %. C’est historique. Le chèque énergie est une bonne mesure de compensation, mais il ne profitera qu’à 6 millions de ménages. Et, encore une fois, que fait-on pour les entreprises, dont les marges peuvent être sérieusement rognées par l’envol des prix de l’énergie ?

Quelles pourraient être les solutions pour limiter la hausse des prix ?

On peut agir sur la fiscalité. Ce qui a fait augmenter la facture de l’électricité entre 2008 et 2016, c’est la CSPE. Cette contribution au service public de l’électricité visait essentiellement à financer l’essor des énergies renouvelables, comme le solaire et l’éolien. Elle a été modifiée, mais je pense qu’il faudrait surtout l’alléger, car le coût des énergies renouvelables a beaucoup baissé. Une baisse de 5 % environ me semblerait justifiée. Ce serait un signal cohérent compte tenu de la baisse des coûts des renouvelables pour l’État et de la volonté d’encourager le report des consommations fossiles vers l’électricité, comme avec le véhicule électrique par exemple.

Michel Revol, le Point

D’après un récent rapport de l’ADEME, un quart des ménages français sont désormais équipés d’un climatiseur. Mais la climatisation fait grimper la facture énergétique générale. Elle augmente aussi l’empreinte carbone de l’Hexagone. Dans les années à venir, l’ADEME estime que le taux d’installation de la climatisation en France devrait encore progresser. La question de son poids sur le réseau électrique va donc se poser à plus ou moins brève échéance.

25% de logements français équipés

C’est un seuil symbolique. En 2020, la France a franchi la barre des 25% de ménages équipés d’un système de climatisation. L’ADEME souligne que la progression est rapide. En 2016, on ne comptait encore que 14% de la population équipée. Les vagues de chaleur de ces dernières années ont poussé de nombreux particuliers à s’équiper. Et l’offre de climatiseurs s’est assez diversifiée pour présenter désormais des tarifs attractifs. Pour la seule année 2020, les Français ont ainsi acheté plus de 800 000 appareils de climatisation pour leurs logements.

Malgré la démocratisation de la climatisation grâce aux appareils mobiles, l’installation d’une climatisation reste un poste de dépense important. Les ménages français les plus modestes sont les moins équipés (seulement 19%). En revanche, les professions libérales et les catégories CSP/CSP+ sont 37% à posséder une climatisation.

Sans réelle surprise, ce sont les régions du sud-est et la Corse qui captent l’essentiel des installations. Les températures moyennes annuelles et l’intensité des vagues de chaleur répétées poussent les populations locales à investir dans une solution pour rafraîchir leur logement. Et cette installation de confort se fait plus généralement dans les maisons individuelles que dans les appartements.

Climatisation et facture énergétique

La climatisation est une innovation qui garantit un meilleur niveau de confort dans les logements pendant les épisodes de canicule. Mais le revers de la médaille, c’est son empreinte carbone et sa facture énergétique. L’ADEME constate : “La climatisation est aujourd’hui responsable de près de 5% des émissions d’équivalent CO2 du secteur bâtiment.” Et cette tendance devrait encore s’accentuer dans les années à venir. Les particuliers investissent plus généralement dans un climatiseur mobile. C’est à la fois la solution dont le coût est le plus accessible, et l’installation la plus simple. Malheureusement, un climatiseur mobile consomme 2,5 fois plus d’électricité qu’un climatiseur PAC réversible.

Le rapport de l’ADEME souligne qu’un mauvais choix de climatiseur peut avoir un impact considérable sur la consommation électrique annuelle d’un foyer. Les écarts de consommation entre plusieurs types de climatisation peuvent être très importants. L’ADEME veut aussi promouvoir un usage raisonné et responsable de la climatisation. Le rapport observe que “passer d’une température de consigne de 22°C à 27°C permet de diviser par 2 la consommation d’énergie”. La température de déclenchement est aussi un indicateur à suivre. “Mettre en route la climatisation à partir de 30°C en extérieur au lieu de 27°C” permet ainsi de diviser par 3 la consommation d’énergie.

Concrètement, un appareil de climatisation peut rapidement augmenter la facture énergétique. Dans une enquête réalisée en juillet 2019, le site Consoglobe estimait qu’en moyenne un climatiseur portable de classe A d’une puissance de 2,5 kW coûtait 15 centimes d’électricité par heure. Soit plus de 100 euros pour un mois de climatisation dans le logement.

Quel impact de la climatisation sur le réseau électrique ?

Si l’ADEME veut encourager la sobriété énergétique pour la climatisation, c’est qu’elle pourrait avoir un fort impact sur le réseau électrique. “Le réchauffement constant de la planète amène à penser que les systèmes de climatisation continueront à se développer pour assurer le bien-être et le confort de chacun. Il est donc impératif de maîtriser cette évolution pour en limiter l’impact au maximum.”

A terme, le nombre de foyers français équipés de climatiseur devrait encore augmenter drastiquement. Et en cas de vague de chaleur, les climatiseurs entraîneront un pic de consommation d’électricité sur le réseau. Ce phénomène était déjà connu en hiver, pendant les vagues de froid. Il tend désormais à se généraliser l’été. Aux Etats-Unis, la Californie a mis en place un système d’alerte FlexAlert. Pour éviter tout risque de black-out du réseau électrique, les habitants sont invités à réduire leur consommation d’électricité. Et la climatisation est un des leviers énergivores identifiés pour faire baisser la tension sur le réseau. En France, RTE avait ainsi constaté en juin 2019 un record de consommation en France avec un pic à 59 436 MW. Et la France devrait connaître des pics estivaux répétés dans les années à venir.

Rédigé par : La Rédaction
La Rédaction
 
 
 

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Si l'on prolonge les tendances, vous dira-t-on, nous allons en consommer de plus en plus. En fait cette affirmation est déjà doublement inexacte. Le maximum dans la zone OCDE est survenu en 2007, et surtout si on prolonge non pas la consommation elle-même, mais sa variation annuelle, alors on obtient une des deux courbes du bas sur le graphique ci-dessous. Dit autrement, cela signifierait qu'à l'avenir, climat ou pas climat, nous allons avoir dans les pays "riches" une "décélération" simplement due à la difficulté croissante à s'approvisionner en combustibles fossiles (qui représentent l'essentiel de l'approvisionnement).

Intéressant, non ?


(publié par Joëlle Leconte)

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