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L'Italie, sur la pente glissante du déclin

Publié le par ottolilienthal

L'Italie sous la menace d'un retour de la crise

Gorgées de créances douteuses, les banques italiennes n'inspirent plus confiance et la dette italienne non plus.

Ca y est, les mouches ont changé d’âne : elles se sont posées sur l’Italie. Depuis l’avènement de Macron, M. le Marché estime qu’il n’y a plus de « risque politique » en France. M. le Marché va continuer à nous prêter, à un tarif d’ami, pour nous permettre de faire les bêtises que nous voulons. Sur 10 ans, il ne nous demande que 0,87% d’intérêt. Il est confiant que nous rembourserons en euro sonnants et trébuchants.

En Italie, ce n’est pas la même chose. Pour prêter aux Italiens, M. le Marché demande quatre fois plus qu’aux Français, soit 2,28%.

 

L’Agefi :

« ‘Il semble que l’attention des marchés se soit très vite déportée sur les perspectives de sortie de la politique d’assouplissement de la BCE et sur les élections en Italie qui doivent intervenir au plus tard à la fin du premier trimestre 2018 et représentent sans doute une barrière encore plus dure à franchir‘, estime ING. Le marché monétaire euro a recommencé à anticiper une hausse de taux de la BCE de 10 pb [points de base] au cours des 12 prochains mois, avec une hausse du spread entre le rendement du Schatz à deux ans allemand contre le taux de swap euro au jour le jour (OIS) à un niveau de 40 pb. Yves Mersch, l’un des membres de la BCE, s’est écarté de sa vision habituellement pessimiste pour envisager une prochaine normalisation si l’activité et l’inflation poursuivent leur tendance actuelle. »

La BCE va rendre le crédit plus cher pour ses amis et le cas de l’Italie inquiète à nouveau M. le Marché, qui recommence à douter. Et voilà que Giuseppe Vegas, le président de l’instance italienne de régulation des marchés, met de l’huile sur le feu. Dans son dernier discours annuel, il critique l’interventionnisme de la BCE qui « a réduit la pression sur des pays comme le nôtre, qui plus que quiconque avait besoin de retrouver de la compétitivité, de la stabilité et de la convergence ».

La « convergence » désigne, en langage technocratique, le fait d’avoir des finances publiques qui tiennent la route. Cela n’a pas marché : en dépit des milliards d’euros injectés, la compétitivité de l’Italie comparée à celle de l’Allemagne s’est dégradée de 30% en 20 ans. Désormais, la BCE se prépare à remonter ses taux et il sera trop tard, déplore Giuseppe Vegas. L’Allemagne fait pression sur la BCE pour qu’elle réduise ses injections de crédit gratuit et relève ses taux avant ses propres élections de septembre.

Le bilan de la BCE dépasse 4 000 Mds€ et pèse maintenant 38,7% du PIB de la Zone euro. 1 800 Mds€ ont été créés pour racheter des obligations et donner du cash aux banques. Actions et obligations sont à des sommets jamais atteints dans l’histoire financière. En visite à La Haye, au parlement des Pays-Bas, Mario Draghi a été soumis à des questions très critiques concernant sa politique monétaire. A la fin d’une session houleuse, il s’est vu offrir une magnifique « tulipe solaire ».

En mémoire de la bulle de 1637

Il s’agissait évidemment de rappeler au président de la BCE que la bulle financière qu’il a gonflée laisserait probablement la même trace dans l’histoire financière que la fameuse bulle spéculative sur la tulipe qu’a connu la Hollande en 1637.

Les euros retrouvent une nationalité

Le scénario classique reprend : les capitaux, méfiants, reviennent dans leurs pays d’origine. Au dernier trimestre de 2016 les banques étrangères ont réduit de 15% leur exposition à l’Italie, selon la Banque des règlements internationaux. Les seules banques qui semblent avoir de l’appétit pour la dette italienne sont les banques italiennes. La banque Monte dei Paschi di Siena, qui vient d’être recapitalisée, a annoncé de nouvelles pertes de 169 M€ pour ce premier trimestre 2016. Banco Popolare di Vicenza (BPVI) et Veneto Banca sont également en difficulté.

Une multitude de petits déposants se retrouvent avec des obligations bancaires logées dans leurs comptes épargnes. Un sauvetage selon la nouvelle procédure européenne dite de bail-in les ruinerait. « La gestion de ces crises pourrait exiger des interventions qui ne sont pas compatibles avec les mécanismes de Francfort et Bruxelles » a indiqué Vegas. Cette fois, les mouches pourraient avoir choisi le bon âne… Macron ou pas, la crise de l’euro n’est pas terminée.

 

Simone Wapler

Volcan italien !

Dans son discours annuel aux marchés financiers, Giuseppe Vegas, le président du régulateur boursier CONSOB, un parfait initié, a fait un pronostic lugubre. Le QE de la BCE a « réduit la pression sur les pays, comme le nôtre, qui plus que quiconque ont besoin de regagner en compétitivité, en stabilité et en convergence ».

Mais cela n’a pas marché, a-t-il déclaré. Malgré des milliards d’euros d’assouplissement quantitatif, la productivité italienne a continué de baisser par rapport à l’Allemagne, reculant de 30 % durant les deux dernières décennies. Aujourd’hui, l’Italie doit commencer à se préparer au pire de ses cauchemars, à savoir au serrage de vis graduel des politiques monétaires de la BCE.

« L’inflation remonte petit à petit vers la zone de l’objectif des 2 %, tandis qu’aux États-Unis on est en train de serrer la vis monétaire », a déclaré Vegas. Le gouvernement allemand met de plus en plus la pression sur la BCE afin qu’elle commence à réduire son QE avant les élections de septembre.

Tout comme les Pays-Bas, dont les parlementaires ont aujourd’hui mis comme jamais Mario Draghi sur le grill. À la fin de la cession, ils ont remis à Mario Draghi en tant que cadeau de départ une tulipe solaire, un rappel en forme de clin d’œil de la tristement célèbre crise financière hollandaise du milieu du XVIIe siècle créée par la bulle sur les tulipes.

Jusqu’à présent, Draghi et ses collègues de la BCE refusent de plier. Mais avec un bilan qui vient d’atteindre les 38,7 % du PIB de la zone euro, soit 15 points de pourcentage de plus que la FED, la BCE pourrait ne plus vraiment avoir le choix. Comme Vegas le met en exergue, pour l’Italie (et les autres pays dans une situation similaire), cela signifiera devoir faire face à une toute nouvelle situation « dans laquelle il ne sera plus possible de compter sur le support externe des effets de levier monétaires ».

Ce qui risque d’être un problème majeur pour un pays devenu dépendant du soutien extérieur. D’après la BRI, en 2016, les banques internationales, et particulièrement celles allemandes, ont réduit leur exposition à l’Italie de 15 %, soit pour plus de 100 milliards de dollars, et la moitié de cette réduction a eu lieu durant le dernier trimestre de l’année. De son côté, la BCE a déjà réduit ses achats de dette européenne, passant de 80 à 60 milliards d’euros par mois.

Alors que l’appétit pour la dette italienne tombe, les taux obligataires italiens vont grimper. Les seuls autres acteurs du marché semblant encore vouloir et pouvoir les acheter (pour le moment) sont les banques italiennes.

Durant une période de deux mois, les banques italiennes ont augmenté leur portefeuille d’obligations de la zone euro de 20 milliards d’euros. De cette somme, 12,3 milliards ont été alloués à des obligations italiennes, d’après une étude conjointe de la BCE et de Jefferies International. Il s’agit de la plus forte augmentation depuis 2015, ce qui signifie que la détention d’obligations italiennes par les banques locales s’élève désormais à 235 milliards d’euros. Lorsque les taux de ces actifs commenceront à monter, ces mêmes banques, qui dans leur grande majorité sont déjà au bord de l’insolvabilité, devront encaisser de nouvelles pertes.

Il s’agit d’une bombe à retardement financière. Comme le Financial Times l’a récemment rapporté, toutes les solutions qui ont été adoptées pour tenter d’enrayer la crise financière italienne n’ont servi à rien. Cela semble inclure le dernier plan B, qui consiste en bref à titriser des milliards d’euros d’actifs toxiques afin de les disséminer aussi loin que possible, et parmi un spectre d’entités le plus large possible, avec l’assistance des banques de Wall Street. D’après le Financial Times, ce plan piétine déjà.

En attendant, Bruxelles continue de cogiter quant à la façon de gérer le sauvetage de la banque la plus insolvable d’Italie, Monte dei Paschi di Siena, qui vient juste d’annoncer de nouvelles pertes trimestrielles de 169 millions d’euros. D’autres banques majeures, comme Banco Popolare di Vicenza (BPVI) et Veneto Banca, sont dans des situations tout aussi bancales. Une fois de plus, les régulateurs italiens avertissent des dangers découlant de l’application à la lettre des règles de renflouement interne de l’UE.

Dans son discours, Vegas a proposé l’introduction d’un filet de protection de 100 000 € pour les porteurs obligataires, la plupart d’entre eux étant des citoyens italiens ordinaires. Ensemble, ils possèdent pour environ 200 milliards d’euros d’obligations alors que les banques leur avaient dit qu’il s’agissait d’un investissement sûr. Ce qui n’est plus le cas.

« La gestion des crises peut parfois requérir une intervention incompatible avec les mécanismes de Francfort et de Bruxelles », a ajouté Vegas.

Pour faire passer le message, il a proféré une menace à peine voilée en direction de Francfort et de Bruxelles, à savoir celle de la sortie de l’Italie de la zone euro. Une perspective qui ne doit pas être ignorée vu la progression récente du sentiment anti-européen et l’augmentation de la stabilité politique dans la Botte. Il a donc menacé : « Rien que l’annonce d’un retour à la monnaie nationale provoquerait une fuite immédiate des capitaux qui remettrait sérieusement en question la capacité de l’Italie à refinancer sa dette, la troisième du monde. »

Il s’agit de la menace ultime : la souveraineté monétaire, avoir sa propre devise, dans un contexte très difficile. »

Article de Don Quijones, publié le 10 mai 2017 sur WolfStreet.com

Les partis démagogues raflent la mise

Ce dessin de Vadot résume parfaitement la vague de démagogie qui submerge l’occident. Le XXIème siècle est celui de la post-vérité et du mensonge: comme l’a dit Beppe Grillo, votez avec vos tripes, pas avec votre tête. L’emportement contre la raison. Le «siècle des lumières» est bien derrière nous.

 

(mise à jour : )

Crise bancaire : l’Italie sera-t-elle la prochaine ?

 

C’est l’une des conséquences du « Brexit » : de l’avis de certains économistes, la crise qui menace depuis plusieurs années les banques italiennes pourrait se matérialiser avant la fin de l’été. L’hebdomadaire britannique The Sunday Telegraph a révélé que le gouvernement italien bataillait avec Bruxelles pour mettre en place un plan de sauvetage de 50 milliards d’euros.

 

Les nouvelles règles qui régissent les banques européennes depuis le 1er janvier imposent en effet de faire porter les pertes d’une banque à ses créanciers avant son sauvetage par des fonds publics. Problème, en Italie, les créanciers sont le plus souvent des PME et des petits porteurs. Explications en 3 points.

 

1. A quel point est-ce grave ?

L’ensemble du secteur bancaire italien serait actuellement plombé par 360 milliards d’euros de créances douteuses, des crédits que les banques ont peu de chances de recouvrer ; en somme, des dettes irrécupérables, en partie ou en totalité. C’est l’équivalent de 22 % de la richesse produite par le pays l’an dernier :

 

« Les banques italiennes ont subi de plein fouet les effets du résultat du référendum sur le Brexit, à un degré plus élevé que les autres banques européennes. Toutes les banques ont été touchées, y compris des banques considérées comme solides », avertissait au début du mois de juillet une note du Trésor français.

La raison ? Non pas les liens économiques avec le Royaume-Uni, qui ne sont pas particulièrement forts par rapport aux autres pays du « noyau européen », mais la fragilité du tissu bancaire italien, constitué d’établissements trop petits, trop nombreux et peu rentables.

Ainsi, en six mois, la plus vieille banque du monde, la Banca Monte dei Paschi di Siena (BMPS), a vu son action perdre 77 % de sa valeur.

 

L’établissement a été accusé récemment par le superviseur bancaire, logé au sein de la Banque centrale européenne (BCE), d’avoir dans ses livres un stock de créances douteuses beaucoup trop volumineux (24,2 milliards d’euros). Le 29 juillet, les résultats de nouveaux tests de la BCE pourraient confirmer les faiblesses de BMPS et d’autres établissements.

Lire aussi : La déroute des banques italiennes met l’union bancaire européenne à l’épreuve

2. C’est neuf, cette histoire ?

Pas vraiment : les entreprises italiennes ont traditionnellement investi dans les prêts aux banques, y plaçant une partie de leur trésorerie, tandis que ces dernières années les épargnants se sont vu offrir des produits habituellement réservés aux investisseurs professionnels.

Mais le contexte s’est sensiblement dégradé cette année. Deux banques mutualistes de taille moyenne (Banco popolare di Vicenza et Veneto Banca) n’ont pas réussi à trouver des investisseurs susceptibles de les aider sur les marchés, et c’est le fonds de sauvetage Atlante, créé en avril 2016 et abondé par les banques italiennes, qui est devenu l’actionnaire unique des deux banques qu’il a recapitalisées.

En 2015, plus de dix mille petits épargnants italiens ont perdu une partie de leurs économies après l’effondrement de quatre banques régionales (Banca Etruria, CariChieti, Banca Marche et Carife). Et ce, malgré l’intervention du gouvernement, qui ne couvrait pas les dettes les plus risquées. Un retraité s’est même suicidé après avoir découvert que son patrimoine s’était envolé. Le risque, avec l’accroissement de la méfiance des épargnants, est celui d’une ruée aux guichets et d’un retrait massif de leurs économies, comme on l’a vu en Grèce ou à Chypre.

Avec 18 % de dettes dites « non performantes », l’Italie n’est pas seule dans la zone euro à inquiéter les instances internationales et les régulateurs. Elle partage avec la Grèce, le Portugal, l’Irlande et la Slovénie le triste privilège de ne pas avoir réussi à faire passer son niveau de dettes toxiques en dessous de 10 % (en rouge ci-dessous ; le vert correspond à un niveau inférieur à 5 % et le jaune à un niveau entre 5 et 10 %).

 

Son cas n’est certes pas unique, mais le taux de toxicité des livres bancaires italiens se distingue par sa composition : la part sofferenze – « irrécouvrable » – de ces créances en représente plus de la moitié (198 milliards d’euros à la fin d’avril 2016), une partie qui affiche en outre une inquiétante augmentation (50 % par rapport à 2012).

Lire aussi : Les « créances douteuses », véritable défi des banques européennes

3. Du coup, y aura-t-il des conséquences sur l’économie réelle ?

Les conséquences sur l’économie réelle sont de deux ordres :

  • Dans un premier temps, il est difficile pour les banques d’accorder d’autres prêts tant que ces dettes toxiques pèsent dans leurs bilans ; en d’autres termes, c’est autant d’argent frais en moins pour les particuliers et les entreprises. « Si le climat d’incertitude entourant un secteur bancaire fragilisé augmente, l’investissement (…) pourrait à nouveau reculer, et entraîner un cercle vicieux de recul de l’emploi, de la consommation, ce qui au total affecterait la croissance », décrit la note du Trésor français.
  • Ensuite, si certaines de ces banques faisaient faillite, elles risqueraient de devoir appliquer les nouvelles règles européennes de sauvetage des banques : désormais les actionnaires et créanciers de l’établissement sont mis à contribution d’abord, à savoir, dans le cas de l’Italie, des entreprises et des épargnants.

Dans leurs prévisions, les analystes des banques d’investissement ont tous revu leurs anticipations de croissance à la baisse. La britannique Barclays prédit même un recul du PIB italien de 0,1 % en 2017, alors que tous les autres pays du « noyau dur » européen profitent d’un retour, même modéré, de la croissance.

Si ce scénario sombre se réalisait, l’Italie aurait encore plus de mal qu’actuellement à résorber sa dette, la plus importante en Europe en proportion de son PIB après la Grèce : autour de 133 %, contre 96 % en France et 71 % en Allemagne.

Autre risque proche, le référendum constitutionnel de cet automne, qui vise à réduire les pouvoirs du Sénat. Selon le centre d’études de la Confindustria, qui représente les entreprises italiennes, une victoire du non aurait non seulement pour conséquence de creuser davantage la dette, mais ferait aussi tomber l’Italie en récession pour deux ans.

 

 

 

Le secteur bancaire ne s'est pas remis de la crise de 2008, malgré les aides reçues. Cette fois, ce sont les banques italiennes qui sont dans la tourmente...

 

 

 

Le 29 juillet prochain, les tests de solidité des banques vont être publiés et les autorités craignent de mauvais résultats pour les banques italiennes. Ces dernières présentent des risques de faillite, elles détiennent des créances douteuses à hauteur de 360 milliards d'euros, soit 22 % du PIB italien.

En novembre dernier, le gouvernement italien avait sauvé quatre banques et, au printemps dernier, il a créé un fonds de 5 milliards d'euros pour sauver deux autres banques. Mais le besoin en capitalisation étant de 40 milliards, malgré les structures de défaisance déjà existantes, ces mesures sont très insuffisantes.

D'une manière ou d'une autre, les banques italiennes doivent être renflouées...

Depuis l'adoption de la directive européenne sur le renflouement interne des banques (qui préconise de faire appel aux créanciers d'une banque en faillite, puis à ses déposants), l'Italie ne peut plus renflouer ses banques avec des fonds publics. Le problème est qu'en Italie le secteur bancaire est émietté en sept cents petites banques et que leurs actionnaires et créanciers sont de petits épargnants qui risquent de se retrouver ruinés. Matteo Renzi, qui est politiquement fragilisé, souhaite à tout prix éviter ce désastre et cherche des compromis.

Union bancaire, la bonne intention ne suffit pas

La solution envisagée serait de laisser le renflouement interne se faire (donc au détriment des créanciers et actionnaires), puis de les dédommager. Le point de vue de l'Allemagne est clair : à quoi sert-il d'établir des règles au sein de l'Union bancaire si c'est pour les détourner ensuite ? Mais nos amis d'outre-Rhin ont la mémoire courte puisqu'ils ont dû créer une énorme « bad bank » (une banque qui prend à sa charge toutes les dettes douteuses et tous les actifs toxiques) pour sauver leur système bancaire, et encore aujourd'hui, la Deutsche Bank présente des risques systémiques préoccupants. La banque centrale allemande la soutient à bout de bras et elle rachète ses propres actions, dans le but de soutenir les cours pour rehausser son niveau de capitalisation.

Le niveau de risque à nouveau à la hausse

Selon le classement du Center of Risk Management Lausanne (CRML) de HEC Lausanne (UNIL), le risque systémique en Europe est remonté en 2016 à son niveau de mars 2012, à la sortie de la crise de l'euro. Le ratio se calcule en comparant le total des encours (les créances) à la capitalisation. Lorsque les actions perdent de leur valeur en Bourse, ces banques deviennent plus systémiques...

Une crise qui perdure

Force est de constater que, depuis la crise financière de 2007-2008, on a placé des pansements sur des jambes de bois. La crise bancaire italienne n'est pas due à une spéculation effrénée, mais à des prêts accordés à des PME qui, face à la stagnation économique, ne sont plus en mesure de rembourser leur emprunt. Ces banques ayant des contreparties envers d'autres banques, on craint un effet domino.

Si l'État italien leur vient en aide, il s'expose à une procédure pour déficits excessifs, exactement comme le Portugal qui, malgré tous les sacrifices imposés à la population, risque de subir des sanctions pour un dérapage budgétaire en partie provoqué par le sauvetage de la banque Banif.

Gagner du temps...

L'équation est insoluble, on ne trouve pas de solutions, sinon des formulations astucieuses qui permettent de gagner un peu de temps, de faire tenir l'édifice encore un peu plus longtemps. Les banques sont exsangues, les États aussi et bientôt les populations.

La courbe ci-dessous montre bien que nous sommes dans un continuum depuis la crise de 1929 et que, après la guerre, l'économie a été relancée par de la dette (le plan Marshall).

 

note d'Otto : les vagues de Kondratieff peuvent être visualisées en cliquant sur le lien de l'article. En complément, lire  "Kondratieff: la crise jusqu’en 2020" avec le lien suivant :

 

http://www.bilan.ch/node/533519

 

 

Que voit-on sur cette courbe ? La ligne bleue exprime la croissance du PIB (ramenée en valeur cyclique qui soit comparable d'une période à une autre). La théorie de Kondratieff a été très critiquée, mais cette courbe a été établie il y a plus de vingt ans par des disciples, et on constate qu'à chaque ralentissement économique la guerre refait surface.

Le cycle des crises et des guerres

Lorsque la classe moyenne peinait à rembourser sa dette, on a cherché à faire baisser les coûts pour maintenir la croissance de la consommation. Pour ce faire, on a délocalisé et on a « importé » de la main-d'œuvre bon marché (immigration). Les progrès techniques provoquent une augmentation de la productivité, et à partir des années 80, il y a une totale désynchronisation entre les valeurs des actions et les résultats réels des entreprises. L'économie de bulles s'est mise en place, et lorsque celles-ci éclatent, la population se retrouve appauvrie.

Un lent effondrement

C'est un édifice qui s'effondre progressivement, ça et là, des fissures apparaissent, de plus en plus nombreuses et profondes : les banques commerciales sont garanties par des États, dont la dette publique est garantie par les très grandes banques de la carrure de Goldman Sachs. Parmi les économistes, il existe au moins trois écoles. Certains pensent que la situation actuelle, celle d'une économie atone, peut tenir longtemps, avec des taux quasiment nuls ou négatifs qui ne rémunèrent plus les retraités (retraite par capitalisation) ou les épargnants, le travail n'étant plus rémunérateur non plus. D'autres pensent que ce n'est pas tenable et que cela mène inéluctablement à des guerres. Enfin, certains prônent une troisième voie : une stabilisation de l'économie via un marché européen et cinq continents repliés sur eux-mêmes, une sorte de dé-mondialisation (l'Amérique du Nord, l'Amérique du Sud, l'Eurasie, l'Asie du Sud-Est et l'Afrique).

Enfin, on prend conscience que les inégalités, lorsqu'elles sont trop importantes, ne permettent pas à l'économie de prospérer, et le fait intéressant est que cette prise de conscience s'opère même chez les classes dominantes qui se rendent compte qu'un appauvrissement généralisé des populations nuit à leur propre prospérité. Pour l'heure, les ultra-riches continuent de s'enrichir, mais ce processus aura une fin.

 

Les banques italiennes, l'autre foyer de crise de la zone euro

Rome veut sauver ses banques avec de l'argent public, une solution compliquée par les règles européennes qui visent à faire d'abord payer leurs créanciers.

 

 

 

L'Union européenne n'en finit plus d'être sous le feu des critiques. Partout, Bruxelles est accusé de dérives technocratiques, de rigidité et de faire monter le vote extrémiste, anti-européen. Sur la négociation du traité transatlantique, jugée opaque ; sur le dossier de la rigueur budgétaire, dans lequel la Commission a bien été obligée de constater que l'Espagne et le Portugal n'avaient pas rempli leurs obligations ; sur l'application de la directive sur les travailleurs détachés en France, mais aussi sur le délicat dossier des banques italiennes.

 

À Rome, la situation est particulièrement délicate, à cause de l'effondrement du cours de Bourse des banques, un secteur très éclaté de quelque 700 établissements. Les investisseurs s'inquiètent, à nouveau, comme en janvier, de leur énorme stock de prêts « non performants » (360 milliards d'euros, soit 18 % de tous leurs crédits) qui risquent de ne jamais être remboursés. La publication annoncée des résultats de stress-test menée par l'Autorité bancaire européenne, le 29 juillet, ainsi que la remise prochaine d'un rapport sur les prêts non performants entretiennent le doute des investisseurs ravivé après le résultat du référendum actant la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Devant les risques, ils se sont mis à vendre leurs actifs jugés les plus risqués, au premier rang desquels ceux des banques italiennes.

Monte dei Paschi di Siena dans l'oeil du cyclone

Résultat, le premier établissement du pays, Unicredit, a perdu près de 30 % de sa valeur en Bourse depuis un mois ! Mais c'est la troisième banque italienne, Monte dei Paschi di Siena, qui est au cœur du cyclone. Fondée en 1472, la vénérable institution fait fuir les investisseurs, notamment depuis la publication, dans la presse, d'une lettre du superviseur unique des banques européennes, logé à la BCE, lui enjoignant de baisser son taux de crédits non performants. Celui-ci estime qu'ils plombent leur bilan et donc leur capacité à accorder les prêts dont les PME du pays ont besoin pour leur activité.

« Les banques italiennes ont un problème de coût, d'organisation et donc de profitabilité accentué par le contexte de taux très bas, voire négatifs », reconnaît Jérôme Legras, directeur de la recherche d'Axiom alternative investments qui cible le secteur bancaire. Mais selon ce spécialiste, le problème des prêts non performants, désignés à de nombreuses reprises par le FMI comme un frein au crédit en Europe, est exagéré. « Cela prend une proportion qui n'a rien à voir avec la réalité du problème financier puisque les prêts immobilisent peu de fonds propres », rappelle-t-il. « Il n'y a pas eu de dégradation du stock de prêts non performants récemment qui pourrait expliquer la nouvelle vague de ventes (le stock a même diminué significativement depuis la fin 2015) », confirment les analystes de Bank of America Merrill Lynch.

Des banques qui ont résisté aux subprimes

Jérôme Legras pointe une loi nationale sur les faillites italiennes particulièrement inefficace. « Les administrateurs judiciaires sont payés au jour ou à la semaine, ce qui les incite à faire traîner les procédures. » Du coup, les prêts restent beaucoup plus longtemps dans les comptes des banques qu'ailleurs en Europe et atteignent des proportions qui suscitent la défiance. Mais pour Jérôme Legras, la faiblesse du crédit en Italie est surtout liée au manque de demande des entreprises qui hésitent à investir. « Monte dei Paschi di Siena gagne 80 millions d'euros par trimestre. Elle est bien capitalisée. Elle n'est pas du tout en situation de faillite », estime-t-il.

Paradoxalement, les banques italiennes souffrent aujourd'hui pour avoir été relativement épargnées par la crise des subprimes et de l'immobilier. Contrairement à leurs concurrentes de nombreux pays européens, elles n'ont donc presque pas reçu d'argent public, avant que ne s'accumulent leurs prêts douteux après la crise des dettes publiques en zone euro, qui a fragilisé nombre de PME. Alors qu'elles auraient maintenant besoin de l'argent du contribuable, les nouvelles règles européennes adoptées en commun par les dirigeants de l'Union européenne en 2013 l'interdisent avant d'avoir fait d'abord payer leurs créanciers.

Les petits épargnants menacés

En théorie, ce principe dit de « bail-in » – par opposition au « bail-out », le sauvetage d'une banque par l'État – est sain. Sauf qu'en Italie, cela revient à s'en prendre à tout un tas de petits épargnants qui ont été convaincus par leur banquier de souscrire à des obligations de leurs établissements, présentées comme des produits de bon père de famille.

Ce que se refuse à faire le président du Conseil italien. Matteo Renzi a mis son poste dans la balance du référendum crucial sur ces réformes institutionnelles censées ramener un peu de stabilité politique au pays qui aura lieu en octobre. Il ne peut donc pas se permettre de recourir à un tel expédient. La situation est d'autant plus délicate pour lui que le Mouvement populiste 5 étoiles a effectué une percée aux dernières élections municipales. Il veut donc à tout prix éviter de rejouer l'épisode de l'année dernière, lorsqu'un retraité s'était suicidé après avoir perdu ses économies au cours du bail-in de quatre banques régionales, comme 130 000 autres petits épargnants.

Il réclame à Bruxelles et à ses partenaires européens de pouvoir à son tour voler au secours de ses banques avec l'argent de l'État, afin d'aider à les recapitaliser. « Matteo Renzi a voulu faire un coup politique, estime Jérôme Legras. Il espère profiter des conséquences du Brexit pour réclamer un assouplissement des règles européennes sur le bail-in. Une stratégie très risquée. » Et pour cause, la Commission européenne ne peut pas laisser un État violer des règles communes aussitôt après qu'elles ont été adoptées, d'autant plus lorsqu'elles sont censées constituer un progrès. L'Allemagne, qui les a largement inspirées, veille aussi au grain.

Encourager le rachat des crédits pourris

Comment sortir de l'impasse ? L'Italie a déjà modifié son régime des faillites. Mais ses effets seront longs à se faire sentir. En attendant, le gouvernement pourrait mobiliser toutes les fortunes du pays, les banques et les assurances pour abonder, sans recours à l'argent public, son fonds nommé « Atlante », lequel pourrait racheter les créances douteuses avec des exigences de rendement bien moins importantes que les taux réclamés actuellement par les hedge funds (fonds alternatifs), notamment américains, les seuls à avoir de l'appétit pour ce genre de produits. « Avec 5 milliards, on peut lever 15 milliards d'euros par recours à la dette et racheter 40 milliards de prêts non performants », calcule Jérôme Legras. Largement de quoi nettoyer le bilan de Monte dei Paschi di Siena, selon Jérôme Legras.

Mais le président du Conseil italien fait le forcing pour convaincre Bruxelles de faire preuve de flexibilité et de le laisser mettre de l'argent sur la table, si besoin pour recapitaliser directement les établissements qui en auraient besoin. Selon Bank of America, les directives européennes permettent d'envisager l'utilisation d'argent public sans recours au « bail-in », même si la voie est étroite. Matteo Renzi veut à tout prix se débarrasser du problème avant le référendum. Toute la question est de savoir s'il y parviendra. Un éventuel échec pourrait menacer le futur de la zone euro, non seulement parce que le secteur bancaire italien risque, selon certains analystes, d'emporter celui des pays voisins, mais aussi en cas d'une éventuelle victoire du Mouvement 5 étoiles...

 

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