Italie : un déclin sans limite ?

Publié le par ottolilienthal

Le patronat italien « effrayé » par le risque de récession

Confindustria publie des prévisions alarmistes sur la situation économique de l'économie italienne frappée par une inflation historique et l'explosion du prix de l'énergie et des matières premières. Le patronat redoute une récession l'an prochain si le gouvernement ne prend pas des mesures urgentes pour affronter les conséquences de la guerre en Ukraine.

Le patronat italien demande à Mario Draghi de se réveiller. Après une croissance rêvée de +6,7 % en 2021, le cauchemar de la récession hante de nouveau les acteurs de l'économie de la péninsule. Trois nouveaux maux s'abattent désormais sur elle, amplifiés par la guerre en Ukraine : l'explosion du prix de l'énergie et des matières premières, l'inflation galopante avec un record historique de 7 % et les difficultés d'approvisionnement. Le gouvernement publiera cette semaine le Document économique et financier (DEF) qui fixe les objectifs de croissance et de finances publiques. Sa prévision de croissance sera revue à la baisse, bien inférieure à 3 % contre 4,1 % initialement annoncés.

« Dans le meilleur des scénarios, si la guerre en Ukraine s'achève d'ici l'été, nous aurons une croissance divisée par deux cette année à 1,9 % déplore Carlo Bonomi le président de Confindustria. Si elle se prolonge, nous connaîtrons une récession en 2023. Une récession technique est plus que probable au cours de ce premier semestre. A cause de l'augmentation de 68 milliards d'euros de la facture énergétique pour les entreprises, 16,4 % d'entre elles ont déjà réduit leur production et 30 % s'apprêtent à le faire ou tout simplement à la suspendre. Nous sommes effrayés et lançons un sérieux cri d'alarme. »

Le plan de relance insuffisant

Un cri d'alarme dont se fait l'écho l'ISTAT qui redoute une croissance pratiquement nulle au cours du dernier trimestre. Le patronat estime ainsi insuffisantes les mesures adoptées par le gouvernement et réclame un plafonnement du prix du gaz , une part d'énergies renouvelables consacrée uniquement à l'industrie, une baisse des taxes sur le prix du carburant et un soutien fiscal à la reconversion industrielle . « Dans ce contexte, le plan de relance européen ne suffit plus et il faut le revoir », insiste Carlo Bonomi.

Le ministre de l'Economie oppose, pour l'instant, une fin de non-recevoir . Mais l'inflation, l'explosion du prix des matières premières et de l'énergie ainsi que les difficultés d'approvisionnement nécessiteront de revoir les critères et les budgets des futurs grands chantiers d'infrastructure.

Pas d'alternative

Le « plan de relance se poursuit comme prévu et la dernière inspection de la Commission européenne s'est conclue positivement », s'est félicité Daniele Franco alors que Bruxelles doit verser cette année 41 milliards d'euros dans le cadre du plan Next Generation EU. Le ministre reconnaît néanmoins de grandes difficultés et une grande incertitude provoquée par la guerre en Ukraine qui devront être prises en considération avec le risque de devoir mettre à disposition des ressources financières supplémentaires. « Elles devront être trouvées au niveau national, explique-t-il. Le plan de relance ne doit pas être modifié mais mis en oeuvre, il n'y a pas d'alternative tout comme le lancement des réformes pour conforter les investissements publics et privés. »

Olivier Tosseri (Correspondant à Rome)

 

La menace italienne croissante sur l’Eurozone

Le premier pays sauvé par ce plan de relance est l’Italie. Le déséquilibre budgétaire de l’Italie et les diverses « négociations » que le pays a eu avec l’Union Européenne pour obtenir des exemptions d’équilibre budgétaire deviennent un refrain quasi constant et un travail a plein temps de tout nouveaux élus italiens. Il faut reconnaitre qu’elle a assuré un rôle de premier plan dans les problèmes de migration venant de l’Afrique.

En effet, les prévisions de 2019 sont battues en brèche par les conséquences de la crise du coronavirus : le Trésor Italien vient d’annoncer un déficit de 12% du PIB.

Certes, l’Italie a pris de plein fouet le confinement et a réussi à remettre de l’ordre dans sa situation sanitaire mais la conséquence directe est une hausse de l’endettement qui va atteindre 156% du PIB (contre 134% en 2019). De ce fait, l’Italie rejoint le niveau de la Grèce. Heureusement pour le pays, l’agence de notation Fitch a décidé de maintenir l’Italie dans la catégorie « investment grade » en dégradant sa note d’un cran a BBB-[3]. Mais il s’en faut de peu pour voir passer le pays de l’autre cote dans la catégorie « junk ».

C’est dire que le sauvetage de Bruxelles était indispensable. Mais 200 milliards d’euros dont 81,4 milliards de subventions, le montant le plus élevé de l’Union Européenne, ne permettront que de gagner quelques mois si le pays ne se reforme pas.

La situation bancaire

Dans la situation précaire du monde bancaire, l’Italie peine à sortir de décennies de mauvais crédits. Avec une prévision de 11% sur l’ensemble du pays, beaucoup d’institutions financières sont menacées. Ce ne sont pas les grandes banques (Unicredit et San Paolo) qui sont le plus en danger mais bien les caisses d’épargne et les banques régionales qui, politisées, ont été moins disciplinées dans l’octroi de crédit. Par exemple dans le secteur de la construction, 23% des prêts octroyés sont considérés comme des prêts bancaires non productifs.[4]

Si l’Italie n’a pas été friande de garanties publics a son secteur bancaire, elle a cependant reussi a enfreindre la reglementation Europeenne pour s’assurerv le contrôle d’une banque « politique » Monte dei Paschi di Siena.

Comme tous les Etats-Membres, l’Italie devra présenter son plan de relance a la majorité qualifiée des Vingt-Sept membres (55% des pays et 65% de la population).[5] L’obtention de subventions par l’Italie est donc soumise à une série de réformes en matière de pensions, de justice, de soins de santé et d’éducation. Le plan doit également intégrer des mesures liées à la transition verte et au numérique.

Subitement, pour la droite, la souveraineté de l’Italie a été la victime du coronavirus en étant contrainte d’accepter les conditions pour l’obtention des fonds. Qui plus est les subventions ne seront payées que si le plan de réformes est approuvé. Les Etats-Membres devront présenter leur plan de relance à la majorité des vingt-sept membres.

Les prêts ne sont pas conditionnels. Mais ils s’ajoutent à l’endettement ou refinancement des dettes existantes. Le gouvernement Conte s’est battu pour éviter ces réformes. C’est là que l’opposition des quatre frugaux a joué un rôle essentiel. L’enthousiasme de la nuit des annonces passe, c’est à une action difficile que se prépare le gouvernement italien. Tiendra-t-il ?

Ce fonds de relance n’est pas parfait, mais c’est la première étape vers une initiative plus large qui s’inscrit dans les projets d’union fiscale et de marches des capitaux. Il est triste de voir qu’il est fallu une crise sanitaire de cette envergure pour pousser les pays à agir dans cette direction, mais il serait encore plus triste de voir cette initiative mise à mal par des pays peu vigilants comme l’Italie ou l’Espagne.

 

(extrait de https://www.lemonde.fr/blog/finance/2020/07/30/chronique-dune-crise-financiere-annoncee-30-le-fonds-de-relance-europeen-favorise-litalie/

Georges Ugeux

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